CHAPITRE VIL
Arrivée de Mauroeordafo.— Prise die Mooemvasie» de SaTarin et de Tripolitza. — • Les Grecs ëchouent devant Piapoli de Romanîe.— Odyssée d^it l'armëe turque auzThermopjles.
— Insurrection de l'Enbée. — Mort d'Hâîas Mayromichalis.
— Insurrection des Olympiens réprimée. — Aly trahi par Tahir-Abaz. — Il se rend. — Il est assassine. -• Guerre de h Perse. — Formation d'un nouveau sénat.
Alexandre Maurocordato , parti de Livourne avec quelques officiers phîlhellènes, et qudqaes Grecs étudians dans les difFérentes universités dltalle , arriva à Missolonghi au mois d août. Les habitans de cette ville le reçurent à bras ouverts. Il prévint aussitôt Démétrius Ypsilanty de son arrivée et de son dévouement à la cause commune , et il en reçut l'invitation dépasser le plus tôt possible dans le Péloponèse. Après avoir recueilli d'amples informations sur les affaires d* Aly-Pacha , ainsi que sur Tétat militaire et civil du continent de la Grèce 9 Maurocordato partit de Missoloi>ghi , et se rendit d'abord au camp de Fatras pour s informer exactement de tout ce qui avait rapport au siège de cette place importante 5 et pour lier connaissance avec les bom-
mes înfluens qui s y trouvaient , tels qu'Alhanase Canacari , Andréas Zaïmi et Tarchevêque Germanos, Un combat eut lieu entre les Turcs et les Grecs aux environs de Patras ; Mauroeordato y fut présent , et immédiatement après , il partit pour Zaracova. Ypsilanty Faccueillit avec une sincère cordialité , lui exposa franchement l'état des choses dans le Péloponèse , et comme la Grèce continentale le sollicitait de lui envoyer un homme capable de l'organiser, il chargea Maurocordato de cette mission , en I-accréditant à cet effet auprès des provinces du continent.
La malheureuse issue des affaires ultra-danubiennes ébranla l'influence de Démétrius Ypsilanty. Les intrigans et les ambitieux crurent alors facile de le culbuter , et commencèrent à diffamer l'hétérie , comme si elle eût été l'ouvrage d'Alexandre Ypsilanty et de quelques vagabonds. Ils espéraient aussi se faire une bonne note auprès des cabinets de l'Europe , en blâmant hautement une société que sa malheureuse coïncidence avec une autre association du même genre , avait injustement rendue suspecte. Depuis cette époque , ces hommes pervers travaillèrent à démoraliser la nation.
Maurocordato , de concert avec Théodore Négris, partagea le continent en Grèce orientale et
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en Grèce occidentale. II créa un sénat central ï Missolonghi , et pour: la Grèce orientale un corps administratif sous le nom d aréopage. L'établissement de ces deux sénats servit d'exemple au Péloponèse, pour en former plus tard un troisième dans lâ ville de Trîpolitza, Ces gouvernemens partiels, sans force et sans appui, furent bientôt contraints de recourir à l£| division et à rintrigue pour maintenir leur autorité; malgré leurs artifices , ils s'affaiblirent toujours plus , et ne sachant pas se respecter eux-mêmes , ils finirent par n'être respectés de personne.
Tandis que l'on serrait tous les jours plus étroitement la ville de Tripolitza, Grégoire Cantacuzène , ayant poussé avec habileté le siège de Monemvasie , reçut la soumission de cette forteresse au mois d'août. * Bientôt après , Navarm se rendit aussi par capitulation.
La capitale Tripolitza, située au centre du Péloponèse , est défendue par une muraille élevée , flanquée de tours et garnie de canons ; elle est dominée par une citadelle de peu d'impor-
* On dit que cet homme d'honneur ^ rigide observateur des articles de la capitulation^ risqua sa vie en réprîmandant trop fortement des Maïnotes qui avaient commis quelques désordres ^ et qu'il ne fut sauvé que par rinlervention de Constantin Mavromichalis.
