‹ Histoire moderne (volume 3)Chapitre 2 sur 10 · II · texte numérisé non relu

II

roi Charles (X) Gustave de Palatinat-deux-Ponts, chercha à ressusciter la gloire militaire de la Suède. A cet effet, il prêta l’oreille aux suggestions d’un traître vice-chancelier polonais, et envahit la Pologne menacée par les ennemis du dehors et déchirée à l’intérieur par des factions. On prit pour prétexte de cette guerre le refus, de la part de Jean-Casimir de Pologne, de reconnaître le nouveau roi et de renoncer à ses prétentions au trône de Suède, prétentions qu’il avait héritées de son père Sigismond.

Wladislaw 1Y (1632-JL648) et son frère et successeur Jean- Casimir (1648-1669), fils de Sigismond de Suède, soutinrent une lutte sanglante contre les cosaques, excellents cavaliers qui menaient une existence de pirates sur les rives de la mer Noire ; soumis de nom au protectorat de la Pologne, il3 vivaient en réalité dans une sauvage indépendance sous des chefs (hetmans) élus. La diète polonaise résolut d’enlever aux Cosaques le droit d’élection de leur hetman et de faire administrer le pays par des gouverneurs polonais. Mais la tyrannie des agents étrangers et la contrainte religieuse poussèrent bientôt le peuple belliqueux à la révolte. Avec l’aide des Tartares et des ltusses, ils s’affranchirent de la domination polonaise et se mirent alors 'sous la protection du tzar de Moscou. Comme adhérents à la religion grecque, ils se rapprochaient d’ailleurs plus des Russes que des Polonais catholiques romains. En vain la noblesse polonaise tourna 6es armes contre les ennemis qu’autrefois elle avait souvent vaincus ; les Russes et leurs nouveaux confédérés remportèrent la victoire sur Wladislaw qui mourut plein de chagrin avant la fin de la guerre. Ils conquirent Smolensk et Kiew et menacèrent la Pologne à l’est, au moment où le roi de Suède s’avançait au nord et à l’ouest avec ses troupes endurcies et ses généraux formés par la guerre de Trente ans.

Les gouverneurs (starostes) traîtres de Posen et de Kaliseh livrèrent au général suédois Wittenherg les provinces qui leur avaient été confiées. Charles- Gustave lui-même, avide de combats et de gloire, prit Varsovie et Cracovie, obligea le roi Jean-Casimir à s’enfuir en Silésie, conquit la Masovie et d’autres provinces, et put se considérer comme maître de la Pologne, lorsque la Lithuanie pressée par les Russes se fut aussi rendue' aux Suédois. Pour assurer ses conquêtes, il conclut avec Frédéric-Guillaume, grand-électeur de Brandebourg et de Prusse, un traité (1656) par lequel celui-ci promettait son assistance au roi de Suède en retour de l’abolition du vasselage dans lequel la Prusse avait vécu jusque-là à l’égard de la Pologne. Les Suédois traitèrent la Pologne en pays conquis. La noblesse courut aux armes; le peuple irrité par les jésuites contre les ennemis protestants se joignit à elle ; la paix fut conclue avec les Russes et les cosaques; l’empereur, la Saxe et le Danemark, craignant la puissance croissante de la Suède, promirent du secours. Jean-Casimir fugitif revint, et se mit à la tête de l’armée. Ce fut alors que Charles X montra son courage et sa science militaire dans tout leur éclat. De concert avec Frédéric-Guillaume, il marcha au devant de l’armée polonaise et, dans la bataille de Varsovie qui dura trois jours (juillet 1656), il remporta une glorieuse victoire avec des forces peu considérables. Pour la seconde fois il devint maître du pays. Mais l’invasion des Danois sur le territoire de la Suède, l’appela sur le Wéser et l’attitude mena-

çante de l’empereur et des confédérés l’attira sur un autre théâtre. Après son départ, les garnisons suédoises ne purent résister à la supériorité des forces ennemies. La Pologne recouvra son indépendance; mais, pour obtenir l’assistance de Frédéric-Guillaume, elle dut reconnaître la souveraineté de la Prusse par le traité de Weian (1657). Trois ans après (23 avril 1660), Jean-Casimir renonça par la paix d’Oliva (couvent de l’ordre Teutonique près de Dantzig) à toutes ses prétentions sur la couronne de Suède, aussi bien que sur l’Esthonie et la Livonie, et récupéra en retour la Courlande, Marienbourg et Elbing. Par contre, la guerre éclata de nouveau avec la Russie, et elle dura encore sept années, jusqu’à la paix d’Andrussow dans laquelle la Russie obtint Smolensk et d'autres localités conquises (1667). Le Dniéper fut désigné comme fleuve-frontière contre l’empire cosaque.

