CHAPITRE X. 3o
à» se bien défendre , îl animait sa gar* nison par lezeniple de son courage , et par l'espoir d'un prompt secours ; l'on savait effectivement que le nombre deft Autrichiens grossissait tous les jours à Alexandrie , où ils attendaient incessamment de nouveaux renforts du Milanais»
de l'état de Gènes , et du Trentin. Ce* nonvelles firent craindre au maréchal de ne plus avoir le temps de forcer la place> s'il n'employait des moyens violens pour la réduire , et il s'attacha à un parti que ses artilleurs jugèrent extrêmement hasardeux , * et qui doit paraître singulièrement étrange d'après les règles de l'arL Le général français qni s'était logé dans le fossé après la prise du second ravelin , imagina de placer dans ce fossé même quatre pièces de canon, à dessein de percer le revêtement du bastion vide , et de la courtine caseinatée du Èmat d'attaque, pour y jeter des barils de poudre, qni devaient, en éclatant, ouvrir la brèche ; les commissaires d'artillerie s'opposèrent à cette résolution, avec d'autant plus de fondement que les défenses du corps de la place étaient intactes ; mais leurs remontrances ne changèrent point le projet du général, qui voulut lui-même en diriger l'exécution. La nuit étant venue il lit avan< cer sur le bord du fossé quatre cents arquebusiers, destinés à protéger le travail
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de deax cents pionniers , qui devaient puvrir dans la contrescarpe un passag& à rartiUerie : Brissac , toujours présent à l'ouvrage, opposa une constance opiniâtre au feu très'vif que lés assiégés faisaient sur tui , et pressa tellement |e travail , que non senlement la descente du fossé , mais ta plate- forme ^ et les épaulemens destinés à couvrir et protéger la batterie s'achevèrent avant le jour. Les canons étant placés sans perte.de temps, à midi le revêtement était percé de part à part et laissait voir 1 intérieur de la casemate j cependant Guerrier! , et monsieur de Salines, commandant des Espagnols, travaillaient sans relâche à réparer les ruines , et leurs . soins n'auraient pas été infructueux , si Les Allemands qui composaient la principale force de la garnison, n'eussent menacé d'ouvrir les portes aux Français ; rien ne pouvant les ramener au devoir , Guerrieri se vil forcé de battre la chamade; il demanda de sortir avec armes et bagages, tambours battans , et enseignes déployées, en emmenant à Alexandrie l'artillerie et les provisions existantes dans la place, qu'il s'offrait de remettre dans huit jours s'il n'était secouru ; le gouverneur s'attendait bien à voir refuser ces propositions, qu'il n'avait iaites que dans l'espoir d'eijgager les Allemands à proloaget
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]a défense ; mais il ne put rieri obtenir de leur indisci'pline , et il dut signer une capitulation portant, que la gai'nison sortirait avec les honneurs de la guerre, se rendrait à Alexandrie, et que l'artillerie afçartenant à l'empereur serait fidèlement consignée aux Français , .pendant qu'on pourrait emmener celle dû duc de Mantouc; Guerrieri s'engageait enfin à rendre la citadelle, s^il n'était secouru dans vingt-quatre heures.