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tance. La garnison de cette ville montait au commencement du siège à vingt-deux mille hommes environ , y compris quinze cents Albanais et les Asiatiques amenés par le lieutenant de Hourscbid. La population s*ëlevait à soixante mille âmes. Les assiégeans étaient au plus sept mille ; ils avaient pour chefs Ypsilanty, Pierre Mavromichalis, Théodore Colocotroni, Nikitas, Yatrako, Anagnos taras et le capitaine Manolaky. Les quartiers de ces chefs étaient séparés; les troupes campaient sur le penchant des montagnes qui environnent Tripolitza. D abord les assiégés firent de fréquentes sorties , dans lesquelles ils détruisirent une quinzaine de villages avoisinans. Mais ils ne furent pas toujours heureux: espérant surprendre les Grecs, ils attaquèrent le village de Valtessi , où ils étaient retranchés; mais ils furent repoussés avec perte par Colocotroni. Une autre tentative de ce genre contre 1^ village de Lévidi n*eut pas un meilleur succès ; ils furent repoussés par Nikitas , qui sy était retranché-
Après ces deux combats meurtriers , les Turcs n osèrent plus faire de sorties , mais se renfermèrent dans leurs murailles, en attendant de jour en jour des renforts. Cependant la famine et répidémie faisaient parmi eux de terribles
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ravages , et pour surcroît de maux , la discorde se mit entre le caïmacam^ ou vice -gouverneur du Péloponèse et le këhaïa ou lieutenant de Hourschid. Elmas-Aga, commandant des^upes albanaises , nuisit encore aux assiégés par son système de traîner la guerre en longueur pour son profit particulier. Les Turcs se décourageaient par la durée du siège; les Grecs au contraire prenaient courage en prévoyant la chute prochaine de Tripolitza , et accouraient de toutes les provinces pour participer à son immense butin. La prise de Monemvasie , l'artillerie qu'on transporta de cette. place au calmp de Tripolitza, la présence de quelques officiers philhellènes * la défection d'EImas-j&ga et de ses Albanais, portèrent les derniers coups à la ville assiégée. Elle fut emportée d assaut le 5 octobre i8ai.
Une guerre à la fois religieuse et nationale, une guerre à mort entre des tyrans et des esclaves qui brisaient leurs fers, ne pouvait produire que des scènes horribles dans une ville prise d'assaut , ville dont chaque pierre , chaque parcelle de terrain paraissait aux vainqueurs
* M. Gordon, qui avait apporté trois obusiers et six cents fusils; MM. Vautier, Robertson, Tipaido, et plusieurs autres Français , Anglais, Grecs, etc.
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teinte du sang de leurs frères , de leurs pères , de leurs aïeux. Tripolitza ëtait la résidence des pachas^ c est-à-dire la source d'où jaillissaient, pour les Péloponésiens , les tortures, les violences , les supplices , les confiscations; les peuples avaient à venger les souffrances de plus d'un siècle : Vengeance horrible , impitoyable , mais résultat nécessaire de l'oppression et de la tyrannie. *
Après la chute de Tripolitza, tous les efforts des Grecs se tournèrent contre Napoli de* Romanie. Cette place était bloquée par mer et par terre; la famine et le découragement y faisaient des progrès rapides; la garnison était sur le point de capituler, quand un navire maltais trompant la vigilance des deux bâtimens grecs en station dans le golfe argolique, introduisit des vivres dans la forteresse. Les Turcs reprirent alors courage, et firent de fréquentes sorties. On tenta de prendre la forteresse par surprise, mais vainement.
Dans le même temps, les Grecs qui assiégesdent Patras, enhardis par le départ de la flotte turque, descendirent du mont Panachaï-
* Le colonel Rayband donne des détails très-circonstanciés de ce siège y et en parle comme un témoin ocalaire.
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eus, chassèrent les musulmans de la ville incendiée de Patras, et les forcèrent à s'enfermer dans la citadelle. Ce fut sur ces entrefaites que Maurocordato quitta de nouveau Missolonghi, passa sur le Pëloponèse et visita le camp de Fatras. Informé du désordre qui régnait dans l'armée grecque, Youssouf- Pacha, gouverneur de Patras, surprit , à la tête de soldats déterminés, les Grecs dispersés pour la récolte des olives , ji|i les chargea à l'improviste et expulsa ceux qui
s'étalent postés dans les ruines de Patras.
