CHAPITRE Vllf
Feu de chefs auraient alors osé prendre An i55S. aur> eux de combattre sans un ordre positif.de leur prince; le temps pressait cependant, et on instant perdu allait devenir décisif: Brissac ne voulant pas arltitrer tout seul , assembla un conseil de guerre , où ses vues furent adoptées. La résolution ayant été prise d'accepter, s'il le &llait, le combat, afin d'empêcher le siège de Villeneuve, l'on donna ,aux troupes l'ordre de partir à minuit, -et de se rendre à Buttigliera ; des cour- .riers expédiés en diligence portèrent l'a- .vis aux gouverneurs des places d'y faira s passer sur le champ une partie de leurs garnisons. L'armée firanç^ise , forte de .quatorze mUle:: hommes d'in&nterîe et de mille chevaux , se mit en marche , -suivie de six pièces de campagne. Gon- . zague qui avait .sur elle une avance con^dérahle, étant arrivé le premier à Buttigliera, sortit dC' ce village, et se . déploya le long de la Banna , torrent qui forme sur ce point un ravin a»- . sez profond. Le marechal sous les yeux de qui ce mouvement s'exécuta , se mit de son côté en bataille le long d'un fossé qui se trouvait en avant de son -terrain; il assura, ses aîles en- plaçant les arquebusiers dans des touiFes de bois, .et comme cette ligne n'avait pas assez d'étendue , il mit une partie de &&i trompes, en réserve.
lyo GU-EBRES DU PIEMONT
iJes deux généranx occupaieat une position avantageuse , d'où l'un ne pouvait s'approcher de- l'autre sans s'ex- -poser. Brissac et GoDzague le sentirent ég;alement, aussi la iournée etftière se passa't-elle en combats de papti -de nulle importance , chacaa ç}ierchant -à attirer l'ennemi rers coi ; désespérant enfin d'y réussir, ton donna des deux côtés le signal de Ja retraite au soleil couchant ; les Espagnols rentrèrent ■k Buttiffliera , et les Français retour* -nèrent a Riva, d'où ils étaient partis. 'Dès qu'on vit le tendenuiin les deux 'armées se- tenir respectirement dans 'leur position , l'on regarda un engage- ^ment: ' général comme - inévitaUe ; mais .on vit avec étonnement, qu'après deux -jours d'incertitude, tionzagae ayant proposé" une suspension d'armes, eUe fiiË acceptée par Brissac. L'on convint d'une trêve de quarante jours, pendant lesquels il serait permis anx deux partis de ravitailler leurs places.
Cette détermination extraordinah^ en' apparence prenait sa source dans dif- . 'férens motife ; le maréchal , mcàns îort que son ennemi, craignait l'issue d'une bataille; presqu'autant le siège de Villeneuve; et la perte de cette place par dessus tout : le général espagnol éta^t au contraire dans les plus grandes inquiétudes pour Quérasque ^ . et pour
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CHAFITBJB VUI. 171
Yolpian , qui étroitement resserrés par Jn i555. les châteaux, oii . fei postes que les Français occupaient dans les environs des deux ptac« ^ autaat que par les partis qui couraient la campagne, com- 'Diençaient h maùqner de vivres , sans qu'on euli^vU le moyen de leur en iaire passer. Ces consid«ration« firent trou- -¥er an avantage égal aux deux chefs dans kt concluâton de l'armistice, dont ils signèrent les articles le ai août. Les armées . s'étant séparée» eirtrèreot en «fuartier de repos. Cependant l'iofortuné Charles Hl, que dlx-s^t ans de mal- ^ura avaient détaché des grandeurs du trône , et débouté de la vie , mourut h Verceil , le t6 sephenbre , moins regretté que pljHnl de ses sujets; peutêtre anirait'il fait leur bonheur dans un temps de «aime; mats parmi les orages que l'atabilion de Charle-Quinl avait exci^ en Europe , iml homme n'était moin» propre que lui à soutenir le poids db gouvernement: accablé sous ce poids, et précipité daiis le comble de l'adversité , il sonâi-it ta rigueur de son sert avec une fermeté qui sembla l'ékrep au-dessus de la faiblesse de son caractère^ Quelquefois l'ame incapable de combattre pour prévenir l'infortune est œUe qai montre le plus dé cotiringe. à la supporter.
