CHAPITRE X
Dissensions Intestines. — Réunion du congrès. «- I9ouvelle5 intr^ues. — Préparatifs des Turcs. — Jalousie des chefs turcs.— Mustaï-Pacha.-^ Marco Botzaris. — Sa mort. ^ Déroute des Turcs»— Dissensions entre les membres da gouvernement.
La seconde campagne avait inspiré auit Grecs les espérances les plus heureuses. La destruction complète de larmëe de Dramaly, Fincendie du vaisseau de ligne à Tënëdos, la prise de Napoli, la capitulation de l'Acropole d'Athènes, la défaite H'Omer Vridne et de Reschid-Pacha devant Missolonghi, la mort du redoutable Hourschid et la révolte des janissaires qui forcèrent le sultan à faire périr son ministre favori Halet , tous ces événemens étaient si désastreux pour la Porte ottomane, que les ennemis même de Tafllranchissement des Grecs commencèrent à prévoir leur prochaine délivrance et à reculer devant l'effrayante idée du salut d*un peuple chrétien.
Mais la troisième campagne allait s'ouvrir sous les auspices du congrès de Vérone. Ce fut là qu'en consacrant la légitimité du destructeur de
insuraectiÔn gaecqve. ^3
Scio , on défendit aux députés grecs de souiller par leur présence la ville régulatrice du sort de«i peuples. L*archevêque Germanos, métropolitain de Patras , Andréas Métaxas et George fils de Mavromichalis , qui portaient l'humble pétition de la nation grecque, furent traités comme des criminels échappés à la justice du sultan. Quand on apprit cette réception outrageante, il se trouva en Grèce des citoyens qui dirent : ce Montrons que les arrêts de Vérone ne sont pas plus puissans que ceux du ciel ; montrons qu'on peut nous condamner à Fesclavage, mais quon ne saurait nous ôter la résolution de mourir, yy A ces paroles du vrai patriotisme , le peuple grec répondit : « Puisqu'on nous abandonne à nousmêmes , nous ne retomberons plus sous le joug 4es Turcs; nous nous délivrerons par nos seules forces, ou bien nous périrons en recherchant ces^ droits qu'on nous refuse et qu'on réclame pour les Nègres, »
Cependant il y eut aussi des égoïstes qui, dés^espérant du salut commun et voyant la Grèce délaissée , résolurent de profiter pour leur propre compte des intervalles de repos que laissaient à l'état les invasions des barbares. Quelques autres tâchaient de s'appuyer sur des puisr sances étrangères, s'imaginant peut-être que plus
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ils agiraient contre les intérêts de la patrie , et plus ils se feraient rechercher.
Le rang de généralissime du Péleponèse auquel fut promu Théodore Ck)locotronî , à la fin de la campagne, ternit la gloire que ce chef venait d'acquérir en défendant la patrie, diminua sa popularité , suscita la jalousie des autres chefs militaires et les soupçons des fonctionnaires civils , enfin autorisa la Grèce orientale à élever au même grade le capitaine Odyssée. L'époque annuelle fixée pour Télection légale des membres du gouvernement était prochaine : il régnait une funeste dissidence entre les membres du sénat législatif et entre ceux du corps exécutif : les uns Sollicitaient la convocation de l'assemblée pour la révision de quelques-unes des lois organiques sanctionnées à Epidaure; les autres , aspirant à prolonger leur autorité ou craignant de rendre compte de leur conduite publique , s'opposaient de toutes leurs forces à cette proposition, et dési* raient que la nomination de nouveaux membres se fît sans l'assentiment légal du peuple grec. Le monstre de l'anarchie promenait partout sa tête hideuse , et la Grèce n'avaitr plus d'Hercule pour l'écraser. Cependant le parti qui demandait en vertu des lois la convocation d'une assemblée nationale , se fortifiait de jour en jour;
il avait pour appui toute la Grèce orientale , la pluralité des membrefi du sénat législatif, près*, que tous les chefs militaires du Péloponèse et de la Grèce occidentale, plusieurs provinces du continent et la plupart des iles de la Mer Egée. Le parti qui s*opposait à la convocation du con-» grès fut réduit à employer des voies de corrup-i tion pour se soutenir : il nomma une commission résidant auprès du sénat législatif, sous prétexte de coopérer avec lui , mais dans l'intention de débaucher ou d'égarer quelques-uns de ses membres ; il écrivit aux provinces, assurant que les circonstances critiques ne permettaient pas la réunion d'une assemblée nationale , et en même temps il répandit , dans le but de soulever le peuple , des lettres circulaires relatives à lelection des députés, et pleines de calomnies contre le parti opposé. Ces intrigues divisèrent quelques provinces; cependant la majorité resta du côté de ceux qui voulaient un congrès. Cest ainsi qu'il se forma parmi les députés un schis* me funeste qui fut plus tard l'origine de la faction contre le gouvernement résidant à Tripolitza. Ypsilanty désirait l'assenlblée nationale ; cependant il s'efforçait de réconcilier les deux partis; ceux qui aspiraient à prolonger leurs fonctions au-delà du terme fixé , tentèrent de gagner
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ce prince à leur cause, en promettant de lui conserver sa place de président du sénat. Mais il leur répondit que la durée de sa charge était expirée, aux termes de la loi; qu*tl ne pouvait donc, sans y contrevenir ouvertement, continuer l'exercice de son caractère public; après quoi il donna sa démission.
