PROGRES BJB LA CIVILISATION XN GR£CB
teclion de la Russie par les traites de. Caïnardza ^ de Jassy et de Bucharest. Mais , quoiqu elles, fassent ainsi délivrées de Tinfluence de voisips puissans, tels que les khans de Crimée, les sultans tartares de Boudzak et de Cavouchan , les pachas dismaïlow , de Bender , de Cbotzim , d*Oczakoff et de Kil-Bouroun , toutefois elles avaient à souffrir des vexations continuelles des garnisons des places frontières sur le Danube , et surtoutde cet essaim de négocîans turcs, accapareurs privilégiés (pommés capanlys)^ qui faisaient le monopole de toutes les denrées produites par les deux provinces. La protection de la Russie et la surveillance exercée par ses consuls, ne pouvaient enipécher ces abus qui s'introduisaient sous différentes formes et sous des prétextes spécieux. D'a^ près une convention confirmée par un édit autographe'du grand-sèignèur , le gouvernement des hospodars devait durer sept ans. Pendant cet intervalle , leur personne était inviolable , et les traités avec la Russie ne permettaient pas de les destituer avant un examen rigoureux de leur conduite , examen que faisaient les deux puissances contractantes.
Malgré ces clauses, les hospodars Grégoire Ghika et Constantin Chantzéry, furent assassinés en pleine paix; Mavrojény et Alexandre Yp«
silanty eurent la tête tranchée; Nicolas Caradza, Constantin Mourouzy , Alexandre Maurocordaèo , Aléko Soutzo et Alexandre Mourouzy, furent arbitrairement destitues. Le ministère ottoman avait toujours la ressource de forcer les hospodars , secrètement et par menaces , à don- , ner leur démission comme volontaire . C'est ainsi que Jean Caradza, persécuté par Halet, favori de Mahmoud , fut obligé d'abdiquer officiellement et de se réfugier en Europe pour éviter la mort. Mais de tous les maux qui pesaient et qui pèsent encore sur les deux provinces , le plus sensible et le plus accablant était ce reste odieux de droit féodal , que l'humanité de Constantin Maurocordato n'a pas été k même d'extirper. Ce droit consiste en corvées gratifites , auxquelles chaque paysan est tenu pour le service des seigneurs propriétaires; les corvées ne doivent être que de onze jours par année; mais elles deviennent infiniment plus onéreuses par l'énormité des abus que se permettent les seigneurs indigènes^ . à regard des malheureux cultivateurs. Ces onze jours se multiplient jusqu'au. nombre de quarante, de cinquante et au-delà, de manière que les paysans n'ont pas la faculté de labourer leurs terres. Les hospodars redressaient souvent ces abus; mais les seigneurs, par mille ruses, arrar
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chaient aux paysans des contrats , dont les articles stipulaient cette augmentation de service. . Outre ces abus ruineux, il existe encore une multitude de privilèges qui font retomber sur les cultivateurs tout le poids des impôts , tandis que des classes nombreuses de laïcs et d'ecclésiastiques jouissent de plus ou moins grandes immunités.
Comme les deux principautés de Valachie et de Moldavie pouvaient écheoir à tout fanariote qui savait assez bien les langues orientales et le français pour devenir interprète de la Porte , les intrigues d*une si grande quantité d'aspirans devenaient pareillement funestes aux hospodars* en place , et par conséquent elles influaient sur le sort des provinces. Les Ypsilanty, les Mourouzy, les Sputzo , les Caradza , avant de devenir princes , étaient grands-postelnïks , ou premiers ministres des hospodars de Valachie et de Moldavie. Le gouvernement turc , ainsi que les nations grecque , valaque et moldave , ne donnaient le titre de prince qu'aux hospodars ; leurs enfans s'appelaient ^^i-zaâ5(?5, ou fils du prince; mais cette distinction n'appartenait jamais à leurs petits-fils; ceux-ci n'étaient que simples boyards ou seigneurs/
Quelque éphémère que fût la domination des
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hospodars , toutefois les provinces qui leur étaient soumises servaient de refuge à tous les Grecs persc^cutés par les Turcs dans les autres parties de Tempire ottoman. Une multitude de Akcédoniens , de Thraces , d'Épirotes , de Thessaliens , exerçaient divers métiers dans ces provinces toutes chrétiennes; d^autres formaient des relations commerciales avec l'Allemagne , et surtout avec la ville de Leipsick; la plupart s'enrichissaient par leur industrie rurale ^ en culti^ vant à titre de fermiers les terres fertiles des boyards indigènes.
Les lycées de Jassy et de Bucharest, capit^es ' des deux provinces , étaient bien organisés : on y enseignait le grec, le latin , l'allemand , le français, les sciences naturelles et la philosophie. Outre ces lycées, il y avait aussi des écoles secondaires dans les chefs-lieux de chaque district; l'imprimerie de Jassy était assez bien assortie; et dans les dernières années on avait fondé à Bucharest un théâtre sur lequel on représentait des tragédies et des comédies françaises, ou des pièces traduites en grec : les étrangers , de quelque nation , de quelque religion qu'ils fussent , étaient favorablement accueillis. Le mérite obtenait lestime; un homme industrieux et doué de quelque talent était sûr de réussir. La langue
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grecqae avait été presque généralement adoptée, et à Texception du bas peuple , tous les habitans Tentendaient ; la haute classe surtout parlait le grec avec une grande pureté; plusieurs boyards se distinguèrent même par des écrits en grec ancien ou littéral. En Valachie 9 les Brankovan y les Nestor , les Kimpinîan , les Philipesko et les Golesko; en Moldavie*, les Stourdza, les Paskan, les Risnovan , les Balsouk et les Dragnitzy, ne le cédaient pas en fait de littérature grecque ancienne aux Grecs les plus instruits. Les femmes de plusieurs boyards de ces provinces étaient ou des princesses ou des nobles grecques; plu* sieurs Grecs aussi épousaient les filles des seigneurs du pays. Cet amalgame polissait les hautes classes des deux principautés, et y introduisait les mœurs , les usages et la langue de la Grèce. D*un autre côté, les armées russes et autrichiennes qui occupèrent ces contrées à plusieurs reprises, y apportèrent les manières européennes , le luxe et les beaux arts. Toute la haute société apprit le français et l'allemand. La danse et la musique devinrent des articles d'éducation. On voyait même , chez les boyards les plus riches , des institutrices allemandes et françaises. Cependant on remarquait dans ces provinces la frivolité à côté de la politesse , et le re^ lâchement des moeurs à côté de Turbanité»
236 SrXONDE PARTIE.
J'ai esquissé ce tableau pour donner une idée précise de Fétat civil et politique de la Valachie et de la Moldavie , à ceux qui vont lire le récit de l'invasion faite dans ces provinces, par Alexandre Ypsilanty.
Nous terminons ici la seconde partie de cette histoire. Notrebut a été d'y exposer les faits les plus saillans et les plus liésr au sort de la Grèce^ arrivés pendant l'espace du denii-»ècle qui a précédé l'insurrection.
La troisième partie , que nous allons entamer^ est toute relative à ce grand événement, à son: origine et à ses détails.
INSUAAECTÏOIT GRECQUE. 2^J
HisToias DE l'insurhectioh grecque.