CHAPITRE yih
SUITE DE LA GUERRE DE i55l.
Sommaire* Les Français entrent les premiers en campagne, — Ils' remportent
■ quelques avantages sur les. Piemontais. — Siège et prise de la citadelle dé Lans. -^ Capiiulation du château
- de Viù. -^ Les Espagnols tentant trop lard de secourir ces places. — Leur
■ (tvant'garde est battue sur le Malon.
— Leur retraite. — Us entreprennent de fortifier Rivarol et Fftvria. — -Leurs mouvemens sur l'Orco pour couvrir ces travaux, — Lew ligne est forcée ; ils se replient derrière laDoire- — Avantages remportés par M. d« Brissac. — ■ Nouvelles défections deplusiewsFiémortfms de marque. ~— L'intrigue des Français pour surprendre Quérasque tourne
■ contr'eux. — Découverte de la trame
Î'ui devait faire tomber au pouvoir des mpériawc quelques villes dit Piémont, et Marseille en Provence, — Une conjuration est ourdie à Milan pour surprendre, le château, — Quelques Français se rendent déguisés dans cette ville. — L'entreprise manque.
— Ferdinand de Gonsague divise ses forces , et ravitaille ses places, -r-
iSa GUERRES DU PIEMONT
Brissac le suit avec avantage. —
Prise de plusieurs ■ châteaux forts.-
— Une partie de l'armée impériale est rappelée en Allemagne. — Gonzague concentre ses troupes. — Le maréchal fortifie Bra. — Une partie de son armée est rappelée en France.-
— Les Espagnols reprennent l'offensive. — Attaque et prise de Brà par Emmanuel Philibert prince de Piémont. — Courses de ce prince dans la province de Mondovi. — Les Impériaujc font la conquête du marquisat de Saluées pour le marquis Jean'Louis. — Marguerite de Foix , mère de Jean-Louis , appelle les Français contre son fils. — Saluées repris. — Le maréchal de Brissac est rappelé dans les retranckemens de Carmagnole par les mouvemens des Impériaux. — Les Français assiègent Busqué. — - La place capitule lâchement. — Monsieur de Brissac attaque inopinément ■f^errue , et la prend d'assaut avant l'arrivée de l'armée de secours. — Mouvemens de ce général qui terminent la campagne^
An i552. jyLonsieur dé Brissac ne donna pas un long repos à ses troupes', eUes se mirent en mouvement malgré la rigueur de lu saisou , et remportèrent quelques avantages SOT les Piémontais, qui perdirent
CBAPITRE vu. l53
VeStîgiié , défend» par le chevalier de Valpergue , et Passerai) , dont le vainqueur démolit les fortifications.' Le général français, ayant ensuite rassemble à Turin six mille hommes et douze pièces de canon, résohit l'attaque deLans, dont la conquête avait quelque importance. La ville de ce nom n'était entourée que d'un faible mur ; mais la citadelle assise sur un rocher escarpé ne semblait accessible que du côté de la ville; le front qu'elle lui présentait était assuré par deux forts boulevards, où l'on ne pouvait espérer d'ouvrir assez tôt la brèche pour forcer la place avant qu'elle fût secourue; il fallait donc se résoudre à tenter de faire monter l'artillerie sur les hauteurs qui coipmandent les derrières de la citadelle , et marcher ensuite à l'assaut par deux cents trabucs (a) d'une montée extrêmement difficile. Tant d'obsjtacles ne firent pas désespérer au maréchal de réussir, et son avant- garde étant arrivée à Lans le 19 janvier, se logea le même jour dans la ville, malgré une vigoureuse sortie que firent les Savoyards. Le 20 Brissac -y arriva avec le reste de ses forces, fit le tour de la
(a) Mesure de Piémont qui est approsimatiVement & là tobe de France comme 5 à 3.