Sur ces entrefaites , Odyssée avec les députés de la Grèce orientale et de plusieurs îles, se rendit à Ârgos et à Napoli de Romanie. Les dissidens qui faisaient partie du gouvernement retiré à Castri , y vinrent de leur côté , pour tâcher de les corrompre. Ils prétendaient s'établir à Napoli de Romanie , comme réunissant dans leurs personnes toute Tautorité du gouvernement. Mais le commandant de la place , le général Démétrius Plapouta, leur en refusa l'entrée, alléguant quilles recevrait comme simples particuliers et non pas comme magistrats , vu que le terme de leur charge était passé , d'après la constitution. Alors ils se décidèrent à convoquer le congrès, et sur le conseil de Théodcwre Négri, premier moteur de cette faction , ils choisirent pour lieu d'assemblée Astros , petite ville incommode et malsaine dansl'Argolide. Là, accoururent aussitôt tous les autres députés influencés par Odyssée et Grégoire Dikéos, rival de Coio*
cotroni. Le congrès ne tarda pas à commencer ses opérations : plusieurs commissions furent nommées pour reviser quelques articles de la constitution d'Epidaure. Sur leur rapport, on parvint en effet, malgré la divergence des opinions^ à borner Tautorité trop étendue du conseil exécutif, à abolir la dignité de généralissime , à puiser des lois criminelles dans le Code Napoléon, en les adaptant aux mœurs et aux circonstances. Les travaux de cette assemblée furent terininés' le 3o avril, Pierre Mavromichalis fut nommé président du conseil exécutif^ et George Conduriotti président du sénat. Maurocordato fut élu secrétaire du conseil exécutif. Ce nouveau gouvernement transporta sa résidence dai^s la ville de Tripoli tza. Cependant l'esprit de parti qui en dicta la formation fit exclure plusieurs députés qui auraient eu des droits au pouvoir ^ et mécontenta généralement les militaires péloponésiens , les îles, de Spezzia et dlpsara et la Grèce oi^ientale. Théodore Négrî, expulsé des affaires et remplacé par Maurocordato, forma surle-champ un parti composé des chefs militaires et civils duPéloponèse, àTaide duquel il s'efforça de renverser le gouvernement à peine établi ; mais ces factieux, ayant vu rejeter leurs propositions, sortirent de Tripolitza pour soulever les provinces et créer un gouvernement nouveau.
Alois le sénat et le conseil furent obliges de gagner à leur cause Théodore Colocotroni qui faisait toute la force de leurs adversaires. On nomma Colocotroni vice -président du conseil exécutif: la présidence du sénat législatif était alors vacante par la démission de Conduriotti. Ce changement apaisa en apparence les dissensions intestines, et Ton s occupa de Tennemi commun. On résolut de sortir du Péloponèse ayec onze mille hommes, de s avancer dans la Grèce orientale, et conjointement avec Odyssée de soulever les montagnards de TOlympe et tous les Grecs de la Tbessalie. Pierre Mavromichalis à la tête de deux mille Maïnotes, Nikitas avec mille soldats d elite,Ypsilanty avec quelques centaines deGrecs réguliers et de philhellènes sous les ordres d'un frère du général Normann, et le général Panagiotti Képhalas commandant d*un corps d'Ârcadiens, se mirent en marche. Théodore Colocotroni les suivit à trois jours de distance avec cinq ou six mille hommes.Mais à peine furent-ils éloignés, que les factieux , profitant de fabsence de leurs adversaires, proposèrent à Maurocordato d'accepter le poste vacant de la présidence du sénat. A la nouvelle de cette trame , tous ceux qui venaient de sortir de la péninsule y rentrèrent furieux et dispersèrent leurs antagonistes.
