EPS LIN. SR VIENNE
2 Le récit de ces deux batailles trouvera sa place au chap. x du hvreir.
3 it. Liv., xxvinr, 86, 46. — xxIx,, 4.
A la nouvelle de son arrivée en ltalie, le proconsul Cornélius Céthégus et le préteur Quintilius Varus s’avancèrent à grandes journées dans la haute ftalie, pour s’opposer à sa marche. Ils l’atteignirent entre l’Adda et le Tésin, probablement à la hauteur de Plaisance, car nous ne pouvons indiquer plus exactement le lieu de celte rencontre.
Magon plaça ses éléphants en seconde ligne derrière la cavalerie, et ordonna à l'infanterie de commencer l'attaque : les Romains firent de même. On se battait avec acharnement, et des deux côtés on avait déjà perdu beaucoup de monde, lorsque Quintilius se mit à la tête de sa cavalerie et poussa vivement à l’ennemi. Magon démasqua alors ses éléphants et les fit avancer. L'apparition inattendue de ces animaux, leurs cris, leur odeur, firent reculer les chevaux de Quintilius, et son mouvement n'eut pas de succès !. Les cavaliers, emportés par leurs chevaux, étaient poursuivis par les Numides; les éléphants portaient en même temps le ravage dans l'infanterie ; enfin la déroute paraissait inévitable. lorsque les hastaires de la onzième lésion prirent courageusement la résolution de s'avancer en masse, et de lancer leurs piques tous à la fois sur ces quadrupèdes. Quatre tombèrent morts sur la place, les autres se retournèrent furieux contre les rangs de l’armée carthaginoise; enfin une légion de réserve arriva sur le terrain, et obligea l'ennemi à battre en retraite. Magon, qui combattait au premier rang, fut blessé grièvement, et on fut obligé de l'emporter : alors ses troupes se dé-
1 «Mago ad primum equitum motum paratos elephantos extem- «plo in prælium induxit, ad quorum stridorem odoremque et
«adspectum territi equi, vanum equestre auxilium fecerunt.» (Mit. Liv. xxx, 18.)
bandèrent , et la victoire resta aux Romains. Cette bataille fut la dernière que les Carthaginoiïs livrèrent en Italie, et, par une coïncidence singulière, elle se donna à peu près au même endroit où la guerre avait commencé quinze ans auparavant.
Pendant que ces événements se passaient en Italie, les éléphants figuraient aussi en Espagne à la suite des armées carthaginoises. Ils prirent part à l’une des premières batailles qui furent données sur les bords de l'Ébre, à celle où Asdrubal fut défait par les deux frères Publius et Cnéius Scipion. Tout ce que l’on sait sur cette bataille , c’est que le général carthaginois avait placé ses éléphants sur les ailes, et qu'ils furent entrainés dans la déroute par les Numides au commencement de l’action. L'année suivante, ces mêmes Scipions détruisirent ou dispersèrenttrois armées carthaginoises sous les ordres d’Asdrubal, d'Amilcar et de Magon,eten différentesrencontres ils leur prirent 9 éléphanis et leur en tuèrent 5. En résumé, dans tous les combats qui furent livrés cette année en Espagne, les Romains prirent ou tuèrent aux Carthaginois une cinquantaine d'éléphants?. La campagne suivante fut signalée par la bataille de Munda, où les deux généraux romains poursuivirent les ennemis jusqu'au pied de leurs retranchements, et leur tuèrent 39 éléphants à coups de pique *. Enfin, ils battirent encore, peu de temps après, une nouvelle armée commandée par Magon , auquel ils prirent 8 éléphants et en tuèrent 3°. Mais ces pertes étaient bientôt réparées par les renforts que le gouvernement de Carthage avait soin d'envoyer en Espagne: Appien en cite un qui fut conduit par Às-
IT. Liv., xxint, 29, 49.
2? Rollin, Histoire romaine, Liv. xvi, $ 3.
3 «Pilis confixi», suivant l'expression de Tite-Live. # Fit, Liv., XIV, 42
drubal, et dont la force était de 39 éléphants !, et Tite- Live en mentionne un autre de 20 de ces animaux, qui arriva en Espagne sous la conduite de Magon ?.
Scipion, envoyé en Espagne pour v remplacer son père et son oncle, qui y étaient morts les armes à la main, eut souvent à combattre les éléphants. L'an de Rome 544, il gagna contre Asdrubal Barca, près de Bécula , sur les frontières de la Bétique, une bataille où ces animaux firent beaucoup de mal à leur propre armée*. Le général carthaginois en se retirant fit passer ses éléphants en tête, et se hâta de gagner le Tage. Quelques années plus tard, un autre Asdrubal, le fils de Giscon, fut défait par ce même Scipion à la bataille d’Élinge, où il avait déployé 32 éléphants. Cette action ayant présenté quelques particularités qui méritent de fixer l’attention des militaires, nous en rapporterons les circontances les plus importantes.