L’année suivante (1668), Jean Casimir déposa la couronne pour finir ses jours dans un couvent de France. 11 était le dernier rejeton mâle des Wasa, et le dernier qui eût encore dans ses veines le sang des Jagcllons. Son abdication fut suivie de tumultes électoraux qui durèrent sept mois, jusqu’à ce qu’on eût choisi pour lui succéder un grand de Lithuanie. Le règne de celui-ci fut rempli par une guerre malheureuse contre les Turcs, puis le brave général Jean Sobieski monta sur le tronc (1674- 96). Quelque faible que fut le pouvoir de la couronne, parce que la noblesse profilait de chaque élection pour restreindre l’autorité royale et les revenus domaniaux, plusieurs prétendants surgissaient néanmoins à chaque vacance de trône et précipitaient le malheureux pays dans les luttes de partis les [dus furieuses-.

L’élection dans la plaine de Wola, sous la direction de l’archevêque de Varsovie, était très souvent accompagnée des scènes les plus orageuses. Sous Jean-Casimir, la noblesse acquit le funeste droit de liberum veto , selon lequel un seul de ses députés pouvait paralyser ou anéantir toutes les résolutions de la diète quand il fabait opposition et s’éloignait. Comme antidote, on se servit des * confédérations « ; mais on ne fit qu’augmenter par là les discordes et les divisions de parti.

§ 28. Guerre danoise. Charles-Gustave était en Lithuanie, lorsqu’il reçut la nouvelle de l’invasion des Danois sur le territoire suédois du Wéser (1658). Aussitôt il quitta en hâte la Pologne avec une armée peu nombreuse, mais aguerrie, et s’avança à marche forcée le long du littoral de la mer Baltique. L’armée danoise n’opposa aucune résistance, en sorte qu’avant le commencement de l’hiver, le Schleswig et le Jutland, à l’exception de la forteresse de Frédéricia, tombèrent entre les mains des Suédois. Au milieu de l’hiver, Frédéricia fut assiégée par Wrangel avec tant de hardiesse et d’habileté, que le roi en fut jaloux et chercha à surpasser le fait d’armes de son général par un autre plus glorieux encore. C’est pourquoi, au mois de janvier, il se mit à la tête de son armée pourvue de munitions et de provisions de tout genre, traversa le petit Belt sur la glace pour gagner File de Fionie et, quelques jours après, le grand Belt pour atteindre l’île de Seeland ; deux compagnies se noyèrent sous les yeux du roi. Mais l’apparition soudaine de l’ennemi amena une telle confusion qu’on songea à peine à se défendre et que des négociations de paix furent aussitôt ou-

vertes à Roeskild (Rotschild). Pressé par Charles qui n’était plus qu’à deux lieues de Copenhague, Frédéric III dut consentir à la cession des provinces danoises au sud de la Suède, de l’évêché nonvégien de Drontheim et de l’île de Bornholm, et remettre en possession de ses biens et de ses droits le gentilhomme danois exilé Korfiz Ulfeld qui avait trahi son pays auprès de Charles. Mais quelque avantageuses que fussent pour la Suède les conditions de la paix de Roeskild, elles ne contentèrent pas l’ambitieux Charles X. Il avait conçu le dessein de réunir sous son sceptre les trois États Scandinaves et de se rendre maître du Nord. .A cet effet, il recommença la guerre quelques mois après. La noblesse égoïste de Danemark conseilla la soumission; mais le roi Frédéric III et la bourgeoisie de Copenhague annoncèrent l’intention de mourir dans une lutte glorieuse plutôt que de voir leur pays succomber honteusement. Ces dispositions, jointes aux récompenses que le roi promit à tous les combattants, tirent que les Suédois, lorsqu’ils s’avancèrent pour assiéger Copenhague, rencontrèrent une résistance décidée. ' Toute la bourgeoisie, sans distinction d’âge, de rang ou de sexe, prit part à la défense, et des volontaires accoururent à son aide de toutes les parties du pays. La Hollande, qui ne souhaitait pas la ruine du Danemark, apporta des provisions à la ville affamée. Cette attitude des Danois et les hos- * tilités des troupes brandebourgeoises, polonaises et autrichiennes contre la Suède dans la basse Allemagne, empêchèrent pendant plus d’un an la con-

quête de la capitale du Danemark. La guerre menaçait de traîner en longueur , lorsque la mort soudaine de Charles X (1660) changea subitement la situation des choses. On peut juger du degré de considération dont jouissait l’art militaire de la Suède par ce fait que la nouvelle paix de Copenhague* conclue par la médiation de la France, des Pays-Bas et de l’Angleterre (27 mai J660), fut presque semblable à celle de Roeskild ; la Suède ne laissa échapper que Drontheim et Bornholm. Korfiz Ulfeld • qui avait ourdi de nouvelles trahisons, s’enfuit h letranger où il finit ses jours.

§ 29. Modifications constitutionnelles. La mort de Charles X eut pour conséquences des modifications intérieures de nature opposée dans les deux États Scandinaves. En Suède, il y eut, comme après la mort de Gustave-Adolphe, une régence de tutelle des cinq premiers officiers de la couronne qui se servirent de leur position pour augmenter le crédit de l'aristocratie, tandis qu’en Danemark une révolution sanglante transforma la monarchie, la plus limitée de l’Europe en monarchie absolue et dépouilla Ja noblesse puissante de ses privilèges.