Tandis que ces événemens se passaient dans le Péloponèse, le sultan méditait contre cette province un vaste plan d'attaque. Une armée forte de vingt mille hommes eut ordre de se rassembler à Larisse, sous le commandement des pachas Behram , Mémich , Chahin-Âly et Hadzy-Békir , do. franchir les Thermopyles et de pénétrer dans le Péloponèse par l'isthme de Corinthe , pendant que la flotte de Constantinople , réunie à la division des Barbaresques et à celle des Égyptiens, ferait des descentes sur les côtes de la Péninsule, après avoir détruit en passant l'fle de Samos.
Behram -Pacha, général en chef de l'armée d'invasion , était un Asiatique présomptueux qui ne s'était pas encore mesuré contre les armato-
les de la Grèce , et qui slmaginait n'avoir à faire qu â de misérables esclaves. Sans attendre seulement que son armée fût complète , il se mît en marche avec neuf à dix mille hommes , parvint après six jours au pied des Thermopyles , et envoya pour éclairer ce passage un corps de cavaliers. Les Grecs , sous les ordres d'Odyssée, de son proto-pallikare ou lieutenant Gouras et du capitaine Divounioty , avaient pris des positions avantageuses. L*avant-garde ottomane s'engagea dans les défilés et fut entièrement détruite. Le lendemain , les pachas marchèrent avec toutes leurs troupes, et s'avancèrent sans rencontrer aucun ennemi : ils croyaient que les Grecs , épouvantés de leur nombre et de leur aspect, avaient pris la fuite, quand tout-à-coup les Turcs furent assaillis de tout côté par une grêle de balles et écrasés par les rochers qu'on roulait sur leurs têtes. La confusion s'augmentait encore par l'embarras des bagages et de l'artillerie. S'élançant alors de leurs embuscades, les Grecs fondirent sur l'ennemi : Mémich- Pacha tomba sous l'épée de Gouras , et d'autres officiers supérieurs perdirent la vie dans ce combat, ou moururent plus tard de leurs blessures. Plusieurs drapeaux , des canons , des tentes , des chevaux , des bagages , la caisse militaire de
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l'ennemi , furent le prix de cette importante victoire. L'armée turque, dégagée enfin des Thermopyles, eut encore à essuyer des pertes sensi* blés au passage d'AIamanâ (Vancien Sperchius), et alla cacher sa honte dans la ville de Larisse. Omer Vrione , ayant appris cette défaite , et désirant retourner au camp de Hourschid pour presser le siège de Litharitzia, dernier refuge d'Aly-Pacha de Tépélen, sortit d'Athènes , où il lai$sa une forte garnison , traversa Thèbes et la Livadie , et parvint à Jannina vers le commencement d'octobre.
Dès les premiers mois de l'insurrection , Tile d'Eubée avait arboré le drapeau de la croix. Opprimés par les feudataires musulmans, les habitans de cette île souffraient le plus pesant esclavage; cependant un capitanat d'armatoies, soutenu par la bravoure et le patriotisme de quelques citoyens , conservait toujours les germes de l'indépendance. A l'époque où les Ottomans firent la conquête de l'Eubée , plusieurs familles nobles du pays se réfugièrent sur les sommités, de montagnes inaccessibles, et y menant une vie pastorale , elles conservèrent un langage plus épuré que celui du reste de la nation. Ces familles sont remarquables par la régularité de leurs traits, et par un air de dignité, qui de
père en fils s est transmis chez elles par le souvenir tle leur origine. Mais la population des plaines, montant à quatre-vingt mille âmes, vivait sans industrie , sans commerce et sans activité, uniquement occupée de travaux agricoles. Malgré la férocité des barbares établis depuis la conquête, malgré la rapacité des pachas qui gouvernaient la forteresse de €ara-Baba ou raiicienne Ghalcide , les Grecs de TEubée , naturel^ lement fiers et belliqueux , n'étaient pas tout-àfait dégradés par la misère et par la tyrannie; et lorsqu'à la voix du capitaine Diamandy ils arborèrent l'étendard de la liberté , ils forcèrent bientôt les Turcs à se renfermer, au nombre de huit mille hommes , dans les places fortes de Caryste et de Cara-Baba. Malheureusement ces villes eurent Iç temps d'être approvisionnées , et les paysans grecs , incapables de pousser un siège avec persévérance, leur laissèrent des intervalles , pendant lesquels les garnisons musulmanes firent des incursions et dévastèrent le pays , surtout depuis que le capitaine Diamandy eut été renforcer les insurgés de Cassandrie , à la sollicitation du capitaine olympien Cara-Tasso , qui venait de soulever la Macédoine cis-axienne. Le sénat péloponésien envoya au secours de TEubée quelques centaines de Maïnotes, sous
le commandement d'HéliâS, fils de Pierre Mavromichalis. Ce jeune guerrier ranima les paysans de TEubëe , battit les musulmans de Caryste et les repoussa dans leur forteresse. Ces succès enivrèrent les Grecs; ils se livrèrent à une sécurité funeste. L'enilemi qui les épiait fit soudain une sortie impétueuse, fondit sur les Maïnotes dispersés et les mit en pleine déroute. Malgré son exemple , malgré ses efforts , Hélias ne put les rallier, et préférant la mort à la honte de fuir, il se retira avec une dixaine de braves dans un moulin , ou , après avoir épuisé ses munitions 9 il proposa à ses camarades de s*entretuer, pour ne pas tomber vivans entre les mains des barbares.