INSURBECTION GHECQUE. 4^9
Cependant le projet salutaire de rexpëdîtion fut détruit, l'énergie des marins paralysée, et le temps donné aux ennemis de faire une irruption dans la Grèce orientale. Le Péloponèse, théâtre de tous les troubles , resta dans une inaction criminelle , et tandis qu'il eût pu ou par force ou par- argent s'emparer des places fortes de Modon et de Coron, il se borna pendant toute la campagne à reprendre la citadelle de Corîntbe. Le poids des armées ottomanes , qui descendaient du côté de Zéitoun et de celui de TArta , devait être entièrement supporté par les minutaires de la Grèce orientale et occidentale. Le gouvernement turc,. se relevant comme le fabuleux Antée plus fort après sa chute , équipa une flotte de quatre-vingts frégates , corvettes ou bricks de guerre , avec un grand nombre de transports , et en donna le commimdement au grand-amiral Housrev-Pacha. Une armée considérable fut levée chez les Guègue&,la plus belliqueuse tribu de TAlbanie , par Mustaï-Pacha de Scodra. Elle devait envahir l'Acarnanie, renverser sur son passage la ville de Missolonghi et passer de Lépantc au Péloponèse. Des troupes moins nombreuses se rassemblèrent à Larisseet àThessalonîque sous les ordres de SéKm-Pacha , général en chef, de Reschid-Pacha et d'autres gou-
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verneurs de la Turquie européenne. Orner Vrio ne, pacha de Jannina, et Serezly-Youssouf-Pacba, gouverneur de Fatras, devaient longer le golfe ambracique avec douze mille Albanais , monter à bord de la flotte turque , entrer dans le golfe de Lépante et débarquer sur le Péloponese. Toutes ces opérations devaient être secondées par le grand-amiral qui entra dès le mois de mai dans le golfe de Lépante.
Tandis que toutes ces armées musubnanes s'ébranlaient pour fondre à la fois sur la Grèce insurrectionnée, tandis qu'une flotte formidable sortait des Dardanelles, trop étroites pour la contenir, le petit nombre de Grecs qiw allaient leur résister était en proie aux dissensions intestines; les capitaines étaient désunis , et les marins ne recevant pas de paie pour nourrir leurs familles , demeuraient inactifs dans leurs ports. Le grand-amiral des Turcs parut le> premier sur la scène , d*après le plan de la campagne : il entra avec toute sa flotte dans le golfe de Lépante, pour attendre la marche victorieuse des armées qui devaient inonder la Livadie et descendre sur ses parages en demandant à grands cris d'être transr portées sur les côtes du Péloponèse pour y achever les restes des chrétiens. Youssouf- Pacha, gouverneur de Patras y reçut ordre de passer en
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tpîre 5 de remplacer Reschîd-Pacha dans le commandement de Farmëe albanaise, de s'avancer jusqu à Vonîtza et de se rendre ensuite par mer à Fatras. Omer Vrione , rival de ce Youssouf et ennemi du grand-amiral Housrev , depuis Tépoque où ce dernier avait été vice-roi d'Egypte , tâcha de faire échouer le plan qu'allait exécuter Youssouf. A la tête de dix mille hommes , dont six mille Albanais, Youssouf descendit à Vonitza sur le golfe ambracique , et avertit l'amiral turc de lui envoyer des transports. Mais les Albanais demandèrent leurs appointemens arriérés , et comme Youssouf-Pacha les amusait par des promesses, ils se révoltèrent, excités sous main par Omer Vrione , se précipitèrent vers la tente de Youssouf, égorgèrent ses gardes et son trésorier, pillèrent sa caisse militaire y et ne laissèrent à leur général que le temps de se jeter dans une barque et de se sauver précipitamment. Ainsi fut dissous le camp de Vonitza.
