‹ Histoire militaire du PiémontChapitre 39 sur 176 · CHAPITRE VIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÏ

l'entreprise aurait lieu la nuit du carémeprenant, que la plupart des officiers et beaucoup de soldats passaient hors de la place ; l'on convint d'escalader Iç rempart près du palais du gouvernement, où il n'y avait aucune sentinelle. La nuit la plus sombre favorisant l'exécution du projet , les Français et leurs amis s'assemblèrent sans être remarqués, descendirent le fossé de la citadellç,et dressèrent leurs échelles contre ses murs; mais ces échelles se trouvèrent n'être pas assez longues pour arriver jusqu'au haut du rempart, et cet inconvénient imprévu fit manquer 'un dessein, dont la réussite dépendait de ta circonstance du moment: désolés de ce contretemps, qu'on tenta inutilement de réparer, le chef des conjurés voyant le jour prêt à naître congédia aa troupe jusqu'au retour d'une occasion favorable qu'il se proposait d'épier, et elle serait peutêtre revenue encore , si l'on n'avait ajouté de nouvelles imprudences-à l'imprévoyance passée ; les échelles oubliées dans les fossés de la place donnèrent de forts soupçons aux Impériaux , et les propos indiscrets de quelques Français qu'on arrêta dans l'état de Venise ayant appris le danger qu'on venait de courir, le complot fut découvert : Triceresi fut puni du dernier supplice , Pecci se sauva

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JjLiSSà, avec peine, et rejoignit les Français e^ Piémont.

Dans le temps qu'on poursuivait k Milan le procès des coupables , les Lansquenets qu'on attendait étant arrivés à l'armée espagnole , Ferdinand de Gonzague se remit en campagne sur la lin de mars, pour ravitailler ses places, et pour exiger les contributions qui n'avaient point été acquittées par les communes imposées; les Impériaux di-> visés en plusieurs corps cachaient leurs vues, en paraissant menacer tantôt l'une tantôt l'autre des places françaises; ils espérèrent un moment de s'emparer enpassant de Villeneuve d'Asti , par le moyen de deux soldats de la garnison, qu'ils pensaient avoir gagnés; mais avertis k temps qu'on leur tendait un piège , ils s^éloignèrent de cette place , et coururent le pays jusqu'à Ormée. Cependant Brissac divisant lui-même son arméo ' suivit par tout l'ennemi , qu'il battit à Cervère. La Piovi fut forcé en méiine temps par la garnison de Villeneuve , qui l'abandonna après l'avoir pillé. Polens et Santa-Vittoria furent également pris , et demeurèrent aux Français. Dans ces circonstances où Gonzague avait sans doute besoin de tontes ses forces contre Brissac , la cour de Madrid rappela en Allemagne quatre mille hommes de ses meilleures troupes ; leur départ mit

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Gonzague daQs la crudle aUeroative, di renoncer à tenir la campagne, ou d'aban-' donner une partie de ses places , et ce" fut ce dernier parti qu'il embrassa ; il démantela Montey, Montcïai:, Tigliole, Odalengo, Monlebello et . Montalto ; il rappela les garnisons de beaucoup d'am très châteaux ,■ et' il réduisit celles des villes les plus importantes ; les Espagnols forent souvent attaque? avec succès dans les marches qu'ils étaient obligés de &ire en détail pour rejoindre l'armée , et Grtïnzague , affaibli encore par ces pertes, dut abandonner la campagne h l'ennemi.

Le maréchal de Brissac exécuta alors le. projet qu'il avait formé de fortifier Brà; ses partisans continuellement exposés dans cette ville aux insultes de la garnison de Quérasque l'en sollicitaient depuis long -temps; le premier soin du général français fut celui de couper les ponts du Tanaro et de la Sture , a6n d'isoler Quérasque ; il mit ensuite la main aux travaux, qu'il poussa avec une activité si grande , qu'en un mois Brà fut entouré d' un rempart de gazon et d'un large fossé. Le maréchal aurait voulu assiéger quelques-une^ des places ennemies dans cette partie du Piémont; mais il reçut dans ces entrefaites l'ordre de faire repasser les monts à . toute l'iuiaDterie française.

l44 GUERRES OU PIEMONT Brissac ' réduit h neuf mille hommes vit évanouir les brillantes espérances qu'il avait conçues; il se retira sous le canon de Carmagnole , en confiant la garde de Brà à Jacques de Solar , seigneur de Villeneuve , l'un des gentilshommes les plus marquans de cette ville , qui avait puissamment contribué à sa forliBcalion ^ par son influence et par son argent. Lar guerre changeant alors d'aspect , Ferdinand de Gonzague . reprit l'offensive ; il avait été joint quelque temps auparavant par Emmanuel Philibert prince de Pié- ■ mont , nommé général de la cavalerie impériale. Ce prince attaqua Brà avec deux mille hommes de ses propres troupes, miis à deux mille Espagnols, pendant que Gonzague observait le maréchal, et l'empêchait de troubler le siège. Le

foiiverneur de la place ayant repondu ta sommation qu'on lui adressa âa nom du duc de Savoie , qu'il ne reconnaissait d'autre souverain que le roi de France , quatre pièces de canon furent dressées en batterie , et quatre cents coups tirés ouvrirent ifne large brèche; par laquelle on monta à l'assaut le S septembre; la garnison piémontaise n'espérant point de quartier s'opiniatra à la défense ; mais forcée après un combat sanglant, elle fut passée au fil de l'épée,et ce qui échappa au carnage fut exécuté comme rebelle. Pendant la chaleur

