‹ Histoire militaire du PiémontChapitre 48 sur 176 · CHAPITRE IX. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. i

approché de la place fit une recon- Jn\5iH. naissance, dans laquelle il essuya quelques pertes, et où il manqua lui-même d'être tué; il détermina cependant le front d'attaque , et la tranchée fut aussitôt ouverte. La garnison de Valfenière, commandée par Don Alvaro de Saudes, était ^composée de hait cents hommes choisis:

les lortifications, tant de la ville que du château, n'auraient pu être en meilleur état, et si les provisions n'eussent man- .qué dans la place , elle se serait soutenue durant une campagne entière; aussi le général français ne a'était-il décidé à cette entreprise que sur la connaissance qu'il avait eu du peu -de vivres qui se -trouvaient emmagasinés: le gouverneur de son côté ne négligeait rien de ce qui pouvait réparer en quelque sorte un aussi grand inconvénient; il se saisit de tout le blé des habitans , et dès les premiers jours du siège, le: pain fut distrinué avec la plus grande économie, aux citoyens , comm'auz soldats. Cependant Don Gomez Suerez de Figueroa averti par les soins de Don Alvaro du danger que courait la place si te siège traînait en longueur , chercha h plusieurs reprises d'y jeter des conv<H« depuis Asti ,. où il s'était rendu avec un corps de six mille hommes ; mats la vigilance du maréchal éventa toujours ses projets ; et Suerez jugea 'enfin qu'une diversion capable d'attirer aiUeur& les

lS4 G11ERRE5 DU PI^ONT An 1554. forces françaises pouvait seule sauver Valfenière. Les vues du général espagnol âe portèrent sur Sommarive du Bosc , ville appartenante au comte de Tende , qui , quoique de la luaiaon. de Savoie (a), suivait néanmoins le parti de la France, et le comte de La-Trinità reçut ordre de tenter un coup de main sur cette place, \ la faveur des intelligences qu'on y avait; cet officier étant parti de Fossan, à la tète de mille hommes, n'eut qu'à se présenter devant Sommarive pour soumettre la viUe et le château ; mais il n'en demeura pas tong-temps en possession ; monsieur de . Brissac , instruit quelques heures après, de la perte de celte .place , fit incontinent partir monsieur de Bonnivet avec trois mille Français et trois cents. chevaux , que commandait le seigneur de Morette ; Bonnivet tira deux pièces de canon de Cariqagnole, où il ne fit que .passer, poursuivant sa marche' avec la .plus grande rapidité,, dans l'espoir de couper la. retraite au comte de La-Trinità, dont on était empressé de se saisir, comme d'uQ ennemi irréconciliable

(a) Claude de Satoie.iïh de Reari U^liiaé du duc Philippe II, Le comté de Tende lui appartenait du chef de sa' mère, Anne de Lascaris. Ce comté fut re'uni à la coutoone en (57^ par EmmaQue) Philihert, qui l'acheta d'Henriette de Savoie, femme de Jacqùei d'Utfé, eu qui «'iui^t la 4flsc«&diÉic»-d« lUne'. -

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du nom irançais; mais le comte avait AmSI^. prévenu ce projet en se retirant & Brà ; on le saivil, jùsqn'^ le forcer à repasser la Stnre; et Sommarive abandonné h ses propres forces, rentra sans résis* tance sons tes lois de Brissac.

Cette entreprise n'ayant pas ralenti les opérations da siège de Valfenière, le comte de Figueroa qui tenait toujours an jïlan de diversion , mit son plus grand espoir dans les intelligences que César Maggi s'était ménagées îi Turin ; quelf]u'un de la garnison devait lui faciliter la airprisé de cette capitale, en retirant la nuit «tu 4 3<^ût les seolinelles des trois tours de Saint-Michel , de Chaufournier et du Diable ; les mesures que l'on avait prises semblaient promettre l'heureuse issue de ce dessein , lorsque monsieur de Biron gouverneur de la place pénétra les vaes de l'ennemi : les renforts qile les Impériaux faisaient filer à Volpian en excitant son inquiétude t'engagèrent k des recherches par lesquelles il vint k bout de découvrir la trame qui s'ourdissait: les traîtres furent aussitôt secrètement arrêtés , et Biron se servit d'eux, voulant faire tourner contre les Espagnols leur propre ruse : conduits, de force sur les remparts, à la nuit, et à l'heure convenue, on les contraignit de donner le signal , et de faire toutes les démohstratioDS qui pouvaient attirer

186 GUERIE» DU PliéMONT

An t5S4. JVIaggi dans ie piège ; peut-être y seraitil tombé , si les précautions cpi'on avait -été dans le cas d« «rendre afin d'assurer la place n'eussent donné des soupçons à J'oincier espagnol » qui ne- s'approcha de Turin qu'avec beaucoup de circonspection. Ayant ainsi reconnu à temps l'embûche qu'on lui préparait , il marcha totit-<àcoup sur Colegne et sur Alpignan, qu'il espérait surprendre , et comme U en trouva les garnisons sous les armes \ il se dirigea contre <jivolet, petite place sur les bords de la Seronda , dont les fortifications étaient à-peu- prèa ruinées; Maggi s'y étant logé, en trouva la position avantageuse , y établît un poste de deux cents hommes , et retenrna & Volpian; Givolet fiit aussitôt bloqué par les garnisons voisines, et les Espagnols qui manquaient de vivres, ne tardèrent pas à capituler.

