‹ Histoire militaire des éléphants, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'introduction des armes à feu; avec des observations critiques sur quelques-uns de plus célèbres faits d'armes de l'antiquitéChapitre 56 sur 79 · RÉFLEXIONS SUR CETTE BATAILLE · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR CETTE BATAILLE

Tout homme de bon sens qui aurait vu les deux armées avant l’action aurait facilement deviné de quel

U Tite. Liv., xxxvir, 38, 40, 42, 44. — Appian., Bell. syriac., 30, 32,30, 37.-— Flor., Epitom., 11, 8. — Justin., xxx1, 8. — Eutrop., Breviar., 1V, 4. — Aurel. Victor, de Vir.illust., 53, 54.

DES ÉLÉPHANTS. — LIV. 11, CHAP. VI. 327 côté devait se déclarer la victoire : d’une part, une troupe homogène, disciplinée, aguerrie; de l’autre, une cohue de nations barbares, ignorant les vrais principes de la guerre, et manquant d'ensemble dans l’exécution. On ne se tromperait pas beaucoup en disant que ce fut la multitude des Syriens qui causa leur perte ; et l'on pourrait appliquer cette réflexion à presque tous les faits d’armes où des peuples barbares ont eu affaire à la tactique des nations civilisées. Si Antiochus se fût contenté de présenter en ligne sa phalange, s’il eût formé ses ailes avec l'élite de sa cavalerie , le tout soutenu par ce qu’il avait de mieux en troupes légères, en chars et en éléphants, son armée se serait trouvée supérieure en nombre, et pas trop inférieure en bonté à celle des Romains; peutêtre aurait-il réussi à les repousser, et, dans tous les cas, il leur aurait fait payer cher la victoire. Il Jui serait d'ailleurs resté une forte réserve en hommes, en chevaux et en éléphants, qui auraient pu agir à leur tour et arrêter les vainqueurs au milieu de leur succès.

Il commit une grande faute, en doublant la profondeur de sa phalange; car la formation sur 32 rendit inutile la moitié de ce corps, qui était l'élite de son armée. On ne donnait, suivant les bonnes traditions, que 16 hommes de profondeur à la phalange ; quelquefois même on ne lui en avait donné que 12; et telle fut la disposition qu’adoptèrent les Spartiates à la bataille de Leuctres. Si Antiochus eût suivi cette règle, il aurait au moins doublé le front de son corps de bataille, avantage immense , car, ainsi que nous l'avons dit, cette partie de son armée était ce qu'il avait de mieux à présenter à l'ennemi. La phalange aurait d’ailleurs pu. se trouvant plus libre dans ses mouvements, essayer quelques évolutions pour déconcerter les attaques des Romains , au lieu que, pressée en masse comme elle l'était,

elle devait nécessairement être exterminée sans pouvoir se défendre.

La pluie qui tomba par torrents au commencement de l’action fut aussi une des causes de la défaite des Syriens ; car outre qu’elle détrempa le sol et fit échouer la charge des chars, elle détendit les courroies des ares et des frondes, et rendit inutile cette immense quantité d’archers à pied et à cheval qui auraient pu faire beaucoup de mal aux Romains. C’est ce que disent positivement Tite-Live et Aurélius Victor. Mais indépendamment de cette circonstance, il est hors de doute que cette cohue de chars, de chameaux, d'hommes, de chevaux, d’éléphants, agissant en même temps sur le même terrain , ne pouvait enfanter que le désordre.

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