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de Tassant un corps de cavalerie française commandé par monsieur de Ter- ■ rides s'était avancé pour dégager la place ; ËH^manuel Philibert , averti de Son approche, détacha k sa rencontre cinq cents chevaux, qui le repoussèrent avec perte, et le poursuivirent long-temps. - Le prince de Piémont, après avoir rétabli à Brà l'autorité du duc son père, entra dans la province de Mondovi , enleva les subsistances des environs de Bene, de La-Koque et de Cental, où il rejoignit l'armée espagnole, qui était en marche vers Saluées. Cependant Jean- Louis marquis de Saluces , chassé de ses états , avait obtenu de l'empereur un ordre à Gonzague de tout tenter pour l'y rétablir ; et ce général ayant rassemblé ses forces dans les environs de Cental, laissa le soin à, Emmanuel Philibert d'observer Brissac dans son camp de Carmagnole, en se portant luimême sur ViUefallet et sur .Verzolo , dont il voulait s'emparer avant tout. Ces petites places ne lui opposèrent qu'une résistance momentanée : Saluces qu'on attaqua ensuite prétendît en vain se défendre ; César Maggi et le comte de La-TriniUt , chargés de deux diiFérentes attaques, ouvrirent la brèche et donnèrent l'assaut en même temps; la ville fut emportée de force, et livrée au pillage, malgré les remontrances du marquis , Tom, II. 10

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qui vit abîmer sous ses yeux les maison» de ses serviteurs les plus fidèles. Le château s'étant rendu quarante<huit heures après,. On mit le siège devant Dronero, qui souiTrit quatre jours de feu, et qui se racheta du pillage par une rançon de quatre mille écus. L'armée s'approcha de Montmal , château que sa situation rendait très-important. Auguste de Saluces chargé de sommer la place , engagea Frédéric de Saluées, qui en était seigneur , à se rendre auprès de Maggi pour parlementer, et cette imprudence faillit coûter cher k Frédéric; car Maggi ne l'eut pas plutôt dans les forces , -qu'il .commanda qu'on eût à le pendre a la vue des assiégés , s'ils ne se rendaient aussitôt à discrétion ; le courage de Frédéric ne se laissa pas abattre dans cette affreuse circonstance , il refusa constamment de racheter ses jours par la capitulation qu'on lui proposait de souscrire , et il allait subir son sort, quand les siens ouvrirent spontanément leurs portes pour lui sauver la vie. La vallée de Maira, enlièrement ouverte aux Impériaux depuis la prise de Dronero et de Montmal, paya une contribution de quatre mille écus , et rentra sous l'obéissance du marquis Jean-Louis , sur qui l'ennemi ne retenait plus que Carmagnole.

Peut-être serait-oa parvenu à déloger

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l'armëe française (jui couvrait cette place, si- Gonzague n'avait pas dû envoyer une partie de ses troupes dans le duché de Parme, où la guerre continuait toujours; affaibli par les forts détachemens qu'il y fit passer, il se replia sur Asti, d'où Emmanuel Philibert reprit la route d'Allemagne, après avoir passé quelques purs avec le duc son père à Yerceil. Le maréchal de Brissàc sortit alors de son camp de Carmagnole , et. marcha sur Saluces.

Il y était appelé par Marguerite de FoJx,mère des quatre derniers marquis, laquelle voulant conserver son autorité après sa régence , ne rougit pas de conjurer avec ces étrangers contre ses propres enfans;^ implacable dans la vengeance , incapable de pardonner , cette femme superbe causa la ruine de sa maison , sans parvenir à ses fins, et termina tristement ses jours en France dans l'ouKU et dans les remords. Monsieur de Brissac suivit en entrant dans le marquisat de Saluces le même ordre qu'avait tenu Gonzague ,.

il attaqua d'abord Montmal*etDronero ;■ la première de ces places' défendue par le même Frédéric de Saluces , qui en*.

suite du dernier siège en avait de nouveau obtenu l'investiture, se rendit, ,a|H^s une faible résistance ; Dronero^ occupé par des troupes impériales, repoussa le capitaine Bertin à un premier assaut , fiit emporté au second, et ia garnison;

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À» t55». entière iut passée au fil de 1 epée. Le marquis Jean-Lonis , n'ayant aucun moyen de défense, se retira à Fossan, et l'ennemi ayant pris Verzolo ne tarda pa's d'arriver k Saluées, qui capitula dès la première sommation'; Je capitaine Jean de la Chiesa rendit le château , et rien ne paraissait s'opposer à l'entière conquête du marquisat, lorsque Brissac fut rappelé à son camp retranché de Carmagnole par la nouvelle qu'il apprit da dessein oîi était Gonzague de le prévenir dans cette position; te maréchal, forcé d'y marcher & la hâte avec U plus grande partie de ses forces , chargea le président Birague d'achever l'entreprise qii'ît ne pouvait lui-même consommer, et ce commandant n'eut ii-peu-près qu'à se montrer pour établir par tout l'auto-' nté de la France. Cardé seul lui opposa une résistance soutenue; Charles de Sa* luces qui en était seigneur avait joint deux cents hommes de ses vassaux aux deux cents soldats du marquis que lé capitaine Léen commandait, sons les ordres du seigneur de Monestarol , gouverneur de la place. Birague l'ayant investie avec deux mille hommes , la garnison fit contre lui des sorties qui l'obligèrent à heancoop de précautions; elle ne cessait d'ailleurs de travailler à réparer les faibles murs de la ville, que les assîégeans bfttuàent en raine arec quatre pièces de

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