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pldme, en vertu duquel ils étaient à Fabri de toute exaction ; ils étaieht traites par les douanes surle même pied que Tétaient, d'après les traités dé commerce , les négocians» étrangers , et ne payaient pas la capitation. Cette compagnie avait quatre, députés, choisis parmi ses membres, pour veiller aux affaires générales de la société et juger en première instance les différends survenus entre les sociétaires. Leur tribunal d'appel était la cour suprême du grand-vizir. Les pri-« viléges de cette compagnie furent observés et maintenus depuis le règne de Sélim jusqu'à . I insurrection, Les négocians, ayant trouvé de grands avantages dans ce système , abandonna rent presque tous les diplômes étrangers et s'incorporèrent dans cette compagnie, qui s'enrichît, étendit ses relations commerciales et prospéra considérablement.
A l'exemple de Démétraky Mourouzy, son frère cadet, nommé Panajotaky, qui fut interprète de l'amirauté, profita de son ascendant sur l'esprit de l'amiral turc pour protéger efficacement toutes les îles de l'Archipel et les villes chrétiennes du littoral de l'Asie minerure -contre la rapacité des officiers de marine et les malver-sations des gouverneurs.-
A cette époque , l'empire ottoman était dans
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une anarchie complète. L'introd action de la discipline européenne ^ ayant dès son origine irrité le corps des janissaires ^ le clergé et les seigneurs féodaux, aliénait de jour en jour les cœurs dés musulmans dans toute Téteiidue de Fempire. Les Ayans ou primats mahométans , qui étaient les plus riches et les plus puissans feudataires dans leurs provinces respectives , firent entre eux une figue formidable , entretinrent chacun des troupes, autant que leurs facultés le leur permirent, et furent bientôt en état de braver les ordres de la Porte. Ces troupes , toutes composées de ja-* nissaires , s'appelaient Sek-Bans ou gardes , nom qui se donnait à la gairde nationale de toute la Turquie européenne, excepté TAlbanie, TÉpire et la Bosnie. Sélim résolut de détruire ces corps de milices ; il ne cherchait qu'un prétexte : il le trouva dans une révolte de la ville de Tzorlou, en Thrace. Aussitôt il expédia contre elle toute son armée régulière , composée de vingt-mille hommes , à laquelle il joignit un corps nombreux d'artillerie. Mais telle était Tinexpérience de Sé- Um , qu'à la tête de ces troupes disciplinées , il mit un général nommé Cadi-Pacha, dont toute la science militaire était de tuer les hommes d'un seul coup avec un gros bâton qu'il portait constamment à la main. Aussi, cette armée
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^choua-t-elle devant la ville révoltée; elle fut complètement battue 9 et le parti des janissaires triompha alors , sous le nom de Séimans. Sélim fut réduit à s*hinniHer et à solliciter lui-même une pacification. Mais , malheur aux despotes , quand ils sont forcés à traiter avec leurs sujets! La confédération des Àyans dévint dès-lors un état dans Tétat, et chacun de ces seigneurs conserva un grand nombre de gardes , tous bien armés et fort aguerris.
Quoique à son avènement au trône, Fempereur Alexandre eût renouvelé le traité d'alliance avec la Porte, il n*eh épiait pas moins les démarches de Napoléon auprès délie. Le titre de premier consul , la victoire de Marengo, la conquête de ritalie , et la dignité impériale de Napoléon , n'étaient représentés à Sélim que comme des grandeurs précaires, basées sur une téméraire et douteuse usurpation. La Russie , l'Angleterre et la Prusse surveillaient les^ intentions de la Porte, qui de son côté flattait ces puissances , et surtout la Prusse , dans la capitale de laquelle elle envoya le Grec Jakovaky Argyropoulo en qualité de ministre. Le maréchal Brune , ambassadeur de France à Gpnstantinople, jouait im rôle toutà-fait passif; d'ailleurs c'était un homme exclusivement nnlitaire , et incapable de se faire un parti dans le ministère ottoman.
