CHAPITRE It. S
Us Espagnols tournant le canon au ra- Aa i5^-j. velin contre la porte , en chassèrent les Français , et s'y logèrent une seconde fois; cependant assaillis avec impétuosité, et pressés par ceux des leurs qui s'étaient trop avancés dans la ville , ils saisirent ce moment pour en ressortir, et dans le désordre, que l'épaisseur des ténèbres augmentait encore, les Impériaux étonnés ne songèrent plus qu'à la retraite (iT : elle surprit sineulièrement ceux qui co»"-*'M.'' eniermés dans la place, voyaient 1 épouvante et la confusion qui y régnaient; sa délivrance parut si extraordinaire qu'on la jugea miraculeuse (2). La /îi^',"''^';;,!:;^ seule suite de cette tentative fut la ïu». Tiur. c"sâ^ perte des conjurés qui n'eurent pas le temps de prendre la fuite (5). w"!"'""'"»"
L expédition de Turin s'était faite avant * ■ "'■ •qaei'armée française eût quitté ses quartiers ; néanmoins lorsque d'Humière vît le général Du-Guast passer la Doire avec toutes ses forces, il rapprocha les siennes de cette rivière. Du-Guast avait en vue de surprendre Figneroi , et a6n de mieux cacher ce projet , dont la réussite dépendait du secret , il campa à Moncalier, paraissant plutôt menacer Turin , Chien ou Càrignan , qu'aucune autre des villes occupées par les Français. Cette poSiti'on des Impériaux, au centre de ces places, donoa. de l'inquiétude à d'Humière , qui
58 GUERRES DU PIEMONT
An i557. s'approcha de l'armée ennemie, comme s'il eût voulu combattre'; mais en effet pour sonder les vues du général autrichien, autant que pour assurer la marche des renforts qu'il faisait passer à Turin , à Chieri, à Carignan , et à Pignerol. Ce dernier but étant rempli , sans pouvoir atteindre l'autre , d'Humière se retira à Savillan, comptant porter de nouveau la guerre dans le marquisat de Saluées. Cette province, d'autant plus malheureuse que les troubles intérieurs aggravaient les maux de la guerre étraneère , ne savait pas même à qui elle devait légitimement obéir. Le marquis Jeaii-Lonis n'ayant pu se racheter de sa prison de Valfenière qu'en embrassant le parti de l'empereur , le roi irrité, tira Gabriel de Saluées de l'éveché d'Aire, et l'opposa à son frère, en lui "accordant l'investiture du marquisat. Gabriel , le dernier des fils de Louis II , n'avait jamais pu prévoir qu'il serait appelé au gouvernement pour lequel on ne l'avait point élevé ; ses principes autant que ses habitudes l'attachaient & l'état qu'il avait embrassé, et en se prêtant aux volontés du roi, il ne fit que céder à ses ordres. Cependant la France ne jouit pas long-temps des avantages qu'elle avait cru tirer de cette mesure; l'imprévoiance de Gabriel le fit tomber entre les mains des Impériaux,
qtû l'emmenèrent prisonnier, à Fossan ^a iTiS?. .(i). Le premiers eflforts de d'Humière o}Hv">'''' en entrant dans le marquisat de Salu- d^r.Ti.tl»'.''-"MÎ ces se tournèrent contre Busqué, où ^^h»!..*^^"^ il ne s'attendait pas à trouver une n>at^."l ^' grande résistance ; la place fut cernée le sÙ'naIIk.»!» 18 août, les batteries furrait dressées;"^*' l'on pressait extraordinairement les travaux, malgré le feu et les sorties de la garnison, dans la crainte de l'arrivée des Espagnols , que le marquis Jean- Louis appelait k son secours. Cette considération décida le général français à ordonner l'assaut quand la brèche n'était encore que très-iinparfaite, et malgré le courage des assaitlans; il ne fut pas difficile à George detla Chiesa de repousser l'attaque. Cet échec décida la levée du siège ; et d'Humière se proposait de laver son affront en marchant droit à Saluces; mais les Lansquenets , qui formaient la plus forte , et la meil- ,kure partie de son infanterie , refusèrent hautement d'obéir : ils déclarèrent qu'ils prétendaient retourner à Pignerol, en y conduisant l'artillerie et le général lui - mêm^ comme 6tages pour les payes qui leur étaient dues j l'on tenta en vain de ramener au devoir cette audacieuse milice , elle résista k tout ce au 'on put lui promettre : il fallut céder aux circonstances, et aller camper sur e. - t.n.h^..,o.les bords du Chison (3). Le marquis iiC!4''.'th.p.'^^'
4o GUERItES BU PléMonT
'^n iSS?. Du-Guast, placé k Poyrin, eut alors Is liberté d'insulter les places ennemies; il fit attaquer par des detachemens Caselle, Cirié , Rivoli, Âveillane, Bussolin , Suse , Moncalier et Carignan; toutes furent emportées, excepté Caselle, dont la garnison soutint trois assauts. L'occupation de ces postes, ainsi que de ceux de Volpian et de Carmagnole, resserrait extrêmement les communications et les subsis- .
