CHAPITRE IV
Farenr de Mahmoud. -— Mort des principanx fanariotes. «* Mort du patriarche.— Proscriptions et massacres. «- Pïëgligeoce d'Ypsilanty. — Actiritë de la Porte.— Attaque de Gala tz. — Betraite d'Athanase. — Arrivée de Cantacuzène à Jassy. — n se retire en Russie. -« Mort d'Athanase et défaite de son corps d'armëe. .^ Trahison de Vladimiresko. — Dé* faite.de Caravia et du bataillon sacré. — Défection de Sava. — Fuite dTpsilanty. — Mort de Georeaky.
Quand on entend , quand on raconte la catastrophe d'une ville ou d'une province , dont les habitans périrent les armes à la main , le cœur souffre ; cependant l'on compense sa douleur par l'admiration qu on éprouve pour ceux qui vendirent cher leur vie, qui défendirent jusqu'au trépas leurs droits et leur honneur. Mais lorsqu'on voit massacrer des faibles , des innocens , des malheureux sans défense , alors on ne ressent qu'une seule sensation, l'horreur; on s'indigne contre la nature humaine gratuitement féroce , et l'on regarde l'homme du même œil que les tigres et les panthères.
Celui qui s'est imposée la tâche d'écrire l'histoire moderne de la Grèce , briserait bientôt sa
plume , s'il n avait à retracer les efforts généreux de ces guerriers qui, tantôt réunis et tantôt séparés , soutiennent la plus juste des causes avec courage et dignité.
Dès le début de cette histoire , Constantinople , ce répaire de la tyrannie , nous présente les scènes les plus horribles : elle est inondée du sang des chrétiens massacrés. Là on voit le Bosphore rouler des cadavres dans ses courans rapides ; ici des bandes forcenées parcourent les rues avec des hurlemens affreux , égorgent tout ce qu'elles rencontrent, brisent les portes des maisons qui renferment leurs victimes , les immolent à leur rage et les foulent aux pieds. Partout, dans cette vaste enceinte, on n'aperçoit que morts et que bourreaux ; on n entend que les gémissemens des victimes et les cris féroces de leurs assassins. Un seid endroit demeure dans une froide impassibilité , dans le calme d'une indifférence immobile et glacée : c'est le fameux quartier de Péra !
Les proclamations qu'Alexandre Ypsilantj publia immédiatement après son entrée en Moldavie , parvinrent bientôt aux pachas commandans des places fortes dlbraïlow , de Silistrie et de Viddin. Ceux-ci les expédièrent à la Porte ottomane , où elles furent traduites et où elles
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dévoilèrent le plan de rinsurrection. Mahmoud , qui attribuait ce mouvement aux machinations d'une puissance ennemie , fit retomber sa dou^ ble vengeance sur toute la nation grecque; dans sa fureur il résolut de l'anéantir. On dit, qu'à la grande nouvelle , il tira son poignard , et marchant à grands pas , il s'écriait i^guhiaourUira kiliiz) : glaive aux impies ! et qu'il jura de ne pas le remettre dans son fourreau avant d'avoir exterminé jusqu'au dernier des Grecs,
Le ministre favori Halet, homme d'une cruauté sans exemple , persuadé que les premiers mo* teurs de la nation grecque étaient le clergé et les personnes marquante^ de Constantinople , engagea son maître à commencer par là ses exécutions , en abattant indistinctement les têtes des innocens et celles des coupables. Cependant, indécis dans les premiers jours , le sultan et son ministre n'osèrent pas exécuter leur projet , et la Porte adressa d'abord au synode un ordre fulminant. Elle enjoignit au patriarche et aux membres du synode de rassembler tous les notables grecs de Constantinople; de leur demander s'ils étaient serfs du sultan ou sujets de Russie; de leur persuader que la Porte, sans daigner descendre à l'examen, leur accorde à tous une amnistie générale; de leur recommander la fidélité la plus
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inviolable à leur souverain tout-puissant; enfin de lancer des excommunications et des anathè* mes contre les chefs de la rébellion en Moldavie et en Valachie,
Dix jours s'écoulèrent pendant cette clémence apparente du sultan. La Porte employait cet in* tervalle à sonder les dispositions et les démar^ ches des ministres étrangers; elle rassemblait dans Constantinople des troupes asiatiques, dont elle établit deux camps ^ sur les rives du Bos* phore; elle redoublait de vigilance pour la sâreté de Tarsenal et des magasins; elle renforçait les corps de garde et plaçait des sentinelles dans tous les lieux suspects, dans Galata, dans Fera, quartiers habités par des Européens, par des marins étrangers , par des insulaires grecs dont elle redoutait Taudace. En même temps la Porte ordonna le désarmement général des Grecs de Constantinople et des environs; et quand elle eut pris toutes ces précautions , elle jeta le masque et fit publier par des hérauts un édit autographe du sultan, qui appelait aux armes tout vrai croyant, tout musulman fidèle , pour la défense de la religion et du trône menacé.