Ainsi périt ce jeune héros, vraiment digne de porter le nom de Grec, pour sa vaillance, son patriotisme et ses vertus.
Vers le milieu du mois d'octobre , des députés envoyés par les capitaines du mont Olympe, vinrent en Péloponèse demander des armes , des munitions et un chef. Ces montrées montueuses pouvaient fournir un grand nombre de robustes guerriers. Quels avantages n*auraient pas procurés à la cause commune le soulèvement et Torganisation des belliqueux Olympiens! On fit choix d*un Bessarabien nommé Sala , sorti du
service de Russie , originaire de Nâxos , et qui n avait qu*un uniforme étranger pour toute recommandation de talens et de mérite. On lui adjoignit, d après la demande des Olympiens, le colonel Raybaud. Sala ne partit du Péloponèse qu'au commencement de décembre. A cette incroyable lenteur dans ses préparatifs , il joignit une nonchalance encore plus criminelle. Au lieu de se rendre directement à sa destination, il s'occupait à parcourir les Cyclades. Sourd aux exhortations du colonel Raybaud, Tinsouciant Sala perdit l'occasion favorable et ne parvint en Thessalie que dans le mois de mars , après que les Turcs sous le commandement d'Abdoul- Abid eurent détruit les Cassandriens , mis tout à feu et à sang dans la Macédoine cis-axienne, et paralysé les forces qui devaient agir à l'arrivée du Bessarabien Sala. Les affaires de la Grèce occidentale n étaient pas conduites avec plus de succès. L'insurrection avait gagné les bourgs et les villages situés entre Jannina et le mont Mezzovo. Les primats de cette contrée ( parmi lesquels étaient George Turturi, Constantin Durutti , et George Yanko secrétaire d'Aly-Pacha), demandés pour otages par Hourschid , crurent leur mort inévitable , et se persuadèrent que la richesse de leur pays avait excité la convoitise
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des Albanais; ces primats résolurent donc de prévenir leur catastrophe par une résistance qili promettait au moins quelque chance de salut. ils appelèrent à leur secours le ca{)itaine Stournari; mais celui-ci voyant la faible position de leurs villages et leur peu de ressources en vivres et en munitions de guerre , leur conseilla de temporiser en attendant l'issue des affaires. Les primats , qui craignaient pour leurs jours , s'adressèrent alors au capitaine Rango ; il vint avec un corps de cinq cents armatoles , qui saisirent aussitôt les gardes albanaises réparties dans chacun de ces villages par Hourschid. A la nouvelle de cet événement , Hourschid détacha du camp de Jannina quatre mille Albanais^ qui , excités par lespoir du pillage, incendièrent le bourg de Syraco et marchèrent ensuite sur Calaritès. En vain tentèrent-ils de se défendre , ils furent mis en déroute, et tous auraient péri, si les Albanais ne se fussent pas arrêtés à piller le village de Calaritès. Le capitaine Rango et le capitaine Gogo contribuèrent aussi au salut des fuyards , en retardant la poursuite des Albanais. Les malheureux habitans de ces villages se réfugièrent les uns dans la province de Vrachori , et les autres à Missolonghi.