Jusque-là les rois danois avaient dû signer, lors de leur élection, une capitulation par laquelle toute l’autorité gouvernemen-

taie était dévolue à un conseil d’Etat aristocratique, et la noblesse, qui décidait ordinairement ée l’élection, obtenait une foule de privilèges, tels que l’exemption des impôts et des taxes, l'affermage à bas prix des biens domaniaux, la préférence devant 1rs tribunaux, etc. Après la fin de la guerre où la noblesse avait montré autant d’égoisme et d’indifférence que la bourgeoisie

avait fait preuve de dévoûment et d’ardeur, lorsqu’une diète (assemblée des états) fut convoquée pour effectuer la répartition des sommes nécessaires pour couvrir les dettes et les frais de la guerre, la noblesse chercha à faire peser toutes les charges sur la bourgeoisie. La reine et le rusé secrétaire privé Gabel profitèrent habilement du mécontentement qui résulta de cette circonstance, pour renverser la constitution en vigueur. Avec le secours de l’influent évêque de Seeland, du bourgmestre de Copenhague et de la force armée de la capitale, le parti de la cour amena les états à décider (octobre 1660) « que la royauté élective et la capitulation qui en dépendait étaient supprimées en Danemark et que la couronne appartiendrait héréditairement * aux descendants masculins ou féminins de Frédéric III. «Mais au lieu d’élaborer elle-même un nouveau pacte fondamental, l’assem blée des états remit au roi le soin de préparer une constitution en remplacement de la capitulation abrogée et prêta un hommage absolu (janvier 1661). Elle amena ainsi, non seulement l’affaiblissement de l’aristocratie, maisle renversement de toute l’organisation constitutionnelle. Car Y acte de souveraineté rédigé par Gabel attribuait au roi une autorité absolue; c’est sur cet acte que s’appuya la n loi royale, « élaborée ou corrigée quelques années plus tard par l’habile secrétaire de la chancellerie Schumacher. Frédéric III procéda pourtant avec prudence à la transformation de toute la vie publique. Un nouveau système d’impôts, une armée permanente, l’élévation du loyer pour les domaines et laconversion du conseil d’Etat en un corps consultatif furent ses principales institutions. Sous son successeur Christian V (1670-1699) seulement, le nouveau mode de gouvernement fut complètement organisé d’après les conseils de Pierre Schumacher, élevé à la dignité de grand-chancelier et de comte de Greifenfeld. La création d’une nouvelle classe do comtes et de barons et l’institution de l’ordre du Danebrog (1671) détruis irent totalement la puissance de l’ancienne noblesse. Greifenfeld lui-même éprouva es inconvénients du despotisme ; car il dut languir vingt-trois

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ans dans une étroite prison, parce qu’une faction de la noblesse parvint à abuser le roi et à l’irriter contre son chancelier.

Ces événements ne restèrent pas sans influence sur la Suède où, dans l’intervalle, Charles XI, prince habile, économe et sévère, avait pris les rênes du gouvernement (1660-1697). Par le recouvrement de vive force de tous les biens de la couronne qui avient été aliénés, recouvrement qui ruina plus d’un gentilhomme, le roi augmenta les revenus de l’État au point que la dette et les impôts purent être réduits. Il dépouilla le conseil d’État de son autorité arbitraire et le força de rester dans les limites d’un corps consultatif; mais il laissa subsister la diète (les états) et lui reconnut le droit d’approuver les impôts. Charles XI régna d’une manière presque aussi absolue que les souverains danois; mais les institutions persistèrent et fournirent plus tard à la noblesse l’occasion de reprendre son ancienne puissance.

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Les deux premiers Stuarts.

§ 30. Caractère et principes de Jacques ï et . Le tils de Marie Stuart, Jacques I L ‘ r (1603-1625) avait été disgracié par la nature quant au corps et quant à l’esprit. Laid et gauche, il joignait à une intelligence bornée un orgueil démesuré, fruit d’une éducation faussée. Comme il avait grandi au milieu de querelles de prêtres presbytériens, il était surtout pourvu d’une érudition théologique et s’occupait volontiers de controverses ecclésiastiques. Son esprit avait pris une direction exclusive et podantesque, et pendant qu’il montrait une science profonde dans scs écrits et ses discours, il n’était comme souverain qu’un politique à courtes vues. Pacilique par timidité, il sacrifia l’honneur du