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Pendant sa mission il mit tout en œuvre pour faire reconnaître par la Porte ottomane le titre d'empereur que venait de prendre Napoléon. U employait dans ce but tantôt lés menaces et tantôt les insinuations amicales. Mais ses démarches étaient entravées par les ministres des cours étrangères ; et Sélim répondait aux instaaces de l'ambassadeur français , qu il reconnaîtrait le titre d'empereur que prenait Napoléon dès qu'une des grandes puissances chrétiennes en aurait donné l'exemple. Brune , qui était impatient de retourner à Paris avant qu'on eût rempli te noimbre des maréchaux de l'empire français , trouva dans ces délais de la Porte ottomane un prétexte plausible pour partir de Constantinople. n demanda ses passe-ports ; mais la Porte les lui refusa, en lui donnant sa réponse ordinaire: baccalim (nous y penserons). Alors l'ambassadeur quitta brusquement le quartier de Péra, avec toute la légation française , et se fixa dans nn village à une lieue de Constantinople ; de là il adressa à la Porte une note dont le sens était , qu'il partirait sans passe-ports et qiie le gouvernement turc serait responsable des accidens qui pourraient lui arriver dans la route. Sélim, poussé à bout par cette démarche , résolut enfin de reconnaître le titre d'empereur , et le fit savoir à
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Brune d'une manière officielle. Celui-ci répondit que , puisqu il avait quitté sa résidence, ce serait porter atteinte à Thonneur de son souverain, que de reprendre ses fonctions ; que cependant il resterait encore quelques jours au village, jusqu'à ce qu'il eût reçu de Sélim la lettre de félicitation pour l'empereur ; et qu'enfin il partirait seul et laisserait un chargé d'affaires. Âpres cela, Brune, ayant reçu ses passe -ports et la lettre de Sélim , par laquelle il reconnaissait Napoléon pour empereur des Français , partit de Constantinople.
L'âme de la faction anti-française était alors Youssouf-Aga, intendant de la sultane -mère; inaîs après la mort de sa protectrice, Youssouf fut bientôt culbuté par ses adversaires , à la tête desquels était le ministre de l'intérieur, Ibrahim- Effendy, le Cadi-Asquerde Roum-ili,et Ismet- Bey, ministre des conférences : ils expulsèrent également Mahmoud-Effendy, ministre des affaires étrangères et partisan des Anglais , et ils le firent remplacer par Vassif-Effendy , attaché aux intérêts de la France.
Ces trois ministres, Ibrahim, Ismet et Yassif, endoctrinés par les Grecs Charles Callimachy , drogman de la Porte , Aléko Soutzo , ex-hospodar de Moldavie, et Costaky Soutzo, qui favorisaient
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les Français , commencèrent à égarer Fesprit du sultan. Sébastian^ , ayant alors le rang de colonel, vint à Constantinople, et repartit après avoir noué des relations secrètes entre Sélim et Napoléon. Dès-lorâ le sultan commença à devenir la dupe du cabinet français ; et de même que les Anglo-Russes Vavaient rétabli dans la possession de rÉgy pte , il espérait que la Crimée lui serait rendue par la médiation amicale de Tempire français. La prise de la capitale de TAutriche et la victoire d'Austerlitz , rendaient cette espérance assez probable , en prouvant le pouvoir de Napoléon.
Sébastiany, promu au grade de général^ revint à Constantinople en qualité d*ambassadeur français, et presque aussitôt il commença à battre en brèche le reste de prépondérance que conservaient encore les Anglo -Russes auprès du divan.