l54 GUERRES DU PIÉMONT place , et observa qu'elle n'était défendue du côté du nord que par un vieux mur garni de deux moineaux couverts d'un fossé sans profondeur; la difficulté 4e placer des batteries contre ce front avait fait négliger aux Piémontais de l'assurer davantage, et cette fausse confiance détermina les assiégeans à Hxer leur attaque sur ce point. Les ofliciers français, donnant à leurs soldats r«xemple de la constance et du courage , parvinrent à monter k force de bras quatre pièces de canon sur la montagne, après quarantehuit heures de travail sous le feu des assiégés ; l'on dressait en même temps deux autres batteries, l'une dans la ville même , l'autre dans le bas de la vallée , et on logeait un corps d'arquebusiers sur le faîte d'une maison qui plongeait une courtine. Le feu commença vivement ; les deux batteries, de la ville et de la vallée n'endommagèrent que bien peu la place, ainsi qu'on l'avait prévu; l'effet de celle qu'on avait élevée sur la montagne fut au contraire plus prompt qu'on ne l'imaginait , et le danger était d'autant plus grand pour les assiégés , qu'ils ne pouvaient paraître sur la brèche sans être battus à revers par les arquebusiers placés sur tes-tôils des maisons voisines. Jacques de Provane qui commandait dans .la place, chercha à se mettre à l'abri de ce feu meurtrier en constnùsant des
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blindes le long de la courtine enhtce ; cette précaution étant néanmoins insuffisante, et la formation des blindages trèsmeurtrière , Provane se vit réduit k capituler; il arbora le drapeau blanc le a8, et il envbya le chevalier Roero rers le maréchal, qui fit passer en même temps monsieur de Vimercati dans la place; les articles étant signés , les Fîémontais au nombre de cent cinquante en sortirent le même jour avec armes et bagages. Les Français, maîtres de Lans, investirent le diâteau de Viù , oix commandait, le seieneur de la Roque, qui se rendit sans défense pour rejoindre Provane avec les cinquante soldats qu'il avait k ses ordres. Le château de Viù fut démoli.
Dés les premiers jours du siège de Laos, La-Roque en avait fait passer l'avis au maréchal de Challant à Ivrée , et celui-ci en avertit diligemment le général «spagnolj mais Gonzague jugea que cette entreprise n'était qu'une amorce que lui offrait l'ennemi , pour l'engager à découvrir le Milanais, en se portant dans les alpes; et plein de cette idée il refusa constamment de secourir la place; il se' contenta de réunir ses forces, sur la Doire Baltée; et toujours persuadé que Brissac voulait tenter de pénétrer en Lombardie par le Ganavais , il se porta le long de l'Orco, -dont il .fit retrancher les ports , garder tes ^aés ^ et rosBtpre la glace. 11 ne sortit
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enfin de son erreur que quand il apprît que Laos était vivement pressé; il chargea alors le marquis De-Pescare, fils da marquis Du - Guast, de secourir cette place t et de renforcer la garnison de Viù; mais quoique cet officier mît beaucoup de diligence dans sa inarche , il apprit en arrivant k Kivarol que l'ennemi s'était rendu maître de toute la vallée de Lans , et qa'informé de son ap proche , il s'était avancé sur le Malon , où il avait atteint «t battu son avantgarde. Cette fâcheuse nouvelle fut suivie de l'avis que les Français marchaient ^ Rivarol. Pescare n'ayant que deux mille hommes avec lui sentit à la fois la nécessité d'exécuter sa retraite et le danger de l'entreprendre en présence d'un ennemi supérieur, qui occupait déjà le village de Saint-George; l'extrême diligence da maréchal avait surpris sa vigilance ; et le commandant espagnol comprit qu'il ne sauverait sa troupe qu'en déroDantà Brissac la connaissance de ses mouvemens. Il ordonna k cet eflèt à cent chevaux légers . d'attaquer, dès que la nuit serait venue, le quartier de Saint-George; et pendant que la hardiesse de ce détachement jetait l'alarme dans les postes français il se relira sans oppoÂilion.