pays à sa tranquillité apparente ; d’indignes favoris (notamment Robert Carr, élevé au rang de duc de Jr'ommerset, et G. Villiera, connu comme duc de Buckingham), qui avaient plu au faible monarque par leur beauté physique , furent comblés d’honneurs et de richesses, et, après la mort du prudent Robert Cecil (lord Burleigh), ils furent préférés aux hommes les plus capables pour remplir des emplois publics importants. Sa vie domestique et morale était irréprochable, à part sa prodigalité et son penchant pour la boisson ; mais la noblesse des sentiments lui faisait défaut, comme la sagesse pratique, dans sa maison comme dans l’Etat. Il se formait les idées les plus exagérées du pouvoir royal qui, dans sa ferme conviction, découlait immédiatement de Dieu et était illimité ; il cherchait dans l’ancien Testament des preuves à l’appui de cette opinion. Mais tandis qu’il employait toute son éloquence à démontrer les droits absolus des rois, la nation anglaise se souvenait des siens. Il haïssait au fond de l’âme l’Église presbytérienne d’Écosse dans laquelle il avait été élevé, parce que, selon ses principes démocratiques de l’égalité de tous devant Dieu, le roi se trouvait au même niveau que le membre le plus infime de la communauté spirituelle; il n’avait rien à objecter intérieurement contre l’Église catholique, sinon qu’elle mettait le pape à la place qui âpparténait au roi seul; l’église épiscopale d’Angleterre, au contraire, d’après laquelle le roi était la source de toute puissance spirituelle, répondait à ses idées, et les évêques anglicans contribuèrent largement par leurs flatteries et leur dévotion à augmenter l’inclination du monarque vaniteux. Ils l’exaltaient comme le « second Salomon » et respectaient ses paroles comme des oracles. « Pas d’évêque, pas de roi ! « fut désormais la devise de tous les Stuarts, et la lutte contre les croyances des presbytériens et des puritains forme le centre de leur histoire accidentée. Jacques commença la lutte en déposant en Angleterre les évêques puritains qui refusaient le serment de suprématie, et en conférant en Écosse le titre d’évêques à treize pasteurs

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qu’il nomma présidents des synodes et presbytères et qu’il fit sacrer par des évêques anglais. Bientôt ils reçurent aussi un traitement supérieur, et quand le parlement d’Écosse leur eut accordé une juridiction ecclésiastique et eut érigé en loi que les pasteurs auraient à prêter le serment de suprématie au roi et le serment d’obéissance aux évêques, le système épiscopal sembla avoir vaincu en Écosse l’Église calviniste du rigide Knox. Jacques, qui prit le premier le titre de roi de la Grande Bretagne et de l’Irlande, chercha aussi à rendre l’Irlande plus soumise au gouvernement* britannique. Il affaiblit la puissance de la noblesse irlandaise en introduisant l’organisation judiciaire anglaise et il remplit en même temps son propre trésor en déclarant fiefs de la couronne et en vendant à des colons anglais les biens des chefs qui s’étaient révoltés et qui avaient été vaincus. Beaucoup de biens fonds furent ainsi confisqués et passèrent entre les mains de protestants anglais. Toute la fureur du peuple se tourna alors contre ces nouveaux possesseurs.

§ 31. Règne de Jacques. Trois points sont surtout, remarquables pendant le règne de Jacques : la conspiration des poudres , le voyage de fiançailles du prince de Galles et la résistance croissante dans le parlement. 1) Pour disposer favorablement les catholiques anglais à son avènement au trône, Jacques leur avait promis la tolérance. Mais à peine la couronne était-elle affermie sur sa tête qu’il exigea avec dureté des non-conformistes ou récusants la capitation élevée qu’Élisabeth leur avait imposée et qui servit h enrichir les favoris et h couvrir les frais des fêtes de la cour. Les catholiques trompés entrèrent alors en fureur; plusieurs d’entre eux, parmi lesquels on ocmptait des hommes distingués par leur rang ou

leur fortune, formèrent, d’intelligence avec un missionnaire jésuite, une conspiration pour faire sauter, h l’ouverture du parlement, le roi et tous les membres de la haute et delà basse Chambre, par une explosion de poudre qui devait être préparée dans la cave du parlement; le gouvernement devait ensuite être changé. Ce projet 'fut découvert peu de temps avant son exécution par un avertissement écrit qui parvint h un lord catholique. Le principal coupable, Guy Fawkes, fut saisi et exécuté; ses complices prirent la fuite. Beaucoup d’entre eux cherchèrent et trouvèrent la mort dans une résistance contre la force armée; d’autres furent faits prisonniers et expièrent leur tentative par la mort. Les autres catholiques d’Angleterre furent obligés, sans préjudice des fortes amendes qu’on leur imposa, de prêter un nouveau serment de fidélité par lequel ils durent promettre de ne se laisser entraîner par aucun ordre ou aucune excommunication du saintsiège, à la déloyauté envers le roi. Aujourd’hui encore, le peuple anglais célèbre le 5 novembre par des cavalcades moqueuses et des mascarades, le souvenir de la conspiration des poudres. 2) Dans son orgueil, Jacques croyait qu’une princesse du premier rang était seule digne de devenir l’épouse de son fils; il fit donc demander pour lui la main d’une infante d’Espagne. Mais l'idée d’avoir une reine catholique était alors insupportable aux Anglais; c’est pourquoi ce dessein excita un vif mécontentement, d’autant plus que les longues négociations pour aplanir toutes les difficultés empêchèrent le roi