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17a GUEIffiES DU PIEMONT CHAPITRE IX.
SUITE DE LA GUEHBE DE l55l.
Sommaire. Emmanuel Philibert prince de Piémont succède au duc de Savoie son père. — Reprise des hostilités. — hes deux armées dans l'As-
: tesan. — '■ Surprise de f^erceil par les Français. — Le château lâchement rendu. — Approche de t armée impériale. — IJe maréchal de Brissac se met en retraite. — Sa marche habile. — Faites de ses ennemis. — Les Français arrivent heureusement
- à Turin. — On entre en quartiers de part et dautre. — Don Qomes Suerez est nommé général en chef de tarmée espagnole. — Monsieur de Brissac assiège Valfenière. — Les Impériaux essayent de sauver la place par diversion ; ils tentent avec aussi peu de succès d'y jeter des secours. — Belle défense du gouverneur. — Levée du siège. —
- Retraite des Français sur Chieri. — ■■ Mouvemens des deux armées. — El- ■ les prennent des cantonnemens.
l j avènement ' d'Emmanuel Philibert au trône de ses pères n!apporta aucun changement dans l'état des choses en Piémont.
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CfeAPlTBÏ. IX. , , ' 175 Le temps ' de la trêve "létabt expiré., jtui^^ sans que les pourparlers de paix çus-\ sent eu des suites , les hostilités ^ re^r commencèrent par le siège de Carnée ran , place de l'Astesan, «ssez forte alors, contre latfuelle le maréchal de Bri^sao marcha avec cinq mille hommes d'infanterie , cinq ceht^ cavatier^ et, sept pièces de canon. Après deux )9ur8 ae travaux les batteries lurent dressées , et la brèche- fut ouverte dans te flanc d'un bastion dé gazon; le gouverneur battit la chamade, et n'ayant pris au* cune mesure de sûreté pendant qu'il traitait de la Capituhition , l«ï Fran-: çais entrèrent dans la place, et la garnison , forte de quatre cents hommes, fat passée au filde l'épée. La prise de.Ca-; Hiéran précéda celles de Baldichiei^i et de Tîgliole, dont on rasa les fortifications. Brissac alla ensuite camper h Vilr Jeneuve , pour observer les ennemis qui avaient pris position à Valfenière , d'où ils couraient les Campagnes voisines ; les partis des deux armées se rencontrèrent souvent à la guerre , et Içs Esr pagnols vengèrent dans, «es rencontres l'échec qu'ils venaient d'essuyer. .
Pendant que les deux généraux épiaient l'occasion d'entreprendre l'un sur l'autre, le nïaréchal ne négligeait pas les liaisons secrètes.dont il avait toujours,, Ktilemebt. profilé; elles iui fctWQÎrent bieat6,t