BATAILLE D'ÉLINGE.
(547 deRome , 206 av. J. C.)
Asdrubal avait passé l'hiver en Lusitanie, et employé cette saison à refaire son armée. Il reparut au printemps dans la Bétique avec 60,000 hommes d'infanterie, 4,500 chevaux et 32 éléphants. Ces troupes étaient composées en partie d’Africains, en partie d'Espagnols ; Masinissa, Syphax et Magon, officiers d’une valeur éprou-
1 Appian., Bell. hispan., xvi.
Tit. Liv., xxx, 32,
# «Addita trepidatione elephantorum, quos territos æque atque «hostes timebant.» (Tit. Liv., xxvir, 18.)
190 HISTOFRE MILITAIRE
vée, commandaient sous ses ordres. Scipion, qui venait de quitter ses quartiers de Tarragone, ne pouvait disposer que de 45,009 fantassins et de 3,000 chevaux. Il y avait même dans ce nombre beaucoup d'Espagnols sur la fidélité desquels 1l ne pouvait entièrement compter. Cependant il sentait la nécessité d’aller au-devant des ennemis pour les empêcher de faire de plus grands progrès. Il compta donc sur sa fortune, et, continuant sa marche, il vint camper en face d’Asdrubal, qui avait pris position près d’Élinge !.
La possession définitive de l'Espagne devait être le prix de la victoire; les deux chefs désiraient d’ailleurs une action décisive, l’un comptant sur le nombre de ses troupes, l’autre se souvenant qu'il avait souvent battu les mêmes adversaires, quoique la disproportion des forces fût encore plus considérable. Ils ne tardèrent donc pas à faire sortir leurs armées et à les ranger en bataille, chacun en avant de son camp. Mais, aucun des deux partis ne se croyant assez fort pour s'éloigner de ses retranchements, cette parade fut répétée plusieurs fois de suite sans aucun résultat. Cependant ils eurent ainsi le loisir de s’observer, et de reconnaitre mutuellement leurs dispositions. Asdrubal, qui rangeait toujours son armée sur une seule ligne, plaçait au centre les Africains, qui étaient l'élite de ses troupes; il formait ses ailes avec les Espagnols, qu'il couvrait d’un rang d'éléphants,
1 Ville de la Bétique, dont il ne reste plus de trace. Polybe l'appelle Hiiyye, dont Schweighauser a fait irz; Tite-Live la nomme Silpia. Appien dit que la bataille eut lieu près de Carmona, ce qui ne fait pas une grande différence ; quant à Frontin , il en parle sans se donner la peine d'indiquer le lieu où elle fut hvrée. Je lui conserve le nom d’'Élinge, adopté par Guischardt ; 1l suffira, dans tous les cas, de savoir qu’elle eut lieu non loin de Séville.
et flanquait sa ligne avec sa cavalerie. Seipion mettait d'habitude les légions au centre, et les Espagnols aux ailes. On croyait donc dans les deux armées que le jour du combat les Romains se trouveraient en face des Carthaginois, et les Espagnols en face des Espagnols : chacun se préparait en conséquence à bien recevoir lennemi qui lui serait opposé.
Mais Scipion eut l’heureuse idée de tromper l'attente de ses adversaires , et de les jeter dans la perplexité au moment de Paction. Au jour où la bataille devait avoir lieu , il fit manger ses soldats de grand matin, et ordonna à la cavalerie et aux éclaireurs de se porter en avant et d'escarmoucher aux avant-postes; puis il fit sortir son armée, et la déploya, mais dans un ordre entièrement différent, c’est-à-dire qu'il mit les Espagnols au centre et les Romains sur les ailes. Il se proposait par ce chansement plusieurs avantages : le premier, c'était de dérouter l'ennemi par une disposition inattendue ; le second, d’opposer ses meilleures troupes aux plus faibles de son adversaire ; enfin le troisième , d'attaquer par ses ailes et de refuser son centre.
Polybe regarde avec raison ce stratagème comme un de ceux qui font le plus d'honneur à Scipion : en effet. tout en se méfiant de ses auxiliaires , 1l avait trouvé le moyen d'en tirer parti, en les faisant parader pour contenir matériellement l'ennemi, tandis qu’il mettait en action les seules troupes’ sur lesquelles il püt :ompter. Ainsi, ces alliés douteux, qui auraient été pour tout autre Capitaine au moins un embarras, devinrent entre ses mains un puissant moyen de victoire.