Du côté de la Grèce orientale, Sélim -Pacha, successeur de Hourschid. dans la dignité de général en chef, se mit en marche à la tête de dixhuit mille hommes , divisést en deux colonnes. Arrivé à Zéitoun avec la première colonne, il traversa les défilés de Phocide et de Béotie; mais avant l'irruption des barbares, presque tou-
tes les familles de ces cantons s'étaient retirées, les unes sur les montagnes escarpées, en emme« nant leurs bestiaux et en emportant leurs provisions ; les autres dans les iles de Salamine et d*Égine. Les guerriers étaient restés seuls embusqués dans les défilés , les gorges et les penchans des montagnes^
Les capitaines Panourgias , Saphakas et Scultzodémos , par des marches brusques et hardies, fatiguaient Tarmée de Sélim , interceptaient ses transports, tombaient à Timproviste sur les bandes écartées ; enfin ils la réduisirent à se tenir sur la défensive dans ces provinces montueuses qui lui fornissaient peu de ressources pour se préserver de cette guerre continuelle de partisans. La seconde colonne commandée par Dzélalouddin-Pacha de Larisse , fut successivement battue par Gouras , gouverneur d'Athènes , par Odyssée et par Divounioti. Les capitaines Dîamandj et Cara-Tasso, retranchés dans les gorges du mont Pélion, défirent Âbdullah-Bey et Ismaïl-Podes , qui furent enfin obligés , par des pertes continuelles et par le manque de vivres , à se replier sur Larisse . La flotte ottomane, mouillée dans le golfe de Lépante , n'avait d'autre occupation Nr|ue de jeter dans la mer les cadavres de ceux que la peste moissonnait journellement
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à son bord. L'amiral turc ne parvînt pas même à ravitailler la citadelle de Corinthe, qui capitula peu de temps après. Ainsi la Grèce orientale, dans J'espace de deux mois , fut un horrible théâtre de carnages et le tombeau de plusieurs milliers de barbares qui périrent par la misère, par la maladie, ou par le fer. Toutefois, il restait encore quelques débris de cette armée, qui, appuyés sur Zéitoun et sur Nègrepont, n'attendaient pour reprendre Toftensive que l'invasion du terrible Mustaï-Pacha de Scodra.
Le mois d'ao&t touchait à sa fin; le bruit de la marche de ce formidable adversaire le devançait déjà. Telles ces énormes avalanches qui se détachent des inaccessibles sommités des alpes, mugissent en se précipitant et grondent commo le tonnerre; tels retentissaient les pas de Mustaï, menaçant la Grèce d'une entière destruction. La ville de Missolonghi , après la levée du premier siège, avait été rapidement fortifiée par l'ingénieur grec le vertueux Cokkini; mais cette ville était à cette époque sans vivres , ni munitions, et par conséquent incapable de réwsister seulement vingt jours. Marco Botzaris, qui l'avait sauvée l'année précédente , voulut la sauver encore une fois. Le pacha de Scodra, à la tête de quatorze mille Guègueç ou Toxides, et d'un
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corps nombreux dlllyriens , dirigea sa lïiarchè vers le mont Agrapha, dont il résolut de détruire la population pour ne point laisser d'ennemis sur ses derrières. Càraïskaky , capitaine de TAgrapha, quoique dépourvu des moyens de résistance ^ se prépara néanmoins à se défendre avec huit cents pallikares. A la première sommation que lui fit Musbaï-Pacha de se soumettre, et à la seconde de garder la neutralité, il répondit négativement , et aussitôt il enjoignit aux habitans de TAgrapha de se retirer avec leurs troupeaux sur des lieux escarpés; après quoi il se battit contre Tarmée ennemie , en arrêta Timpétuosité et effectua sa retraite en bon ordre. Les Albanais descendirent à Carpénise en Athamanie, et Càraïskaky se replia sur Missolonghi, où se réunirent bientôt plusieurs capitaines de la Grèce occidentale, dans le but de tenir un conseil de guerre et d'aviser aux moyens d'arrêter ce torrent impétueux qui allait submerger la Grèce. Les uns proposèrent de quitter Missolonghi et d'occuper chacun séparément les fortes positions des défilés et des montagnes ; les autres opinèrent pour qu'on se renfermât dans la ville et qu on y soutint l'effort des musulmans. Marco Botzaris assistait à ce conseil de guerre, et y fit entendre ces mots : « Frères, la patrie est dans un