Si partout la multitude , quand on Fautorise à rompre ses digues , est terrible dans ses excès , qu'on juge de quoi est capable une populace bar-
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bare et tnahométane, déchaînée par le fanatisme religieux ; rivalisant de férocité avec elle , Mah' moud ne feignait de la contenir que pour la ren« dre plus furieuse : les premières victimes qull immola furent Dénys Calliarky, archevêque d'Éphèse, George Maurocordato, Michel Chantzery, Nicolaky Scanavy , avec son gendre Michel Ma-i no, et mon frère aîné Théodore Rizo, archicbancelier du trône patriarcal. Des ordres de massacre furent expédiés dans tout lempire. La Thrace , la Macédoine , la Thessalie , l'Eubée , le Péloponèse, toutes les provinces depuis TÂttique jusqu'à rÉpire et FAlbanie , les îles de Mitylène , de Rhodes , de Candie et de Cypre furent condamnées à perdre leurs archevêques , leurs prêtres , leur primats et tout ce qu elles avaient de familles notables. Quelques jours après^la Porte adressa un ordre au patriarche pour qu'il envoyât auprès d'elle presque tous les membres du synode. Ces infortunés ne s'abusèrent pas sur le sort qui les attendait : ils se rendirent sur-le-champ à l'église patriarcale , communièrent pour la dernière- fois, et après s'être mutuellement embrassés, ils marchèrent avec résignation au supplice. Ils furent d'abord incarcérés , exposés à mille tortures inouïes , puis entassés dans une barque et pendus avec leur costume sacerdotal
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devant chacun des villages chrétiens qui bordent la rive droite du Bosphore. Le patriarche Grégoire s*étonnait en voyant ajourner sa propre condamnation ; comme chef de la religion et comme natif du Péloponèse , il n'avait aucune chance de salut. H se consolait par Vespérance que son trépas sauverait la nation , et arrêterait les massacres, en servant de sacrifice expiatoire. L'exécution du secrétaire interprète Constantin Mourouzy précéda de deux jours celle du patriarche. Mourouzy fut amené sous les fenêtres grillées d'un kiosque du sultan , près du palais du grand -vizir. Avant de recevoir le coup fatal, Constantin leva les yeux vers les fenêtres grillées du pavillon et s'écria en langue turque : « Sultan sanguinaire, sultan injuste, sultan misérable! la dernière heure de ton règne a sonné; tes cruautés vont être punies ; Dieu vengera ma nation. » Nicolas Mouroùzy, interprète de l'amirauté et frère de Constantin, fut également massacré, en présence de Mahmoud.
Le 20 avril , le patriarche fut appelé à la Porte. Il s'y rendait , quand il fut saisi et conduit à la prison des criminels d*état. La Porte ordonna la nomination d'un nouveau patriarche. Par une contradiction étrange , le sultan , qui venait de prescrire le massacre des Grecs et de prononcer
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Tarirét du patriarche dépose , permettait que son successeur , nommé Eugène, fût solennellement investi du manteau de cérémonie.
Inconséquent dans toutes ses actions et cruel jusque dans sa bienveillance , il ressemblait à ces animaux sanguinaires qui jouent avec leur proie avant de la déchirer. Benderly-Aly-Pacha venait d'être nommé grand-vizir : il reçut Tordre suprême d'assister au supplice de Grégoire le jour même de l'installation du nouveau patriarche. Escorté de deux mille janissaires , le grand* vizir se rendit au quartier du Fanal ou sont situées réglise et la maison patriarcales; et tandis qu'Eugène venait en pompe prend|:e possession de sa nouvelle dignité, Benderly-Aly-Pacha faisait dresser devant la porte du palais patriarcal la potence de Grégoire. Assis sur un siège, il fit signe aux bourreaux , et pendant que le martyr levait les yeux vers sa demeure céleste , lé Bostandzy-Bachy, ou chef de la garde impériale, s'approcha de Grégoire, en vociférant : a N'est-ce pas toi , scélérat , qui as débauché les esclaves du sultan, refuge du monde? n*est-ce pas toi qui as excités les infidèles raïas à la rébellion? n*est« ce pas toi , chien impur, qui a&tommis des tra* hisons pareilles? » Après cet interrogatoire, on ordonna d'achever la victime.
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Dans le même moment qu^on exécutait Grégoire à Constantinople , on massacrait aussi son prédécesseur le patriarche Cyrille, retiré, depuis sa déposition , à Andrinople sa patrie. L'église grecque perdit dans sa personne un ecclésiastique distingué , orné de connaissances variées, un homme des plus sages et des plus éloquens. Le cadavre de Grégoire resta trois jours suspendu au gibet. Détaché après cet intervalle, il fut traîné par des Juifs dans les rues de Constantinople , et jeté dans la mer.
Un bâtiment grec des lies Ioniennes le recueillit et le transporta dans le port d'Odessa. A cette nouvelle , une foule de Russes accoururent de toutes les provinces environnantes , et les funérailles de Grégoire se célébrèrent avec toute la pompe qu'elles méritaient.
