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les princes séculiers. L’extension du droit régalien aux revenus des évêchés pendant leur vacance, et du droit d’asile des ambassadeurs français à Rome, amena une suite de luttes violentes entre le chef de l’Eglise et l’autocrate français. Un concile national, composé de prélats de toutes les provinces, fut convoqué par le roi ( 1682 ) pour délibérer sur le maintien des libertés de l’Égl ise gallicane et l’exécution des traités entre la couronne et le saint-siège; il prit les quatre célèbres résolutions dans lesquelles étaient exprimées : l’indépendance du pouvoir civil, la supériorité des conciles sur la papauté, la nécessité du consentement de l’Eglise dans les questions spirituelles, et l’observation des lois nationales dans les questions séculières. Mais le refus décidé du pape d’admettre ces quatre propositions et la crainte de voir l’Eglise gallicane provoquer un schisme, empêchèrent la cour et le clergé de pousser leur opposition plus avant, en sorte que ces préliminaires restèrent sans conséquences pratiques. Les querelles des jansénistes et des jésuites et la 'persécution des huguenots eurent d’autant plus d’importance et de vivacité.
a) Jansénisme. Depuis que la politique profane avait pris le dessus sur les choses religieuses, les intérêts séculiers prédominaient chez les jésuites; la puissance et la richesse de l’ordre étaient mises en première ligne. Il s’ensuivit que les jésuites, dans leur doctrine, s’accommodèrent davantage aux tendances de l’époque, et professèrent des opinions très relâchées, notamment dans l’explication du péché : il n’y avait de faute que là où il existait une parfaite connaissance du manquement et une intention formelle de s’y livrer; l’acte extérieur sans l’adhésion et la spontanéité ne constituait pas un péché. Ce casuisme conduisit à un tissu de sophismes et d’hypocrisies. Les doctrines de la restriction mentale et de la sanctification des moyens par la fin furent encore amplifiées par la doctrine du probabilisme , selon laquelle, dans un cas douteux ou équivoque, on pouvait aussi bien prendre la détermination vraisemblablement fausse
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que la détermination probablement vraie. Ces principes enseignés dans le confessionnal, où les jésuites régnaient presque exclusivement, rendaient très léger le joug de Jésus-Christ, mais ils détruisaient toute vie morale. C’est pourquoi le pieux J an sénius , professeur à Louvain , puis évêque d’Ypres , s’éleva contre la morale énervante des jésuites, et, dans son « Augus-t tinus, u renouvela l’austère doctrine de saint Augustin, à savoir : que l’esprit, délivré du péché par la grâce de Dieu, et réconcilié par la foi et la piété avec son Créateur, peut seul entrer dans la vie éternelle. Ses efforts pour réveiller le sentiment religieux, et répandre un christianisme intérieur, obtinrent bientôt un grand succès auprès des religieuses du couvent de Port-Royal, près de Paris ; celles-ci, à leur tour, gagnèrent un grand nombre d’adhérents ; plusieurs hommes pieux et savants , qui partageaient les idées de Jansénius, se retirèrent dans la solitude de Port-Royal. Les jésuites, effrayés des progrès du jansénisme, défendirent si vivement la nécessité du libre arbitre, que l’idée de la grâce fut rejetée au second plan ; ils obtinrent du pape une condamnation de cinq propositions de 1’ « Augustinus » sur la grâce et la prédestination. Mais les partisans de Jansénius, parmi lesquels se trouvaient les premiers esprits de France, Arnauld , Pascal , Nicole, etc., nièrent que ces propositions se trouvassent dans l’Augustinus avec le sens qu’on leur avait prêté, et, comme le pape persistait néanmoins dans sa condamnation, ils dirigèrent leur polémique, non seulement contre les