Ces articles étant convenus, le mare' cfaal ne laissa dans se& lignes que les troupes nécessaires à leur défense , et marcha avec le reste de ses forces entre Frassinet et Saint -Germain -, pour observer l'ennemi qu'il savait en mouve* ment; en etFet sur les si^ heures -dû soir "les collines de Terruggia , de Rosignan , et de Saint>Maurice furent cou- 'Vertes de signaux ; quelques coups de cànoD , et des salves répétées de mous* queterie afiDoncèrent l'approche dés Espagnols,' qui ne tardèrent pas à attaquer les avant-postes de l'armée fran* Çaise : l'escarmouche des enfans perdus ayant duré jusqu'à deux heures après minuit, le marquis de Pescare s'avança à la tête de sept cents chevaux , et de deux mille an|uebusiers, à ta reconr naissance de la posilion de Brissac, qui ne fut pourtant point attaquée : celte nuit orageuse fit craindre au maréchal
ao6 GUEBitES DU primoNT JmiSSa. Ae perdre le fruit de ses traraux; et daos l'état d'incertitude oh il se trou- Tait Sur le sort d'un combat qu'il jur geait inévitable , il s'avisa d'une rus* pour accélérer la- reddition de la citadelle de Casai ; par ses ordre» on avança de trois heures tontes les horloges de la ville; mais ce stratagème ne réussit pas; le gourerbear le reconnut aiséT ment ; il répondit ii la sommation «• qu'il. sortirait de la place au temps conr venu. Ce moment tant désiré arriva enfin, sans que Doo Gomez Suerez eût attaqué l'armée d'observation, et Goerf rieri exécuta fidèlement aa capitulation^ malgré les oppositions du commandant espagnol qui avait refusé de la signer. Le maréchal ne remplit pas s*s enga.gemens avec la même exactitude; l'ar?
tillerie de Mantoue ne pouvant être em? menée faute de chevaux , Brissac pro' mit de la laisser partir aassitât i]ue le duc k qui elle appartenait, l'enverrait prendre ; cependant ce prince l'ayant redemandée quelques mois après , le général français répondit , çuil fallait se résoudre à la vendre , ou à ne la retirer de Casai quà la paix-; si ces propositions ne conviennent pas au duc de Mantoue , ajoutait-il , il peut s'adresser directement au roc', dont je prends les ordres , et au nom- de qui fai signé la capitulation ; «a recourat
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eh VBÙi k Paris : cette artillerie ne fut jamais rendue.
Le5 Impériaux n'eurent pas plutôt ap* pris la perte de la place qu'ils se retirèrent de nouveau à Alexandrie , et les Français , atix)|U' Is le siège avait coûté quatre cents hiimmes sans compter les pionniers , entrèrent en quartier de repos. La prise de Casai , autant que l'exemple du comte de Bezane, du' comte da Valence « et de Flaminius Paléologue, bâtard de Monferrat, «igagèrent plusieurs seigneurs de cette prorince à recevoir des garnisons françaises dans.' leurs châteaux. Le maréchal espéra de réussir k s'attacher le marquis de Final , qui possédait des fiefi» ' Bombrenz daos le' Monferrat; mats fî' dèle k son honneur , le marquis préféra de se les voir enlever, plutôt que de* manquer à son serment. Cependant les partis français couraient impunément les frontières de la Lombardie , où ils se aatstrent de Pomaro , et de Saint-Salvador ;■ Brissac paraissait donner toute son attention à ces petites conquêtes', pour mieux cacher l'objet de son séjour à Casai. Des vues plus importante»
l'y retenaient , il avait des intelligences à Yerceil , et tout semblait lui promettre dans cette entreprise le bonheur qui l'accompagrtait ordinairement, lorsqu'au moment de l'exécuter, la vigilance
so8 GUEUSES ivtr Piémont
du comte Masln déconcerta ses ' espérances ; le capitaine Bressieux, principal auteur de cette odieuse trame, fut découvert et exécutés les gens suspects éloignés ; et la place assurée contre toute espèce de surprise. X>e Riarécfaal laissant alors quelques troupes' dans le Monferrat reconduisit son armée à Turia vers le moitié du mois, d'avril. Il y était k peine arrivé , que le gouverneur ' de Saint- Damian lai .proposa de surprendre Asti ,. où il avait des intelligences avec «n gentilhomme , qui offrait d'attaquer, lui-même la porte du TaïKiro.. et de la livrer aux Français au jour^'et h l'heure convenue ; il ajoutait ,- qu'un capitaine de la garnison était prêt à le .seconder,. si oh l'assurait d'une récompense proportionnée au service qu'il allait rendre, et au danger auquel il s'exposait. L'acquisition d'Asti étant- trop essaittelle pour ne pas tout promettre, et tout tenter, le général français approuva! le gouverneur de Saint-Damian , et &t avancer sous différent prétextes neuf -mille hommes à Sain t- Paul , ou à Soubry ; ce mouvement en quelque aorte nécessaire, fit néanmoins échouer le projet que l'on méditait; car quoique les Espagnols igno^ rassent absolliment les correspondances de leurs ennemis dans I9 ville, la marche des Français leur^ faisant- craindre uq.. siège, ils^ renforcèrent la garnison
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4*A$ti |u9qif'à deux mille hommes, et '1)9 jtni555. plurent de lelles préciiutionfi , qu'il fallut [fenoiiçer à l'espoir de les surprendre.
