‹ Histoire moderne de la Grèce depuis la chute de l'empire d'Orient [microform] Par Iacovaky Rizo NéroulosChapitre 37 sur 52 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

£tat de la Valachie et de la Moldavie.— Hospodars. -« Bienfaits des hospodars grecs. — Protection de la Russie accordée à ces provinces. -* Civilisation des Valaques et des Moldaves*

J'ai exposé, dans les chapitres précédens, Tétat de l'empire ottoman depuis le règne de Sélim jusqu'à l'an i8ï6. J'ai fait rapidement connaître les rapports de la nation grecque avec le gouvernement turc , et la situation de celui-ci relativement aux puissances chrétiennes. Maintenant, que nous approchons de l'insurrection grecque , dont la première scène fut jouée en Moldavie et en Valachie par Alexandre Ypsilanty , je crois indispensable de tracer en peu de mots l'histoire de ces deux provinces, et d'indiquer leurs relations , d'un côté avec les Turcs dont elles sont tributaires, et de Tautre avec les Grecs dont elles sont co-relîgionnaires et qui les gouvernaient.

Vers Je seizième siècle , les deux provinces de Valachie et de Moldavie se soumirent aux Turcs par capitulation. En conséquence, elles furent régies par des hospodars indigènes , auxquels la

Porte , dans ses firmans , donna le titre de my^ çodâj mot slavon synonyme de prince. Flatté de la soumission volontaire de ces principautés , le gouvernement ottoman octroya à leurs hospodars des prérogatives considérables. Leur rang fut mis au-dessus de celui des pachas à trois queues; il égalait la dignité de. gouverneur ou vice-roi de Bagdad. A leur nomination , ils obtenaient du sultan une audience solennelle; ils plantaient les trois queues devant la porte de leur palais : les jours de cérémonie , ils portaient une espèce de pelisse /l'étiquette, nommée capaniiza^ qu'aucun pacha n avait droit de porter, et qui était réservée aux vice-rois de Bagdad et aux khans de la Crimée; ils faisaient leur entrée dans leur capitale précédés de deux péiks et de deux solaks , espèce de satellites attachés dans les grandes pompes à la garde personnelle du sultan; ils jouissaient ainsi des distinctions les plus honorables.

Les principautés étaient dites détachées * par la chancellerie ottomane , parce qu'elles payaient un tribut déterminé et séparé de celui que devaient les autres provinces de Tempire ottoman. Mais toutes ces prérogatives regardaient les hos-

* Mefrouzoul'kalem vè maktonoul kaâeoi*

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pûdars ainsi que le divan du pays , c est-à-*dire le sénat formé par les boyards ou seigneurs indigènes. Le peuple de la Valachie et de la Moldavie était esclave de ces seigneurs dans toute la force du mot , et ne possédait aucun privilège , aucun droit. Cependant la Porte trouva bientôt , dans les discordes continuelles des principaux boyards, un prétexte de reprendre une partie des droits qu'elle leur avait conférés. Â la merci du caprice des sultans , environnées des places frontières sur la rive droite du Danube et sur leur propre territoire , menacées par les forteresses de Chotzim, de Bender, d*Akermann, d^Okzacoflf et de Kil-Bouroun, ces deux malheu-reuses provinces devinrent la proie d une foule de spoliateurs. Un khan de la Crimée , un mizza ou seigneur tartare , un pacha commandant de l'une des places fortes , appuyé d'une pétition de quelques boyards intrigans, pouvait, sur une simple calomnie, faire déposer les bospodars et même leur ôter la vie. Les ministres de la Porte, non moins rapaces que les khans et les pachas, tantôt partageaient avec les accusateurs les biens de l'hospodar disgracié et les dons de son successeur, et tantôt ils s'appropriaient eux seuls les dépouilles de la victime.