jésuites, mais aussi contre l’autorité papale à laquelle ils opposèrent la puissance supérieure de Dieu , telle qu’elle se révèle dans l’Ecriture. Les défenseurs absolus de l’infaillibilité du pape allèrent jusqu’à affirmer que le pape ne pouvait pas se tromper, même sur des questions de fait ; car l’infaillibilité innée 'avait été conférée, par le divin fondateur de la religion, à saint Pierre et à ses successeurs ; ainsi la foi même justifiait la supposition que les propositions condamnées de Jansénius avaient été affirmées en effet. Ces principes exagérés, qui mena-
çaient les droits de l’Eglise gallicane, éveillèrent des scrupules, même au sein de la cour, du parlement et de la Sorbonne. La dispute violente qui s’éleva nuisit d’autant plus à la considéra tion des jésuites que les membres de Port-Royal n’étaient pas seulement des écrivains savants et spirituels, mais aussi des hommes d’un esprit religieux et d’une conduite irréprochable. Comme dans les premiers mouvements de la réforme en France, une tendance mystique se joignait dans le jansénisme à la tendance pratique. Les jansénistes formaient un parti piétiste et ascétique dans la société catholique et française, mais ils se tenaient sur le terrain du catholicisme restauré avec ses dogmes, ses cérémonies et tout son monachisme. Les membres des familles nobles les plus distinguées, la sœur et le frère du prince de Condé et beaucoup d’autres personnes d’un rang élevé, allaient chercher à Port-Royal un asile contre la corruption du monde. Les jansénistes et les nonnes de Port-Royal résistèrent longtemps à toutes les tentatives qui furent faites pour les réduire, par la rigueur et la persécution, à une obéissance absolue; enfin, par la médiation de Louis XIV, on introduisit une forme plus douce de soumission, et l’on conclut la u paix de l’Eglise « (20 septembre 1668), que le roi considéra avec autant de satisfaction que si elle avait été sa propre œuvre.
Pascal. Le plus célèbre écrivain de Port-Royal fut Pascal, également profond comme philosophe et comme mathématicien. Ses Lettres provinciales ouvrirent une nouvelle ère à la prose française, et elles sont encore très répandues aujourd’hui à cause de l'excellence de leur style, de l'esprit et de la fine ironiequiyrègne. Les traitsqui y sont lancés contre le casuisme et les doctrines immorales des jésuites firent plus de tort àl’ordre que toutes les attaques auxquelles il avait été en butte jusque-là. Pascal laissa inachévé le grand ouvrage dans lequel, à l'opposé de Descartes, il cherchait à prouver philosophiquement l'insuffisance de la raison pour arriver à la connaissance des premiers principes des choses, la nécessité d’une révélation
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divine, et par conséquent, la vérité de la religion chrétienne. Selon lui, il n’y a que deux philosophies possibles: l’une, celle du doute, qui éloigne de Dieu, et l'autre qui suppose dans l’homme la force de s'élever jusqu’à Dieu. Il trouve que les deux systèmes luttent éternellement, s’usent et se détruisent Y un l’autre, mais par. là suscitent précisément la religion et font place à l’Évangile. Mais il ne voit pas la révélation religieuse dans l'orthodoxie cléricale. Apres sa mort, ses amis publièrent des fragments de ce grand ouvrage sous le titre de « Pensées, » mais ils écartèrent à dessein tout ce qui aurait pu troubler la paix de l'Église nouvellement conclue et les bons rapports avec le clergé. Arnauld { dont les œuvres comprennent 4o volumes in-4°) et Nicole travaillèrent dans le même esprit. Leurs écrits se distinguent par la clarté et la force des pensées, Aussi les ouvrages de Port-Royal furent-ils des modèles, et leur travaux sur la grammaire, la rhétorique, la logique et les mathématiques exercèrent-ils une influence considérable.