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danger imminent: si nous restons à Missolonghi^ nous y périrons, faute de munitions et de vivres ; si nous allons nous retrancher chacun sur des montagnes , l'ennemi aura le passage libre et envahira le Péloponèse ; chers camarades , il serait honteux pour nous , qui avons renoncé au nom méprisable de klephtes, et déclaré que nous combattons pour la patrie, il serait honteux de reculer devant les dangers et d'abandonner l'état dans ces circonstances critiques* Quant à moi, il me* semble que le moment est favorable , non pas pour la victoire , dont je ne suis pas certain , jnais pour la gloire , que nous ne pouvons manquer d'acquérir. Aujourd'hui les Turcs sont à Carpénise; dans deux jours nous les verrons ici : il faut donc marcher contre eux sans délai, et tomber pendant la nuit sur leur camp. Nous savons déjà par l'expérience que de pareils stratagèmes nous ont presque toujours réussi. »
A ce discours de Botzaris , tous les capitaines furent frappés d'étonnement : « Nos forces, répondirent-ils , ne sont point proportionnées à la grandeur de l'entreprise. En attaquant l'ennemi, nous ne lui causerons pas une perte décisive, tandis que cet effort nous épuisera, et ne nous laissera plus l'espoir de garder les positions que nous
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avons plusieurs fois défendues. » Botzaris répliqua : « J'ai dû proposer mon opinion; je la crois la meilleure, et je l'exécuterai à mes risques et périls. Quant à vous, camarades, restez ici et pour, voyez aux moyens de protéger la patrie. » Il dit, et se levant aussitôt, il se rend à la place publique où se trouvaient un grand nombre de Souliûteset d'autres guerriers. Marco sadresse à son frère Constantin , et Tinvite avec calme à venir avec ses pallikares dans une prairie hors de la ville. Les Souliotes, qui aimaient et respectaient Marco, accoururent pleins de zèle; les Missolonghiens, qui fondaient sur lui toutes leurs espérances, se rassemblèrent aussi, hommes, femmes, vieillards , enfans , pour connaître l'intention du héros. Botzaris , assis sur le gazon , harangua les Souliotes en ces termes :
c( Camarades, vous savez que jusqu'à ce jour nos entreprises contre l'ennemi ont été couronnées de succès. Vous vous souvenez combien de fois l'assistance divine nous a sauvés des plus grands périls ; maintenant voici une occasion désespérée , mais propre à nous immortaliser : Scodra vient de descendre à Carpénise; nous manquons de moyens pour le combattre ici. Si nous l'attendons , nous perdrons la patrie , pour laquelle nous avons versé tant de sang, nous
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perdrons nos familles, nous perdrons à la fois religion, honneur, liberté. Ce sont ces causes qui m'obligent à marcher cette nuit contre les musulmans. Que ceux de mes braves compagnons qui voudraient encore me suivre viennent près de moi, afin que je les voie, n Alors deux cents Souliotes, dont les visages portaient d'honorables cicatrices , répondirent spontanément : « Pourquoi, capitaine Marco, tâches-tu de nous exciter par des préambules? Une seule parole de toi nous suffit. Nous sommes prêts à mourir quand tu l'ordonneras, w A ces mots ils se rangèrent auprès de lui. Soixante-trois Parganiotes et huit Septinsulaires passèrent du côté des Souliotes , en disant : « Nous aussi, nous voulons ntiourir avec Botzaris. » Alors Marco, avec sa physionomie naturellement sereine : ce Nous ne mourrons pas, leur dit-il. Dieu nous aidera encore cette fois. » A l'instant le peuple entier s'écria : « Que la bénédiction de la Grèce , que les voeux de tant d'infortunés , soient tes guides et tes appuis, ô défenseur de la patrie !» — « Ne craignez pas , dit Botzaris , en se tournant vers eux; dans peu de jours nous vous rapporterons des trophées. » Puis il se retira et enjoignit à ses compagnons de danger d'aller chacun préparer leurs armes --et de se réunir dans la même prairie à quatre heures après midi.
