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nèrent bientôt des projets hostiles. Au lieu de monter leurs bricks et leurs brûlots pourrepous^ ser Tennemi , ils ôtèretit les timons de leurs bâ^ timens afin de se battre en dësespërës; ils aban* donnèrent Télëment où ils avaient la supërioritë par la terreur quils inspiraient aux ennemis, et voulurent se mesurer avec eux sur la terre fer* me , où Canaris ne pouvait pas faire ëclater ses volcans. Cette fatale mesure les perdit* D'ailleurs ils ëtaient si pleins de confiance , qu ils ne doih nèrent aucune attention aux avis des Hydriotes et des Spezzîotes sur le projet de Familial otto* man. Celui-ci , quand il eut tout prëparé à Miiylène , envoya aux Ipsariotes des parlementaires pour leur proposer de se soumettre. « La réponse 9 leur dirent les Ipsariotes , vous sera por« tëe par la bouche de nos canons. »
Bientôt la flotte ennemie , composëe de deux cents voiles , y compris les barques canonnières et les transports, ayant plus de quatorze mille hommes à bord , se prësenta devant Tîle et en commença le bombardeilient. L*amiral dirigea contre le port une attaque simulëe , et les transports manœuvraient comme pour dëbarquer sur ce point^à , dans le but d*y attirer toute Tatten-* tion des Ipsariotes. Ceux-ci n*excëdaient pas le nombre de trois mille , en comptant même les
5épt centô Macédoniens. Ils repoussèi'ent Aeun assauts des barbares , dont ils coulèrent à fond plusieurs transports par le feu de leurs batte-* ries ; mais au milieu des nuages de fumée , ren^" iiemi détacha une partie de sa flotte vers le côté opposé au port, dans Tendroit où était pla-* cée la batterie commandée par le traître Côtta* Les Turcs, n'y rencontrant qu^une faible résis^ tance , effectuèrent sans obstacle leur débarque^ ment et assaillirent la batterie. Alors le traître passa du côté des Turcs; mais au même instant^ il fut atteint d'une balle par un Ipsariote , instruit trop tard de sa perfidie. Ceux qui servaient cette batterie se firent tailler en pièces sur leurs ca-» nons^ Une seconde redoute plus près de la ville fut également emportée , après une opiniâtre résistance. Déjà Vennemi marchait sur la ville , et les Ipsàriotes , qui étaient presque tous accou** rus au port) n'en avaient encore aucune connais-^ sance : ils ne s^en aperçurent que quand ils se trouvèrent entre deux feux. Alors ils se portèrent en désordite vers la viUe pour sauver leurs femmes et leurs enfans. Le sang ruisselait dans les rues ; on se défendait avec fureur, et les Turcs allaient êti'e forcés de. battre en retraite, quand Famiral , profitant du désordre , débarqua des renforts qui fondirent sur la ville. Attaqués de
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toute part, les Ipsariotes tâchaient de sauver leurs famiUel sur leurs vaisseaux ou se battaient en désespérés. Les femmes qui ne purent s'échapper , vendirent cher leur vie : le mousquet à la main , elles immolèrent des ennemis et périrent en héroïnes ; pas une femme ipsariote ne tomba vivante dans les mains des barbares. Onze courageux insulaires, ayant vu un transport débarquer quelques Turcs, fondirent sur eux àTimproviste, les taillèrent en pièces, s'emparèrent- du bâtiment et portèrent la nouvelle du désastre à File de Spezzia. Une poignée dlpsariotes et de Macédoniens se jetèrent dans le couvent de Saint-Nicolas, où ils se défendirent pendant deux jours; mais assaillis de tout côté par des milliers de barbares , ils résolurent de s'ensevelir sous les ruines, en causant à lennemi le plus de mal possible. Une grande quantité de poudre fut placée dans les souterrains du monastère , et Ton arbora le drapeau de reddition. Â l'instant plus de deux mille Turcs remplirent le fossé et entourèrent les murailles ; quand tout à coup l'édifice sauta en l'air et couvrit de ses décombres les vainqueurs et les vaincus.