Peu de temps après l'arrivée de cet ambassadeur , Napoléon lui envoya un brevet de première classe de la légion d'honneur , dans un pU adressé à Sélim lui-même. Ce. pli était accompagné d'une lettre de Napoléon au sultan; elle portait que , puisque Sébastiany servait les deux souverains avec le même zèle, Napoléon lui destinait l'ordre de la légion d'honneur , et désiraût
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qae cette décoration lui fût rejnise par les mains de Sélîm , comme elle Tauraît ëté par les siennes propres , si le gënëral se fût trouvé à Paris. Aussitôt Sélim se rendit à sa maison de plaisance , située à Aynaly-Cavak , et se fit présenter Sébastiany. Le prince Charles Gallimachy, alors drogmân de la Porte , traduisit, la lettre de Napoléon. Sélim ouvrît le second pli , en tira Tordre de la légion d'honneur et le remit lui-même à Sébastiany , en lui disant : Allah moutéyemmin éilèyé (Dieu veuille qu'il vous soit d'un bon augure). Cette distinction , accordée à un chrétien de la part d'un sultan , était jusqu'alors inouïe dans l'histoire de l'empire turc. Aussi fut-çUe généralement blâmée. Les ministres de la Porte et tout le clergé ottoman censurèrent la conduite de Sélim : il y en eut même quelques-uns qui pleurèrent d'indignation.
Sachant très-bien que le ministère était toujours dirigé par les Grecs, drogmans de la Porte, et par les hospodars de Valachie et de Moldavie, l'ambassadeur français obtint la déposition des princes Ypsilanty et Mourouzy , qui étaient du parti anglo- russe, et les fit remplacer par le drogman de la Porte le prince Charles Callimachy et par l'ex-hospodar Aléko Soutzo, tous deux dévoués à la France. Il détermina Sélim à cet
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acte d'autoritë en lui persuadant que le traité de paix entre la France et la Russie allait être ratifie 9 et que par conséquent la Russie serait forcée d'endurer Taffront que lui ferait la Porte en déposant les deux hospodars.
Par cette manœuvre , Séhastiany se proposait deux buts : ou de faire nommer des hospodars partisans des Français , pour fermer ainsi à la Russie ce grand moyen d'influencer le ministère ; ou pour , si la Russie refusait de Içs reconnaître, aigrir le divan contre cette puissance et leur inspirer une défiance mutuelle , qui n'aurait pas tardé à produire une rupture ouverte : ce qui eut effectivement lieu peu de temps après, Ypsilanty et Mourouzy furent donc déposés , et la Porte mit à leur place les princes Charles Callimachy et Aléko Soutzo. Mais le traité de paix entre la France et la Russie n'ayant pas été ratifié , et l'empereur Alexandre paraissant disposé à tenter de nouveau contre Napoléon le sort des armes, de concert avec son alliée la Prusse , les ambassadeurs de Russie et d'Angleterre à Constantinople protestèrent contre la déposition des deux hospodars, comme étant une contravention au traité de Jassy ^ et firent au sultan de si énergiques menaces , qu'il s'abaissa jusqu'à réinstaller les princes qu'il avait
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déposes quelques jours auparavant. Malgré cette lâche condescendance , la Russie . qui venait de se réunir à la Prusse et à la Grande-Bretagne contre Napoléon , résolut de rompre avec Sélim , et profita du grief donné par la destitution des deux hospôdars pour s'assurer des places fortes d'un voisin complètement soumis à Tinfluence de Bonaparte. Les troupes russes passèrent brusquement le Dniester en 1806 et remportèrent bientôt de grands avantages.
A ces nouvelles foudroyantes, Sélîm voulut négocier. De longues discussions s*entamèrent alors dans les conseils de la Porte. Le parti français opinait pour la guerre, et le parti anglo-russe désirait un accommodement. Sélim fut quelques jours indécis; mais quand on apprit que le général en chef Michelson avait passé le Pruth à la tête des bataillons russes, s'était emparé de la Moldavie et dirigeait sa marche sur la Valachie , ramenant avec lui Thospodar Constantin Ypsilanty , qui s'était réfugié sur le territoire russe après sa déposition , alors le sultan n'hésita plus etMéclara là guerre à la Russie.