Loin d'assouvir la fureur musulmane , le trépas du patriarche ne fit que la redoubler. On égorgeait , on pendait , on noyait sans relâche : on visitait avec soin tous les bâtimens étrangers pour y chercher des victimes échappées. Quant aux personnes marquantes , on les jetait d'abord dans des cachots , et la soif du sang , qui accélérait l'instant du supplice, était une espèce de bonheur pour ces infortunés dont elle abrégeait les tourmens et l'agonie.
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Le grand-vizir avait devant lui deux ëcritoires, Tune remplie d*encre noire et l'autre d*encre rouge. U désignait avec la noire ceux qu il voulait envoyer à la mort; il marquait avec la rouge ceux qui ne lui paraissaient mériter que Fexil. Chaque jour, le chef des bourreaux lui apportait la liste des incarcérés ; il Texpédiait au sultan avec des commentaires écrits en lettres noires, et en recevait aussitôt Tordre non-seulement de faire périr tous les condamnés , mais de renouveler sans cesse le catalogue des victimes. Les exilés furent conduits dans les provinces intérieures de TAsie mineure , où ils furent appliqués jour et nuit à des travaux forcés. La plupart j moururent de douleur et de misère; quelques-uns ont survécu , et traînent encore aujourd'hui une existence mille fois pire que la mort.
Plus de dix mille personnes périrent dans les massacres de G)nstantinople.
Quoique spectateurs impassibles de tant de désastres , les ministres étrangers résidant à Constantinople méritent qu*on rende justice à leurs sentimeiis personnels. Tout le monde connaît rhumanité du baron de Strogonoff, ambassadeur de Russie , et les efforts qu'il ne cessa de faire jusqu'au moment de son départ , pour arracher à la gueule des tigres une multitude de
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famlUes , et leur faciliter les moyens d'évasion. Les autres ministres ne refusèrent pas non plus leurs palais aux infortunes qui s'y réfugiaient secrètement. Le premier drogman de la mission française sauva plusieurs Grecs, en les tenant cachés dans sa maison et en leur offrant ses services et ses secours. Un médecin anglais donna le même exemple de générosité et de philantropie*
Pendant que ces scènes d*horreur se passaient à Constantinople , à Andrinople , à SaIonique,à Philippopoli , à Scala-Nova, à Smyrne, à Magnésie , et qu'on expédiait des ordres de massacre à l'île de Candie et surtout à celle de Cypre, le camp d'Ypsilanty était tantôt dans les convulsions du désordre et tantôt dans une molle apathie , signe infaillible de la mort. Chacun prétendait faire prévaloir son avis ; tous voulaient commander, nul ne songeait à obéir. Ypsilanty établit un conseil de guerre et un fantôme de chancellerie qui rédigeait sans cesse des ordres du jour , tandis que le désordre et Tinsubordination régnaient au quartier général.
L'artillerie était confiée aux soins de Caravia d'Ithaque. Le bataillon sacré, au lieu d'être complété et bien entretenu, comme la principale force de l'armée , était négligé et dépourvu de
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munitions. Ypsîlanty , qui avait le dessein d'en devenir colonel ^ fut contraint de cacher sa prédilection et sa confiance pour cette troupe d'élite, de crainte d'exciter la jalousie des autres corps indisciplinés. Le capitaine Georgaky,. intrépide eu face des armées ennemies , montrait de la timidité devant les prétendus politiques , qui fourmillaient dans le camp d'Ypsilanty. Celui-ci occupait le district de Tergovitz; son frère <:adet, Nicolas, celui deKimpolounghi; les autres corps étaient répartis dans le reste de la Valachie cisoltienne. Le capitaine Georgaky défendait la petite . Valachie , ou trans- oltienne. Mais entre ces détacheinens éloignés Fun de Tautre , 11 n'y avait aucune communication ; on n y observait ni police militaire , ni vigilance ; on ne voyait aucun exercice , aucun poste avancé , aucun bivouac; tous voulaient jouir des divertissemens qu'oftraient les chefs-lieux des districts. La Valachie fut abandonnée par un grand nombre de t)oyards indigènes et de négoçians, qui se réfugièrent sur les terres d'Autriche , à Cronstadt et à Hermanstadt. En sorte que le pays qui suffisait pour entretenir une armée de cent mille hommes, fut réduit à ne pouvoir fournir de vivres à un corps de douze mille seulement. Les Ispravniks ou gouverneurs valaques exportaient
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en Transylvanie les productions, dont ils partageaient le bénéfice avec les chefs raflit^dres ; ce qui amena un manque de vivres dans la principauté. Toutefois , il faut le dire , les oflicief s d*Ypsilanty ne se démoralisèrent à ce point que lorsqu'ils désespérèrent du succès de leur entreprise. A laccablante protestation de la Russie, aux foudres lancées par le congrès de Laybach , aux anathèmes du patriarche 9 aux nouvelles affreuses des massacres de G>nstantinople , se joignaient les intrigues des agens étrangers, la malveillance de la majeure partie des Yalaques, la trahison de Vladimiresko et la conduite équi* voque du capitaine Sava. Malgré cela, il est probable que tout se serait réparé, si Alexandre Ypsilanty, quittant son plan de défensive, eût sagement combiné ses attaques , marché sur Bacharest et poussé ses reconnaissances jusqu'à la rive opposée du Danube. Toute son armée aurait alors repris courage , retenue dans le devoir par l'activité , et renforcée par ceux qui n'attendaient qu'un mouvement d'Ypsilanty , pour accourir sous sa bannière. Par cette démarché audacieuse , ce prince aurait imposé au lâche Vladimiresko , à Sava , aux Valaques , aux Turcs et à ses propres soldats., en faisant supposer qu'il agissait ainsi d'après des directions supérieures
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et des promesses positives d*un secours pro* châin. Dans les grandes entreprises, une impulsion bonne ou Aiauvaise , donnée à temps opportun , exerce sur les événemens une influence considérable. Mais la conduite d'Ypsilanty restera pour bien du temps encore enveloppée de mystère.
