CHAPITRE XI
Arrivée de lord Byron.— Son influence.— Sa mort— Dissensions dans le gonverncment.— Colocotroni et ses pal*tisans arrêtés.— Mehmed-Aly, yice-roi d'Egypte.-* Il arme pour le sultan. «» Le capitan-pacha attaque et détruit Ipsara. — La flotte grecque poursuit le capitan-pacha.— Housrev se réunit à Ibrahim.— Les Grecs les poursuivent et remportent des avantages successifs. — Dissensions dans le Pâoponèse.
Depuis plusieurs années, un homme, un poète excitait l'admiration des peuples civilises. Son g^nie sublime planait au«-dessus de l'atmosphère et penëtrait d'un regard scrutateur jusques dans les plus profonds abîmes du cœur humain. L'envie, qui ne pouvait atteindre le poète, s'attachait â l'homme et le déchirait cruellement; mais trop puissant pour se défendre et trop généreux pour se venger, il ne cherchait que les impressions relevées et vivait de grandes sensations. Capable du dévouement le plus noble , et persuadé que le beau est dans le juste, il embrassa la cause des Grecs. Jeune encore , Byron avait parcouru la Grèce proprement dite et tracé le tableau moral de ses habitans ; il quitta ces contrées, plaignant
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dans ses vers la misère des Grecs, blâmant kur léthargie et méprisant leur stupide soumission : tant il est difficile de connaître une nation par un coup d œil rapide! Quel ne fut pas Fétonnenement du poète , lorsque quelques années plus tard , il vit ces peuples qu il croyait indignes de porter le nom de Grecs , se lever tout d*un coup et déclarer à la face du monde qu ils voulaient redevenir une nation. Byron hésita d'abord ; des préventions anciennes lui faisaient attribuer cet élan à une convulsion partielle , dernier effort d'un être près de rendre le dernier soupir. Bientôt de nouveaux prodiges, de brillans exploits, une constance héroïque qui se soutient malgré toutes les oppositions, lui prouvent qu'il a mal Jugé ce peuple et l'excitent à réparer son erreur par le sacrifice de sa fortune et de sa vie; il veut concourir à l'œuvre de sa liberté. Des rivages de la belle Etrurie , il fit voile pour la Grèce, au mois d'août 1823. H visita d'abord les sept iles Ioniennes, où il séjourna quelque temps , occupé de conclure le premier emjM-unt. La mort de Marco Botzaris redoubla l'enthousiasme de Byron et le détermina peut-être à préférer la ville de Missolonghi , qui montrait déjà pour sa gloire les tombeaux de Normann, de Kyriakoulis et de Botzaris. Hélas! elle devait,
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tqoatre mois plus tard , coinpter un nouveau mausolée !
Vers le mois de novembre, un brick de guerre bydrîote , monté par le neveu du brave Criëzy j se rendit à Céphalonîe pour le' prendre à bord et l'amener à Missolonghi; mais le gouverne-^ ment septinsulàire ne permettant pas aux navires sous pavillon grec d'aborder sur ses parages ^ Byron fut obligé de passer à Zante sur une frêle embarcation et de rejoindre ensuite lie brick grec qui l'attendait près de Zànte. A peine Byron fut-il à bord , qu il baisa le grand mât en l'appelant ioîs sacré; l'équipage étonné de cette bizarrerie le considérait en silence ; soudain Byron se tourne vers le capitaine et les matelots qu'il embrasse avec larmes et leur dit: fc C'est par ce bois que vous consoliderez votre indépendance. » A ces mots , les marins émus d'enthousiasme le regardèrent avec admiration. Byron parvint bientôt à Missolonghi : les membres de là commission administrative le reçurent à la tête de deux mille soldats rangés en haie ; l'artillerie de la place et les décharges de la mousqueterie annoncèrent Theureuse arrivée de ce grand homme. Tous les habitans accoururent sur le rivage et l'accueillirent avec acclamations^ Dès qull fut entré dans la ville , il monta à Tl^ôtel de h com-