La querelle des jansénistes contre les jésuites se ralluma avec une nouvelle vivacité lorsque Quesnel , partisan des principes de Port-Royal, publia des réflexions morales sur le Nouveau Testament, lesquelles devinrent populaires et reçurent même l’approbation de l’archevêque de Paris, monseigneur de Noailles. Les jésuites, appuyés par Louis XIV, n’eurent pas de repos avant que }e pape eût d’abord renouvelé par la bulle u In vineam Domini * (1713) les constitutions de ses prédécesseurs au sujet du jansénisme et supprimé Port- Royal, puis condamné parla bulle « Unigenitus » une série de propositions, laplupartsur la grâce etla liberté humaine, et rejeté ainsi le livre comme erroné. Tout le haut clergé de France prit une p.irt des plus actives au combat spirituel qui survécut au règne de Louis XIV, et l’adoption de la constitution » Unigenitus « ne put être obtenue que par des dépositions, des emprisonnements et des proscriptions. Enfin le couvent fut détruit et les cadavres mêmes furent exhumés. Mais les opinions et les sentiments de Port-lioyal persistèrent dans les Pays-Bas (Utrecht et Haatlem), comme Eglise séparée de
Rome, à l’état de fanatisme chez les convulsionnaires, et comme élément libéral dans la théologie catholique et chez une partie du clergé français. Les jansénistes s’attirèrent l’animadversion du roi parce qu’ils voulaient donner à la religion une signification indépendante et ne voyaient pas le but suprême dans la puissance et l’unité nationales. Louis XIV était par principe hostile à toutes les nouveautés ; les quiétistes- qui méprisaient le culte extérieur et auxquels on reprochait de regarder comme permis tout ce que le corps désirait pourvu que l’esprit se fût livré à Dieu, devaient lui sembler aussi dangereux pour la vie civile que pour l’Eglise. C’est pourquoi les mystiques comme madame Guyon et les quiétistes ne furent pas moins disgraciés, humiliés et persécutés que les jansénistes.
§ 58. b) Perséc 2 itio?i des huguenots. Un despote comme Louis XIV qui se contentait, pour expier scs péchés, d’une dévotion et d’un repentir passagers sans amendement ni contrition, devait surtout prendre ombrage de l’esprit démocratique des calvinistes, de leur austérité morale et religieuse, de l’orgueil que leur inspirait le sentiment de leur liberté spirituelle. La fidélité et le dévoûment qu’ils montrèrent pendant la guerre de la Fronde le décidèrent bien, au commencement de son règne, à confirmer l’édit de Nantes ; mais quand ses efforts en faveur d’une réunion avec l’Eglise moyennant quelques concessions, eurent échoué contre la fermeté de leurs principes religieux, il s’irrita de voir qu’il existât dans son royaume un parti qui traitait d’erreur la religion que lui-même professait. Louis pensait d’ailleurs que l’unité de l’Eglise n’était pas moins nécessaire à une monarchie parfaite que l’unité de l’Etat. Aussi opprima-t-il les jansénistes jusqu’à ce qu’il eût brisé leur résistance contre le pape, et força-t-il par les persécutions les plus cruelles les calvinistes à prendre la fuite où à rentrer dans le sein de l’Eglise dominante. Colbert qui. estimait les huguenots comme des citoyens actifs et industrieux, suspendit longtemps les mesures de violence. Les réformés prenaient une part considérable à l’admi-
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nistration des finances; les fabriques et les manufactures (fer, cuir, soie et laine) étaient pour la plupart entre leurs mains ; ils se distinguaient par leur énergie, leur -instruction et leur aisance. Mais les suggestions du jésuite la Chaise, confesseur et directeur de conscience du roi, le prosélytisme de la dévote madame de Maintenon (Françoise d’Aubigné, orpheline abandonnée de parents protestants, d’abord femme du poète difforme Scarron, puis gouvernante des enfants naturels du roi et enfin épouse légitime de Louis) et l’esprit despotique de Louvois l’emportèrent sur les sages conseils de Colbert. Pendant la guerre de Hollande, le clergé avait octroyé au roi des sommes considérables en y joignant la prière qu’il voulût bien extirper l’hérésie du royaume ; ce qui fit d’autant plus d’impression sur Louis qu’il soupçonnait les huguenots d’avoir plus de sympathies pour leurs coreligionnaires que pour leurs compatriotes. La paix une fois rétablie, on procéda avec un grand zèle à l’œuvre de la conversion. Une longue série de mesures oppressives contre les huguenots prépara . le