Cependant Asdrubal faisait sortir sa cavalerie pour repousser celle des Romains, et rangeait son armée en bataille. Il ne pouvait apercevoir les nouvelles dispositions prises par Scipion, le combat qui était engagé
entre les troupes légères des deux partis, et la poussière qui s'élevait dans la plaine, lui dérobant la vue de l’armée romaine; mais il devait naturellement penser que cette armée était rangée dans le même ordre que les jours précédents. Scipion s'était réservé le commandement de l'aile droite, et avait confié celui de la gauche à son lieutenant Silanus, avec lequel il avait concerté le plan de l’attaque. Lorsqu'il eut achevé son déploiement, il fit rentrer ses éclaireurs, et démasqua sa ligne. On sonna alors la charge des deux côtés; mais lorsque les armées furent arrivées à cinq cents pas l’une de l’autre, Scipion ordonna à son centre de ralentir sa marche, tandis que les deux ailes s’avanceraient obliquement et au pas accéléré sur les flancs de l'ennemi. Ce mouvement rapide et bien calculé réduisit à l’inaction le centre de l’armée d’Asdrubal, c'est-à-dire l'élite de ses troupes, qui n'osèrent s’avancer dans la crainte d’être prises en flanc par les ailes des Romains.
Pendant ce temps-là les troupes légères harcelaient les éléphants : plus féroces que de coutume, ces animaux leur firent d’abord beaucoup de mal; mais elles réussirent enfin à les rejeter sur le centre de l’armée cathaginoise, et 1ls y portèrent le désordre !. Polybe dit en effet positivement qu’en cette circonstance les éléphants firent autant de mal aux amis qu'aux ennemis *. Scipion et Silanus tombèrent alors en même temps sur les deux ailes d’Asdrubal. Elles leur disputèrent d’abord vigoureusement le terrain; mais enfin, rompues et sépa-
1 «Elephanti tumultuoso genere pugnæ equitum velitumque et «levis armaturæ consternati, e cornibus in mediam aciem sese «intulerant.» (Tit. Liv., XVI , 15.)
2 Ta my Orpi, du Tovyoccpoudyoy xai Toy irréovy dxovriopeva xai darapar- Toueva mavrayoev, Émacye mèv xaxos, ÉGharte d’oùdèy Hrrov Tobs œious À To
TOXELCUS. (Polyb,, Xi 24.)
rées du corps de bataille, elles furent obligées de prendre la fuite. La cavalerie carthaginoise ne fut pas plus heureuse, car Asdrubal, toujours menacé par le corps de bataille des Romains, n’osait affaiblir son centre pour renforcer ses ailes. Lorsqu'il se vit dégarni des deux côtés, il craignit d’être tourné, et battit en retraite avec ses Africains, qui n'avaient pas pris de part au combat. Il espérait pouvoir s’en servir pour protéger le rallement de son armée ; mais Scipion le serra de près, et il n'eût pas échappé à une destruction totale, sans un orage effrayant qui s'éleva tout à coup, et sans une pluie battante qui détrempa le terrain et obligea les deux armées à regagner leurs camps. Cependant Scipion rejoignit les Carthaginois quelques jours après, et il acheva de les tailler en pièces: tous leurs éléphants furent tués, à l'exception de 8, qui tombèrent vivants en son pou woir |.
La bataille d'Élinge fut la dernière que les deux peuples rivaux se livrèrent en Espagne. Asdrubal, après sa défaite, quitta le pays, et en laissa la libre possession à Scipion.
Les Carthaginois conduisirent aussi des éléphants en Sicile pendant la seconde guerre punique. Himilcon en débarqua 12 dans cette île, au commencement des hostilités. Plus tard Marcellus défit Hannon aux environs d’Agrigente et lui en prit 8, qu'il fit transporter à Rome pour servir d'ornement à son triomphe *.
Roy, 2002220, 24, -—- it, Liv. xxvin, 14, 10, 107 Appian., Beil. hispan., 25, 26,27, 28. — Frontin., Siratag., 11, 3, Folard , Comment. sur Polybe , t.vi, chap. 5. — Guischardt , Mém. milit., t. 1, chap. ff.
2 Tit. Liv., xx1V, 35 ; xxV, 41.
Mais l'exemple le plus remarquable que l'on puisse citer de l'emploi des éléphants pendant cette période, c'est celui que présenta la bataille de Zama. Nous allons résumer les principales circonstances de ce grand événement; mais auparavant nous ne saurions nous empêcher de faire une réflexion : c’est que le déploiement considérable d’éléphants que firent les Carthaginois pendant la seconde guerre punique ne leur fut pas d’une grande utilité, et qu'ils remportèrent leurs plus belles victoires sans le secours de ces animaux. Nous avons vu en effet qu’ils n’en avaient nt à Trasimène ni à Cannes. Leurs plus grandes défaites, au contraire, telles que celles de Bécula, de Canusium, d’Agrigente, d'Élinge \ du Métaure, de Zama, furent signalées par l'intervention des éléphants.