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snlmane éclaircît ses jalousies serrées, et captiva bientôt le chrétien infidèle , le Russe ennemi mortel du sultan. BulhakofF passa deux ans dans cette liaison secrète. Malgré sa prison , il nlgnordt rien de ce qui arrivait : il entretenait , par rintermédiaire du commandant des Sept Tours, une correspondance active avec les ministres étrangers résidant à Péra; il recevait de Targent et des journaux, et il était au courant de toutes les affaires, par les informations que chaque joar ses amis lui adressaient.
Cependant après la mort d'Âbdul-Hamid , les ambassadeurs de France et d'Angleterre demandèrent au nouveau sultan Sélim m , de la part de leurs souverains respectifs, Télargissement du ministre de Russie , malgré la continuation de la guerre. Sélim III refusa officiellement leur médiation ; mais il voulut délivrer soli prisonnier , en montrant qu'il le faisait de son propre mouvement , et non par condescendance pour rintervention amicale des deux cours.
Dans les premiers jours de son règne , Sélim parcourait incognito les rues de la capitale , accompagné de son premier page et de son favori le fameux Hussein. Arrivés au château des Sept Tours, ils se firent connaître du commandant, en lui enjoignant le secret. Sélim , avec son fa-
vori , entre chez rambassadeur, et ayant rencontré Pisani dans l'antichambre , il lui demanda de les introduire auprès du ministre. L'interprète , ayant aussitôt compris qui lui parlait, fit semblant de ne pouvoir accorder sa demande ; il alléguait Tordre du sultan qui interdisait toute entrevue, toute relation extérieure : « Ne crains rien , lui dit Sélim , nous sommes parens du commandant du château, et c'est avec sa permission que nous sommes venus ; nous désirons parler à l'ambassadeur, et nous ne partirons pas avant de l'avoir vu. » Après quelques difficultés, Pisani alla trouver BulhakolT, l'informa de la circonstance, et introduisit ensuite le sultan travesti. Sélim, sans se faire connaître, demanda à l'ambassadeur s'il était content de son geôlier et s il lui fournissait tout ce qui lui était nécessaire; il continua : ce Mon ami, tu es ici injustement : la personne des ambassadeurs doit être inviolable ; quoiqu'on te traite bien ici , néanmoins c'est une prison ; mais les ministres d'Angleterre et de France ont gâté ton affaire; le sultan ne veut pas faire une chose , qu'on dise ensuite qu'il y a été poussé par la médiation des rois chrétiens ; ferme leur donc la bouche et n'entreprends aucune démarche pour ta délivrance ; nous avons des liaisions étroites avec le
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favori du sultan, et nous te promettons que dans quarante jours d'ici tu seras délivré et reconduit dans ta patrie. »
En effet, quarante jours après, Sélim donna un ordre autographe pour que Bulhakoff fût élargi , qu'on le gratifiât de dix mille ducats , et que Ion préparât un bâtiment européen qui le conduis rait à Cherson.
Le sultan Âbdul-Hamid avait déclaré la guerre à la Russie, non pour tenter le sort des armes, ni pour délivrer la nation tartare sa co-religionnaire, mais parce qu'il y fut forcé par les intrigues de son grand-vizir. Il est donc évident'qu avec un souverain si faible, avec un ministre tout occupé des manœuvres de ses adversaires à Constantinople, Ton ne devait, dès l'ouverture de la campagne , s'attendre qu'à des revers. A peine embarquée dans cette guerre désastreuse , la Porte eut encore à lutter contre un autre ennemi aussi redoutable que la Russie. Le baron d'Herbert, internonce d'Autriche à Constantinople, déclara formellement la guerre à la Turquie de la part de son gouvernement. Le sultan furieux demanda dans quelle prison l'on devait incarcérer l'internonce. On chercha dans les archives , et l'on y trouva qu'à la déclaration de guerre contre l'Autriche , on jetait son minis-
tre dans un cachot. Mais la Porte , par un reste de pudeur , ne voulut pas infliger au baron Tignominie prescrite dans les archives; elle lui livra les passe-ports nécessaires et lui ordonna de quitter sur-le-champ Constantinople.