Telle était la situation des affaires en Valachie vers le commencement du mois d'avril. Cependant la Porte ottomane préparait avec activité tous les moyens d'une attaque sérieuse. Elle expe'dia par mer des troupes asiatiques , pour se joindre à celles des pachas cômmandans des forteresses du Danube. Elle chargea Cara-Féizy , chef d une bande de partisans rebelles souS le règne de Sélim , de faire avec son corps de ca^ Valérie d'élite , une invasion dans la petite Valachie , de concert avec la garnison de Viddin< Tous ces renforts arrivèrent au mois d'avril, et furent répartis dans les forteresses riveraines* Néanmoins les Turcs ne hasardèrent l'invasion que lorsque la défection de Sava et de Yladimiresko, et les informations détaillées qu'ils recevaient de toute part, les eurent complètement rassurés sur l'état de l'armée d'Ypsilanty.
Vers le milieu d'avril, Ypsilanty envoya en Moldavie deux de ses officiers; Fim, nommé
Âthanase et natif de Carpénise dans la Phocide, devait garder rimportante position de Galatz, organiser les marins grecs qui s'y trouvaient, et tenir en respect la garnison d'Ibraïl ; l'antre officier,noininéConstantinPentédéka,Épirote, avait ordre d'occuper militairement la vi11e.de Jassy, pour défendre la province, empêcher les communications des Moldaves avec les Turcs d'Ibraïl , et appuyer le corps commandé par Athanase.
Pentédéka, arrivé à Jassy peu de jours après l'émigration de Fhospodar , trouva cette capitale dans un état hostile contre les Grecs. Le clergé et le divan ou sénat du pays, tirèrent des monastères une cinquantaine de Turcs que Tbospodar y avait placés pour les soustraire au premier moment de l'effervescence; on leur donna des armes ; et aussitôt ces barbares , reprenant leur insolence habituelle , commencèrent à menacer la vie des Grecs. Pentédéka ne fut pas plus tôt à Jassy, qu'il somma le sénat et le métropolitain de lui livrer ces Turcs; menaçant, en cas de refus, de les enlever de force. Les Moldaves les firent passer sur le territoire russe, d'où ils se rendirent ensuite à Matzin par Is^ maïlow.
^ A peine parvenu à Galatz, Athanase apprit que le pacha , gouverneur d'Ibraïl , se disposait à
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l'attaque, Athanase fit une reconnaissance avec quelques cavaliers , jusqu au point où la rivière Siret se jette dans le Danube. H y rencontra ttn détachement de cavalerie turque, l'attaqua sur4echamp , le mit en fuite et revint à Galatz^ Pré^ voyant que Tennemi marcherait incessamment contre cette ville , il exhorta les marins grecs à opposer une vigoureuse résistance. Hors de la place , il y avait trois redoutes , élevées par les Russes dans la dernière guerre ; deux tombaient en ruines; la troisième était en bon état. Deux cents Grecs, ayant à leur tête Athanase, Cotira le Péloponésien , Dagliostro de Zante , les deux frères Mengléri de Céphalonie , George d'Andrînople, et Démonaky de Sphakia, se placèrent dans ces batteries , qulls garnirent de quelques canons. Les autres marins ne voulurent pas abandonner leurs bâtimens.
Le lendemain.de ces préparatifs ^ au point du jour , le premier du mois de mai , la garnison tfibraïl , forte de cinq mille hommes de cavalerie , de deux mille fantassins et d'un corps d'artilleurs , vint attaquer Athanase dans les batteries où il s^était retranché. Les deux ailes de l'armée turque, qui débordaient de beaucoup ces retranchemens, se précipitèrent bride abattue^ dans la ville. Les marins grecs, qui ne s'atten-
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daient pas à un choc si brusque , eurent à peine le temps de gagner leurs vaisseaux, et même une centaine d'entre eu< furent sabrés par les Turcs. Cependant ils vengèrent la mort de leurs frères« Sfaëlo de Z^nte , avec quatre bâtimens , après avoir rësistë à l'attaque de seize barques canonnières, qui bombardaient la ville du côté du Danube, se retira pour entrer dans le Pruth. En doublant un angle formé par cette rivière, les quatre bâtimens furent assaillis par un corps de Turcs, qui leur barraient le passage avec une batterie de quatre pièces de canon. Le Zantiote les attaqua courageusement , en tua un grand nombre, les dispersa et parvint à. effectuer sa retraite vers le Pruth vis-à-vis de Réni , ville russe de Bessarabie.