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d’Angleterre de porter secours à son gendre fugitif, Frédéric V du Palatinat. Le pacifique Jacques se lia à la duplicité espagnole et se laissa arrêter par la perspective trompeuse d’une solution amiable de la question palatine; il promit non seulement que la future reine et sa suite auraient la liberté de leur culte, mais aussi qu’il n’appliquerait pas et qu’il engagerait le parlement à abolir les peines comminées contre les catholiques. Enfin le pape et la cour d’Espagne donnèrent leur consentement, et rien ne semblait plus s’opposer à l’union projetée. Le vaniteux Buckingham persuada alors au prince Charles de faire un voyage à Madrid (1623) et le roi qui, dans sa jeunesse, avait surpris de la même façon sa fiancée danoise, favorisa l’entreprise : comme Jacques avait autrefois amené sa fiancée du Nord glacé, de Bergen en Norwége, ainsi Charles devait chercher en personne la sienne au sud de l’Europe. Tous deux arrivèrent à Madrid sous des noms d’emprunt et furent traités, quand on les reconnut, avec une grande distinction. Mais la conduite légère et arrogante de Buckingham choqua la cour espagnole qui tenait sévèrement à l’étiquette. Des complications diplomatiques dans la conclusion du contrat de mariage augmentèrent encore la mésintelligence.

Le puissant favori se brouilla avec le comte Olivarez de qui tout dépendait en Espagne, et comme il voyait sa chute imminente si l’infante devenait l’épouse de Charles, il fit échouer le mariage aussi odieux au peuple espagnol qu’au peuple anglais. Bientôt l’ancienne inimitié reparut, et Jacques se .

prépara, peu de temps avant sa mort, à prendre une part active à la guerre de Trente ans. Henriette de France, sœur de Louis XIII, devint l’épouse de Charles. Le roi lui accorda, ainsi qu’à son entourage catholique, le libre exercice de leur culte, et promit, en outre, de ne plus soumettre dorénavant les catholiques à des amendes ni entraver leurs dévotions privées. 3) Les Tudors avaient fait du parlement le docile instrument de leur despotisme. Jacques, pénétré de la toute-puissance et de la majesté de la dignité royale qui provenait de Dieu, se garda bien de changer de système. Mais il ne possédait pas l’énergie souveraine d’Élisabeth pour réprimer l’esprit de rébellion, et il ne savait pas comme elle dissimuler son despotisme sous l’éclat et la gloire de son règne. Tandis que l’administration économique d’Élisabeth la mettait en position de se passer le plus souvent de l’aide du parlement, les prodigalités de Jacques le réduisaient sans cesse à des expédients. Il obligeait notamment les habitants riches à lui faire des prêts ou des dons qu’il ne songeait , jamais à rendre; il vendit des monopoles et créa une basse noblesse par lettres (baronnets) dont on pouvait acheter la patente ; comme tout cela ne suffisait pas et comme le parlement se montrait très avare, sans consulter celui-ci, il greva de taxes arbitraires l’importation et l’exportation de toutes les denrées. Les états déclarèrent que cette imposition constituait une violation de leurs droits. En vain le roi irrité prononça à plusieurs reprises la dissolution du parlement et fit emprisonner les orateurs

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les plus hardis (1614) ; chaque nouvelle assemblée tenait le même langage; on ne s’opposait pas seulement à tout empiétement sur d’anciens droits, on exprimait aussi sans détour le mécontentement que causaient les fiançailles en Espagne et l’abandon de l’électeur protestant.- Le roi reprocha au parlement cette immixtion dans des affaires qui n’étaient pas de sa compétence et déclara que ses droits prétendus n’étaient que des privilèges dont il était redevable à la faveur royale (1621). Les membres de la chambre des communes rédigèrent alors une protestation dans laquelle ils soutenaient que les libertés du parlement étaient un droit de naissance et un héritage du peuple anglais, et prétendaient non seulement à la législation et à l’approbation des impôts, mais encore au droit de donner leur avis dans les circonstances difficiles et pressantes ; ils réclamaient, en outre, une entière liberté de parole et la sécurité personnelle de tous les membres du parlement contre les arrestations arbitraires. Le roi furieux de cette audace déchira de sa propre main la feuille du registre des protocoles qui contenait cette protestation, renvoya le parlement et fit arrêter quelques députés ; mais l’esprit d’opposition persista dans le peuple et se montra plus ouvertement encore lorsque Charles I er monta sur le trône. Charles l’emportait de beaucoup sur son père par ses vertus privées et son caractère chevaleresque ; mais par son orgueil, son despotisme et ses habitudes de dissimulation et de duplicité, il s’aliéna l’amour et la cpntiance de son peuple.