Hydra et Spezzia apprirent en vingt -quafre heures la catastrophe de leur sœur, et retentirent des cris de vengeance : « Embarquons -nous à
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rinstant , s*écrièrent les Miaulis , les Tombazis , les Criëzis et les Androutzos; que notre courage supplée à la précipitation de nos préparatifs d attaque. » Dans l'intervalle de deux jours, soixante bricks de guerre mirent à la voile, et le 7 juillet y c'est-à^ire quatre jours après le désastre dlpsara,. ils arrivèrent à la vue de cette île. Découvrir la flotte ennemie et fondre sur elle fut l'affaire d'un instant ; mais le lâche amiral coupa précipitam-* ment ses cables, abandonnant à leur sorties troupes descendues à terre , auxquelles il laissa néanmoins une quarantaine de barques canonnières et d'autres navires pour se sauver. La flotte grecque attaqua ces bâtimens qui prenaient la fuite , en coula bas une partie, poursuivit les autres jus* qu'à la hauteur de Scio, les incendia et tua presque tous ceux qui les montaient. Puis revenant à Ip~ sara, les marins y débarquèrent et passèrent au fil de répée les musulmans qui y étaient restés.. Presque en même temps la flotte égyptienne attaqua rile de Cassos. Le nombre de ses habitans en état de porter les armes ne s'élevait qu'à sept cents hommes. Ismaïl-Âga surnommé Gibraltar, commandait la division d'Alexandrie ; usant du même stratagème que le grand-amiral à Ipsara , il se mil à bombarder le port de Cassos, tandis que des troupes descendaient sur la rive oppo*
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sëe. Cette double attaque déconcerta les braves Cassiens , et leur île tomba au pouvoir de Tennemi! La prise de ce boulevard de Candie porta un coup mortel aux Sphakiotes qui furent contraints de capituler; leur soumission entraîna celle de tous les insurgés de lile de Crète.
Sur ces entrefaites, Blaquières remit au gou* vernement grec la première partie de Temprunt. Si ce versement eût été effectué trois mois plus tôt , les îles de Cassos et d'Ipsara subsisteraient encore , parce que l'équipement de la flotte n'au« rait pas été si long-temps différé. Aussitôt le gou^ vernement paya d avance un semestre aux>marins , ce qui les mit en état d'entreprendre des expéditions hardies et lontaines. D'abord Miaulis attaqua, le 1 5 août , dans le canal de Samos , le grand-amiral turc , au moment où celui-<ri était sur le point d'y débarquer douze mille Asiatiques; Miaulis lui incendia deux frégates, Tune de Cons* tantinople de 54 canons, l'autre de Tunis de 3d, avec une corvette de ^4. Les. éclats écrasèrent une grande quantité d'infidèles campés sur la rive opposée à Samos. Une vingtaine de transports abandonnés furent capturés par les Grecs. Le pacha après sa défaite alla se réfugier dans le golfe d'Halicamassc, où il opéra sa jonction avec la flotte d'Alexandrie composée de plusieurs vais«
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seaux de guerre , de cent cinquante transports européens , et ayant à bord , outre six mille Âlba^nais et trois mille hommes de cavalerie , dix-huit mille soldats Arabes*, disciplinëset conduits par des officiers chrétiens , sous le commandement d'Ibrahim -Pacha. Mais les intrépides marins grecs, loin de se décourager à la vue de ces forces immenses, se réjouirent de l'occasion qui leur livrait tous les barbares réunis. Le lo septembre , Miaulis les attaqua à la hauteur d'Halicarnasse ; la plus belle frégate égyptienne et un brick turc , sautèrent en Fair , atteints par des brûlots qui fondirent sur eux à pleines voiles. Le 21 du même mois, les Grecs assaillirent les deux flottes dans la Mer Icarienne , incendièrent deux bricks et une corvette , et forcèrent Fennemi à se réfugier dans le port de Mitylène. L'amiral turc , rentrant au mois d'octobre dans les Dardanelles, perdit encore, chemin faisant, une goélette et deux bricks de guerre. Ibrahim , errant avec ses troupes de débarquement que moissonnaient l'épidémie et Tintempérie de l'air, sortit de Mitylène et se dirigea vers le port de Suda en Candie; dans sa traversée il perdit une qùan« tité de transports. Ne pouvant gagner Suda , il entra dans Marmaritza, vis-à-vis de Rhodes. Pendant la nuit du 24 novembre, il prc^ta de Tobs-
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curitë poar remettre à la voile et se rendre à Candie; mais poursuivi par Miaulis, il perdit encore un bâtiment de guerre^ qui fut incendié, et sept transports chargés de provisions. La flotte égyptienne acheva d'être dispersée par la tempête : une partie atteignit le port de Suda; l'autre , après avoir essuyé de grandes avaries , regagna les côtes de l'Egypte. Les Grecs rentrèrent dans leurs ports le 8 décembre , pour radouber leurs vaisseaux; mais une division repartit avec diligence pour bloquer la ville de Suda. Tels furent les événemens maritimes de la quatrième campagne , pendant laquelle, outre les bâtimens de guerre et les transports^ l'ennemi perdit phis de quatre mille hommes, qui périrent dans les flammes ou dans les ondes. Voilà ce que produisirent les sommes d'argentemployées dans l'intérêt commun. Que de malheurs n'occasionnait pas l'abus de ce métal , entre les mains de la discorde et de l'égoïsme !
