CHAPITRE vm. l
d'être fait prisonnier. Ayant observé l'état de la place , où deux niiH& deux cents hommes étaient enfermés , il n'en jugea pas le siège possible dans la rigueur de la saison, et quoique Maggi opinât pour cette entreprise , l'avis du chef l'emporta dans le conseil de guerre, où ia reiraile fut décidée. IVéanhioins Gonzagne voulait d'autant moins perdre le fruit de sa marche, que Brissac s'était trompé sur son objet; les premiers mouvemens des Impériaux lui ayant fait craindre pour Carmagnole, il y accourut, et il s'y tenait immobile , lorsque le général espagnol en renonçant à l'attaque d'Âlbe , prit la détermination d'assiéger Saint-Damian ; cette place était mal pourvue , la poudre et la mèche y manquaient surtout « de sorte que si l'on avait empêché l'entrée des secours , les assiégés étaient dans l'impossibilité de se défendre ; quinze mille hommes qui entourèrent cette petite ville sur la fin de décembre, étaient plus que sufEaans à couper toutes ses communications; mais on ne prit aucune des précautions qui pouvaientempêcher qu'elle fût ravitaillée : celle faute n'échappa point à Brissac; informé de la' négligence de.'l'ennenai il s'avança ii Villeneuve , d'où il fit partir un convoi, qu'il dirigea à la Cisterne , avec ordre à Torquato Torto Je l'introduire & Saint - Damian. La première tentative fut infructueuse ; la
l6o GUEUXS HV PI^HOITT "A» iSSi. seconde réussit k sonhait, sans que cette leçon rendit les ImjtérUtix plus vîgilans; huit jotirs après un second convoi entra dans la ville ; enfin' de cinq fois qu'on tenta de secourir les assiégés -depuis la Cisterne, les Français ne furent repous- »és' qu une seule. Cependant dix-hait pièces de canon et quatre coulevrines dressées en batterie commencèrent leur feu dix jours après l'investissement, et le mineur avait pénétré sous le fossé par deux galeries, qu'il poussa jusqu'au pied du rempart; les assiégés n'eurent aucune connaissance de ces travaux just qu'au moment où les fourneaux allaient être chargés; un mineur fait prisonnier ayant révélé an gouverneur le danger qu'il allait courir, il travailla avec activité à éventer la mine , et il força les Espagnols d'abandonner leors travaux souterrains; réduits au feu de leurs bat* teries , il leur' devenait urgent de s« loger sur la contrescarpe, et de s'éta* blir dans le fossé; mais les mousquetaires français placés dans une espèce de cunette qu'ils s'étaient ménagée durant le siège , s'y soutinrent contre des attaques répétées : les Impériaux voyant qu'ils ne parviendraient à exécuter la descente du fossé qu'avec une grande perte , s'attachèrent à le combler ; mais quoiqu'ils tentassent cette entreprise sons la protection du £eu de toate leur artillerie.
.:>yGOOglC
les obstacles qu'ils y rencontrèrent les forcèrent d"y renoncer. La garnison venait d'être renforcée de deux cents hom* mes, et Gonzague commençait à doute,n du succès du siège ; vOuIadt cependant tenter un dernier effort , il fit avancer ses batteries , dont une était dirigée contre la courtine de la porte d'Asti « l'autre contre la tour qui flanquait Ift bastion regardant la Cisterne; une sortie retarda de quelques ioatans ce. nouveau, travail , sans pouvoir en empêcher l'exécution, et après trente-six heures defeuy Gonzagoe, qui s'était préparé pour l'as-, saut , fit reconsaîlre les brèches ; oa lai rapporta que le pied du rempart étant intact l'attaque semblait impossible encore ; l'artillerie recommença aussitôt à tii-er; mais des pluies abon-i dantés tombées le même jour dérangèrent'les plàtes-formes , inondèrent Ift tranchée, et remplirent d'eau les huttes du soldat; ces inconvéniens d'autant plus sensibles qoe le terrain des aletttours de. la place était gras et argileax, décidèrent enfin le général espagnol à lever le siège la nuit de 21 janvier; la garnison enhardie osa.suitre l' arrière-garde impériale y et engagea contr'elle un combat assez.
vif, dont l'avantage lui demeura..