Tandis que les armées russes s'emparaient des vastes provinces de Bessarabie , de Cavouchan , de Mcddavie et de Valachie, investissaient la forteresse dlsmaïlow et menaçaient la Bulgaï>ie,
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Napolëon, entrant à Berlin après la bataille dléna, envoyait à Constantinople le Grec Jakovaky Argyropoulo , chargé d'affaires de la Porte en Prusse, annoncer de sa part à Sélim les heureuses espé* rances que lui donnaient ses victoires et les dispositions bienveillantes qu'il nourrissait toujours pour l'empire ottoman. De son côté, Muhibl>Effendy , ambassadeur turc à Paris , trompé par le ministère français, encourageait la Porte et lui rapportait fidèlement les oracles du cabinet des Tuileries. Sélim avait été tellement gagné par Sébastiany, qu'il avait avec lui de fréquentes entrevues secrètes, chose sans exemple dans les annales des sultans^ Une parole encourageante de cet éloquent ambassadeur effaçait la douleur que causait à Sélim la perte de provinces entières et la prise de ses forteresses en Bessarabie.
Sur ces entrefaites, Arbuthnot, ambassadeur d'Angleterre auprès de la Porte , lui présenta tout-à-coup une note, dans laquelle il annonçait positivement les dispositions hostiles de sa cour envers la monarchie ottomane ; et pendant la nuit , il partit secrètement de Constantinople , en s'embarquant sur une frégate anglaise.
La Russie , informée. par l'hospodar Ypsilanty de l'état de détresse où se trouvaient les places fortes de la Bessarabie, dépourvues de garnisons,
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de munitions et de vivres, ainsi que de Tesprit d'anarchie qui régnait dans toute la Turquie européenne , expédia une armée , qui , bien qu'insuffisante pour une si vaste entreprise, n'en passa pas moins le Dniester et s'empara sans coup férir dès forteresses de Bender, d'Akerman et de Cfaotzin. Un banquier arménien , nommé Manuk , dévoué au prince Ypsilanty et favori de Mustapha Baïrak-Dar, gouverneur de Roustzouk, place forte sur le Danube , vis-à-vis de la Valachie , empêchait par mille intrigues ce gouverneur d'attaquer sérieusement les Russes. Les Serviens, soulevés par les instigations d'Ypsilanty pendant qu'il était hospodar de Valachie, et depuis ouvertement poussés à l'insurrection par un émissaire de Russie, sorti du corps des cadets grecs et nommé Rodophinikin, faisaient une diversion des plus puissantes et occupaient les armées turques, qui furent complètement battues à plusieurs reprises par c^tte nation guer-
rière.
A peine le grand-vizir Bosnak-Ibrahîm-Pacha fut-il arrivé à Silî strie, place forte sur le Danube , à. la tête de la grande armée , que les janissaires , mécontens de leur chef Pelhivan-Aga, se révoltèrent contre lui , le massacrèrent et se débandèrent. Les ministres de la Porte, qui
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selon la coutume avaient accompagné le grand'vizir dans son expédition , en laissant des remplaçans à Constantinpple , prirent la fuite et se réfugièrent à Roustzouk ; et là, formant une seconde Sublime Porte plus puissante que la première , ils attendirent les événemens.
Sélim, tout en se fiant aux promesses brillantes de l'ambassadeur d un souverain allié qui gagnait des batailles sur l'Oder, ne devait cependant pas négliger un ennemi qui pouvait, quand il le voudrait , venir bombarder Gonstantinople. Il songea donc aux moyens de défendre les Dardanelles. Pour cette opération importante , il choisit son premier écuyer, Salih- Pacha, le transporta de son écurie impériale à ramirauté et le chargea de garder les Dardanelles avec lUie flotte composée de treize vaisseaux de guerre, n fit aussi fortifier les châteaux du détroit, les milnit d'artilleurs et d'une nombreuse garnison. La flotte russe dans la mer ionienne, sous le commandement de l'amiral Sinnavin , n^était pas encore en état d'agir; mais celle de l'amiral anglais Duckworth était prête. Elle força les Dardanelles, incendia la flotte turque, écrasa les batteries des châteaux et vint dans une nuit jeter l'ancre entre Bysanceet Cbalcédoine.Acette apparition soudaine, l'épouvante et l'horreur se
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répandirent dan& la capitale ; quoique la résistance fût impossible, les Turcs furieux coururent aux armes et hérissèrent de batteries les remparts de Gonstantinople. Duckwarth fit ses propositions la mèche allumée. La Piorte ^ pour négocier avec lui, envoya à bord du vaisseau amiral le Grec Alexandre Chantzery , alors secrétaire-interprète ; d*un autre côté, enhardie par le général Sébastiany , elle continua ses préparatifs de défense. Mais Finterprète , ayant remarqué que leiff menaces de l'amiral anglais n'avaient pas cette physionomie que donne la résolution , crut qu'il était possible de gagner du temps par des réponses évasives, et revint informer la Porte de sa découverte et du plan d'amuser l'amiral par des tergiversations. Sébastiany appuya l'opinion du drogman; et Sélim, enconragé par l'inaction de la flotte anglaise du-' rant six jours, rejeta enfin toutes les proposi-* tiens et refusa tout arrangement.