Nous avons rapporté plus haut comment le parti de Colocotroni, quoique terrassé, avait cependant laissé dans le Péloponèse des adhérens assez forts pour donner de l'inquiétude au gouvernement. Celui-ci perdait chaque jour de sa popularité et ne se maintenait que par l'appui des capitaines rouméliotes, La levée des trou-
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pes 5 le siëge de lAcrocorinthe et de Napoli , les prodigalités destinées à corrompre les troupes du parti contraire, coûtèrent immensément, à Tétat. Outre les revenus de la péninsule et les contributions des iles , on dépensait une forte partie du premier emprunt et Ton anticipait sur le second. Toutefois le mal eût été moins grand si Ton eût eu de la confiance dans les troupes. Jean Coletti , membre du conseil exécutif, jouissant d'un grand ascendant sur les Rouméliotes, devint suspect au gouvernement et donna surtout de Tombrage à Grégoire Dikéos, qui depuis la chute de Colocotroni exerçait une autorité sans bornes. Gouras, intime ami de Coletti, commençant dès lors à devenir le rival d'Odyssée , quitta le Péloponèse pour retourner dans la Grèce orientale , et affaiblit par son absence le pouvoir de Coletti. A peine rétabli d'une longue maladie, Maurocordato se rendit dans le Péloponèse au mois de novembre , pour y exercer les fonctions de premier secrétaire du conseil exécutif, auxquelles il venait d'être appelé. H régnait alors dans la péninsule un conflit d'intérêts divers, de vues opposées , d'opinions divergentes : la dilapidation des deniers publics s'exerçait sans pudeur et sans crainte ; il y avait plus de gouvernans que de gouvernés ; les pensions assignées
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à une foule de fainéans sous le nom de fonc^ tionnaires publics, de secrétaires, de sous-secrëtaires et de commis , absorbaient la caisse nationale , tandis que ceux qui versaient leur sang pour la patrie restaient sans paie et sans rations. On prodiguait de gros appointemens à de vils satellites; et lorsque les magistrats de Missolonghî firent connaître au gouvernement les préparatifs formidables de Kiutachy, et demandé-^ rent les sommes nécessaires pour la levée des troupes et la garde des défilés, ils ne reçurent que des réponses évasives et des encouragemens verbaux. Il est vrai que de 2,110,000 liv. sterL auxquelles montait le nouvel emprunt, le gou^ vernement ne reçut en effectif que 2i6,i4i« Toutefois, sans les abus que nous avons signalés, la somme du premier emprunt et ce qu'on reçut du second , aurait suffi pour subvenir aux urgences de létat. Mais, d'un côté , le gouvernement craignait la réaction des mécoiv tens péloponésiens ; de Tautre , Grégoire Dikéos et ses adhérens s'irritaient de la prépondérance de Goletti. Ainsi le gouvernement privé de tout soutien flottait sans boussole et se dirigeait sans principe assuré. Au lieu d'envoyer à Missolongbi les capitaines de la Grèce occidentale , on les retenait dans le Péloponèse ou bien an les mécon-
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tentait par le peu de confiance qu on mettait en eux. Employés convenablement dans le Péloponèse , ces intrépides guerriers auraient sauvé cette province ; envoyés à temps dans la Grèce occidentale, ils auraient empêché l'invasion de Kuilachy en occupant les passages elles défilés; on ne fit ni l'un ni l'autre ; et tandis qull«'âbim menaçait le golfe messénien d'un débarquement formidable , on laissait Navarin sans garnison, sans vivres, sans munitions de guerre ; ses canons, étaient sans aff lits , ses fossés comblés, ses murailles à moitié écroulées. Personne ne songeait à fortifier l'île importante de Sphaktérîe; et pour comble d'aveuglement, on s'inquiétait peu du mécontentement des Maïiiotes irrités de 1 insulte faite à l'honneur de leur chef Pétro-bey-Mavromichalis.
Voilà les causes qui ont facilité l'invasion d'Ibrahim et de ses Africains. Le P^loponèse n'a cédé ni à la valeur du chef, nia la prétendue discipline de ses troupes; c'est ce mélange de pa<* ralysie et de démoralisation qui a produit tant de malheurs et qui rend encore aujourd'hui problématique Texistence du peuple grec.
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