coup décisif. On leur enleva d’abord le reste de leurs privilèges politiques, les chambres mi-parties ; ensuite on diminua le nombre de leurs églises par des interprétations forcées de l’édit dé Nantes et sous toutes sortes de prétextes ; on restreignit le culte à quelques chefs- lieux, on interdit les synodes. Les accès de dévQtion et de repentir du roi devinrent sans cesse l’occasion de nouveaux tourments pour les calvinistes par la conversion desquels il espérait expier scs péchés. On les excluait peu à peu des emplois et des dignités, et l’on favorisait les convertis ; ainsi l’on séduisit les ambitieux; quant aux pauvres, on chercha à les gagner à prix d’argent, et l’on ouvrit un vaste champ au prosélytisme en déclarant valable la conversion d’enfants mineurs à partir de l’âge de sept ans. Des familles furent divisées, des mineurs enlevés à leurs parents et élevés dans la foi catholique ; le retour d’un nouveau converti repentant dans la communauté fut puni comme un crime. La cour et le clergé, l’éloqueut et insensible évêque Bossuet en tête,
mirent tous les moyens en œuvre pour fonder l’unité religieuse en France. La noblesse sacrifia sa croyance à la faveur de la cour, depuis que le huguenot Turenne, le glorieux maréchal de France, eut cédé à l’éloquence de Bossuet ; dans le bas peuple, l’argent décida bien des individus à fréquenter la messe ; les jésuites et les dévots en tirèrent la preuve que l’unité religieuse était facile à réaliser; mais la bourgeoisie aisée, l’élite de la confession calviniste, résista à toutes les séductions. C’était chez elle un point d’honneur de ne point changer de religion en vue d’aucun avantage ou de peur d’une perte quelconque. Cette bourgeoisie instruite et honnête ne pouvait être soumise que par la force. C’est pourquoi l’on procéda enfin aux dragonnades , dans la persuasion que l’entêtement seul maintenait la séparation. Sur l’ordre de Louvois, la cavalerie occupa les provinces du Sud et prit ses quartiers dans les maisons des huguenots ; des généraux et des intendants se joignirent aux missionnaires. On vit bientôt les grossiers dragons fouler aux pieds le bien-être des bourgeois industrieux. Les convertisseurs éperonnés qui quittaient la maison des apostats pour envahir en nombre double le domicile de ceux qui persévéraient dans la foi, n’avaient que des récompenses à attendre pour prix des actions les plus odieuses ; aussi se livrèrent-ils aux excès les plus révoltants et produisirent-ils plus de résultats que ne l'avaient fait toutes les séductions de la cour et toutes les subornations des prêtres. Des milliers de personnes s’enfuirent à l’étranger pour y vivre selon leur croyance; soixante prédicateurs reformés languirent en même temps dans les prisons de Toulouse. Mais le nombre de ceux qui ne se laissèrent pas ébranler par les tourments était encore très considérable, lorsque la révocation de Vêdit de Nantes (22 octobre 1685), mit le couronnement au système de persécution et plongea les huguenots dans le désespoir. Leur culte fut entièrement interdit, leurs églises furent renversées, leurs écoles fermées, leurs pasteurs expulsés pour autant qu’ils refusaient le prix mis à leur conversion. Les exercices spirituels furent dé-
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fendus même dans les maisons privées. Lorsque l’émigration prit des proportions effrayantes, on l’interdit sous peine des galères et de la confiscation ; des hommes honorables et considérés furent chargés de chaînes et jetés dans de sombres cachots qui regorgèrent bientôt de prisonniers. Mais malgré toutes les menaces et les défenses, plus de 500,000 calvinistes qui étaient parvenusà s’enfuir au milieu de dangers et de fatigues sans nombre, les uns en se cachant dans des navires au milieu de ballots de marchandises, les autres par terre en couchant dans les bois, portèrent au loin, dans les pays protestants, leur activité, leur croyance et leur cœur. La Suisse, le Palatinat, la Hollande et l’Angleterre offrirent un asile aux victimes. Leur instruction et leur industrie ne restèrent pas sans influence sur la culture des peuples chez lesquels ils se réfugièrent. Mais en France, c’en était fait de la prospérité et du bien-être des provinces méridionales. L’art de tisser la soie et de faire des bas fut enseigné à l’étranger par des huguenots fugitifs; des écrivains calvinistes tournèrent leur plume contre la France et des soldats