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mission administrative , ou il fut complimente par Porphy rîos, arche vêcjue de FArta, de Lépante et de TEtolîe , accompagné de tout son clergé. Les premières paroles de Byron furent : «Ouest le frère du moderne Lëonidas?» Constantin Botzaris, jeune homme grand et bien fait, se présenta aussitôt à Byron , qm lui dit : a Heureux mortel ! tu es le frère d*un héros dont le nom ne sera jamais effacé par la succession des siècles! » Puis apercevant une grande foule rassemblée sous les fenêtres de l'hôtel , il s'avança vers la croisée et dit: a Hellènes! vous voyez parmi vous un Anglais qui. n*a jamais cessé d'étudier Tancienne Grèce et de penser à la moderne ; un Anglais qui a toujours appelé de ses vœux cette liberté pour laquelle vous faites aujourd'hui tant d'héroïques efforts. Je suis reconnaissant des sentimens que vous me témoignez ; dans peu , vous me verrez au milieu de vos phalanges pour vaincre ou périr avec vous. » Un mois après , le gouvernement lui envoya une députation chargée de lui offrir une épée et le diplôme de citoyen grec; en même temps la ville de Missolonghi l'inscrivit sur ses registres. Pour cette réception, l'on prépara une cérémonie solennelle ; on en fixa d'avance le jour; on y invita par des lettres circulaires les
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nabitans des cantons voisins; plus de vingt mille personnes arrivèrent à Missolonghi. Byron en costume grec , prëcëdé et suivi dé tous les nlilîtaîres, qui le chérissaient, se rendît à Féglise, ou Tarchevêque Porphyrios et Tévêque de Ro-gon , Joseph , ce martyr de la religion et de la patrie , le reçurent dans le vestibule du temple , revêtus de leurs habits sacerdotaux; et après avoir célébré la messe , ils lui offrirent Tépée et le brevet de citoyen. Byron demanda que Tépée fiit d*àbord dédiée au tombeau de Marco Botzaris; et aussitôt le cortège entier et une foule immense se transportèrent de Téglise au sépulcre de Marco Botzaris, qui avait été orné de marbres précieux aux frais du poète.
L'archevêque déposa Fépée sur ce tomheau; et alors Byron , pour inspirer aux Grecs de l'enthousiasme , s'avança dans un silence religieux , et s'arrétant tout-à-coup , il prononça ce discours en langue grecque : « Quel homme repose enseveli sous cette pierre? quelle voix grave sort de ce tombeau? quel est ce sépulcre, d'où jaillira le bonheur de la Grèce? Mais que dis -je? n'est-ce pas le tombeau de Marco Botzaris , mort depuis quelques mois , et qui avec une poignée de braves se précipita sur les rangs nombreux des plus formidables ennemis de la Grèce? Com^
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ment oserais-je Hi*approcher du lieu sacré oiiil repose , moi qui ne possède ni son hëroïsme ni ses vertus? Cependant en touchant ce tombeau )*espëre que ses émanations enflammeront tou* jours mon cœur de patriotisme. »> Il dit, et s*a« vançant vers le sépulcre , il le baisa en versant des larmes; alors tout le peuple s'écria : ce Vive lord Bjton I »— « Je vois, ajouta celui-ci, Tépée et la lettre de bourgeoisie que m'oflFre le gouvernement; dès ce jour, je suis concitoyen de ce héros et de tous les braves qui m'entourent : Hellènes ! j'espère vivre avec vous, combattre l'ennemi avec vous, et mourir s'il le faut avec vous. » Byron, supérieur aux préjugés vulgaires, vit dans les moeurs des pallikares une simplicité ingénieuse , une franchise mâle , des procédés rustiques, mais pleins d'honneur; il aperçut dans le peuple une docilité et une constance capable des plus grands efforts , lorsqu'il est conduit par des hommes habiles et vertueux; il observa chez les femmes grecques une gaîté naturelle, une douceur non étudiée, une religieuse résignation aux malheurs. Byron ne prétendit pas plier un peuple entier à ses goûts et à ses habitudes européennes. Il ne vint pas censurer avec morgue leurs costumes, leurs danses et leur musique; au contraire, il se mêlait à leurs danses nationales >