Botzaris rentra dans la ville , et alla chez Caraïskaky et Mitzo Condojanni, où vinrent le voir les capitaines George Valtinos, Macry, Rangos , Andréa Isko et Caltzodëmos; ils lui demandèrent quelle était sa résolution : a Je pars dans une heure, leur répondit Marco, et j'espère réussir. Mais vous, puisque vous ne partagez pas mon entreprise , armez vos pallikares et suivez-moi de loin. Si je réussis, vous compléterez le succès ; sinon , vous aurez le temps de vous retirer en ordre. » En finissant ces paroles , il embrassa les capitaines et sortit. Ils raccompagnèrent jusqu'aux remparts , et revinrent pour se préparer,
Botzaris trouva ses compagnons qui Tattendaient avec impatience, et leur dît :« Frères, puisque nous sommes en petit nombre , il faut bien disposer notre attaque. Lorsque nous serons près du camp ennemi, nous nous diviserons en pelotons et nous Y pénétrerons par plusieurs points, 3çlon notre méthode accoutumée, et sans que les T lires s'en aperçoivent. Décidé à mourir ou à prendre le pacha vivant, je me dirigerai vers sa tente avec quarante pallikares (c'étaient les plus y^illans ji^, Souliotes). Le signal du combat serauneexplQsion d'armes à feu au moment que j'entrerai dan^ la tente du pacha; alors vous
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tous, qui serez dispersés dans le camp, vous ferez la même chose, vous déchargerez vos pistolets , et vous tirerez vos sabres. Les ténèbres de la nuit nous favoriseront , et Tennemi épouvante sera mis en désordre , se crojant attaqué par une armée nombreuse. Le mot d'ordre sera en langue albanaise : la demande izéUH (qui estu)? la réponse écouré (fer). A ces instructions,* Botzaris ajouta qu'il était nécessaire de remplir auparavant leur devoir de chrétiens, d*aller à réglise prier Dieu, et jurer de mourir pour la reH^gion et pour la patrie. » Incontinent il se rendît avec ses braves à l'église, située hors de la ville ,. et tandis que le pasteur récitait des prières, tous prononcèrent le serment; leurs yeux étincelèrent et leurs mains se portèrent spontanément sur leurs armes* Après cette cérémonie religieuse , Botzaris ordonna de préparer le repas du soir; ils s'assirent en cercle, et quand il fut terminé , Botzaris prit par la main Kitzo , son protopallikare, et aussitôt tous les Souliotes se levèrent et dansèrent en cercle , en chantant rhymne patrîdtique de Riga : « Deux oiseaux étaient perchés sur le Pinde et sur l'Olympe ; l'un chantait avec harmonie la douce liberté , etc. » Après ce moment donné à la gaité , les Souliotes partirent, traversèrent les gorges des mon-
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tagnes et firent quatorze lieues en sept heures. Ces braves arrivèrent sur les hauteurs qui environnent la vallëe de Carpënise , au milieu de laquelle campait Tarmée de Mustaï-Pacha. Ce fut de Tune de ces sommités que Botzaris distingua la tente du général ottoman à sa magnificence et à sa position au milieu des autres. «Vers les deux heures après minuit, les Souliotes descendirent et pénétrèrent dans le camp , sans être aperças d aucun avant-poste. Botzaris s'avança vers la tente de Mustaï, avec ses quarante pallikares, et y voyant trois hommes , dont Tun portait la barbe , il crut que c'était le pacha; il se précipite comme l'éclair , renverse deux de ces Turcs roide& morts , et saisissant le troisième , il le tire hors de la tente. Au coup de feu de Botzaris ses quarante pallikares et les autres pelotons de Souliotes déchargent leurs pistolets , et tirant leurs «abres, commencent le carnage dans le camp sur plusieurs directions. Malheureusement l'homme saisi par Botzaris était le lieutenant du pacha; celui-ci dormait cette nuit dans la tenté de son neveu. Le lieutenant , tout efttayé , s'écriait : « Qu'est-ce que cette méprise? » — ce Ce n'est point une méprise , répondit le héros ; n'avez- -vous pas encore senti que c'est Marco Botzaris qui est dans votre camp? » A cette voix tonnante,
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à Touïe du nom de Botzaris, une grêle de balles f assaillirent de tout côte ; il reçut deux blessu*res ; mais sans se ralentir , il trancha la tête au lieutenant , et la portant dans sa main , il moissonnait les ennemis , et criait : a Où étes-vous , mes braves camarades? La victoire est à nous. La patrie est sauvée. Voici la tête du pacha. Si je succombe à mes blessures, je meurs content.i> Au milieu, de ce carnage les musulmans s*entretuaient dans Tobscurité ; les balles sifflaient de toute part; on combattait au hasard; chaque instant augmentait le tumulte ; on se heurtait , on s'ëcrasait en avançant, on tâchait de se faire jour avec les poignards. Le pacha, frappé de terreur, saute à cheval et prend la fuite. Le camp est dans la plus horrible confusion. Mais pendant le désordre, Botzaris est grièvement blessé, et prononce ces dernières paroles : « Mes frères, que la mort d'un homme ne vous décourage pas ; la victoire est à nous; conservez mon corps. » Puis il se retire, soutenu par ses plus fidèles Souliotes, et il expire peu après dans leurs bras. Déjà le crépuscule permettait de distinguer les objets : une foule d*ennemis se précipitent sur le peloton de Souliotes qui gardaient le corps de Botzaris , les attaquent avec furie, mais tombent sous leurs coups. Les autres Souliotes se concentraient vers
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cet endroit, et faisaient des prodiges de valeur, lorsque Constantin Botzaris , frère de Marco , survint avec huit cents soldats, et se jeta en désespéré sur Tennemi , qu il acheva de mettre en déroute. Les capitaines Caraïskaky, Stournaris, Mitzo Condojanni et Caltzodémos , informés de la défaite de l'armée turque , opérèrent un détour avec une célérité incroyable , et parvinrent à occuper les défilés qui étaient sur la route des musulmans. Ceux-ci, pressés par Constantin Botzaris et plus encore par la frayeur, n'ayant d'autre chemin que ce passage, perdirent beaucoup de monde en le traversant. Sept mille hommes tués, plusieurs canons et drapeaux, quantités de munitions et de bagages furent le prix de la victoire.