Pendant cet intervalle, le patriarche Grégoire, celui qui fut pendu quinze ans plus tard devant la porte de son palais patriarcal , conduisait , le bâton pastoral à la main , plus de mille ouvriers grecs et travaiUait aux fortifications tout le temps que la flotte anglaise était présente. Il portait lui-*mêi)ie de la terre dans des paniers
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d'oisier , pour les batteries qui s*éteiidaient tout le long des murailles de Cohstantinople, jusqu'à rentrée du golfe Cératien. Sa récompense , pour des preuves si éclatantes de son zèle, ne consista qu*en une parole d'approbation; depuis, son châtiment pour un crime imaginaire fut la mort. L'ardeur que ce vertueux patriarche montra dans cette circonstance sauva tous les Grecs et peutêtre tous les chrétiens à Constantinople, de la rage d'une immense population toute armée, qui voyait pour la première fois ses maisons , ses biens et ses mosquées menacées par les infidèles.
Cette exjpédition anglaise n'eut d'autre résultat que de démontrer la facilité qu'aurait une flotte à forcer le détroit des Dardanelles.' La division anglaise repartit comme elle . était venue ; mais son but politique fut manqué. L'amiral anglais et surtout l'ambassadeur Arbuthnot qui l'accompagnait, occasionnèrent le mauvais succès de l'entreprise. Si, après avoir franchi les Dardanelles, en détruisant les batteries et les châteaux, ils se fussent arrêtés et eussent dicté de là la paix au gouvernement ottoman , nul doute qu'ils ne l'eussent obtenue par les menaces de venir incendier Constantinople. Mais, en jetant l'ancre devant cette capitale , sans cependant avoir les
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instructions nécessaires pour la bombarder aussitôt, ils n*étaient plus si bien places pour entamer des négociations ; car ils devaient naturellement penser que le sultan, n*ayant d'alternative que de voir sa capitale incendiée en cas de refus, ou d'être détrôné par son peuple s'il acceptait la paix 9 choisirait des deux maux le moindre, comme il le fit en effet.
Après le départ de l'escadre anglaise , la flotte turque, commandée par l'Algérien Séide -Ali- Pacha, et composée de sept vaisseaux de ligne, de cinq frégates et de trois corvettes , sortit de Constantinople et rencontra l'amiral russe à la hauteur de l'île de Skopoulo. Le combat dura quelques heures ; les Turcs perdirent deux vaisseaux de ligne et se retirèrent dans les Dardanelles. *
L'amiral russe Sinnavin , fâché contre Duckworth qui ne l'avait pas attendu pour forcer les
* Je vis alors une lettre qu'écrivait à un de ses amis à Constantinople y Joseph Fonton^ premier drogman de Tambassade russe^ et qni se trouvait à bord du vaisseau amiral. II disait dans sa lettre que Tamiral turc s'était battu comme un lion. 11 aurait pu observer que c'était rbabileté des marins grecs dont la flotte ottomane était montée , qui fut la cause de sa résistance vigoureuse et de la médiocrité des pertes qu'elle éprouva.