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il apprenait leurs chants guerriers , il s'habillait Comme eux , il parlait leur langue ; en un mot , il devint bientôt un véritable Rouméliote. Aussi était-il adore de toute la Grèce occidentale; tous les capitaines le reconnaissaient avec plaisir pour leur chef; les fiers Souliotes se vantaient d'être sous son commandement immédiat. Les fonds du premier emprunt devant lui être adressés et être soumis à son inspection , lui donnaient de Tinfluence non seulement sur la Grèce continentale , mais encore sur le Péloponèse ; de sorte qu'il était en état, si non d^étouffer les discordes, du moins de les borner. N ayant pas encore approfondi le caractère de tous les personnages marquans tant civils que militaires, i\ fut quel-^ quefois trompé dans le commencement de son séjour, ce qui nuisit un peu à sa popularité ; mais bien au-dessus des petites passions, pouvant renforcer par son adhésion le parti qui: lui aurait paru le plus patriotique, il eût sans aucun doute^ avec le temps et ^expérience , joué un rôle des plus grands et des plus salutaires à la Grèce. D'abord il fit construire à ses frais un fort dans la petite île de Xéelamisma, dont la prise aurait pu donner jie grandes facilités aux ennemis pour attaquer par mer Missolonghi ou Anatolîko» Mis- ^olonghi donna à ce fort important le nom de
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fort Byroa, Celui-ci conçut ensuite , médita et prépara une expédition contre la place forte de Lépante dont la prise aurait eu des conséquences singulièrement favorables. Avec les moyens de fournir régulièrement la paie des soldats , il aurait pu former un corps d'élite et s*emparer de cette ville qui ne présentait pas de grandes difficultés , soit pour le peu de troupes queUe renfermait, soit pour la faiblesse de ses fortifications. Byron n'attendait pour se mettre en marche que l'arrivée des fonds de l'emprunt.
Ainsi il menait une vie agréable au milieu de cette nation qu'il méditait de sauver. Enchanté de la bravoure des Souliotes et de leurs mœurs qui lui retraçaient la simplicité des temps homériques, il assistait k leurs banquets étendu sur le gazon , il apprenait leur danse pyrrhique et il chantait à l'unisson les airs de Riga en cadençant ses pas au son de leur mandoline nationale. Hélas! il poussa trop loin sa bienveillante condescendance ! Vers les premiers jours d'avril il alla à la chasse dans les lagunes de Mîssolonghi; il entra à pied dans les bas-fonds j il en sortit tout mouillé, et à l'exemple des pallikares accoutumés aux intempéries de l'air, il ne voulut pas changer de vêtemens et persista à les faire sécher sur son corps. Attaqué d'une inflam-
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maiion de poitrine , il refusa de se laisser saigner, malgré les instances de son médecin , de IVlaurocordato et de tous ses amis. Le mal empira promptement: le quatrième jour Byron perdit connaissance; à force de saignées, il revint de son assoupissement, mais sans pouvoir parler. Alors, sentant l'approche de sa fin, il donna à entendre qu'il désirerait prendre congé des capitaines et de tous les Souliotês. A mesure qu'ils approchaient , Byron leur faisait signe de le baiser. Enfin il expira dans les bras de Maurocordato, en prononçant le nom de sa fille et celui de la Grèce. Cette mort fut fatale à la nation qu'elle plongea dans le deuil et dans les larmes. La Grèce occidentale perdit son aplomb, et semblable à un navire sans ancre , elle flotta bientôt â la merci des intrigues et des rivalités. Au lieu de s'enquérir des démarches de l'ennemi , Ton ne s'informait que de l'arrivée des fonds anglais. On cessa d'exciter les soldats et les matelots par des sentimens de patriotisme ; on les amollit par l'attente de l'or. La ptemîère partie de l'emprunt avait été adressée à lord Byron; sa mort en arrêta le versement, et fit ainsi ajourner l'équipement de la flotte. Cependant les dissensions du Péloponèse parurent momentanément apaisées. Dès les premiers jours de janvier 1824, on élut