Les Espagnols allèrent se remettre à Asti , et les Français rentrèrent dansi leurs cantonoemens , oii ils demeurèrent Tom. IL n
tBi GUEiiREs tni pnbronT jusqu'aax premiers fours de niai.' Brisaad ayant réuiù 'a cette époque treize mille hommes d'infonterie et douze eeats che-i vaux dans les environs de Carmagnote »
alla passer le Tanaro à AJbe . roiriajit porter la gtMrre dans les Laides ; co projet tendait à ^par^ner «es- vivres «n Piémont , autant qua iti«^>»rraiser lescommontcatâons de l'ennemi par l'état de G^nes ; pour remplir ce but te maréchal divisa ses foroes en plusieurs corps qui s'emparèrent de Oaresane , de .Serraval, de DogUaiiî , de Rod , de Moat£ort et de Farillan ; plusieurs des ^misons «de ees peti(ie« places taveat panées au fil de fépée; quelques-uns des officiers qm y commandaient forent pendus, et déjà le m^'échal se proposait d'assiéger Go«rtesiille , qua^d on loi fit approuver Vattaqne de Cèv^, dont la prise paraiuBit moins difficile et ptas iiaportante. L'apmée française s'y readit en effet «o <k»K marches depuis Albe , où etle s'était ra«semhlée de nouveau, «t Brissitc se déeids. i attaquer le fort qai commandait la TiJl«, persuadé que oelle-ci tomberaU nécessairement quand une fois lé Ettrt serait à lui. Cette place renaît d'être tout réeemment ^evée par les Espagnols avec l'ar^at das Génois, qui espéraient d'éleigner pare»
moyen la guerre de leur torttoire; îls se trompèrent néanmoùis , ear ja^oail peut-être les Français u'auraient songé à.
GHAMTIie vm. |05
s'étabHf dans la vtWéa da Tanaro s'U« n'y avaient point trouvé un point d'appui important. Monsieur d» Bonnivet , charge de dresser let batteries des assiégeans, traîna avec beaucoup de peina son canon sur tes hauteurs qui aoini-<' naient le fort , et le sueoè* de ce fea surpassa son attente , puisque le revêtement du rempart tomba par gros pans»
et lui offrit dès le premier gour une largq brèche ; êd troupes l'attaquèrent avec, une ardeur inconsidérée , elles lurent repoussées; l'artillerie recooimença à tirer après cet échec, et le comiaandant ayan( été tué d'un coup de canon , la garnison. capitula le 17 avril. Le maréchal fit alor» sommer Jérôme Sac, gouverneur de la ville, qui refusa de se rendre ; Cave était entoure d'une épaisse œuraille , fianqué», de tours , et soutenue d'un large fossé : mais ses fortifications devenaient inutile^' contre le château qui les [Songeait; le. général français dressa son canon contre les maisons de^ U ville , où il fit un si. grand mal , que Sac après quatre cents . coups tirés, adhéra aux instances des malheureux habitand, et obtint de se retirer à l'armée impériale avec les honneurs de la guerre.
Si Ferdinand Gonsague n'avait pas es-, péré de sauver la place assiégée, il corn-, ptait peut-Âtre tirer un avantage déeisif de l'entrée des Français d*iw4Q» Langheaj^
n,<i-^f^:>yG00glf
l64 GUEBRE5 DU PIEMONT son projet ëtait de leur couper le chemin du Piémont, ou de les forcer dn moins à combattre avec désavantage ; il se porta dans cette vue sur la grande route de Mondovi , pendant qu'il envoyait douze cents hommes, commandés par Don Alvaro de Soudes , au Pont de Morère sur la Cevette , afin de couper k l'ennemi le chemin de Mulassan et de Dogliani. Ces dispositions auraient peutêtre embarrassé monsieur de Brissac, si Gève avait pu tenir quelques jours de plus , ou si les Espagnols les eussent plutôt exécutées ; la place étant rendue quand les Impériaux prirent ces posi- «itions , le maréchal pénétra leur projet, et le prévînt; il fit attaquer Don Alvaro de Soudes par le capitaine Laval, qui le battit , pendant qu'il trompait Gonzague même ; car ayant passé le Tanaro à Cève , et le Pés à la Roque, il tourna sur sa gauche, et traversa la Sture près de Castelletto, où il campa sans être atteint Cette retraite qui est sans contredit une des plus belles opérations de Brissac, déconcerta les projets de son ennemi , qui se replia à Quérasque sans avoir rien pu entreprendre. L'armée française, âpres avoir passé quelques jours sur la gauche de la IStnre se porta à Behe; le maréchal ne voulait pourtant pas combattre ; son plan était de rentrer dans tes Langhes pour assiéger