Monsieur, da Brissac, , voulant profiLet ^9 sa marche daus.l'Astesan, avait déterjniiié le siège de Valfenière, et déjà cç «iège n^élajl plus un mystère à l'armée, lorsque les troupe^ qui nV-talent peint ■payées se mutinèrent, et forcèrent leur ^néi:?). de se retirer à Turin. On ap- ^it. tt la cour avec indignation ce oouveau trait d'indiscipline : peut-être Ws «nvieuK de Brissac ne furenl-ile pas fâchés id'avQir uQc occasion de le conlra- THtr; et l'ordre de casser une partie ,de J'infanterie étrangère lui vint d'une manière si. pgsitive, qu'il, fallut songer k «É^Ft le mar^ch^l l'aurait fait. sans répliquer, si en lui enjoignant de ne coq- -seiVer sur fîed q/ae les troupes nécessaires .à/ )a d^fefise des places fortes , on ne. Ibi.^ûtvCom^Hudé en même temps .de rav:«^r le pays spr |es point^ ti'op '. éioignës de a^ placer pour en être prd- -l^gea. Le cœur . généreux de Brissac se .révu>ltà .contre mie if^ecune , que Tétat de détresse où se trouvaient les finances frâhçâîses^fJ^ternrinait le -ministère à ado- ■ pter< .forcé .pomme on croyait l^êlre à rédoune ^à Ifi dé£et>#ive la guerre en Piéipftntyoft votiiait ôfeer aux.lmpiériawx l^s ressource'B. iju'ils pouvaient trouver .dans les provinces quon feuT aband'onuaît, et Tom.Jl. ' ■" -14 '
D,g,t,.?(lb,GOOglC ■
310 GUERRES BU PIEMOKT l'on n'imagina pas . d'autre moyen que celui d'en dévaster les campagnes. De pareils ordres avaient déjà été d.)nDés plusieurs fois au maréchal , qui s'y était constamment refusé, en représentant que ces violens moyens ne pouvaient que devenir fatals à la France même. Espère-ton', disait-il , gue les Piémontais nous verraient enlever leur bétail , ruiner leurs moissons , détruire leurs villages , sans s'armer pour les défendre (a) I Supposez que nous les battions , ne coureront-ils pas en foule se ranger sous les drapeaux autrich 'ens , et grossir le nombre de nos ennemis î Mais quand ils ne le feraient point , réduits à tejctrémité la plus affreuse, ils se jeteront avec le courage du désespoir sur nos partis , sur nos convois , et sur nos places mêmes (b) pour j- chercher leur subsistance. Les champs du Piémont fournissent aujourd'hui à tapprovisionnement de nos magasins ; les impositions levées sur les propriétaires payent les frais de ces mêmes approvisionnemenSt et entretiennent une partie
(a) Ce nialhfur éxùt crproftant d^i arriva , et
i'amnin l'on n'arait osé prrnrlre ua parti aussi vloent qti* nmmieur de &''smc «Mublait craip 're.
0)) -Ou'im sr rappelle ce nu'dtaieDt la plupart des places dans ce temps; on peut consulter le chapitre iS-"* de la prèiiflèie' partie. .
D,9,N..<,r,,GOOgIe