Dès le mois d octobre , les affaires d'Aly-Pacha
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commencèrent à décliner visiblement, par ladfëfeetion secrète de Tahîr-Abaz et d'Ago-Vessiaris, deux de ses officiers les plus distingues. Les Grecs entretenaient des înteUîgences avec Aly- Pacha par Fîntermëdiaire de ses envoyés. Mais Alexis Noutzo et Maurocordato commirent la faute d'indiquer Missolonghi pour le lieu des négociations entre les Grecs et les émissaires d'Alj-Pacha. Les Acarnaniens et les habitans de Vrachori, province d'Étolie ^ avsdent dès le commencement de l'insurrection, démoli toutes les mosquées et exterminé tous les musulmans do^ miciliés dans le pays. Tahir-Abaz et Ago-Vessiaris , négociateurs envoyés par Aly-Pacha , ne virent sur leur passage jusqu'à Missolonghi , que leur religion foulée aux pieds et la croix élevée sur les ruines de l'islamisme ; ils comprirent alors que les Grées ne se battaient que pour leur propre cause , tout en paraissait: prendre à cœur les intérêts d'Aly . Hs feignirent donc d'accepter les conditions des Grecs , et de serrer entre eux et leur maître les noeuds d'une alliance défensive et offensive : mais ils partirent la rage dans le cœur, avec la résolution d'abandonner Aly^ dont les affaires leur semblaient perdues, et d'embrasser le parti de Mahmoud , seul soutien de la religion et de la puissance musulmane.
3go THOISIÈME PARTIE.
Tahir-Abaz alla secrètement trouver Hourschid, lui avoua son erreur , lui rapporta tout ce qail avait vu chez les insurges infidèles , et lui promit non seulement de détacher d'Aly tous les Albanais qui lui restaient encore , mais aussi de forcer ce satrape lui-même à se soumettre au sultan. Hourschid , enhardi par la défection de Tahir-Abaz, et tranquille du côté des Albanais, put dès lors employer toutes ses forcée contre les Souliotes et les autres capitaines de l'Épire, de TAmphilochie et de TAcarnanie. De son côté, Maitland , en défendant aux bâtimens grecs l'entrée du canal de Cor fou, tandis qu'il Touvrait aux flottes ottomanes , paralysait les plans d'attaque et de défense qu'auraient formés les Souliotes. Sans cette interdiction , ils eussent pu faire une diversion puissante , en étant secourus par les escadres grecques de Riguiassa et de Fanari. Les Souliotes, malgré les avantages quiis avaient remportés dans les premiers mois , sous le commandement du vieux Noti Botzaris, se virent en6n réduits à se replier sur le penchant de la montagne de Souli , où bientôt ils sentirent le manque de vivres. Marco Botzarîs , toujours placé au dehors , à la fêle de quelques braves , dignes de suivre un tel héros, avait d'abord fait des progrès prodigieux; mais il fut ensuite con-
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traint d abandonner tous les points militaires dont il s*était emparé. Il attaquait, il se retirait, revenait à la charge et disparaissait pour retomber comme la foudre. Toutefois ses efforts n'aboutissaient à rien de décisif; vers le mois de décembre toute l'Albanie était rangée sous les drapeaux du sultan; et Aly-Pacha, qui avait en Tahir-Abaz un ennemi caché dans son sein, touchait au terme de sa carrière. Retiré dans sa forteresse deLitharitzia, il fondait ses dernières espérances sur la diversion que faisait alors la Grèce, et sur les vicissitudes du gouvernement turc. Mais Tahir-Abaz ach|sva de Tabattre. A son retour de Missolonghi , cet officiait , interroge par My sur le résultat de sa mission, lui répondit , que Tarraligement avait été conclu ^ mais qu'il ne servirait à rien , parce que les Grecs ne se battaient que pour eux» Ce rapjport jeta le tyran dans des réflexions profondes; lincertitude et la crainte suspendaient ses conseils» Cependant Tahir-Abaz travaillait en secret à détacher d'AIy-Pacha les chefs de la garnison musulmane ; bientôt les Albanais désertèrent par pelotons et passèrent de nuit au camp de Hourschid , de sorte que vers la fin de Tannée , il ne restait auprès d'Aly que sept cents Albanais tout au plus. Un jour que le satrape était