George Conduriottî , d'H jdra , et Ghika Botas» , de Spezzia, l'un président, Tautre vice-prësideDt du conseil exécutif. PaooutzoNotaras devint président du sénat , et Jean CoUetti membre da conseil exécutif. Le nouveau gouvernement, renforcé par des troupes rouméliotes sous les chefs les plus marquans, Jean Gouras, Karaï$kaly, Constantin Botzaris , Cara Tasso et Kitzo Tza^velias , renversa le parti opposé dont les princi^ paux membre^ étaient Théodore Colbcotroni , Mavromichalis , Déligianni , Andréa Zaïmis, Andréa Londos , Nikitas et Sissini. La citadelle de Corintbe et Napoli de Romanie se rendirent au gouvernement par la défection de leurs garni" sons. Dans ce moment, Panos fils de Colocotroni^ prétendant entrer par force àTripolitza, fat tué par un soldat bulgare.. On cita les. membres du conseil exécutif devant une commission compo^ sée de neuf .membres du conseil législatif. Colo^ cotroni et les autres chefs qui ne voulurent pas se soumettre aux décisions du gouvernement , furent déclarés rebelles et criminels de lèse^na-^ tion. Après une résistance opiniâtre, Colocotroni, Déligianni et Sissini furent arrêtés et exilés a Hydra dans le nionastère de Saint -Elle. Andréa Zaïmis et Londos se réfugièrent à Missolonghi , QÙ les autorités loci^Ies les livrèrent à la gsgrde du
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capitaine Tzongas qui les remit en liberté. Nikîtas ne fut pas poursuivi en considération de ses exploits ; Pierre Mavromichalis fut absous. Malgré ces actes rigoureux , le nouveau gouvernement ne parvint pas à réduire tout le parti de Colocotroni : Gennéos fils de ce général et plusieurs autres chefs militaires du Péloponèse qui jouissaient dans leurs provinces d'une grande popularité , continuèrent à se défendre rétranchés derrière de fortes positions. Ainsi le nouveau gouvernement, quoique vainqueur, était dans une perpétuelle inquiétude à cause de l'évasion de Zaï* mis et de Londos, et à cause de l'impossibilité ou il se trouvait de dissiper les autres partisans de Colocotroni qui restaient dans la péninsule. Aussi n'agissait-il que mollement dans les affaires du Pélopoiaèse ; il formait des armées qui n'exis-^ taient que de nom ; il assiégeait les places de Mo-» don et de Coron par des édits, sans rien entrée prendre avec énergie contre l'ennemi commun. TeHe était à cette époque la situation des aftaires du Péloponèse. Malgré son apparente supériorité , le gouvernement s'affaiblit encore vers les derniers moiarde l'année, comme nous le verrons plus tard. Examinons maintenant les affaii*es de la Grèce continentale et les plans des Turcs qui devenaient plus terribles de- jour exk jour,
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L'astucieux Odjssëe pendant les troubles da Péloponèse garda la neutralité. Maître d'Athènes , il s'efforçait de consolider son autorité dans la Grèce orientale; néanmoins sa conduite indépendante du gouvernement fut d'une grande utilité dans cette époque critique. Ce chef, de concert avec Panourgias , Saphakas Divounioti et autres capitaines, défendit la Grèce orientale, lis battirent aux Thermopyles et .puis en Livadie et dans la Phocide le nouveau général en chef Dervisch- Pacha, qui malgré ses défaites revenait toujours à la charge. Ce pacha fut enfin obligé de se replier sur Zéitoun sans pouvoir opérer sa jonction avec Omer Vrîone. De son côté , Maurocordato défendait la Grèce occidentale. En faisant sonner continuellenient te nom de patrie aux oreilles des pallikares , toujours prêts à marcher pour repousser les périls , il parvînt à en former un corps sujffisant pour garder les points principaux. H sut, par des démonstrations habiles , tenir en échec pendant quatre mois les troupes d'Orner Vrione , accablé des désastres qu'il avait souiferts dans les trois campagnes pré' cédentes et refroidi par le peu de confiance que lui témoignait le sultan.
Comme ce fut cette année 1824 que parut sur la scène Ibrahim-Pacha, fils du satrape d*Égyptc,
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je crois nécessaire de m'arrêter quelques instans pour retracer en peu de mots Thistoire de Meh« med-Aly.