calvinistes entrèrent dans les rangs des ennemis lorsque laguerre éclata de nouveau. On avait oublié que l’ordre des choses repose sur des lois morales qui n’ont jamais été enfreintes sans attirer la vengeance sur la tête de ceux qui les avaient méconnues. Des flatteurs louèrent le roi comme le destructeur de l’hérésie; un poète de renom fit de l’événement* l’objet d’un poème épique; on rangea l’œuvre d’unification de l’Eglise parmi les hauts faits de l’histoire ; cet acte glorieux éclipsait complètement les services qu’à la même époque la maison d’Autriche avait rendus à la chrétienté par sa lutte contre les Osmanlis; mais l’héroïsme des pat/ sans des Cévennes et les désertions privées de milliers de huguenots attestaient que l’on était encore loin du but que l’on s’était proposé. Les oppresseurs rencontrèrent en effet une résistance opiniâtre lorsque la persécution s’étendit aussi aux vallons^aisibles des Cévennes où les descendants des vaudois qui avaient fait cause commune avec les calvinistes, vivaient dans la sim-
plicité de leur foi et de leurs anciennes mœurs. Les mauvais traitements exaltèrent leur zèle religieux jusqu’au fanatisme. Sur les bûchers des ignorants on vit s’élever des apôtres de la parole divine dont les discours enthousiastes échauffaient d’autant plus les âmes qu’on y voyait les effets d’une inspiration immédiate. Dans les solitudes les plus sauvages, on se groupait autour d’eux pour écouter leurs prédications; dans les endroits les plus reculés qui servaient sur les montagnes au pacage des bestiaux, on accomplissait les actes religieux selon le rite réformé. Des prédicateurs fugitifs enflammaient les esprits des « enfants de Dieu. » Conduits par Jean Cavalier , ancien berger, et d’autres prophètes, les camisards en blouses de toile opposaient leur poitrine nue aux balles des soldats. Une horrible guerre civile dans laquelle plus de 100,000 hommes périrent, ensanglanta les vallées des Cévennes. Ce fut seulement quand le roi eut accordé aux * prophètes « et aux u héros « que la guerre avait épargnés la faculté de se retirer librement (1704), que cette horrible boucherie cessa peu à peu. Le contre-coup de la tyrannie religieuse 3ur l’Eglise de France ne tarda pas à se faire sentir. Une croyance formaliste et hypocrite, une dévotion apparente fut la conséquence de la révocation, et elle dura aussi longtemps que Louis tint les yeux ouverts ; mais lorsqu’il ne fut plus avantageux d’avoir le credo sur les lèvres et de déployer la bannière de l’Eglise, on laissa tomber la gousse morte qui n’avait jamais contenu aucune graine vivante, et l’incrédulité, l’athéisme et l’hostilité à l’Église régnèrent d’autant plus hardiment que la contrainte spirituelle avait été plus violente. — Vers la même époque, les pieux vaudois furent également persécutés dans les vallées du Piémont, à l’instigation des fanatiques français; sur les bords des lacs de l’Amérique du nord et sur les rives du haut Mississipi, où de zélés missionnaires répandirent alors la foi au vrai Dieu et en même temps la renommée du « grand capitaine des Français, « on comprima par la force toute conception du christianisme dans l’esprit de la réforme.
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Arrogance de Louis XIV et embarras de V Autriche.
§ 59. Les réunions. Les articles de la paix de Nimègue avaient été adoptés par les puissances de l’Europe, tels que les avait dictés le roi de France qui avait exercé l’influence la plus personnelle sur les négociations. Encouragé par ce premier succès, Louis procéda aux réunions. Pendant la guerre il avait déjà soumis et fait fortifier dix villes impériales de l’Alsace; il déclara maintenant qu’un certain nombre de localités et de territoires étaient compris dans la cession comme anciennes annexes des provinces et des villes échues à la France par les paix de Westphalie et de Nimègue, parce qu'il était dit dans le traité de paix que ces territoires avec leurs districts seraient placés sous la souveraineté de la France. Pour donner une apparence de droit à cette prétention, Louis établit à Metz et à Brisach des chambres dites de réunion pour la vérification de ces dépendances et devint ainsi demandeur, juge et exécuteur en une seule personne. En partant du principe que les droits de l’empire lui avaient été transférés, Louis se déclara suzerain de tous ceux qui lui furent désignés comme les vassaux du pays et des évêchés cédés.