§ 32. Charles I er (1625-49). Irritation croissante . Le règne de Charles commença par une lutte si violente contre le parlement, que celui-ci fut dissous deux fois dans les deux premières années. La volonté altière du roi ne voulut point se courber sous l’esprit du temps qui réclamait pour la classe moyenne une participation à la vie publique. La nature libérale de Charles s’indignait contre la parcimonie du parlement qui voulut profiter des besoins d’argent du roi pour assurer les droits du peuple, et à cet effet, se montra non seulement très économe dans ses approbations d’impôts, mais ne consentit pas une seule fois, pendant tout le règne, comme il avait été d’usage jusque-là, à l’élévation des droits traditionnels sur l’entrée et la sortie des marchandises. Ces restrictions furent d’autant plus désagréables à Charles, qu’une guerre malheureuse contre l’Espagne et l’appui prêté aux généraux en Allemagne lui occasionnaient de grandes dépenses. C’est pourquoi il éleva les droits de tonnage sans l’approbation constitutionnelle, exigea des dons et des prêts de la part de ses sujets, et vendit des domaines et des monopoles; au lieu de chercher à finir la guerre d’Espagne, il se laissa persuader par le léger Buckingham, le plus triste héritage de Jacques à son fils, d’entreprendre une nouvelle guerre contre la France, sous prétexte de porter secours aux huguenots, mais en réalité parce que l’extravagant favori voulait se venger sur la cour de France de la mortification que lui avait fait subir Richelieu à cause de son importunité blessante envers la reine

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Anne. La guerre contre la France ayant eu aussi une funeste issue, et le sang et l’honnëur anglais avant été honteusement sacrifiés, il s’éleva dans le troisième parlement une tempête si violente contre Buckingham (1628), que le roi reconnut comme légitime la demande de justice (pétition of right /, afin de sauver son favori, auquel il tenait à toute force, de l’accusation qui le menaçait. Dans cette pétition, les anciens droits sur la sécurité personnelle et l’inviolabilité de la propriété étaient exposés si clairement, qu’à l’avenir tout emprisonnement arbitraire de membres du parlement et tout établissement d’impôts de la part du roi seul devaient sembler des attaques à la constitution et aux lois. Mais le parlement ne se montra pas plus docile. Buckingham était regardé comme fauteur de toutes les souffrances du peuple ; aussi son assassinat par Felton (1629) ne fut pas seulement l’œuvre d’une vengeance privée, mais l’effet de l’irritation générale. Un nouveau souffle avait passé sur le peuple; le troisième parlement fut dissous à son tour, après avoir déclaré dans une séance orageuse que toute levée d’un impôt serait illégale, et que celui qui le paierait serait traître. Neuf membres, parmi lesquels se trouvait Hollis, furent emprisonnés.

§ 33. Strafford et Laud. Le roi avait été poussé à cet acte de violence par Thomas Wenthworth que l’ambition avait porté de l’extrême opposition dans le conseil royal, et qui s’éleva rapidement au rang de gouverneur d’Irlande et de comte Strafford. C’était un homme dur, mais énergique, qui ne s'attacha

plus désormais qu’à l’extension du pouvoir de la couronne. ïl rêvait l’absolutisme dans l’intérêt du peuple. C’est pourquoi il conseilla au roi d’essayer de gouverner sans parlement et conçut le projet de créer une armée permanente pour protéger le trône et comprimer toute résistance. Afin de diminuer les dépenses, on conclut promptement la paix avec l’Espagne et la France, et l’on abandonna la cause du palatin aussi bien que celle des huguenots; pour faire face aux dépenses courantes, le gouvernement lit élever les impôts actuels sans l’approbation constitutionnelle, il en créa de nouveaux, et remit en vigueur des prétentions surannées et oubliées de la couronne. Le roi fit de la vente des monopoles un usage très préjudiciable à l’industrie, au commerce et à la consommation ; il extorqua des sommes énormes aux détenteurs d’anciens domaines et biens d’Église, sous prétexte que leurs titres de possession étaient défectueux; il fit déclarer biens domaniaux une grande quantité de forêts, et frappa d’amendes les propriétaires qui avaient construit sans autorisation de nouvelles maisons dans le voisinage de Londres, ce qui était interdit par une loi peuobservée. En outre, les principaux objets de consommation, la lumière, le vin, le sel, le savon, le cuir, etc., furent imposés, et enfin, en vertu d’une ancienne loi, on exigea une taxe annuelle pour la construction et l’entretien de la Hotte. Tandis que la perception de ce dernier droit excitait un murmure général, et que les poursuites contre le prudent et ferme John llampdcn , qui refusait de payer l’impôt, tenaient

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tout le pays dans l’agitation, la rigueur avec laquelle on s’efforçait d’affermir l’Église anglicane et d’étouffer le puritanisme, augmenta encore l’irritation. Beaucoup de membres de l’opposition adhérèrent aux principes démocratiques des puritains et des presbytériens ; plus leurs tendances politiques trouvaient de l’écho dans le peuple, plus leurs opinions religieuses gagnaient aussi de terrain ; Charles s’opposa résolument au double courant d’idées ; de ■ même qu’il se laissait diriger par Strafford pour les mesures politiques, il se livra pour les affaires religieuses aux conseils de Laud, l’évêque de Londres, dont les principes au sujet des droits divins des souverains et de l’obéissance passive des peuples étaient aussi agréables à la nature hautaine du roi, que son penchant pour la pompe des cérémonies du culte flattait la préférence secrète de Charles pour le catholicisme. La haute commission et les juges de la chambre étoilée (ainsi nommée de la salle de justice ornée d’étoiles) condamnèrent les non-conformistes à des peines cruelles : Prynn, puritain zélé, fut condamné à perdre les deux oreilles, à rester attaché au pilori, à payer une forte amende, et à subir une prison perpétuelle, parce qu’il avait, dans un gros livre, proscrit comme des œuvres du démon la danse, les mascarades et les spectacles auxquels la cour prenait plaisir. On espérait briser l’entêtement des puritains par des mutilations et d’autres supplices infamants. Mais les persécutions engendrèrent de ^nouveaux martyrs ; les sectaires méprisés devinrent de nobles combattants pour la