Ce vice-roi d'Egypte est né en 1769 à Cavala , ville maritime de la Macédoine trans-axienne. Dans la guerre que la Turquie eut à soutenir en Egypte contre Napoléon , il suivit larmée du grand - vizir à la tête du contingent de sa ville natale. De grade en grade, Mehmed parvint par wSa bravoure et son habileté, au commandement d*un corps nombreux d'Albanais* Les viciissitudes de la guerre d'Egypte , lineptie des vicerois qui gouvernèrent après les Français , Taffâiblissement des Mamelucks, dont la plupart furent exterminés par le grand -amiral Hus* séin-Pacha , fournirent occasion à l'entreprenant Mehmed-Aly de prendre racine en Egypte , de se faire élire vice-roi par les cheiks, et d'obliger la Porte à le reconnaître pour vice-roi d'Egypte et à lui confirmer chaque année cette dignités n acheva d'établir sa puissance par son expédi* tion contre les Véhabis , dont il prit toutes les places fortes. Après la conquête de la Nul»e , et des royaumes de Sennaar et de Kord-Fan dans l'intérieur de l'Afrique , Mehmed - Aly résolut d'exécuter le projet qu'il méditait depuis long-temps, de former à la discipline européenne une
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armëe étrangère aux mœurs et aux habitudes des Turcs. L'insurrection des Grecs lui permit de se débarrasser des milices albanaises qu'il avait à son service , mais qui naturellement turbulentes et séditieuses, contrariaient ses projets de réforme. A mesure qu'il expédiait à Chypre et à Candie ces bandes indisciplinées , Mehmed- Âly augmentait le noyau de ses troupes régu^ iières à. face noire. Pendant Tespace .des trois ans qui précédèrent l'expédition de son fils Ibrahim, il fit les plus grands efforts pouir la fonna-^ tion de ces troupes. Par ces ordres on construisit à Syenne de vastes casernes dans lesquelles on envoyait les nègres de Sennaar et de Kord- Fan à mesure qu'on les enrôlait. La violence qu on mit à ces enrôlemens et le peu de soin fovLf ces conscrits malheureux, dépeuplèrent ces contrées. L'org«inisation de ces nègres était confiée à 5ève , autrefois aide-de-camp du général Pire. Ce Sève embrassa l'islamisme et changea son nom en celui de Suléiman. Outre les régimens nègres , on enrôlait aussi de jeunes Fellahs, ou paysans de la haute Egypte, dont le dépôt militaire était à Farchout.
Dès les premiers jours de l'insurrection grecque, le gouvernement ottoman expédia dans toutes ses provinces des courriers annonçant la ré^
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volte des raïas et portant leâ instructions les plus sanguinaires. Il écrivit à Mehmed-Aly des ordres dans lesquels on lisait ces paroles : « Les disciples àjd Mahomet, grands et petits, doivent savoir que ceux qui adorent le crucifix sont tous en général ennemis de notre religion et de notre gouvernement ; car le Prophète dit dans son Koran que les religions des infidèles sont tou-* tes les mêmes. » Le vice-roi , pour obéir aux injonctions pressantes du sultan , prépara dès le -mois de juillet 1821, une expédition de seize navires et de plusieurs transports chargés de huit cents hommes sous le commandement d'un certain Tobou4-Oglou. Afin de subyenir aux frais de cet armement, il mit une contribution considérable sur chaque arpent de terre dans toute rÉgypte. Les terres furent divisées en cinq classes : la première dut payer cinquante pias-* très par arpent, la seconde quarante, et ainsi de suite jusqu'à dix. Les paysans ne purent faire face à cette demande du fisc, qu'en vendant tous leurs eifets , même leurs ustensiles les plus nécessaires; plusieurs d entre eux abandonnèrent leurs foyers, n'y trouvant plus leur subsistance'. Une seconde expédition contre Candie , qui eut lieu la même année , occasionna sur les maisons une imposition encore plus forte et plus vexa*
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loîre. Il s'en suivit une émeute ; maïs on parvint à l'apaiser. Si donc les médiocres armemens de la première année pesèrent tellement sur les peu* pies gouvernés par Mehmed-Aly , qu'on se peigne la tnisère ou les ont réduits les dernières expéditions. Elles ont coûté des sommes încalculi^bles, soit à cause des frais énormes des trans^ porta européens 9 soit par le nombre des troupes de débâtrquement, les chevaux, les mmiitions de guerre , les provisions de tout genre , la construction , la réparation et l'équipement des vais^ seaux.
Mehmed-Aly avait trois fils; mais Ibrahim fut le seul qui lui resta après la mort de Foussonn , enlevé par la peste, et Tassassinat dismaïl. Ibrahim , gouverneur de Dziddac , sur le golfe arabique, fut nommé pacha du Péloponèse en 18249 avec ordre de conquérir cette péninsule, d'en détruire les habitans chrétiens ou de les transporter en Nubie , et de la repeupler d'Africains. Au commencement de 1824 îl expédia une escadre commandée par Ismaïl Gibraltar avec une partie des troupes , et deux mois après il partit luimême à la tête de toute l'expédition.