Des trois batteries de Galatz , deux furent détruites par Fartillerie de l'ennemi; les Grecs qu'elles renfermaient se retirèrent dans la troisième. Le pacha d'Ibraïl somma Âthanase de se rendre; mais celui-ci ne répondit que par une décharge. Les assauts des Turcs se multipliaient, à mesure qulls trouvaient plus de résistance; dans une de ces attaques périt le neveu du pacha. Inébranlable dans sa redoute , Athanase tua beaucoup de monde , et après avoir tenu ^^ avec deux cents hommes, pendant quatorze
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heures consécutives , il sortit de nuit , traversa larmée ennemie qui le bloquait, et se retira, lui et sa petite troupe,^sur une presqu*ile formée par la rivière du Pruth.
Les Turcs, maîtres de Galatz, pillèrent et incendièrent cette ville ; ils égorgèrent une multitude de ces Moldaves qui , quelque temps auparavant, les appelaient pour les délivrer des Grecs. Trois jours après , les barbares quittèrent les ruines de Galatz et retournèrent à Ibraïl , pour y déposer leur butin. La résistance d'Âthanase étonna les militaires russes de Bessarabie , et plusieurs d*entre eux Tinrent exprès à Réni , pour voir ce brave et ses compagnons d'armes. Sur ces entrefaites , George Cantacuzène , excapitaine de houlans au service de Russie , fut envoyé en Moldavie par Ypsilanty , pour prendre le commandement des corps militaires grecs de lassy et de Galatz. Il battit et dispersa trois cents Turcs postés dans la ville de Foczani , continua sa route avec les six cents hommes qu'il avait , et entra dans Jassj. Âtbanase projetait de reprendre Galatz en tombant à Timproviste sur le détachement ennemi quon y avait placé; mais il reçut de Cantacuzène Tordre de remonter le Pruth , avec sa troupe de cinq cents hommes , et d'aller le joindre à Jassy. Âtfaanase obéit , et
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se rendit dans cette ville le i3 du mois de juin.
Cantacuzène arrivé à Jassy, ne songea d'alord qu*à rédiger des proclamations ; elles portaient en substance qu il avait des pleins pouvoirs d'Ypsilanty ; qu'il était chargé, de protéger les Moldaves contre l'invasion des Turcs; qu'en conséquence il les exhortait à rester tranquilles chez eux , à rappeler ceux qui avaient émigré , à ne rien redouter et à se reposer sur ses moyens de défense. Malgré leur belle tournure , ces proclamations paraissaient des fanfaronnades après l'aftaire de Galatz; et les Moldaves ^ ne voyant sous ce général que quinze cents soldats tout au plus , ne furent point rassurés contre les attaques d'une garnison forte de quinze mille hommes , la plupart cavaliers , et d'une artillerie nombreuse.
La capitale resta déserte. Tous les chefs-lieux des districts étaient abandonnés. Il n'y demeurait que les pauvres qui n'avaient pas les moyens de faire le voyage. Cependant les Turcs commencèrent à inonder les environs de Jassy; et Cantacuzène, ne pouvant pas leur résister, se rapprocha des frontières de Russie : il établit son quartier général à Stinga, maison de plaisance située sur le Pruth. Au lieu de concentrer ses troupes , il en dissémina les deux tiers , envoya
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vers le district de Romano sa cavalerie , qui faisait sa principale force , et ne garda auprès de lui qu*Âthanase avec son corps de cinq cents hommes.
Les Grecs , en voyant cette manière d agir , se mirent à murmurer contre Cantacuzène ^.et désobéirent à ses ordres. Cependant ils reprirent courage , lorsque Cantacuzène éleva quelques retranchemens près de Skoulény, village placé sur la rive droite du Pruth, vis-à-vis du lazaret russe. Bientôt Cantacuzène, informé de l'approche des Turcs , désespéra des affaires , et comme il craignait de ne pas trouver asile sur le territoire russe après sa défaite qu'il regardait comme inévitable , il passa au lazaret deux jours avant l'arrivée de Tennemi. Athanase , qui avait la force d'un athlète et le cœur d'un héros , s'occupa d'achever les retranchemens commencés par Cantacuzène. George d'Andrinople , Contogouni du Péloponèse , Dagliostro et Sfaélo de Zante, les deux frères Mengléri de Céphalonie, Sophiano de Zéa et Apostole de Leucade , prêtèrent le serment de rester et de mourir. Quatre cent vingt braves le jurèrent de même. Ils choisirent unanimement pour leurs chefs Athanase, George d'Andrinople et Contogouni du Péloponèse.
