‹ Histoire moderne de la Grèce depuis la chute de l'empire d'Orient [microform] Par Iacovaky Rizo NéroulosChapitre 33 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

TeotatiTe pour soulever la Grèce. — Alliance de Panl I*' et de Napoléon. — L'ambassadeur russe insulté.— Mort de PauL — Démétraky Morouzy.— Révolte des Ayans. — Brune fait reconnaître P^apolëon comme Empereur par la Porte.— Son départ.-— Influence du général SëBastiany. — Guerre avec la Rossie et l'Angleterre.— Révolte des janissaires à l'armée.-* Duckworth force les Dardanelles. •• Sélim renversé par let janissaires. — Mustapha IV. — Il persécute les partisans de Sëlim. — Révolte de Mustapha Baïrak-Dar. — Sélim étranglé. -* Le sultan massacré. — Mahmoud monte sur le trône.

Depuis la conquête des Sept-IIes ioniennes par les Français , la nation grecque vit dans ce grand peuple son libérateur; et le regardant comme disposé à Taifranchir et comme capable de le faire , elle forma une ligue de tous les capitaines depuis la basse Albanie jusqu'à la Macëdoinjs transaxienne ; elle n'attendait qu'un signal pour s'ébranler. Des émissaires français parcouraient la Grèce et y excitaient les esprits à la révolte , non-seulement parmi les Grecs, mais encore parmi les seigneurs musulmans de la haute et de la basse Albanie , qui ne respiraient que vengeance contre Aly-Pacha. A ces seigneurs mahométans,

les émissaires français promettaient de les aider dans la destruction de leur ennemi commun , et leur plan se bornait là. Mais avec les Grecs , ib traitaient d'affaires tout autrement importantes; le projet ë^ait d'attaquer simultanément la Turquie dans le Pëloponèse, par Maïna; de débarquer des troupes françaises à Agi-Saranda , viUe de la province de Chimaera, peuplée de Grecs et située vis-à-vis de l'île de Corfou ; de faire à la fois deux descentes , l'une à Volos , sur le golfe Maliaque, afin de soulever tous les guerriers du mont Olympe, et Tautre à Parga, pour exciter l'Albanie et les Monténégrins. Tel était le vaste plan arrêté entre les émissaires français et les capitaines-grecs; mais la France ayant conçu le dessein chimérique de conquérir TKgypte , abandonna la Grèce qui l'appelait avec enthousiasme et lui tendait les bras.

Frustrée de ses espérances , la nation grecque se consolait du moins en voyant Tempire turc perdre la Crimée et l'Egypte et devenir successivement la proie des puissances chrétiennes. Mais ces illusions se dissipèrent; les Russes et les Anglais, devenus alliés du sultan, le confirmèrent dans l'opinion de sa légitimité sur la Grèce, en lui offrant (1798) quatre villes exyénitiennes toutes peuplées de Grecs , et en Té-

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figeant (1800) suzerain de la république ionienne. Toutefois, l'ëpoque de cette triple alliance eut aussi des avantages pour les Grecs. Ce n'était plus Taspect menaçant de l'ambassadeur, des consuls et des vice-consuls de Russie , qui , comme une tête de Mëduse , glaçaient les Turcs d'effrcri; ce n'était plus les traites de Caïnardza et de Jassy , qui , tonnant du haut de Péra contre la Porte , la contraignaient souvent à des condescendances humiliantes : la Russie ne paraissait plus qu'un allié généreux qu'on tâchait de flatter en caressant ses co-religionnaires. Et grâce à Terreur de l'imprévoyant ministère de Turquie, la nation grecque était traitée favorablement, parce qu'on croyait par là plaire à la Russie.

Aussi , tandis que les Grecs pleuraient le^ habitans de la ville de Prévéza, massacrés par Aly- Pacha de Tépélen , tandis que la catastrophe de Souli leur faisait une plaie sensible, ils gagnaient du côté du commerce et de la civilisation , augmentaient leur marine marchande et donnaient une grande extension à leurs rapports commer* ciaux avec le reste de l'Europe.

La paix d'Amiens suivit l'évacuation de l'Egypte, et Napoléon, premier consul, se rapprocha secrètement de Paul V , irrité contre les Anglais qui venaient de saisir Tile de Malte. Le monarque

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russe, qui, deux années auparavant, avait armé pour restituer TÉgypte au Grand-Seigneur, prit la résolution tacite d'expulser de l'Europe son ancien allié. L'empereur eut bientôt des intelligences en Grèce ; une guerre à mort était prête à éclater entre les Russes et les Ottomans. Il ne manquait à Paul I" qu'un prétexte pour rompre avec la Porte et commencer les hostilités; le hasard' le fit bientôt éclore.

A l'exemple des ambassadeurs des autres puissances chrétiennes, Tamara, ambassadeur de Russie , demanda à la Porte la permission de visiter les mosquées impériales de Constantinople. Après en avoir parcouru quelques-unes, il se rendit avec sa suite à celle que les Turcs appellent Suléimanigé et qui depuis un grand nombre d'années n'avait été visitée par aucun ambassadeur. Les pavés des grandes mosquées sont couverts de tapis précieux, et les musulmans, par respect, ôtent leur chaussure en y entrant. Les Souhtas ou étudians , qui sont des aspirans au clergé , ayant vu des infidèles , des Russes , des femmes, profaner leur mosquée et salir les tapis, commencèrent à murmurer entre eux, appelèrent leurs condisciples et aussitôt la mosquée fut remplie de plus de cinq cents de ces fanatiques. A une nouvelle insulte faite au tapis,