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Dardanelles , et n^ayant pas assez de forces pour tenter à son tour le passage du détroit , attaqua Tîle de Tënédos et prit d'assaut la forteresse, en y débarquant un bataillon russe et un corps de Grecs, parmi lesquels se trouvait aussi Haïdo, femme souliote et guerrière célèbre.
Après la victoire navale remportée sur Séide* Aly-Pacha , lamiral Sinnavin adressa au gouvernement turc des propositions de paix, dont les principaux articles étaient une alliance offensive et défensive, et la cession des pt-ovinces de Bessarabie , de Moldavie et de Valachie. Ces propositions avaient été rédigées par M. Pozzo di Borgo, chargé de négocier avec la Porte, et qui se trouvait à bord du vaisseau amiral russe. Elles allaient être soumises à la délibération du ministère ottoman , quand la révolution qui fit -descendre Sélim du trône éclata tout-à-coup* Sélim fut renversé par les janissaires, excités et soutenus par Moussa-Pacha^Caïmécam ou remplaçant du grand-vizir, qui était à Tarmée, et par le muphti Ata-OuUah-Effendy. Les janissaires massacrèrent presque tous les ministres dé la Porte et les officiers du sérail les plus distingués, et telle était leur furie contre les soldats disciplinés, qui I n*en échappa pas un seul à leur impitoyable vengeance, et qu'ils démolirent de fond
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en comble leurs casernes , situées aux environs de Constantihople.
Mustapha IV, fils du sultan Âbdul-Hamid, monta alors sur le trône; son esprit était presque aliéné; aussi se laissa-Ml gouverner par son favoriNizir, eunuque noir, et par Halet-Effendy, alors ministre des affaires étrangères* Les propositions de Pozzo di Borgo ne furent connues ni du sultan , ni de son nouveau ministère , et peut-être le négociateur russe prit-il pour un refus le silence du gouvernement ottoman. *
Les ministres qui dirigeaient Mustapha étaient tous des hommes sanguinaires ; ils voulaient régner par la terreur. Constantinople était presque dans Tanarcbie. Le premier moteur des troubles ëtait un janissaire, nommé Cabaktzj, chef de la garnison d'un château situé sur le détroit delà Mer Noire; ce janissaire exerçait impunément dans la capitale mille actes de violence et de cruauté.
Le nouveau sultem , ennemi de son cousin et prédécesseur Sélim, haïssait en conséquence tous les systèmes civils et politiques introduits sous le règne précédent : il détestait Napoléon et son ambassadeur. Il fit trancher la tête au drog^ man de la Porte , le prince Alexandre Soutzo , comme partisan français , et refusa de donner passage aux troupes françaises par la province
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de Bosnie , pour aller attaquer les Russes en Vâlachie. A chaque proposition de Sébastiany , il mettait en avaiit l'opposition des janissaires et de leur chef, qui, assistant à toutes les conférences, imposait silence à lambassadeur par des refus d*un impudent laconisme.
Pendant cette ëpoque de terreur , Thospodar Jean Caradza était interprète de la Porte, sur laquelle il avait une influence sans exemple. Il jouissait a une extrême faveur auprès du sultan, qui le recommandait souvent lui-même à son ministère. Il ne profita de cet avantage que pour le bien de sa nation ; ami et protecteur du patriarche Grégoire , il soutenait puissamment tous les sièges ecclésiastiques, et obtenait qu'on adressât de fréquentes injonctions aux gouverneurs et aux pachas de s'abstenir de toute vexation et de toute violence envers les sujets chrétiens.
Caradza faisait comprendre au sultan et à ses favoris, que, dans le moment où les flottes ennemies croisaient dans l'Archipel, il fallait nécessairement traiter avec douceur les Grecs , pour les retenir dans l'obéissance. D'ailleurs aucune île de l'Archipel , aucune province maritime de la Grèce ne montrait la moindre disposition à la révolte. Les guerriers grecs qui s'étaient réfugiés, au nombre de trois mille , dans les Iles Ionien-