Constantin Botzaris, de retour de sa poursuite, accourt vers son frère, Tembrasse, l'appelle trois fois par son nom , lui répète le succès qui vient d'être acquis. Marco ne put Tentendre: il n'était déjà plus. Les dignes compagnons du héros, tous couverts du sang ennemi, entouraient les restes inanimés de leur chef, contemplaient ses blessures et versaient des larmes de douleur et d'admiration. Le champ d'honneur où moururent trente-trois braves, devint le lieu de leur sépulture. Les Souliotes emportant sur un bran<
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card le cadavre de leur capitaine, prirent la route de Missolonghi. Deux nouvelles volèrent à la fois vers cette ville : la victoire et la mort de Botzaris. Tous les habitans abandonnèrent aussitôt leurs maisons et se précipitèrent hors de la ville pour se prosterner devant le cercueil de leur libérateur. Alors des sanglots et des gémissemens firent retentir les échos du mont Aracynthe. Les autorités locales voulaient rendre les derniers devoirs à la dépouille du héros; mais le peuple exigea qu'elle ïùi exposée pendant deux jours aux yeux du public, afin que tout le monde pût donner au corps de Botzaris le baiser d'une reconnaissance éternelle. Pendant cet intervalle, les Grecs de VEtolie et de TAcarnanie accouraient par milliers à JMissolonghi pour contempler sur son lit de mort le moderne Léohidas.
Détournons de Missolonghi nos yeux mouillés de larmes , et suivons les événemens qui terminèrent la campagne de i8»3.
L'effroi dé Mustaï-Pacha fut tel , après sa défaite de Carpénise , qu il revint à Jannina , pour réparer ses pertes et réorganiser son armée. Deux mc»is plus tard, il redescendit avec Omer Vrione, à la tête de trente mille hommes. Mais il était bien moins arrogant que dans sa première expédition; il connaissait par expérience la valeur de
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ses ennemis , et s'il marcha contre eux cette seconde fois , ce fut moins dans Tespoir de se venger, que pour obéir aux ordres exprès dû sultan. Dès le mois de novembre , Missolonghi et Anatolico furent investis ; mais il n y avait pas alors d'ingénieurs chrétiens au service des barbares, pour dresser leurs batteries, et pour ouvrir leurs tranchées* Ils tentèrent cependant plusieurs fois d'emporter ces deux villes d'assaut; .ils- n'y purent parvenir, et après trois mois de siège, les généraux turcs furent contraints de se retirer. Cependant la flotte de Constantinople et d'Alger croisait sur les parages de la Grèce occidentale ; il fallait de l'argent pour équiper l'escadre grecque, et la caisse du gouvernement n'en contenait plus. Il n'y avait d'autre ressource qu'une contribution patriotique ; mais chacun , tout en avouant la nécessité de la flotte , évitait de faire des sacrifices; lorsqu'au milieu d'une assemblée lé brave Nikitas se leva tout -à -coup, et dit : ce Je suis las d'entendre tous les jours parler des besoins de la flotte , sans que personne pense aux moyens d'y remédier : les paroles ne sont rien; c'est de l'argent qui est nécessaire: pour moi , vous savez très-bien que je suis pauvre; je ne possède que cette épée : eh bien, je la donne pour les besoins de la patrie. » Cette épée
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précieuse ëtàit celle d'Omar-Ibn-el-Hattab , successeur de Mahomet; elle avait été prise à Kiamil-Bey, gouverneur de Corinthe, et valait plus de cent mille francs. Toute rassemblée suivit cet exemple de générosité; les contributions furent abondantes; la flotte grecque s'équipa, et contribua à la délivrance de Missolonghi en chassant les divisions des barbares.