Le gouvernement ottoman ayant à combattre à la fois deux ennemis si formidables , employa contre eux toutes ses forces de terre et de mer. La terrible vengeance qu'il venait d'exercer contre le Péloponèse lui garantissait du côté des Gr^cs lobéissance de la terreur et le calme de la désolation. D'ailleurs les forces navales de la Russie, occupées par celles de la Siiède, ne pou* vaient pas menacer la Mer Egée : le grand-amiral Hassan-Pacha avait toute sa flotte remplie de Grecs insulaires, qui le suivaient en qualité d'o-^ tage et de marins : Thospodar Mavrojériy donnait à la Porte le gage le plus sûr de sa fidélité , en se mettant à la tête d'une armée de vingtcinq mille hommes , composée de Turcs , de Valaques et de Grecs , et en défendant la province de Valachie contre les troupes autrichiennes. Les Turcs , comme toutes les nations barbares, pleins d'insolence avant Faction, chantaient victoire avant d'avoir rencontré l'ennemi. J'étais enfant alors, et la première année de cette guerre , j'entendais leurs soldats crier dans les
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rues de Constantinople , qu'ils iraient jusqu*à Pétersbourg chercher Catherine et qu ils ramèneraient avec sa quenouille au pied du trône de leur sultan; mais quand ils rencontrèrent des baïonnettes au lieu de quenouilles , ils oublièrent leurs fanfaronnades, et dirent alors que les Moscovites étaient des géants , qu'ils étaient invulnérables , que leurs armées étaient des nuages sombres vomissant les foudres. De ces nombreux janissaires qui partaient au printemps de Constantijiople pour la guerre , il n'en revenait l'hiver que la dixième partie , couverts de haillons et sans armes , maudissant également Catherine et Abdul-Hamid *.
Cependant les perfides ministres , pour ne pas encourir la colère du sultan , diminuaient les pertes qu'essuyait son armée; au point que , lorsque l'importante forteresse d'Oczakow fut prise d'assaut, ils dirent à leur imbécille empereur
* Telle était la terreur des musulmans , que^ pour faire allusion à leurs pertes immenses et a leurs défaites continuellesy un de leurs plus célèbres poètes, nommé Yehbis Sumboul-Zadé , fit un distique moitié turc, moitié grec, dont \oici le sens : « Qu'est devenu Jean ? qu'est devenu Costa ? Où est Paul ? où est Théodore ? Ah ! si le vent continue à souffler ainsi, nous tous serons les victimes de Tarcbange qui transporte les âmes. »
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que les Russes ne s'étaient emparés que du petit et non pas du grand Oczakow. Âbdul-Hamid ajoutait foi à ce grossier mensonge , lorsque . un jour, se promenant incognito dans les rues de Constantinople , il rencontra un soldat de la garnison d'Oczakow , estropié et réduit à se traîner le long des carrefours en mendiant du pain. Le soldat reconnaît le sultan, et dans son désespoir il l'arrête en saisissant la bride de son cheval : Majestueux sultan, lui dit-îl , j'ai été blessé à la prise d'Oczakow, en combattant pour la religion et pour toi ; et à présent personne ne prend soin de moi et je meurs de faim. — Tu as été blessé , lui répond le sultan , à la prise du petit Oczakow , n'est-ce pas ? — Que dis-tu , ô mon maître? répartit le soldat; il n'y a pas de grand et de petît Oczakow; il n'y en a qu'un seul, et il est au pouvoir des Moscovites infidèles. — Le sultan, furieux d'avoir été la dupe de ses ministres , exila aussitôt les uns et fit trancher la tête aux autres.
Un souverain tellement stupide qu'il ignorait jusqu'au nombre de ses places fortes sur les frontières, n'était pas capable d'inspirer du respect à personne. Aussi nul ne s'inquiétait-il de l'état de l'empire : les intrigaps avaient le champ libre; les bouftbns , les musiciens , les odalisques par-
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lageaient tout le temps du grand - seigneur ^ qui se contentait d'avoir son sérail gardé par la vigilance des eunuques , tandis qu'il perdait ses provinces et ses places fortes par Tinhabileté et l'insouciance de ses généraux. Le bruit des victoires éclatantes des Russes retentissait dans toutes les parties de la Grèce ; le nom de Potemkin faisait oublier aux Grecs la conduite des Russes sous les OrlofF; des officiers grecs au service de Russie , sortis du corps des cadets , écrivaient .souvent à leurs parens en Grèce et élevaient jusqu'aux nues la clémence , la générosité, le zèle religieux et le pbilhellénisme de Catherine. De son côté , cette inppératrice faisait , comme dans la guerre précédente , circuler dans toute la Grèce des manifestes , pour inviter les babitans à prendre les armes, à chasser Tennemi du nom chrétien du pays qu'il avait usurpé, et pour les exhorter à reconquérir.leur ancienne liberté et leur indépendance nationale.
Mais à cette époque , le Péloponèse était trop écrasé pour se remuer. Quelques légères étincelles couvaient cependant sous les cendres; les Zacharias, les Colocotroni et les Mavromichali gardaient les rochers escarpés de la presqu'île , semblables à ces brouillards qui couvrent les sommités des montagnes, pour s'étendre ensuite sur
la plaine. Ce fut la Grèce continentale qui s*éleC' trisa la première^Les capitaines grecs, depuis la Basse- Albanie jusqu*au mont Olympe et la Macédoine , formèrent une confédération militaire, animée par l'amour de la liberté , mais retenue par le manque de chef, d'ingénieurs et de munitions de guerre.