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Le i6 du mois de juin, ils laissèrent sur le plateau de Stinga une centaine d'hommes sous le commandement de George , et les autres se mirent à travailler aux retranche mens. Us brûlèrent le village de Skoulény, qui aurait pu fournir aux Turcs une position avantageuse. Le même jour, Tarmée ennemie parvint à Jassj, et après le coucher du soleil , détacha six cents cavaliers pour faire une reconnaissance jusquaa plateau de Stinga. George d'Andrinople, caché dans une embuscade, fondit sur eux, en tua une cinquantaine, et força le reste à tourner bride.
On travailla toute cette nuit aux retranchemens; mais on ne put en achever que deux côtés ; le troisième resta découvert et sans fossé ; on y entassa quelques troncs d'arbres. Les Grecs se placèrent derrière ce rempart, avec huit misérables pièces de canon , et attendirent de pied ferme Fennemi. La rive droite du Pruth était encombrée des fuyards de la capitale , qui cherchaient à passer sur le territoire russe. Leur imagination frappée de terreur quadruplait le nombre des Turcs. Outre ces fuyards, il y avait sur la rive opposée' une foule de Grecs et de Moldaves émigrés. Un grand nombre étaient accourus de KischnefF et des environs , pour être
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spectateurs du combat. Le gouverneur militaire de Bessarabie , le vertueux philhellène Jusoff , les généraux de division russes et tout leur étatmajor, s*7 rendirent aussi pour défendre leurs frontières d'un coup imprévu, avec deux régimens d'infanterie de ligne et un de cavalerie cosaque, qu'ils rangèrent en bataille sur la rive du Pruth.
A la pointe du jour, Âthauase et Apostole de Sainte -Maure passèrent au lazaret pour faire leurs adieux à leurs amis; on les sollicitait de ne pas s'exposer à une mort évidente et inutile : « Nous savons bien , répondirent ces braves , que nous mourrons ici; mais c'est notre devoir; il y va de l'honneur de la nation tout entière.» Ensuite ils retournèrent à leur poste. On vit alors, d'après le calcul approximatif des généraux rus-> ses, six mille cavaliers turcs se répandre sur la plaine de Skoulény , et deux mille fantassins descendre du plateau de Stinga. Les Russes, à ce premier assaut de la cavalerie turque , crurent que les retranchemens allaient être emportés ; les grenadiers et les cosaques frémissaient de rage et tâchaient d'intimider les Turcs par leur attitude menaçante. Les huit canons des Grecs chargés à mitraille et une décharge de mousqueterie à bout portant firent un tel ra-
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vage, que la cavalerie turque se replia; Finfân' terie eut le même sort. Trois cents ennemis des plus intrépides voulurent s'emparer des ruines du village : Apostole de Sainte-Maure , avec une centaine de Sphakiotes et d'Epirotes , fondit §ur eux , et après un quart d'heure de combat i Farme blanche , les chassa; quatre-vingts furent tués et vingt-cinq faits prisonniers. Les Grecs repoussèrent quatre assauts et se battirent sans interruption pendant huit heures ; mais six pièces de campagne arrivant au camp ennemi, commencèrent à faire feu. Alors les faibles retranchemens furent culbutés; et les Grecs, exposés à un feu soutenu , se précipitèrent dans les flots et gagnèrent la plupart la rive opposée. Mais Athanase et tous les autres chefs préférèrent la mort: quoiqu'ils eussent la facilité de se sauver à la nage , ils méprisèrent un tel salut. Au nombre de cinquante , ils s'élancèrent dans les rangs ennemis et ne succombèrent qu'après en avoir fait un grand carnage. Athanase , dirent tous les spectateurs, déchargea sur les Turcs ses deux pistolets qu'il jeta ensuite dans la rivière; il fit de même de son fusil; et tirant son épée, il se jeta au milieu des ennemis; quoique couvert de blessures et pouvant à peine se tenir sur ses genoux , il abattit encore deux Turcs et périt avec gloire.
L«s cinq Cents caivaliers envoyés par Cantatuzène à Romano , venaient d*apprendre le cornl)at et accouraient à toutes brides au secours de leurs frères ; malheureusement ils arrivèrent trop tard : les Turcs les assaillirent aussitôt; mais ils en furent repoussés, et les cavaliers grecs profitèrent des ténèbres pour traverser le Pruth%
Je vis le gouverneur militaire de Bessarabie à son retour du lazaret* ce Si Alexandre Ypsilanty , me dit-il, est assez heureux pour avoir dix mille braves tels que ceux qui ont combattu à Skou*^ lény, il pourrait aisément tenir tête à quarante mille Turcs. »
Et pendant que ces braves mouraient pour la gloire de leur patrvt , que faisait Ypsilanty ?