Les dissensions assoupies laissèrent quelques momens d'activité, pendant lesquels FAcrocorinthe fut reprise sur les Turcs , après une résistance des plus opiniâtres. Le siège de Patras ne méritait pas ce nom , vu la mollesse et la mauvaise volonté des chefs militaires, entravés par la rivalité des uns et par la politique ombrageuse des autres. La flotte grecque , poursuivant toujours celle des Turcs qui évitait le combat, ne pouvait lui causer de perte sensible. On entreprit d'envoyer en Crète une escadre sous le comniandement de Tamiral Emmanuel Tombazis, que l'assemblée d*Astros avait nommé harmostès^
ou commissaire général de cette île. Mais cette expéaition , qui avait eu d'abord des succès marqués, échoua dans la suite à cause des fautes du gouvernement.
Vers le mois de décembre les animosités prirent un caractère si funeste que de cette épo-
que datent les malheurs de la Grèce. Tout-acoup le conseil executif fut arbitrairement cassé par une faction devenue puissante. Quelques membres du sënat qui s*étaient opposes à cette mesure tyrannique , furent déclarés déchus de leurs fonctions. La guerre civile menaçait le Péloponèse. Tous ces membres exclus se rassemblèrent à Tripolitza et voulurent se constituer en sénat législatif. L'autre parti quitta sa résidence d'Argos, se transporta dans Cranidi, petite ville sur une langue de terre voisine d'Hydra, et commença à lever des troupes pour opprimer ses adversaires. Ceux-ci de leur côté étaient maitre de Tripolitza, de Corinthe et de Napoli deRomanie. La garnison de cette dernière place était commandée par Panos , fils de Colocotroni. Sommé par les dissidens retirés à Cranidi de leur livrer la ville, Panos répondit qu'il ne pouvait la remettre entre les mains d'un parti, mais qu'il était prêt à eti ouvrir les portes à un gouvernement intègre et légitimement reconnu par l'assemblée nationale. Ypsilajaty, alternativement invité par les deux partis qui lui offraient là présidence du sénat, se refusa à leurs instances , garda la neutralité , et s'efforça de jouer le rôle de réconeiliateur.
Bientôt les dissidens de Cranidi assiégèrent
INSUHhECTION GRECQUE. 477
rAcrocorinthe, Napoli de Romanie et Tripolîtza. Dans cette dernière ville se trouvaient établis Pierre Mavromichalis , Théodore Colocotroni , les Déligianni et Nikitas. Ils opposèrent une vigoureuse résistance, de sorte que Ion fit une espèce de convention : Tripolîtza fut évacuée par les uns sans être occupée par les autres.
Il ne faut point passer sous silence que dans le congrès d'Astros on conçut l'idée d'un emprunt sur les banques d'Europe. Ce fut au milieu de ces dissensions funestes et honteuses qu'Andréa Luriotti fut envoyé à Londres pour traiter l'affaire du premier emprunt. Conçue dans des vues perfides, effectuée pour un but tyrannique , cette négociation ne pouvait avoir d'autres résultats que ceux dont la Grèce gémit encore aujourd'hui et que déplorent les philhellènes.
La flotte turque, forcée de quitter les eaux de Patras, laissa comme à Fordinaire quatre bâtimens de guerre sur le golfe de Lépante et un nombre égal à Prévéza. Maurocordato , qui depuis son départ du Péloponèse demeurait à Hydra, quitta cette île vers le commencement d'octobre pour se rendre à Missolonghi avec une division navale de dix -huit bricks commandés par Démétrius d'Hydra. Le but de cette expédition était d'attaquer les escadres ennemies. En
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e ifet, la division grecque rencontra trois bàtimens algériens et les battit si bien qu'une de ces corvettes se réfugia aux atterrages de Tîle dlthaque, ou son équipage débarqua pour se sauver. Un des bricks hjdriotes mit également du monde à terre afin de poursuivre lennemi. Ce procédé des Grecs fut regardé par Maitiand comme contrevenant k tout principe de neutralité. Dans sa proclamation du 20 novembre , il les accusa violemment, comme si les Turcs eussent eu plus de droit qu'eux-mêmes à mettre le pied sur le sol des Sept Iles.
Tels furent les principaux événemens de la campagne de 1823.