FROCKàs DE LÀ CIVILISATION EN GRÈCE. 1^5

tous ces étudians poussèrent des hurlemens affreux, s'ëlancèrent sur les profanateurs et assaillirent d'une grélc de coups , lambassadeur , sa suite et même les officiers de la Porte qui raccompagnaient. Ils blessèrent à loreille madame Tamara, et son mari au bras gauche, cassèrent les dents au drogman de l'ambassade , Antoine Fonton , fendirent la tête à plusieurs Russes et les précipitèrent tous hors de l'édifice sacré , où ils les auraient achevés , si un chambellan du sultan , qui demeurait vis-à-vis de la mosquée , ne fût pas accouru avec tout son monde pour les arracher des mains de ces furieux. H accueillit chez lui Tamara et toute sa suite, et dans Finstant il avertit la Porte de cet événement funeste. La Porte alarmée envoya aussitôt un officier avec une trentaine des gardes-du-corps du grandvizir, qui reconduisirent l'ambassadeur dans sa re'sidence , à Péra. Le même jour , on fit arrêter plusieurs étudians coupables, et le grand -vizir envoya son garde-des-sceaux à l'ambassadeur , avec deux riches présens , l'un pour lui et l'autre pour sa femme , en le suppliant d'accepter ses excuses, et en lui déclarant que le lendemain la Porte lui rendrait une éclatante satisfaction.

Cet événement était un prétexte assez plausible pour être saisi par Paul P% qui désirait la

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guerre; mais, le même jour que la Porte apprît Tinsulte faite à Fambassadeur de Russie , elle reçut aussi la nouvelle de la mort de Tempereur Paul , par un courrier extraordinaire de Thospodar de Moldavie , Constantin Ypsilanty. Alexandre P' , instruit de l'affaire de Tamara , fut mécontent de ce qu'il avait accepté les prësens de la Porte , le rappela aussitôt, et les mêmes motifs de guerre n'existant plus , il renouvela son alliance avec la Turquie , par Tintèrmédiaire dltalinsky , successeur de Tamai^a.

A cette époque , le divan était tout autre chose que turc ; il n'était presque que le représentant des intérêts de la Russie et de la Grande-Bretagne. Youssouf-Aga , intendant de la sultanemère , le grand-vizir Youssouf-Pacha , surnommé le borgne, et son successeur Ismaïl-Pacha , le grand-amiral Gadri-Pacha, qui remplaça le fameux Hussein, et après lui El-Hadz-Ahmed- Pacha, et une partie du ministère, avaient embrassé les intérêts de la Russie. Le ministre des affaires étrangères , Mahmoud-Ëffendy , qui fut secrétaire de la légation ottomane en 1797 à Londres , était dévoué aux Anglais. Les hospodars de Valachie et de Moldavie , Constantin Yp silanty et Alexandre Mourouzjr , protégés secrètement par la Russie , dirigeaient en sa faveur

PROGRES B£ L4 CIVILISATIOIT EN GAECE. I77

)apolitj({ue de la Porte , par l'habileté du prince grec Dëmétraky Mourouzy , agent et frère dé Thospodar, et par le crédit d'Alexandre Mano, agent et beau-frère de Thospodar Ypsilanfy. Démétraky Mourouzy , homme d'un esprit pénétrant , possédant des connaissances solides, et patriote des plus zélés, fit un noble usage de l'influence considérable qu'il avait sur les ministres turcs ; il protégea la nation grecque contre la violence des gouverneurs ottomans ; il exhorta le synode à ne nommer aux sièges ecclésiastiques que des pas*teurs vertueux et éclairés; il fonda à Constantinople et dota de revenus considérables des hôpitaux destinés aux Grecs malades ou pestiférés ; enfin il obtint un diplôme autographe du suUan, en vertu duquel le gouvernement turc reconnaissait d'une manière officielle l'établissement des écoles et des lycées pour Tinstruction des Grecs. Ce fut encore Mourouzy qui fît introduire à Constantinople la vaccine par le docteur Hesse, en i8o3; il engagea plusieurs chirurgiens grecs à apprendre la méthode de vacciner , et détermina le synode à écrire partout des lettres circulaires pour recommander cette salutaire innovation.

A tant de services rendus à ses compatriotes , Démétraky Mourouzy ajouta un bienfait de la

plus haute importance. Les négocians grecs, accabltfs par Tarbitraire des douanes ottomanes et par les exactions des employés , n avaient d'autre , ressource que de se feîrë recontiaître pour sujets d'une puissance étrangère, au moyen de lettres patentes que leur accordaient les ambassadeurs et les consuls de ces gouvernemens. La plupart des négocians grecs devenaient ainsi sujets russes; les autres prenaient des diplômes français , hollandais , anglais ou autrichiens, Ces diplômes coûtaient fort cher aux Grecs et donnaient lieu à une infinité d*abus; d*ailleurs, au moment d'une rupture de la Porte avec Tune de ces puissances chrétfennes, les négocians qui. avaient les patentes de celle-ci se trouvaient aussitôt exposés aux avanies , aulc confiscations , quelquefois même aux supplices.

Pour remédier à ces malheurs, Démétraky Mourouzy fit entendre au gouvernement ottoman , que s'il voulait conserver ses sujets chrétiens, il fallait leur permettre de former une compagnie de négocians de leur nation et leur accorder des privilèges à la fois avantageux et solides. Sélim III goûta l'avis du prince et créa cette compagnie sous la dénomination de négocians euroj^éens. Il leur octroya des privilèges considérables ; ils reçurent tous un bérat ou di-

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