liberté politique et religieuse. Lorsque Laud détesté monta sur le siège archiépiscopal de Cantorbéry et, par une nouvelle consécration de l’église Saint- Paul, par l’jntroduction dans plusieurs cathédrales d’autels, d’images et d’ornements, et, dans le culte, de cérémonies qui se rattachaient à l’Église romaine, sembla confirmer les bruits d'un retour au catholicisme, le mécontentement du peuple, inquiet pour sa liberté civile et religieuse, s’éleva à un très haut degré. Le penchant secret des Stuarts pour le catholicisme et l’influence de la reine catholique, dans l’entourage de laquelle on ne voyait que des catholiques et des convertis, et qui entretenait des intelligences suspectes avec la cour de Rome par l’entremise de prêtres et de jésuites cachés, augmentèrent encore la défiance. Des prédicateurs puritains qui avaient été privés de leur place par Tardent prélat et livrés à la misère, parcouraient le pays et excitaient encore les esprits par leurs harangues fanatiques. En ces temps d’affliction, beaucoup <}e puritains quittèrent leur patrie et transportèrent leurs tentes dans les déserts d'Amérique. Ils furent les devanciers de la population des États-Unis d’aujourd’hui.

§ 34. Écosse . Charles ne s'aperçut pas que son trône était sur un volcan en effervescence, avant que la religieuse Écosse eût levé l’étendard de la révolte. Là aussi, on voulut remplacer les synodes et les presbytères démocratiques par la juridiction épiscopale imparfaitement fondée par Jacques, avec la haute commission à sa suite, abolir, au moyen d’un

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nouveau code spirituel, la puissance législative de FÉglise assemblée, empêcher les sermons libres et hardis par l’introduction du livre général de prières, briser l’égalité par la hiérarchie et éveiller parmi les pasteurs l’ambition, l’égoïsme et les faiblesses humaines. Lorsque le premier service eut lieu selon le nouveau rite dans la cathédrale d’Édimbourg (23 juillet 1637), un tumulte s’éleva contre l’établissement du « culte de Baal. » La foule s’écria : « Pape! antéchrist! lapidez-le! » jeta les chaises à la tête de l’ofTiciant et le chassa dehors. Au milieu de jeûnes et de prières, on renouvela l’ancienne -ligue (covenant) pour la protection de ia pure religion et de l’Église contre les erreurs et les corruptions papistes (1638). Une assemblée nationale (les Quatre Tables), formée sans la participation du gouvernement, prit en main la cause du. peuple armé. L’épiscopat et toutes les institutions hiérar- * chiques introduites par les Stuarts furent renversées d’un seul coup par le synode général qui siégeait à Glasgow contre les ordres du roi, sous la présidence de l’audacieux Henderson. Charles se décida alors à la guerre, el pour obtenir l’argent nécessaire, il convoqua de nouveau un parlement après onze ans d’interruption. Mais lorsque la chambre des communes, au lieu d’accorder les subsides demandés, éclata en accusations ouvertes contre le despotisme dans l’Église et dans l’État, une nouvelle dissolution eut lieu, et les orateurs les plus hardis furent arrêtés au moment même où les Écossais franchissaient la frontière avec une armée. En vain le roi chercha

du secours auprès de la noblesse; la chambre haute n’osa pas résister aux désirs du peuple, qui réclamait avec menaces un parlement libre; elle joignit sa voix au cri général de la nation; et quand les troupes royales eurent reculé impuissantes devant l’armée enthousiaste des Écossais qui marchaient en priant et en chantant des psaumes, il ne resta plus d’autre issue à Charles que de convoquer un nouveau parlement (1640).

§ 35. Le long parlement. La méfiance générale envers la cour fit tomber les suffrages en grande partie sur des adversaires du gouvernement et de l’épiscopat. A côté de partisans modérés du progrès sur la base des anciens droits du peuple, comme John Hampden, il y avait des combattants plus décidés et plus ardents pour la liberté politique et ecclésiastique, comme Pym et Hollis, des zélateurs religieux comme Henry Vane, Hasierig et le savant Selden, et de sombres fanatiques comme Olivier Cromwell. Ce dernier (né en 1599) était un descendant de Thomas Cromwell qui, sous Henri VIII, avait activement travaillé à l’établissement de la réforme. Depuis le début de la lutte parlementaire, il s’était montré le champion décidé de la liberté civile et religieuse, et, par sa conduite exemplaire, par sa bienfaisance et sa libéralité, par sa moralité rigide, s’était acquis l’estime générale à Huntingdon, son lieu de naissance, tellement qu’il fut élu représentant de ce comté au sein du parlement, où bientôt il prit une position éminente. Simple et rustique dans ses vêtements et dans ses manières, sans être