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descendu vers les fortifications extérieures, Tabir-Abaz , d*accord avec la garnison , ferma la porte de la citadelle et en refusa Ventrée à son maître» Âly furieux se fit suivre de sa femme Vasiliky et du Grec Thanassi-Vaya; il se dirigea vers la poudrière et voulut y mettre le feu ^ en disant qu'il saurait mourir en brave et se venger des traîtres ; mais Vasiliki le retint : a Les affaires, lui dit-elle, ne sont pas désespérées; propose à Hourschid desarrangeihens ; ils seront acceptés ^ et quand tu sortiras , les Albanais, témoins de ta grandeur passée , seront touchés de tes malheurs et ne t'abandonneront pas. » Aty suivit ce conseil, et écrivit sur - le -• champ à Hourschid sa soumission au sultan. La rë-. ponse du vizir fut tissue d'éloges sur cette résolution d'Aly et de promesses qu'il obtiendrait pour lui la clémence du aouverain. Mahmoud parut accorder la grâce du rebelle; mais il expédia secrètement à Hourschid Tordre de tromper Aly , de l'attirer hors de ses casemates et de le faire périr. Aly-Pacha , comptant sur les promesses du sultan , sortit de la forteresse accompagné de deux domestiques et passa dans le camp de Hourschid. On l'y accueillit avec cérémonie et on le conduisit dans un pavillon qu'on avait destiné pour son assassinat. Deux officiers
INSUHRECTION GRECQUE. 3g3
supérieurs de ^ourschid y entrèrent avec des présens de la part de ce vizir, et en même temps ils lâchèrent contre Aly deux coups de pistolet. Aly blessé riposta, blessa Tun, tua Tautre et s'enferma dans le pavillon , où il se défendit en désespéré. Mais des soldats s*étant placés sous le plancher, tirèrent de là une multitude, de balles qui le frappèrent à mort. Sa tête empaillée fut envoyée à Constantinople et exposée devant la porte impériale. Ainsi frnit Aly-Pacha de Tépélen, le 5 février 1822.
Constantin Botzaris, frère de l'immortel Marco, étant un des Capitaines qu'Aly-Pacha dès le ccmimencement de sa disgrâce avait retenus auprès de lui, fut pris par Hourschid, ainsi que la femme de Marco nommée Chryséis.^Mais ces deux prisonniers furent échangés par la suite contre la femme et le lieutenant de Hourschid, tombés au pouvoir des Grecs dans la chute de Tripolitza.
La première campagne était sur le point de finir, quand un événement imprévu vint frapper les Turcs d'épouvante , et inspirer aux Grecs d'heureuses espérances. Par une bizarrerie des circonstances, quelques mois après l'insurrection des Grecs, une armée persane envahit subitement les frontières turques et
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continua sérieusement les hostilités. Cette démarche brusque et inattendue, attribuée aux suggestions de la Russie, augmenta les soupçQns du sultan , et le força à maintenir un cordon de troupes sur la rive droite du Danube, outre les^ vingt mille hommes qui occupaient les provinces de Moldavie et de Valachîe. De leur côté, les Grecs tiraient de cette guerre avec les Persans, des inductions favorables à leur cause. Us y voyaient une disposition bienveillante de rempereur Alexandre , tendant à les secourir indirectement; mais il paraît certain que cette affaire ne dut son origine qu*à une intrigue des fils de Feth-Aly Cadzary, schah de Perse. Dans son dernier traité avec ce prince , la Russie avait reconnu pour futur successeur au trône du schah , son fils cadet Abbas-Mirza, au préjudice de Taîné. Celui-ci ne put souifrir cette injustice, et résolut de s'acquérir par les armes des forces , de réclat et de la popularité. A la nouvelle de l'insurrection des Grecs, dont les premiers succès furent prodigieusement exagérés par la renommée, ce prince pensa que loccasion était favorable pour entrer à main armée dans les états du sultan schismatique et usurpateur, s'agrandir par des conquêtes, qu'il regardait comme faciles, obliger son père de le recon-
INSUARECTIÔN GHECQUE. SqS
naitre pour hërîtier immëdiat, où à la mort du prince s^emparer de la succession. Fort d*un parti nombreux, qui soutenait ses droits, il entreprit la guerre contre les Turcs à l'insu de son père. U trouva des griefs dans quelques désordres exercés par les Ottomans sur les confins des provinces qu'il gouvernait , et entrant sur les états de Tempire, il marcha de succès en succès. Bientôt la renommée de ses exploits remplit toute la Perse. Le schah vit qu'il était prudent de ne pas désapprouver la conduite de son fils aîné; le cadet voyant les progrès de son frère et craignant d'être supplanté, prit luimême les armes et descendit dans la même arène que ce prince, pour contrebalancer sa puissance et son crédit. Malgré cette brusque attaque , le sultan ne se déconcerta pas , et ne voulant pas céder un pouce de terrain aux ennemis de l'empire , il donna aux pachas des frontières des ordres pressaiis pour repousser la force par la force. D'un autre côté, les Grecs pleins des meilleures espérances, commencèrent à régler leur affaires intérieures.