Le tribunal de Metz réclama quatre-vingts liefs situés hors de la France comme soumis à la souveraineté française; la Chambre de Brisach déclara vassaux du roi, outre les dix villes impériales de l’Alsace, avec le territoire de Hagucnau et de Weissembourg, un certain nombre de princes, de magis-
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trais, d’Etats, d’immédiats de l'empire , en sorte que petit à petit six cents villes, bourgs, villages, châteaux, moulins, etc., furent annexés à la France. Les armes de France furent appliquées partout; on réclama le serinent de lidélité, selon la coutume française, des sujets comme des seigneurs. Les membres les plus puissants de 1 empire résistèrent, mais leurs agents furent chassés, leurs archives fermées, leurs rentes détenues; lorsqu’ils s'adressaient à la cour de France, on les renvoyait devant les tribunaux de Metz et de Brisach; les ministres refusaient tout pourparler et toute négociation. L’archevêque de Trêves fut le plus grièvement atteint. Louis prétendit à trois localités sur la Meuse, parce (pie le roi Répin qui en avait fait donation à l’évêché s'en était réservé la protection Oberslein, qui appartenait à l’archevêché depuis cinq-siècles, fut occupé par des troupes françaises, aussi bien que llombourg et Bitsch. Cette heureuse réussite poussa Louis à de nouvelles entreprises. 11 contesta au duc de Brunswick la possession de Mumpelgard comme appartenant à la Franche-Comté, au roi de Suède ses territoires du Palatinat Deux-Ponts, et aux Espagnols, Luxembourg et d’autres villes néerlandaises. En môme temps il tit élever par Vauban, sur toutes les frontières de France, des fortifications imprenables qui devaient mettre à tout jamais le pays à l'abri des invasions.
Mais Louis couronna ce système de spoliation en enlevant, au milieu de la paix, la ville libre de Strasbourg à l’empire d’Allemagne (30 septembre 1681). Le perfide évêque François Égon de Furstenberg et quelques conseillers gagnés, secondèrent' la surprise et l’occupation. La bourgeoisie, après avoir été désarmée, dut prêter i\ genoux le serment d’obéissance au dominateur étranger; la cathédrale fut restituée au culte catholique et l’arsenal fut vidé. Pendant l’entrée solennelle du roi, Vauban traça le plan de la citadelle h la construc-
tion de laquelle des bourgeois et des paysans allemands mirent la main. Abandonnée par l’empereur et trahie par sa lâche municipalité, la bourgeoisie
s’accommoda à son sort inévitable et sacrifia son
indépendance politique et religieuse à un roi qui la menaçait de la guerre et de la dévastation en cas de résistance, mais qui promettait de respecter sa constitution, ses droits et sa liberté religieuse pour prix d’une soumission paisible. Au lieu de châtier l’insolence d’un despote en combinant leurs forces, l’empereur, l’Espagne et l’empire d’Allemagne divisé par des haines religieuses, conclurent avec lui, à Ratisbonne, une trêve de vingt ans (15 août 1684), dans laquelle ils lui abandonnèrent tous les territoires réunis et enlevés, y compris la place forte de Luxembourg conquise peu de temps auparavant, sous la seule condition que les nouvelles acquisitions conserveraient leurs droits politiques, que les réunions cesseraient et que les droits de souveraineté de la France ne recevraient plus d’extension ultérieure. Mais l’audace et la cupidité de Louis ne firent que s’accroître par la longanimité de ses voisins. 11 n’est pas dans la nature des puissances de se restreindre elles-mêmes; il faut que les limites leur soient imposées. Les empiétements sur le Rhin et ailleurs continuèrent ; Louvois et son maître étendirent aussi leurs violences à l’Italie. Casale, la Clef du Milanais, fut occupée en même temps que Strasbourg, et le négociateur perfide, Matthioli, subit un emprisonnement perpétuel, peut-être sous le voile du « masque de fer;» la hère Gênes expia alors,