Don Gomez Sueres entreprit alors de jeter un convoi à Valfenière, en profitant de l'avantage que venait de remporter la garnison, qni dans une sortie avait forcé les lignes françaises , et s'était ouvert une communication avec Villefranche sur la grande route d'Asti. SI Jes Impériaux eussent été à portée de saisir ce moment , le secours serait sans doute entré dans la place ; aussi les Français qui l'avaient craint s'étaientils retranchés fortement ji ViUefranche

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mftine, et avaient~ils redoublé lears pos- Jinti&Jt, tes. dans cette partie de lignes. Le comte de Figueroa ignorant peut-être encore cette circonstance, partit d'Asti à la tête de deuxk, mille hommes qui escortaient on riche convoi , et pendant qu'il s'approchait de Valfenière par le grand chemin, un fort détachement sorti des places voisines se montra entre Buttilière et Villeneuve, chargé d'inquiéter les assiégieans sur le point opposé b la véritable attaque. Cependant le général espagnol rencontra à Villefranche des difncultéfr auxquelles il ne s'était point attendu , et après une attaque inutilement répétée, il donna aux siens le signal de la retraite; l'armée française s'était tenue sous les armes durant l'action, autant pour soutenir par del troupes fraîches le poste attaqué, que pour contenir la garnison ; et les mesures prises par Brissac en imposèrent tellement an gouverneur, [U'il ne sortit point de ses murs peniant le combaï. Don Gomez Suerez , de retour à Asti apr^s cette expédition infructueuse, ordonna au comte de La-Trinilà de secourir Valfenière k tout prix. Cet officier toujours actif, après avoir été forcé par Bonnivet de repasser la Sture , ensuite de l'entreprise de Somnarive, s'était ieté sur Votignasqnt», dont le seigneur suivait le parti de la France, «t lui ayant enlevé son château , il eo

i8S GUEERES mr Piémont

An iâ54. réparaît les fortifications dans le dessein d'inquiéter la garnison de Savillan^ lorsqu'il reçut les ordres du général en chef; la commission dont il se voyait chargé était des plus hasardeuses; Brissac était trop fort pour être attaqué, et trop vigilant pour se laisser surprendre/ mais ces difficultés ne tenaient pas contre l'ordre positif de Figueroa, et La-Trinità se disposa à l'exécuter sans perte de temps : suivi seulement de deux cents cavaliers, il se rendit en toute diligence à Brà, où il devait joindre un convoi de. deux cents mulets; l'ayant trouvé prêt , it poursuivit sa marche par des chemins détournés, avec tant de diligence et de secret , qu'il arriva à Sellaringue , avant que l'ennemi fût informé de son approche; la tranquillité où paraissaient être les assiégeans donnait àes grandes espérances et elles se seraient peut-être réalisées, si un de ses déserteurs n'eût porté l'alarme dans les lignes françaises; Brissac informé ainsi de l'arrivée , et du nombre des Piémontais, les fit aussitôt attaquer par des forces infiniment supérieures , contre les- Suelles monsieur de Lâ-Trinità voulut éfendre le convoi , dont il ne parvint à sauver une partie qu'au prix du sang de ses plus rtraves soldats: long-temps poursuivi et poussé , cet officier regagna Quérasque. avec peine , prit ea

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passant le petit fort de la Bastie , qui An 1554. . incommodait cette place , et rentra enfin & Fossan.

Malgré tant d'avantages le siège de Valfenière avançait peu : les Français qui avaient compté prendre aisément la place par famine, ne s'étaient point occupés des travaux; et la sage économie du gouverneur prolongeait ses ressources bien au-delà de toiit ce que l'on avait pu croire : Don Gomez Suerez montrait le projet d'attaquer l'armée assié* , géante dans les lignes, aussitôt après larrivée des Lansquenets qui allaient le joindre incessamment, et l'on s'attendait a mie bataille , lorsque la nouvelle de celle que venait de perdre en Toscane le maréchal Strozzi contre le marquis : de Marignan , décida Brissac. à lever le siège , ou du moins ce malheur lui servit-il de prétexte à la retraite qu'il jugea nécessaire. Les Français, en abandonnant Valfenière , campèrent à Saint- Paul; et quelque fût le projet du maréchal, il masqua par une chaîne de postes la place de devant laquelle il se retirait; les Impériaux les forcèrent; et monsieur de Brissac se replia quinze jours après k Chien pour donner des

Quartiers de repos à ses troupes. Penant que le gros de l'armée se remettait des fatigues passées , un détachement dç trois mille hommes marcha

190 GUEXRX8 rni PI^HOnT ■An i554. contre Villeneuve de Mondovi , qoe cinq cenU Impériaux étaient chargés de défendre. Monsieur de Bonnivet, coçimandant cette expédition, savait que la pkce I ne pouvait tenir contre te canon , et

il aurait voulu épargner le sang, en engageant la garnison à se rendre prisonnière de guerre ; mais le gouverneur s'étant obstiné à la défense , il força -ta brèche après un rude combat, et les Espagnols furent passés au fil de l'épée. Les Français avant de rentrer dans leurs cantonnemens s'emparèrent de S.t-Alban et de La-Trinità. Les Impériaux et les Savoyards ayant pris leurs quartiers dan( l'Astesan , ou dans le Verceiilais, on fut tranquille en Piémont jusqu'à la moitié du mois de novembre ; le maréchal recerant alors quelques renforts, résolut le siège d'Ivrée, dont plusieurs raisons lui rendaient la conquête importante :

elle lui donnait un point d'appui' vers la Lombardie , lui assurait la domination du Canavais , gênait extrêmement Verceil, ouvrait l'entrée da Biellaîs, et ■^ coupait enfin les communications du Piémont avec le duch^ d'Aoste, province de laquelle le duc de Savoie tirait ses principales ressources en hommes et en argent , parce que )amais l'ennemi n'y était entré, à cause de l'ancienne alliance de ce pays avec les Suisses.

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