CHAPITRE XI. a
(a), et chargea l'évéque d'Aoste, qui s'était rendu auprès de iui à Verceil , de renou- Veller les ouvertures d'un traité de paix avec la France, que le comte de Châtiant avait inutilement entamées. L'évêque demanda et obtint une conférence secrète avec les députés du maréchal de Brissac ; et quoiqu'il rencontrât en apparence les plus grandes diilicultés de ta part de ce général (b), Brissac ne laissa pas d'appuyer fortement les propositions du duc de Savoie auprès du ministère.
(a) I.e comte de Cliillant, qo! arait été fait prisonnier ds guerre k Vercetl, s'était obstiné â ne point Touloir payer pa rançon, comme ^Unt né en Va) d'Aoste, pays neutre et alli^ des Suisses : il comptait moins tams doute sur la juslice de celte allégation , i|ue sur l'appui de quelques-uns de Ses parens qui jouissaient è» Beaucoup é* crédit i la cour de- France, et sur l'jnUk^t qu* les caotona suisses prirfltl à Ini : mais leurs soliicitatioDf es sa fayeur fyrcat inutiles} l« mar^ctiiil venait an contraire d'èlre resserré plus 1 Aroitement dans le château de Turin , depuis qu'on' ffrait découvert ses liaisotts avec l'officier espapiot qui commandait à Volpianj et rien n'anvonçait alnrii sa délivrance. Mémoires de boivin.
(h) Quel intérêt peut avoir le roi à traiter la paix avec un prince qui a perdn tous ses ^tatf,' dnot la France ne se dessaisira jamais , disait le député de Brissac jA l'eVéque d'Aoste. I,e duc de Savoie rirait en effet réduit i ne conserver que le diirbé d'Aoste^ le comté de Nice, Verceil , Saint- Germain , Coni, «tune partie de l'Astesaa
— Mimtoiret de JBoifin , lie. 6.
aao- GUERBES Dtl PIIÎMOMT Pendant que l'on Qtbftndait le résultat de; oette démarche , Emmanuel Philibert, qui avait à petae passé trente jour* à Yerceil, se vit rappelé par Gharie-Quint en Flandre: son arrivée en Piémont avait extrètnetoent déplu au duc xi'Albc, qui ve-naît de renipiacn* 'Don Gansez Suerez, avec un pouvoir «t des titres <^t loi' assuraient l'autorité la fin» étendue^' Charle-Quint, justAment alarpié de« pnogrès de ses emiemis, qu'il attriboail: att-[ tant h l'incandaite; de «oa géoiéralf qu'à la faiblesse de son armée , ordonna à la plus fraoile partie de ses troupes ipii étaient en Toscane de passer en Piéinoiit, aprè^ I9 .rédvjçtitiit die S^eni^« , et oorama Ferdinand Àlvanee 4a TDlè4e »duc d'Albe, vicaire iniBérial, e* séi*ér»- Kssimé deses armées en Italie. CJe pbtt-' veau cbçf regarda d'a|i /oej) jaloux l'^rri^. véed'Ki««»anuelPUIibcrt, qui s'était dè'ft4i tors attiré ht confiance de l'emperear , et, H intrigua si bien pour l'éloigner, jqù'U[ :Çn,l' rappelé en Aj^e|fl;^gpp. .Ge prince a;e vendit avec peine aat. ve^bnlés de iioa 9ncle : it ^i fallut cependant êacrifler seê^ intérêts les plus .chers à dp plus grands ^lérpts, et repasser k ï^ra^ée de Flandre;..
Le duc d'AJlae, satisfait d'aVcàr ^o^tté le duc de Savoie, quitta son camp «ts Valence , ' et se porta sur la gauche du P6, dans la vue de consommer 3orJesIie,uf ses magaffim dç la LioiBAlIine : lien ne
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CHAFITRS XI< ' 311
paraîsMÏt loi pouvoir donner de J'în<|ui^tude dans c«tta positiott, lorsqu'une crue sabite du Vu hii ënïevft «es ponts, et le
- sépara die Valence, qui it'étant pas en état de soutenir un 8i^;e, pouvait être emportée sons ses yeux, si les Français eussent été en in«sure de profiter du moment , et de l'attaquer: le danger de cette importante ville détermina le eénëral espagnol à entrer dans )e Monférràt , afin de détourner l'attention du maréchal de priasse, en Ini donnant des inquiétudes : il projetait d'ailleurs de pousser vigoureusement la guerres et la 6upéri»rit« de ses forceA lui eit donnait les moyens ; il avait à sis ordres vingt'Cinq miHe hommes, sans compter tes garnisian» « et il tratn.»it k sa suite trente pièces de canon , 'des 'lonnitioi» imiilenses , et de riches inageKms : en arrivant dahs le Monferrat, il forma- le dessein de diviser .son
. arfaée , et: d'aliaqner en même^temps les
'.ehnetnis «ér deux points: le principal
etFort i^iie le général en chef se proposait
r db' diriger loi-méme , devait se iaire dans
- le Canavaîa , et Bon premier but était ■ de raTitailfcr Volpiân, qui manquait de- -pnîà lohg-tempB de vivres. Le général