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doué d’une éloquence brillante, il dominait ses contemporains par la supériorité de son esprit, par l’énergie de sa volonté et la résolution de son caractère. Il savait cacher l’ardeur de son âme sous une humilité extérieure et une dévotion apparente. La plupart des membres du nouveau parlement étaient ou devinrent des puritains, et leur esprit démocratique passa bientôt de l’Église.à la politique et éveilla des idées républicaines. Ils voulaient substituer, dans l’État et dans l’Église, l’autorité populaire des synodes et du parlement au gouvernement monarchique de l’évêque et du roi. Par un hasard singulier, quelques-uns d’entre eux avaient été empêchés trois ans auparavant par un ordre du roi de se rendre en Amérique. Au' lieu d’accorder aussitôt de l’argent pour combattre les « rebelles » écossais, comme le souhaitait le discours du trône, le parlement entra secrètement en relation avec eux, et, sous la garantie de sommes importantes pour l’entretien de l’armée, fit en sorte que celle-ci conservât sa position sur la frontière. Puis il dirigea ses attaques contre les mesures arbitraires dans l’Église et dans l’État; Prynn et ses compagnons d’infortune furent déclarés innocents après une révision de leur procès, et les juges de la chambre étoilée furent condamnés à l’amende ; Stralford « le grand apostat » que le roi avait rappelé d’Irlande, fut, ainsi que l’archevêque Laud, mis en état d'accusation et conduit à la Tour. Pour les sauver tous deux, le roi se montra condescendant; il forma un nouveau ministère de membres de l’opposition ; il

sanctionna la loi par laquelle les taxes ne pouvaient désormais être élevées qu’avec le consentement du parlement, et confirma le bill en vertu duquel un parlement devait être convoqué au plus tard tous les trois ans. Mais la chambre des communes n’abandonna pas pour cela ses projets de vengeance contre les prisonniers. Strafford fut accusé de haute trahison devant la chambre haute. Il se défendit pendant dix-sept jours avec sang-froid et dignité, et démontra de la manière la plus évidente qu’aucun des chefs d’accusation ne pouvait passer pour haute trahison. Ses arguments étonnèrent les pairs; sa défense produisit un tel effet, que l’on s’attendait à son acquittement. La chambre des communes eut alors recours h un moyen despotique; elle déclara par un bill que Strafford devait être regardé comme convaincu d’avoir tenté d’anéantir les libertés du pays. La majorité de la chambre haute adhéra à ce bill et le roi eut la faiblesse de le sanctionner et de livrer ainsi son plus fidèle serviteur à la fureur populaire. « Ne vous fiez pas aux princes, s’écria-t-il, car il n’y a pas de secours à attendre d’eux ! » Strafford mourut sur l’échafaud avec une grande constance (11 mai 1641). Laud demeura encore trois années en prison ; mais la suppression de la chambre étoilée et de la haute commission, puis, un peu plus tard, l’exclusion des évêques de la chambre des pairs furent les préludes du renversement de l’Église hiérarchique. — Bientôt après, Charles fit un voyage en Écosse, dans l’intention de recueillir des preuves

de l’entente du parlement avec l’armée écossaise

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qui avait été licenciée dans l’intervalle. Les députés puritains en conçurent de l’inquiétude. Sur ces entrefaites, la nation anglaise frémit d’épouvante et de fureur en apprenant la nouvelle du massacre général des colons protestants de l’Irlande par les habitants catholiques. Cet événement, provoqué par les violences de Jacques et les cruautés de Strafford, fut mis à la charge de la cour et surtout de la reine ; les puritains du parlement en profitèrent pour exciter le peuple, en répandant le bruit d’une alliance des papistes, des évêques et des courtisans pour ren- * verser la foi et la liberté. Des compagnies armées se formèrent pour la protection du parlement, tandis que, d’autre part, beaucoup de gentilshommes campagnards et d’officiers se rangèrent autour du roi menacé dans tous ses droits. Le peuple les nomma cavaliers , tandis qu’ils donnaient à leurs adversaires le sobriquet de têtes rondes , h cause de la* coupe de leurs cheveux. Des pamphlets et des journaux, produits d’une presse libre, des discours violents dans les églises et dans les assemblées, maintenaient le peuple dans un état de surexcitation et produisaient un effet indescriptible. Des tumultes journaliers étaient les avant-coureurs de la guerre ciyile. La présentation d’un bill d’après lequel l’organisation de l’armée et la nomination des commandants dépendraient h l’avenir du vote du parlement porta le premier coup. Pendant la séance, le roi voulut faire saisir et accuser de lèse-majesté cinq membres de l’opposition (Hampden, Pym, Ilollis, Haslerig et Strode). Ils prirent la fuite, se tinrent

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