Vers le milieu de mai, les Turcs entrèrent en Valachie du côté de Silistrie et de celui de Viddin; ils s approchaient à petites journées de la ville d^'Bucharest; et cependant le camp d'Ypsilanty était encore plongé dans une profonde^ apathie. Sava désespéra alors totalement des affaires de la nation. Ce perfide croyait qu'en trahissant la cause commune il serait bien vu par le sultan; il eut des intelligences avec les ennemis. Le Valaque Yladimiresko était également la dupe des promesses des Turcs, et coopérait en secret avec eux pour la destruction de Tarmée- dTpsi-
ai
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lanty . A lapproche des troupes de Silistrie , coni' mandées parle lieutenant du pacha, Vladimiresko évacua Çucbarest , et avec quatre mille Pandours et quelques centaines de Serviens ou de Bulgares, il fit un mouvement pour déborder la droite de larmée d'Alexandre Ypsilanty , tomber sur le corps de son frère Nicolas , et leur couper ainsi la retraite des montagnes* Sava restait dans rinaction , à la tête de quinze cents cavaliers d'élite , qui ne s apercevaient point de ses perfides projets; il voulait tromper les deux partis pour se déclarer ensuite du côté du vainqueur. Georgaky , le seul homme qui combattît pour la cause de sa nation, alla, au péril de sa vie, s'emparer de la personne de Vladimiresko. Outre les Paudours , ce chef valaque avait aussi dans son armée des Bulgares et des Serviens. Plusieurs chefs de ces derniers attachés au capitaine Georgaky, étaient devenus suspects à ce Valaque, qui les avait fait secrètement assassiner.
Georgaky avec trois cents des siens , se rend au camp du traitre, et pénètre dans sa tente, suivi de deux de ses pallikares : « Où sont, perfide , les chefs de ces braves Serviens et de ces Bulgares, ces chefs que je t avais confiés? Lâche , ils sont devenus tes victimes. » Puis , se tournant vers l'armée de Yladimiresko : « Frères
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ServienS) Bulgares et Pandours, sécria-t-il d'une voix tonnante , ce perfide vous trahit tous* II assassine vos chefs en secret; il a promis aux Turcs de vous livrer entre leurs mains. Viens donc avec moi, traître, pour rendre compte de tous les forfaits que tu as commis et de ceux que tu as médités. » En prononçant ces paroles il le saisit par le collet , Fentraine hors de sa tente , le remet à ses pallikares et le conduit sous bonne escorte au camp d'Ypsilanty*
Les Pandours frappés de la hardiesse de Geor* gaky, furent comme pétrifiés, et ne firent au* cun mouvement. Yladimireslco fut exécuté , et la plus grande partie de son armée passa au ser^* vice dTfpsilanty.
Cependant le moment était venu où il fallait songer à la défense. Ypsilanty détacha des corps de troupes pour repousser Tavant^-garde de Tar^ mée turque , qui s avançait sur Tergovitz. H y eut quelques escarmouches à Gaesty et à Pitesty; mais le plan était si mal conçu que ces divers détachemens arrivèrent au rendez -^ vous l'un après la déroute de Tautre ^en sorte que les Turcs poussèrent toujours en avant. Le bataillon sacré erra sans guide dans les forêts pendant un jour entier , exposé à une forte pluie , qui Teût mis tout^à-fait hors de combat , si l'ennemi l'eût rencontré.
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Le capitaine Georgaky suggéra alors a YpsJlanty le projet de passer la rivière d*01t avec toute son armée , d'attaquer et de disperser Tarmée de Viddin , et par cette victoire d'intimider les Turcs de Silistrie, d'encourager les Pandours, de renforcer son armée , de s'emparer de la petite Valachie, et de soulever enfin la Servie, à cause du voisinage de cette principauté. Ypsilanty. adopta ce projet , et passa l'Oit à Rimnik avec dix mille hommes, le 19 du mois de juin. L'armée de Viddin marcha aussitôt à sa rencontre, et prit ses positions derrière le monastère de Dragachan , situé dans une plaine. Georgakj, connaissant par une longue expérience le cboc de la cavalerie turque, et surtout de celle de Cara-Féizy, voyant l'état misérable de l'artillerie grecque et le désavantage de la localité , conjura Caraviâ qui commandait l'avant-garde, d'éviter la bataille et de se retrancher en attendant Ypsilantj, qui était de cinq heures en arrière avec son corps de réserve; la troupe de Georgaky était elle-même éloignée de six lieues , et il fallait lui donner le temps d'arriver.
Georgaky croyant Caravia convaincu, retourna vers le chef. Mais Caravia voulait avoir lui seul rhonneur de la victoire. Il accepta immédiatement le combat , sur la plaine de Dra-
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gachan. Le bataillon sacré , fort de cinq cents hommes, se forma en carre. Caravia, à la tête de son artillerie , défiait les Turcs, qui d'abord ne firent que quelques escarmouches pour reconnaître Tétat de leurs ennemis. Voyant rinhabileté des canonniers de Caravia , le désordre et la confusion qiii régnaient dans toute son armée, ils prirent courage , et leur cavalerie tomba sur la troupe de Caravia , avec une telle impétuosité quelle la culbuta du premier choc, et la mit en pleine déroute. Le bataillon sacré résista seul et repoussa deux charges de cavalerie.. Mais enfin abandonné, sans appui, sans artillerie, attaqué avec fureur de tout côté , il fut rompu ; mais , sans perdre courage , il se battit encore par petits pelotons. ,
Ce fut sur la plaine de Dragachan que se versa le premier sang des philhellènes : le Genevois Bordier sy distingua par sa valeur et mourut en véritable Suisse ; il se sacrifia pour une cause étrangère , mais belle et juste.