Le chevalier Psaro , Grec de nation , fut envoyé en Sicile avec d'autres agens russes , chargés par l'impératrice de fournir aux Grecs de l'argent et des munitions. A cette nouvelle , il se rassembla une armée grecque , qui établit son quartier général à Souly. Attaquée par le pacha de Jannina , cette armée le battit , et les vainqueurs envoyèrent à Catherine , comme prémices de leurs trophées , la riche armure du fils de ce pacha, tué dans l'action. Une souscription volontaire faite parmi les Grecs , suffit pour équiper une flottille de douze petits bâtimens , commandée par le brave Livadien Lambros Catzony.Les Grecs n'attendaient que des munitions et un chef, pour s'ébranler par un soulèvement général. Mais les agens d'une monarchie absolue sont rarement portés à concourir à l'affranchissement d'un peuple : les subsides que Catherine destinait aux Grecs furent absorbés par l'avidité et la scélératesse de ses envoyés. Les Grecs au dés-
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espoir envoyèrent à Saint-Pétersbourg (en 1790) des députés porteurs d'une pétition dans laquelle ils exposaient à Catherine la conduite de ses agens , en ajoutant ces mémorables paroles : c( Nous n'avons pas demandé vos trésors; nous ne les demandons pas actuellement; nous n'avons jamais désiré que de la poudre et des balles (que nous ne pouvons acheter) et Fhonneur d'être menés au combat. Cest sous vos auspices que nous espérons affranchir des barbares ma^ hométans notre empire usurpé, notre patriarchat et notre sainte religion. L'ardeur de nos jeunes gens et de nos vieillards nous dit que, comme nos ancêtres, nous saurons défendre nos droits. Nous sommes des députés munis des pleins pouvoirs du peuple grec. »
Tel était le langage des Grecs de cette époque : tels étaient les sentimens. que la Grèce nourrissait de tout temps. Ce langage n'était pas alors condamné , comme dicté par des principes anti-sociaux et par des idées subversives de tout ordre moral; mais il était entendu, accueilli, autorisé par les cabinets. C'est cette pétition de la Grèce de mil sept cent quatre-vingtdix , que la Grèce de mil huit cent vingt-un a dà présenter comme piècejustificative aux congrès de Vérone et de Laybach. Ce sont les pro-
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clamations. libérales adressées en mil sept cent quatre-vingt-sept par le cabinet de Vienne à la nation serviénne , que les chrétiens sous le joug ottoman ont dû exposer sur le bureau des ministres de ces congrès. Mais la logique des cabinets est une logique conventionnelle ; la raison éternelle Jes nations, qui devrait être le symbole de la croyance politique de tous les hommes, est souvent taxée d'hérésie et condamnée comme criminelle.
La flottille grecque commandée par Lambros Catzony sema la terreur sur le littoral de VAsie mineure et de la Macédoine : les îles de la Mer ÉJgée ne levèrent pas alors l'étendard de Vinsurrection; mais leurs plus braves marins composaient les équipages du Livadien Lambros. Ce fut dans l'histoire des batailles navales le premier exemple de bâtimens marchands attaquant de front les vaisseaux de guerre, du premier ordre.
Dans un engagement qui eut lieu devant l'ile de Zéa entre la flotte ottomiane et la flottille grecque, la première allait amener pavillon, lorsqu'une escadre algérienne survint et recommença le combat à l'abordage. Tout l'équipage des navires grecs , après des prodiges de valeur, périt les armes à la main , à Texception de Lam-
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bros et de Cara Catzony, qui se sauvèrent sur leurs felouques. Quant aux confédérés de la Grèce continentale, n'ayant reçu de la Russie aucun secours, entravés de plus par la république de Venise, ils furent contraints d'abandonner leur grand plan d'opérations , et se maintinrent chacun dans leur état d'armatoles.
Bientôt l'empereur d'Autriche Léopold, épouvanté par la France républicaine , se hâta de se débarrasser de la guerre contre la Turquie, et signa la paix en 1791. Ainsi Belgrade et toutes les forteresses conquises sur les Turcs, furent restituées à la Porte. La Servie, qui avait pris les armes pour les Autrichiens , fut livrée par eux à la vengeance du sultan. Les généraux autrichiens, pendant qulls occupaient la Servie , avaient formé deux régimens de cette nation : étant sur le point d'évacuer le pays , ces généraux proposèrent une revue générale des troupes , et d'après leur ordre secret , les deux régimens serviens furent placés entre deux divisions autrichiennes. A un signal donné, on leur enjoignit de mettre bas les armes. Ces régimens, au moindre mouvement, auraient été pulvérisés par les troupes autrichiennes ; la ré* sistance était donc inutile : ils furent désarmés^
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En vain conjurèrent-ils le général autrichien de les emmener avec lui , ou au moins de ne pas les livrer sans ressource à la cruelle vengeance des musulmans ; les troupes autrichiennes partirent en les abandonnant à leur sort. Ces deux régimens devinrent plus tard le noyau de Hnsurrection servienne.
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