174 GUEAKCS tiVTdBIONT Tcwcasiônde tenter la surprise deVer"ceif, qu'on jwuvait regarder comme la.
place la plus importante du Piémont, depuis que par la perte <de Tarin et de Chambéty, «lie «tait devenue la ca-' pitale du' duc de Savoie. Parmi les Pié* mentais au serrice de France il «en trouvait un nommé Poot-de-Sture, qui ayant plug dé courage que d'honneur^ ne craignit pa« d'exposer la ville où il était né au malheur d'être surpriseï Cet homme dyant formé le projet d'in* tfèduire les Français dans Verceil, enl traîna dans ses vues un habitant de cette ville appelé Merle , auquel l'eS' poir d'une récompense de dix mille écus fit promettre de recevoir et de cacher chez-lni un détachement destiné h, far voristir la surprise. Monsieur de Brissac ne voulut oepeïtdant pas s'engager daiis une entreprise aussi importante sans étr« Rssuré de la possibilité de réussir, et Pont-de-Stupe , aussi prompt à le satis^ faire , qu'il avait été hardi à imaginer, fournit' k l'officier destiné à cette reconnaissance la fecilité de s'introduire dans la place ,: d'y tout voir, et d'y tout observer- sans être reconnu ; cet officier ayant rapporté qne la surprise «était aisée du côté de la porte de Sesia, dont on ne levait jamais lès ponts , et d'où la garde se retirait à la nuit , ■oîouta-^-que -œakres de ta ville., 'l''on y
trouverait I artiHerie néeeMaîre k ratta* que du chliteau et de la. citadelle. Un
Eort aussi satisfaisant donnait les e«ncea les plus, fondées au général çais, qni ordonna au baron de Chepy de- se rendre avec trciis mille bommes à Verme , et de 4ét«nmnBr avec Merle le joar et l'heure de t'atteque. Ce tratr tre ayant reçu chez'lui douze soldat»
déliées, l'on arrébi lejitreprise pour la suit- do 30 novenibne : Cbepy derait s'embarquer , descendre le Pô )asqu'i Morano, et se porter ide ce village directement Hit Vereeil , chint Merle et et>n parti favoriseraient l'escalade : loonsieiir de Brissac se proposait de soutenir lui-nsime la ; cûloraie d'attaque à la liéte àet dtm^e c»ts cavaliers dioisis, laissait à Chiraeso quatre mille hommes d'iofantene, et £Jnq cents chevaax, destiniée k protiéger sa retraite en cas de malheur i le reste nie l'amure , comr «bandé par monsieur de Boonivet , resr tait f^»w^ d'amuser Gonzague, qui campait tmi')onrs à Val&nière ; maia comme tl aurait été impossible ii cet officier de s'opposer aux Espagnols , s'ils vour Jaiont e/Bc9cement marcher au secours lie la plaCe menacée , ■ Bonnivet en «e râtiranjC devaat eux, avait ordre d'en donner le iWgnal. par «oc déchaîne de 4DUite l'aiîfiHîsic qoi bordait lés remparts jdA':ViUeoeijvg;ie^ pJaoes voiames devaient
1 7^ GrBRRBS DTJ PIEMONT >n iSfiS. répondre de proche en proche à ce &u ', et porter ainsi jusqu'à Verceil l'avis de la marche des Impériaux , bien plus prom»
ptement et avec plus de sûreté-, qu'un conrrier n'aurait pu le iaire.
Monsieur de Chepy partit de Verrue'; sa marche fut extrêmement retaniée pat la pluie , et la -difficulté dés chemins ^ de sorte qu'il ne put arriver sous tes murs deVerceil avant l'aube du jonr^il résolut néanmoins de tenter l'attaque, encore que l'heure convenue avec Merle fût outre-»
passée de -beaucoup, etdivisantsa troupe, il en forma deux corps, dont l'un était destiné à forcer la porte de Sesia avec le pied de chèvre ^ pendant que ■ l'autre escaladerait les murs rVoisins r il rencontra sur l'un et l'autre' point -beaucoup moins de uJîfficultés qu'il devait 'en àt^ tendre, et il entra heureusenient dans la ville: Merle était accouru vers luij mais le traître n'étant pas d'abord ré* connu, reçut un coup d'épée'ni'orter de Pont-de-Stnre lui-même qu'il voulut embrasser ; finissant ainsi des jours coupables par une punition digne de son «rime , Merle perdit à la fois , le fruit de son attentat, l'honneur, et la vie, sans que son exemple servît de leçon aux pervers qui couvaient dans le se*cret des projets pareils aux siens : les Français étaient déjà mah,res de la porté kpHind la- garde de la j^ce y acconru^
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