Le capitaine Georgaky entendant les coups de canon, s'écria: «Le détestable Caravia nous a perdus ! » et aussitôt , avec une trentaine des siens qui se trouvèrent près de lui , il accourut sur le cbump de bataille, se précipita tête baissée sur la cavalerie turque , et donna ainsi aux
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débris du bataillon sacré le temps de se sauver par la fuite. Il eut dans cette action son cheval tué sous lui. Le corps de troupes de Nicolas Ypsilanty et celui de son frère Alexandre furent entraînés par les fuyards. En vain leurs chefs les conjuraient , les menaçaient, pour faire volte-face; en vain s efforçaient-ils de les ramener au combat: une terreur panique avait saisi ces bandes indisciplinées , et avilies par une inaction de trois mois. Georgaky , après cette catastrophe, désespéra de réunir les soldats dispersés r il conseilla à Ypsilanty de sauver sa vie. « Quant à moi , ditil, j'ai juré de ne pas repasser fugitif en Europe, et je mourrai les armes à la main. » Ypsilanty suivit le conseil du capitaine; le même jour il se retira au monastère de Cosia , et de là passa en Transylvanie*
Le perfide Sava reçut le prix de ses trahisons : un mois après la catastrophe de Dragachan , il fut appelé par le lieutenant du pacha de Silistrie, comme pour être investi du manteau de cérémo* nie et le créer chef de la garde nationale de la province, en récompense de sa fidélité. Il se laissa tromper , et se rendit avec une dixaine des siens chez le lieutenant du pacha ; mais au moment où ils traversaient un corridor , ils furent assassinés par des ^hommes placés en embuscade et
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armés de fusils. Sa troupe fut dispersée et {)oùrsuivie par les Turcs; elle se réfugia en Tran-* sylvanie.
Après la défaite de Dragachan , le capitaine Georgaky rallia quelques centaines de fuyards , traversa avec Pharmaky son ancien compagnon d'armes , les montagnes de Valachie , et gagna celles de Moldavie , faisant une guerre de partisans , et taillant en pièces les corps turcs qui marcliaient à sa rencontre. L'armée turque de Moldavie, sous le commandement de Salih- Pacha et de Kioutzouk-AIy , essuyait en détail des pertes considérables. La capitale de la province ftait menacée d'un coup de main , et la guerre n'était pas terminée. Des agens tâchèrent à plusieurs reprises de faire abandonner à Georgaky une cause perdue : « Celle de mon honneur ne lest pasw, répondit cet homme vertueux; et il continua ses opérations. Mais il était réservé à un ecclésiastique moldave, l'évéque de Romano, de répandre sur lui le sang de ce brave. Aspirant à la dignité de métropolitain , l'infâme voulut rendre aux Turcs un service signalé. Dans le district de Niaqitzo, en Moldavie, est un monastère appelé Secco , situé dans une vallée étroite et bordée par des montagnes couvertes de forêts. Ce hionastère était un dépôt d'effets
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précieux pour les seigneurs moldaves. L*évéque connaissant le zèle religieux de Georgaky, lui manda que ne lieu courait risque d*être pîUë par les Turcs y et quil confiait à sa. piété la défense du monastère et de ses saintes reliques. Georgaky descendit des montagnes et entra dans cet édifice pour le garder. Aussitôt ]es Turcs Tassaillirent au nombre de dix mille ; mais ils perdirent plus de mille hommes en voulant franchir le défilé qui conduisait au monastère. Enfin, les montagnards moldaves se joignant aux Turcs , descendirent les collines opposées au défilé et forcèrent les trois cents hommes qui le gardaient à se retirer et à passer en Buchovine , province autrichienne. Georgaky, Pharmaky et trois cents braves qui leur restaient, soutinrent pendant deux jours les assauts répétés de toute l'armée turque; ne pouvant remporter, les barbares mirent le feu aux bâtimens en bois à Tentour du monastère ; le magasin des munitions & enflamma aussi; Georgaky accourut pour le soustraire à rincendie , et ce fut là que périt ce guerrier généreux , ce vrai patriote, cet homme qui fit honneur à son pays. Après la perte de son camarade, Pharmaky se déccHiragea; des scélérats chrétiens endossant des uniformes de Russie et d Autriche, trompèrent ce capitaine en lui disant
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qu'ils étaient officiellement chargés dlntervenir en sa faveur, et de le sauver, à condition qu'il sortit sans armes. Pbarmaky et les siens consentirent à cette proposition , et aussitôt les Turcs s'élancèrent sur eux et les massacrèrent tous , excepté Pharmaky et quelques aur très chefs , qui furent chargés de fers , conduits à Constant! nople et décapités. Pharmaky fut e'corché vif, et son cadavre demeura quelques jours exposé dans le quartier de Péra, ou habitent les Européens .
Telle fut la iin du premier acte de Tinsurrec-* tien grecque.
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