Ji^ôihe Sac et le comte de La-Trinità eurent le commandement de mx mille
.iiommes d'ihfanterie , et -de sept cents cdevauJc ïmpériatix -«a savoyards; desli-
^nés^ "à entrer daps le comte d'AsU par
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333 GUERBES DU Pi:éMONT
la province de Chierï : il M parainait pas devoir être bien difficile d'en chasser les ennemis : ceU Eût, Sac avait ordre de se porter à Carignan, que les Français venaient de démanteler, d'en réparer les fortifications , et d'y attendre le gros de l'armée, qui après avoir achevé fioo opération, devait le rejoindre pour agir ensuite selon les évènemens. L'étendue de ce plan , et la justesse des mesures par lesquelles l'exécution devait en être aiffîurée, font honneur au génie militaire du duc d'Atbe : il allait changer la face de la guerre depuis .long-temps utale aux Espagnols: le centre du Piémont en redevenait le théâtre: la Lombardie menacée était mise k couvert: les provinces qui restaient au duc de Savpie étaient assurées : le Biellais, dénué de se-
- cours, rentrait nécessairement sous l'obéissance de son ancien maître ; et l'on resserrait d'un seul coup . Ivrée , Casai et
, Âantya , dont on se proposait de faciliter
' les sièges en dévastant les environs. L'exécution des vues du duc d'Albe fut un moment retardée par une incursion des Français dans la province de Kovare , où Us. marchèrent avec plus d'hardiesse; que de prudence depuis le Canavais et le Verceillais : ils y firent un riche butin, et emmenèrent des otages.
Les détachemens q«e le doc d'Albe avait
„été coiitraiat de faire pour empêchée ces
cnAtirHE XI. 33?
tour&es mineuses ayant rejoint l'armée impériale, elle se mît en mouvement sur la Hn de juillet. Brissac se troavait.dans un embarras d'autant phis grand, que la désertion et l'indiscipline s'étaient mises dans sa gendarmerie ; son activité et sa prudence ne se démentirent pas dans cette rencontre difiicile; incertain encore sur le parti qu'embrasserait «on ennemi, dont les mouvemens compliqués tendaient à
'lai donner le change , il renforça les garnisons de Casai, d'ivrée et de Santya,
'ava,at de prendre la position qu'il occupa sur la droite du Pô, entre Chivasso et Verrue : le soin qu'il avait pris de' jeter des ponts sur ce fleuve près du confluent de la Doire , lui donnait la facilité de se porter promptement au besoin sur les provinces de Verceil ou d'ivrée. Tout en prenant les mesiires les plus propres à épier les Ë^agools , et à déconcerter leurs projets, le maréchal s'oc-
; cupaît du S04n important de faire cesser les murmures de ses troupes, qui n'étant point payées montraient le plus dangereux mécontenteinent..-L'argent n'arrivant jamais de France , Brissac fut contraint d'ouvrir un emprunt forcé en Piémont, après avoir: fait entrer dans, la caisse militarela taxe qu'il s'imposa à lui-même i et aux principaux oîEcier»
D,g,t,.?(lb,GOOgIf
^34 GUEAltES;!)!} PIEMONT
de l'arméa (a). jûe.Hioy^ vilutent, nais nécessaire dans,.le .anomenL d'une crise <terrible,-rvttnait:à pewe.de «aiCisfaireles sol' .daufr^bçfûsj lordqu'oa apprit 8u.niltr!échBl, que l'etuiemi avait jete< <âts ^aAs aur le fô près du.viUage de.Eraâsiuçt «et qu'il Lavait passé cdâenre.) avec six pÀèicea 4^
campagne et douxê de siè^e.Jue com;iriet- fiihar^ ds cette nonveUei&t hientdt ■suiri.d'un; aaU!e,-^pBr'leqiiel!'fMt lui arf- DOiiçait 4pie .Sac .et.Ija-Trioità a'avaiirçaleatpàr l'As^esaii* Çhûsât,'ji'a]itant pl^s
embarrassé» que, dans le nopveiu ctoip tnrès da Pô ison .arm^ej&'étéit affiiiblie de -^aeux mille maladefr.,.-ne 'tajsgir. pas jde i&ire un détochement contre ILa^-Trinr^' : -cet oâcier , et le général Sas: aidaient -£tit la . faute de .se séparçr:. Je premier .s'était avancé avec mille bmnmeA jusqu'au ^xh^teau de la Tour, dont ij faisait le •siège: il y fut suEpris, etcomptÀteineait 'battit: un autre jcorps occupé à l'attaqoe -de. Praidrme éprouva le noiéBie malbcur; -dàs-:lors.âa[CJ.ne se trbuva ipluBasset fort
pour Vavaticer. .à.-Chieri-; et ^firlssac^ tcatt-
qaitle de ce cité,: porta" tbute son aU«n- -îtion sur le GlinavaM (oiii 4e -duc, d' Allie
étiît^eniré k laitétei«le>quHtr«. mille^che- . V»iKât devingt-OÎDti miUethotnnies d'infas-
tmet asam oanrpter cpiatte mille ipionniers.