La flotte de Constantinople et celle d'Alexandrie devaient agir simultanément. La première fut chargée de détruire Tile d'Ispara ; l'autre, qui
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avait à bord plus de cinq mille hommes de troupes de dëbarquement . *fat destinée à soumettre la petite ile de Càssos et à réduire les insurgés de Candie ; après quoi , les deux flottes devaient réunir leurs efforts contre le Péloponèse. Si les îles d'Hjrdra et de Spezzia sont les boulevards de la péninsule et du littoral de la Grèce continentale, rile dlpsara leur servait de poste avancé, et par sa situation voisine de TAsie , elle causait de continueUes inquiétudes au gouvernement ottoman. Ipsara obligeait les Turcs à se tenir continuellement sur la défensive; toutes les côtes de TAsie mineure depuis le cap Sigéé jusqu'à Boudroun^ rancienne Alicarnasse, étaient exposées aux coups de main des intrépides Ipsariotes. Ils menaçaient particulièrement la ville de Smyrne, qui est la première échelle du Levant. Les Dardanelles se trouvaient en état de blocus , à cause d'une foule d'embarcations armées des Ipsariotes, qui capturaient tous les petits bâtimens turcs. Les amiraux ottomans redoutaient plus Tincendiaire Canaris que les ^cueils et les tempêtes. Les divisions ipsariotes étaient au premier rang des forces navales de la Grèce. Aussi le sultan résolut-îl de mettre tout en œuvre pour se débarasser d'un ennemi si dangereux. Le grand-amiral Housrev- Pacba^ qui avait déjà rempli la même charge
quel<]ues années auparavant, connaissait uit grand nombre de primats parmi les insulaires de la Mer Egée» L'île de Syra, peuplée de familles latines et ennemies des Grecs à cause du schisme religieux , conservait toujours cette animosite que le fanatisme avait inspirée contre l'égUse d'Orient. Quelques habitans de cette île jouaient le rôle d'espions pour servir le gouvernement turc. C'était par leur canal que le cdpitan-pacha ourdissait de longue main une trame contre Ipsara* Ses émissaires, cachés sous le manteau delà religion chrétienne , allaient à Ipsara, et prétextant des affaires de commerce , ils examinaient les fortifications, en marquaient les côtés faibles, dévoilaient l'état de la marine et les projets des Ipsariotes , et instruisaient l'amiral turc de tous ces détails. Enfin, ils gagnèrent un certain Cotta, d*origine illyrienne , et qui jouissant de la pleine confiance des Ipsariotes , commandait une batterie , placée sur un point de Wle , en face d'écueils difficiles à approcher. Ce traître fournit au capitan-pacha le plan d'invasion. L'amiral ottoman sortit des Dardanelles vers le mois de mai , et pour endormir les Ipsariotes, il fit une fausse attaque ; il débarqua quelques centaines de sol^ dats sur l'île de Scopélo , point militaire qui intercepte la communication entre Thessalonique
et TEabëe. La garnison de Scopëlo, forte de huit oents hommes, sous les ordres de Diamandy, culbuta les troupes débarquées et les repoussa avec perte. Ainsi que Tamiral Favait prévu, ce léger avantage trompa les Ipsariotes : ils crurent que Famiral n*oserait pas tenter de grands coups. Mais le fourbe Circassien , après avoir pris à bord de ses vaisseaux cinq mille Macédoniens dans le golfe deThessalonique, retourna sur-le-champ à Mitylène, où il embarqua encore huit à neuf mille Asiatiques; et pour donner le change aux Ipsariotes , jl fit courir le bruit de la dispersion des troupes macédoniennes et de la mortalité parmi les Asiatiques.
Les habitans dlpsara, durant les trois années qui précédèrent la catastrophe de leur île , s'étaient constamment occupés à la fortifier, et Tavdient mise sur le pied d'une défense respectable. Outre les batteries dressées sur plusieurs des points accessibles, on avait converti en citadelle un monastère bâti en pierres et dédié à Saint- Nicolas; il était garni de canons, entouré de fosses et d'ouvrages extérieurs , et occupé par sept cents Macédoniens. Aussi , comptant sur les rochers dont rîle est environnée et sur le bon état de leurs remparts , les Ipsariotes se croyaient à 1 abri de toute irruption. Cependant ils soupçon-