tances de Turin , oti la disette ne tarda pas à se faire sentir , et l'armée française , toujours observée par Içs Espagnols, ne pouvait rien tenter sans se compromettre elle - même. Le général d'Humière ayant en vain fait passer k Paris le rapport de la situation dangereuse où il se trouvait , se vit bientôt contraint d'abandonner tout - à - fait la plaine du i/^'j^™'^"^ Piémont , faute de subsistances (i) ; au- ■ " ™m.'''ifb"'- torisé par un ordre du roi (3) , il se re- . "ro Biïi'""M*m ''^^ '^""^ ^* vallée d'Oulx sur la fin du 'tut,tom.>,iiT.i. mois d'août , après avoir jelé quelques renforts dans Turin , Savillan , Albe , Chieri , et surtout dans Pignerol. L'armée impériale s'était portée vers Quérasque , pour consommer les vivres, et les fourrages des environs de cette place. Dès qu'on y apprit la retraite des ennemis, Du-Guast marcha sur Chieri, qui fut investi le 28 août, et attaqué sur deux points. Jamais une aussi petite place ne s'était vue assiégée par uue plus forte armée , le
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général espagnol avait à ses ordres vingt- Aa'iSS^, quatre mille hommes d'infanterie, et trois mille chevaux, avec un parc de viiigtqudtre pièces de canon ; cette nombreuse arlillerie ouvrit aisément une large brèche, par laquelle les assiégeans montèrent h l'assaut, le premier jour de septembre ; la garnison commandée par le chevalier d'Azzale , gentilhomme romain , n'opposa qu'ijne faible résistance sur le haut des murs 06 elle s'était rangée ; et la ville , emportée de force , souffrit le pillage. Après cette acquisition le marquis Du-Guast ayant pris Moncalier, alla assiéger Albe , dont les fortifitalions nouvelles n'étaient point encore achevées; la brèche étant ouverte dans les vieux murs commandés par les hauteurs voisines , les troupes italiennes qui se trouvaient à portée montèrent k l'assaut sans atlendre l'ordre; comme elles n'étaient pas soutenues , il leur devint impossible de forcer le retranchement que les assiégés avaient construit derrière la brèche, et elles furent repoussées, avec une perle d'autant plus grande qu'elles durent passer sous le feu d'une casemate- Cependant Jules Orsini commandant de là ville- n'espérant point de secours, ne voulut pas s'exposer à un second assaut, et sauva par une capitulation honorable les deu:i milles hommes de sa garnison, qui allèrent renforcer
4a GUERRES mr PiisioKT J»t5%7. celle dé Pignerol, après avoir été dévalisés en route par leur escorte.
Les .Espagnols ayant pris deux jours de repos, marchèrent à Quérasque ; ils choisirent leur front d'attaque du côté DÙ coule la Sture; quoique la situation de* la place offrît sur ce point un aspect . imposant , l'imperfection des fortifications, négligées dans cette partie jusqu'à ne pas avoir de feu de flanc , décida le général autrichien ; l'attaque se fit vivement, et fut vaillamment soutenue; le gouverneur Frégose retardait les approches par des sorties , il réparait la nuit le mal «que le canon lui faisait pendant le jour; et voyant que la brèche avançait malgré ses ^oins , il se ménagea une coupure sur le haut du rempart. Tant de résistance ne rebutait point les assiégeans, qui se logèrent enfin au pied des murs de la ville ; trois fois ils en tentèrent l'assaut, et toujours ilâ furent repoussés; l'on recommença le feu des batteries ; et Frégose ayant enfin épuisé tous les . moyens de défense, rendit la place aux Impériauir, auxquels elle coûta huit cents
t.>Giorte,p.rt. hommes (i).
.'u.r, I!.'. 8. Ces Succès, et la nouvelle retraite dft
l'armée française, qui s'était rendue à Briançon, firent espérer au marquis Du- Guast de pouvoir s'emparer de Pignerol, seule porte qui restât aux ennemis pour déboucher dans les plaines de l'Italie.