(a) Brissac venait Ae remettre â la trésorerie de l'arméi* ireute raille livrps que !e marodial ife Chal- Uut s'était eutin décidé i lui payer pour sa rauçon.
CHAPÎTHE XI. 235
' Le maréchal, qui pouvait à peine op— An i555. poser quatorze mille hommes à l'ennemi, renonça au projet de défendre le passage de la Doire, et ne voulantrien hasarder avant l'arrivée des secours qu'il attendait, il abandonna la campagne aux Espagnols, en distribuant son armée entre Turin , Pîgnerol , Moncalier , Chieri , Carmagnole , Villeneuve, Savilian, Rével, Busqué, Bené, Mondovi , Albe, Gaglianico , ivrée , Masin , Verrue , Véroleugue et Chivasso.
Dès que le doc d'Atbe apprit la dis- ^ùtion de l'armée française, il renvojra une partie de son artillerie, qui retardait ses mouveinena , jeta des pouts sur la Doire près de Riveroule , campa le long de rOrco, et ravitailla Volpian : sor -premier but étant ainsi rempli, rien ne Tempêchait , ce semble , de suivre le -plan conoerté , et l'on serait bien embarrassé de dire les raisons qui le lut firent changer: quelsque puissent . avou* été ses motifs , le^ succès ne les justifia pas ; et les Français durent, selon les apparences, la conservation du Piémont à 'lia faute d'avoir abandonné le premier plan. Le duc d' Albe, ayant secouru Volpian , comme nous venons de' le dire , repassa tout-i-coup' la Doire , et alla mettre le siège devant Santya. Le 7 août, monsieur de Bonnivet, colonel général de l'infanterie française, s'était jeté, dans Tom. IL i5
336 GUERRES DU PlÉMOUT
la place, avec Louis de Birague , colonel général des Italiens; ils avaient à leurs ordres deux mille six cenls hommes d'iniànterie, et cent chevaux légers : le gér néral espagnol reconnut lui- même la place sous un ieu très-vif, et le capitaine Maggi ouvrit la tranchée 'contre le bastion qui regardait Verceil : mais Bonnivet qui sortît k l'aube du jour, chassa les assiégea ns , leur tua cent hommes, détruisit entièrement leurs travaux , et encloua deux canons, qui protégeaient les pionniers occupés à l'ouvrage : les quatre premiers jours du siège furent tons marqués par des socties heureuses : cependant le i6 Don Raymond de Cordue , chargé de diriger les attaques , s'était Avancé jusqu'à la contr'escarpe ; il re- -connut le fossé, et trouvant que sa profondeur n'était que de cinq pieds, U jugea pouvoir l'emporter de vive force : déterminé à exécuter lui-même son projet, il marcha la nuit à la tête de trois mille hommes choisis, sous la protection de deux pièces d'artillerie : l'attaque fut vive , et la résistance obstinée : la garnison sortit sur les flancs des assiégeans, pendant qu'ils étaient foudroyés de front par l'artillerie de la place : Don Raymond de Cordue fnt tué avec trois cents des siens ; et les Espagnols forcés à 1a retraite.
Le 1 7, ils avancèrent leurs batteries sur-—.
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CBAPITKB XI. 337
U hwâ du fosse ; le 18 , ils «ommencà^ rent leur feu, qu'ils dirigèrent en partie contre te -clocher de la ville, d'où les assiégés donnaient souvent les signaur à Casai et k Ivrée ; ce clocher bit bientôt abattu; mais trois mille cinq cents boulets envoyés le premier jour contre le bastion attaqué ne firent que peii d'effet. Pendant que l'on battait aioâi la place, les partis de l'armée espagnole arrêtèrent un courrier français , chargé d'une lettre adressée au commandant de Santya : le duc d'Albe ayant trouvé, la clef du chiffre, changea les dépêches du maréchal de Brissac, et fît parvenir à Bonnivet nn ordre supposé de rendre la rille , et de- sauver la garnison ; l'on -avait si bien imité la véritable dépiche, -que la suite de cette ruse eût pu être fatale U Sanlya, si Brissac n'eût fait passer aux assiège le double de sa lettre ^ar un astre chemin .- l'homme qui en était chargé étant heureusement entré dans la ville', ifionnivet reconnut le piège qu'oit lui tendait, et continua à se dé- -fendre : les Impériaux de leur calé faisaient un teu très-vif ;'maia 6ers de leurs propres forces , ils se gardaietit négli- -Çemment'dans leurs lignes: monsieur de -Gonort, frère de Brissac, qui en fut sans doute instruit, ^rlit d'ivrée leioaufioir, à dessein de jeter un convoi dans la place; -iè parvint aux poates des assiégeans, qu'il
338 GUBRIIES DU riEMONT attaqua sur plusieurs points ; et ayant attire vers lui leur principale attention y vingt mulets , escortés par trois cents hooimes, entrèrent 'dans Santya.