CHAPITRE VIII. l
Courtemille. Il était de la dernière importance de cacher ce projet à l'ennemi qui l'aurait aisément prévenu , et Brissac en ayant préparé l'exécution dans le plus grand secret , retourna de Bene à Atbe , passa le Tanaro à Farillan , afin de mettre cette rivière entre lui et les Espagnols, auxquels il prétait le flanc dans sa marche , et dirigeant ses colonnes à Lequio , Arguel et Serraval , dont on fit les garnisons prisonnières de guerre , il arriva enfin à Courtemille , par des chemins où son artillerie n'avait pu être conduite qu'à force de bras.
La place fut investie le dernier jour d'avril ; deux cents hommes qui défendaient le faubourg de Courtemille l'ayant abandonné après un léger combat , les Français s'y logèrent le soir même , et dressèrent les batteries contre la ville pendant la nuit ; huit pièces de canon dirigées vers une courtine commencèrent k tirer le matin du premier mai, et quelques heures de feu ayant ouvert une large brèche , monsieur de Bonnivet s'y logea : la garnison qui l'avait faiblement défendue abandonna alors la ville , et se retira dans le château , vers lequel l'artillerie fut dirigée. La conduite précé<lente du gouverneur faisait espérer un prompt s^ipcès dans le nouveau siège ; cependant la force de la place suppléant à la faiblesse de ses défeosetirs , les. Français
n,<j,N..<ib,G00glf
l66 GUERRES DU PrÉMONT rencontrèrent les pins grands obstacles tes premiers jours de leur entrepriM ; •oixante - dfnize heures d'un feu continuel avaient à peine effiearé les murs du château , qnand l'on apfnit que l'armée ennemie était tu mouvement pour le secourir. Sur cette noQTelIe , Bnsaac commença, ses di^ositions de retraite , et le siège allait être levé , lorsque le bravo MoQtlnc proposa, de changer le front d'attaque , et de battre la place par le bord opposé de la Bornùda : les fortifications étaient effectivement très-faibles sur : ce point; mais le prc^et semblait d'une exécution si périHeuse , que le succès devait bien en panàtre douteux ; il fallait d'abord que l'arttHerte passât dans la rivière^ dont le fond ^rreuz l'exposait ii verser; la garnison: pouvait tomber sur tes troupes avant qa'dles eussent le temps de se former en sortant de la Bormida ; enfin la nouvelle tranchée devait nécessairement s'ouvrir sons le feu des a«siée;és>: malgré ces difficultés le maf échat cédant aux instances de Montlnc le chargea laiimAme de l'entreprise , et le succès- sur-» passa l'attente générale , puisqu'e» one seule nuit tes batteries furent en état de )duer. Pendant que cet officier exécutait avec autant d'intelligence que de conrïige le plan qu'il avait formé , l'on apprit qvs cinq mille impériaux aux ordres de Don Alvarui dtt Soodea étai«nt. activé* k. Saintr
CHAPITRÏ Ylir. 167
Etienne de Belbe , à cinq milles de ta Ah iMS. place assiégée. Sur cette nourelle le général français alla avec la plus grande partfe de ses forces occuper une position 'avantagense sur les haoteors de Castino, -et sa diligence loi fut utile, car l'ennemi oe tarda pas à se montrer ; nais n'osant ■se mestirer avec les Français, auxquels -l'arantage do nombre et du Uea doninait une supériorité décisive. Don Alraro ae retira. Le maréchal s'arrêta sur les -«oHînes où il s'était logé , afin d'empè- 'Cher l'approche des secours , et Monihic .il qui il avait confié la ccoduite iki siège , «Bvrait la brèche sur te front d'attaque -nonvellemcnt choisi; le gouverneur n'était pas homme à se montrer snr les -murs minés pour sotitenir un asaàut dont -il redoutait le moment; anssi en prévintil le dangec par une capitulation. Moa- Keur de firissac retourna alors dans ses lignes , d'où it vit défiler les quatre cents Espagnols cpn sortireat dn château avec les honneiars de la guerre , et se relirè- .rent à Tlice. La perte de Cottrtemille entraîna celle des petites pteees environnan- ; tes ; Hoqueveran , la Tour de Bormida , -Gorin , Olmo , Ferletto, Vesme, la Hoquette et la Boçia , qui n'étaient gardées . que par la milice féodale de» seigneurs , , ouvrirent leurs portes , dès que les Fran- . çais se présent^ent ; CàsUno et Cossan, .défendus pardesdétacbeneiu isopériauz.
l68 eUJSltllES DU PIEMONT ne firent qu'une défense très-fai^e , de sorte qu'en Irois semaines de temps les Espagnols perdirent une grande partie des Langhes.
Il était de la dernière conséquence pour Ferdinand Gonzague d'empêcher l'ennemi d'étendre ou d'affermir sa domination sur une province qui lui fournissait ses plus promptes communications arec la mer , et quelque fât ' son éloignement k risquer une action dé> cisive, il se mit cependant en mourement , déterminé à combattre , ou à obli-
.ger le maréchal. de repasser en Piémont. Brissac avait trop d'expérience et de 5a«
-gesse pour ne point éviter une bataille
■ qui eût pu lui devenir fatale , et sur la nouvelle de l'approche de l'armée impériale, il se retira de Courtemiile , comptant aller à Hiva près de Chien. Gon-
■ zague fier d'avoir rempli son but plus ' aisément peut - être qu'il ne se l'était
imaginé , suivit les Français , dans le dessein d'assiéger Villeneuve d'Asti , et - Brissac était à peine arrivé k Riva , -qu'il apprit \ que les Espagnols étaient en pleine marche vers Buttigliera. Le maréchal instruit des projets du général ennemi sentit qu'il était essentiel de le prévenir ; mais il comprit aussi qu'il ne pouvait tenter de le faire sans être déterminé' à hasarder une bataille,
■ k laquelle son mouvement allait l'exposer.