Après la chute de Trîpolitza , Ypsilanty se rendit à Argos , où il convoqua une assemblée générale des députés des provinces et des îles , pour procéder à la formation d'un gouverne-
3g6 TEOISIÈME PÀRTIB.
ment. Il fut nommé président de .ce sénat péloponésien qui se proposait d organiser un gouvernement provisoire. Ypsilanty jouissait du respect public j tant par le prestige qui entourait encore son nom , que par sa loyauté et par le courage avec lequel il venait de défendre la ville de Calamata; aussi donnait-il de Tombrage aux ambitieux. Ceux-ci craignant sa popularité , et prévoyant que ) dans le congrès national , il acquerrait une puissance sanctionnée par le voeu de la nation, entravèrent par mille nianœuvres les opérations du sénat, semèrent la discorde parmi les députés , formèrent des partis et firent enfin dissoudre l'assemblée , sous prétexte qae la ville d'Argos, par sa proximité avec la place assiégée de Napoli de Romanie, était incompatible avec la tranquillité qu'exigent les délibérations d'un congrès. On choisit donc pour lieu de réunion la ville de Piada, ou l'ancienne Épidaure. Ypsilanty, qui connaissait les causes de cette translation , ne voulut pas s'y rendre ; mais appelé par les chefs qui dirigeaient le siège de rAcroco-* rintbe , il pensa qu'il ferait mieux son devoir en contribuant à la siLreté duPéloponèse par la prise de cette citadelle; il partit avec le bataillon de Baleste 5 et en effet TAcrocorinthe capitula. Malgré son absence , Démétrius Ypsilanty fut nommé
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président du corps législatif; mais il n*accepta cette charge qu'à condition qu*au bout de trois mois il serait fait une révision générale des lois sanctionnées dans le congrès. L'acte formel qui contenait cette condition fut remis au premier secrétaire du gouvernement, Théodore Négris, qui prétexta la perte de cette pièce lorsqu'on la lui demanda au temps fixé.
Le gouvernement provisoire de la Grèce était composé de deux pouvoirs , le corps exécutif et le sénat ou corps législatif, tous deux à la tête de l'administration et soutenus par le pouvoir judiciaiire , qui remplissait des fonctions indépendantes. Cette constitution fut signée à Épidaure , le 9 janvier 1822, et promulguée six jours après. Maurocordato 5 homme distingué par son esprit , par ses talens et par ses connaissances variées , fut élu président du corps exécutif.
A cette époque la catastrophe d'Aly- Pacha avait répandu l'alarme dans toute la Grèce. On s'attendait à avoir sur les bras toutes les forces ottomanes de terre et de mer; on les voyait déjà se concentrer et menacer le Péloponèse. Ce fut alors que le gouvernement publia l'acte officiel de blocus qui fut communiqué à toutes les puissances chrétiennes résidant sur le territoire grec. Par cet acte , le gouvernement décla-
SgS TROISliuftE PARTIS.
rait en ëtat de blocus toutes les places maritimes occupées par les Turcs, tant dans l'Ëpire que dans le Pëloponèse, l'Eubée et la Theâsalie, comme aussi tous les forts de la Mer Égëe , des Sporades et de l'île de Crète , appartenant encore à rennemi ; il ajoutait qu en conséquence , les navires sous pavillon quelconque qui tenteraient de s*introduire dans les ports susmentionnés, quoique duement prévenus par les officiers de la marine grecque, seraient arrêtés et traités d après les règles usitées en pareil cas.
IMSUARECTION GRECQUE. Spg