T.ps troupes qui avaient extrêmement souffert de la rigueur du fpoïtf, 'refilrè- -rent dans leurs canto^émens, «nazies
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hostilités ne tardèrent pas k recommencer. Dès les premiers jour» de février, cinq mille Impériaux bordèrent la droite de l'Orco, afin de protéger la fortiBcation de Rivarol et de Favria , que Gonzague voulait entreprendre. Ce mouvement dont l'objet n'était pas connu du maréchal Bris- «ac, l'engagea à r-éunir ses forces à Chivasso pour observer de plus près son ennemi, et ayant visité la ligne qu'il occupait depuis Favria jusqu'à Visque , il jugea que s'il pouvait entreprendre avec succès contre ce dernier village, il forcerait indubitablement les Espagnols à se replier sur Verceil. ïl dirigea dans cette vue une forte colonne contre Visque : les Impériaux qui s'y gardaient négligemment furent surpris et malt^ités. Gonzague jngeant des-Iors sa position hasardée alla occuper la chaîne de ses cantonnemens sur la gauche de la Doire , après avoir mis à contribution la par- - tie du Canavais qui s'étend depuis celte rivière jusqu'au Malon ; les Français n'inquielèrent point son opération; Brissac ne voulait rien précipiter avant l'arrivée des deux mille Suisses qui devaient le joindre , et le général espagnol , qui attendait de Parme un corps de deux mille LansquNiets , souhaitait comme lui un repos de quelques jours.,
Les Suisses étant arrivés les premiers ■à l'armée française , le maréchal attaqua
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au commencement de mars Primei ',' Polens, Santa- Vittoria et Marsaille, dont il se rendit maître k peu de frais. Ces pertes furent vivement senties par le duc de Savoie , parce «qu'elles entraînèrent la défection de plusieurs gentils^ hommes , fidèles jusqu'alors. Celle de Oermain de Provane , comte de la Novalaise, dut surtout être sensible à ce prince infortuné ; l'exemple du frère du ministre servit d'excuse aux hommes moins Troarquans qui l'imitèrent ; et quoique leur faiblesse pour être très-commune n'en fût pas moins toujours bien criminelle, elle semblait devenir moins odieuse à mesure que le torrent grossissait. Que l'ennemi cherchât à fortifier son parti en Piémont , c'est ce que l'on conçoit aisément; mais on ne peut compreodrè comment il osait se fier sans précaution à des traîtres- l'exemple de ce qui était arrivé à Nice aurait dû prévenir contre cette imprudence ; la même faute répé^tée par Brissac eut à Quérasque des suites aussi funestes, ^e capitaine de Montbasin entretenait des pratiques secrètes dans cette ville avec un moine peu scrupuleux , selon Boivin , ou avec l'enseigne de la compagnie du comte de Caraéran , appelé Pozzetto , seloà Voersio ; l'un ou l'autre , et peut-êlre lous les deux d'accord , se montrèrent disposés à servir les pro}et§ de Montbasin;
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il s'agissait d'introduire les Français (Jans j/n'i59s, la place par un égout qui se déchargeait dans le fossé. Bfissac informé de cette intrigue fit visiter ce passage , et l'entreprise ayant été jugée possible, l'expédition iut arrêtée pour la nuit du ao mars : cependant Jérôme Sac gouverneur de Quérasque informé de l'intrigue par l'homme même auquel Montbasin se C(>nf fiait, préparait secrètement les moyens de la faire tourner contre lui , et cet oDîcier qui ne soupçonnait riert de la double intrigue , donna aisément dans le piège ; le jour qu'il attendait avee impatience étant arrivé , il se présenta à minuit sous les murs de la ville avec quatorze cents hommes. Le silence profond qui régnait dans la place le confirmant dans sa fausse sécurité, il donna le signal convenu, auquel le traître répondit exactement j les Français ne "doutèrent plus alors de réussir , et les xapitaines Chepy et Laval se jetèrent aussitôt dans l'égout , suivis de deux cents soldats d'élite. Ce détachement destiné à se saisir de la porte voisine îuarchait conduit par l'homme qu'on croyait avoir gagné , avec si peu de défiance , qu'au sortir du conduit ver» l'intérieur de la ville le guide se sauva "adroitement , et une herse tombant tout - à - coup avertit les Français dn danger -qu'ils allaient courir au moment
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OÙ ils n'avaient plus de retraité; la garnison disposée le long des avenues les attaqua vigoureusement; tout fut pris ou tué. Montbasin instruit du malheur des siens par le feu qu'il entendait dans la place se retira , non sans être poursuivi. Brissac venait à peine d'échouer à Quérasque qu'il apprit que les Impériaux avaient des correspondances dans quelques-unes de ses places du Piémont , et en France même , le maréchal était exactement instruit de tout ce qui se passait au quartier général de Gonzague par un espion qu'il entretenait à Milan ; ayant ■été informé des vues des Espagnols sur Marseille , il en fit part à monsieur de Masset, lieutenant du comte de Tende qui y commandait, et il pourvut de son côté à la sûreté de Saint-Damian , . de Marsaille et de Primei, que l'ennemi menaçait. Pendant que le général français éventait ainsi les projets de Gonzague , il poursuivait sans relâche lui- ■ même le dessein qu'il avait formé de surprendre Milan , où les frères Birague entretenaient des intelligences avec Horace Pecci et George Triceresi-, sienois relégués. Les conjurés ne demandaient que deux cents soldats pour s'emparer de la citadelle , et la trame fut si heureusement conduite, que cent vingt Français entrèrent déguisés dans celte ville Sans être reconnus. On arrêta que