En 1 7 1 6 , le drogman de la Porte , Nicolas

Maurocordato , profitant de la disgrâce de l'hospodar indigène Brankovan, rëussit à se faire nommer à sa place, et fut le premier Grec qui obtînt cette dignité. Les deux provinces , depuis leur conversion , étaient toujours restées fidèles à Téglise d'Orient; leurs sièges ecclésiastiques n'avaient jamais cessé de reconnaître la suprématie du patriarche de Constantinople, et leurs métropolitains avaient toujours tenu un des premiers rangs parmi les membres du synode grec; elles accueillirent donc favorablement le nouveau gouverneur Nicolas Maurocordato , leur co-religionnaire ; et les boyards du pays , n'ayant aucune espèce de jalousie contre un chef étranger, le préférèrent aux hospodars indigènes, qui étaient leurs égaux et par conséquent l'objet de leur rivalité.

Depuis' le quatorzième siècle , les hospodars et les boyards avaient fondé dans ces provinces des monastères qu'ils avaient dotés de revenus considérables et qu'ils avaient annexés au Saint Sépulcre , au mont Athos ou au mont Sînaï; un petit nombre d'entre eux étaient indépendans. Les hégoumènes^ ou abbés de ces monastères annexés, étaient presque toujours des ecclésiastiques grecs, installés par le patriarche de Jérusalem, par l'archevêque du mont Sinaï où par

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les supérieurs des coùvens du mont Athos; mais ces abbës devaient être confirmés par les hospodars , dont ils recevaient un diplôme appelé chrysobulle.

Les Moldaves et les Yalaques, plongés dans les ténèbres les plus épaisses, n'offraient nulle éducation, nul commerce, nulle industrie , mais une absence totale de civilisation. La neuvième partie des terres était en friche; on ignorait jusqu'aux premiers élémens de Téconomie rurale* Les hospodars grecs civilisèrent les deux principautés; Nicolas Maurocordato fonda €n Valachie une imprimerie et une école publique , ou Ton enseignait le slavon, le grec littéral et le latin. Son frère Constantin Maurocordato fut le bien-

faiteur des paysans valaques; il les affranchit du servage le plus monstrueux qui ait jamais existé, et il introduisit dans le pays la culture du blé de Turquie , qui est devenu leur principale ou plutôt leur unique nourriture. Les hospodars grecis qui succédèrent aux Maurocord^tos , rendirent aussi de grands services aux nations valaque et moldave ; ils firent traduire dans le dialecte du pays la Bible , les Saints Évangiles, les Psaumes, la Liturgie et tout ce qui concerne le rituel de l'église d'Orient. Sous Thospodar Alexandre Yp-. silanty, un boyard indigène de Valachie, nommé

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Jannaquitza Yakaresko , rédigea le premier une grammaire et régularisa le patois de son pays.

Les hospodars grecs, Alexandre Ypsilanty, Grégoire Ghika, Charles Callimachy et JeanCaradza, furent les législateurs de la Valachie et de la Moldavie. Ces provinces suivent encore aujourd'hui les codes que ces princes firent imprimer, et qui y rédigés d'après celui de Justinien , renferment aussi les coutumes non écrites, qui avaient auparavant force de loi , bien qu elles fussent incertaines , interprétées à volonté , et souvent contradictoires*

Les hospodars grecs, malgré les divers moyens qu'ils possédaient pour faire- face au:c cabales de leurs rivaux , succombaient souvent à leurs attaques , et ne pouvaient vivre que dans la crainte , surtout depuis les guerres désastreuses de la Turquie avec la Russie et TAutriche. Un nouveau grand- vizir, un -nouveau favori du sultan trouvaient , pour renverser les hospodars, une arme toujours sûre,. en les accusant de trahison. Calomniés comme partisans , tantôt de rAutricbe et tantôt de la Russie, ces princes infortunés éprouvaient le counroux du sultan, perdaient leur place et leur bien; rarement même terminaient - ils leurs jours d'une manière naturelle. Les deux principautés furent mises sous la pro-

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