‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 101 sur 118 · DES PORTUGAIS · texte numérisé non relu

DES PORTUGAIS

Les premiers voyages de découverte dans TAtlantique et sur la côte d'Afrique furent entrepris par de hardis marins Génois et Français. Dès le début du quatorzième siècle, au temps de Philippe le Bel et des derniers Capétiens directs, on avait atteint le cap Bojàdor, les îles Açores, Madère et les Canaries. Ces divers points fig-urent, en effet, sur une carte récemment découverte et qui est datée de i33g. Au commencement du quinzième siècle, en 1402, les îles Canaries furent conquises et érigées en royaume par Jeati de Béthencourt , un Normand du pays de Caux. Mais déjà près d'un demi-siècle auparavant, vers i36o, des marins de Dieppe, puis des marins de Rouen, avaient atteint le golfe de Guinée. Pendant tout le règne de Charles \' et une partie du règne de Charles M, de iSôq à 1410, ils vinrent chercher divers produits, notamment de l'ivoire et de la poudre d'or, sur les parties de la côte qui s'appellent encore aujourd'hui, la Cale d'Ivoire et la Côte d'Or. Les désastres de la guerre de Cent Ans. l'occupation du nord de la France par les Anglais interrompirent ce commerce africain.

Les Portugais commencèrent leurs recherches en CARACTERES j^^^^ tandis que s'achevait en France le règne de IDES EXPEDITIONS (-j^ ^j^g ^-j ^eurs expéditions eurent un caractère

PORTUGAISES . . , ,, o \ , . -,

original : elles ne furent pas seulement commerciales, mais dès le début et jusqu'à la tin elles furent scientifiques et méthodiques. Ainsi en 1469 le roi Alphonse V, concédant à une compagnie l'exploitation des côtes de Guinée, imposait aux concessionnaires l'obligation de faire explorer chaque année cinq cents lieues de côtes nouvelles.

Leur caractère scientifique, les expéditions portu-

LE gaises le durent à celui qui en fut l'initiateur, le

PRIXCE HENRI prince Henri (1394-1466) surnommé le Navigateur

quatrième fils du roi Jean I". Après avoir brillamment fait campagne contre les musulmans du Maroc, le prince Henri, n'ayant guère plus de vingt ans. s'établit à Sagrés, au cap Saint-Vincent, le promontoire le plus saillant et le plus

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méridional du Portugal. Là il créa peu à peu autour de sa résidence une véritable école de navigation, d'astronomie et de géographie. Il réunit des livres et des cartes et s'appliqua à se procurer de toutes mains le plus possible de renseignements géographiques. Son but fut peut-être au début surtout stratégique : peut-être chercha-t-il sur les côtes d'Afrique un moyen de prendre à revers les musulmans du .Maroc, ennemis séculaires des Portugais. Mais bientôt ce fut vers la découverte de la route de l'Inde que tendirent ses efforts. A dater de 141g, chaque année presque vit partir une e.xpédition nouvelle, bien instruite des derniers résultats acquis et chargée de dépasser le point extrême atteint par l'expédition précédente.

Le progrès fut lent et pénible ; il fallut soixante-dix- LES ETAPES j^g^^j- ^^^ p^^j. atteindre l'Inde. On mit quatorze ans pour atteindre le cap Bojador (i433); de là au cap Vert (1447,) quinze ans. Ce fut seulement vingt-quatre ans après avoir touché le cap Vert que l'on franchit l'équateur (1471); nouvel intervalle de quatorze ans entre le passage de l'équateur et la découverte de V estuaire du Congo (148.5), et cependant la distance n'est guère de plus de cinq cent soixante kilomètres, à peu près la distance de Paris à Bordeaux. La marche devint alors relativement rapide; deux années suffirent pour atteindre l'extrémité de TAfrique. En 1487, les tempêtes extrainèrent Barthélémy Diaz dans le sud, puis le poussèrent sans qu'il s'en doutât dans l'océan Indien jusqu'à la hauteur du Natal actuel. Au retour il aperçut la montagne de la Table et la saillie extrême du continent : il l'appela le « cap des Tempêtes », nom auquel le roi de Portugal substitua celui de cap de Bonne- Espérance. Onze ans après Vasco de Gama était dans l'Inde devant Calicut (1408).

Tant de lenteurs tinrent à des causes multiples, et d'abord à l'esprit superstitieux et aux terreurs des équipages, en face de l'inconnu de l'Océan. Les matelots croyaient à l'existence au fond des eaux de pierres d'aimant qui attiraient les navires et les faisaient s'engloutir; ils croyaient à la présence d'une zone d'eaux bouillantes à l'équateur. Les terreurs redoublèrent quand on s'approcha du cap de Bonne-Espérance : c'est au large de ce cap que l'on observe les lames les plus puissantes; elles atteignent jusqu'à quinze mètres de haut, la hauteur d'une maison de quatre ou cinq étages. On conçoit le souvenir d'épouvante qu'a-

LES DECOUVERTES .MAKHI.Mi:S.

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vaient dû rapporler les malcluts de Barlhéleniy Dia/. Aussi quand on arma les navires de V'asco de Cîama, fallut-il pour compléter les équipages prendre dix condamnés à mort, auxquels on prrimit la vie sauve; et cependant l'effectif total était à peine de cent soixante hommes. EnHn arrivés au delà de l'équateur.

les marins portugais furent dans l'impossibilité de se guider. Ils ne pouvaient plus, en effet, apercevoir l'étoile polaire, indispensable pour calculer la latitude du point où ils se trouvaient. 11 fallait découvrir un nouveau procédé qui fut indiqué seulement vers 14M2, par un Allemand de Nuremberg', Martin Beliai)n, et qui consista à mesurer à l'aide de Vastrolabe, au lieu de la hauteur de l'étoile polaire, celle du soleil à midi au-dessus de l'horizon .

Tandis que VA.sco DE GAMA Barthélémy Diaz descendait au sud de l'Afrique, le roi de Por-

X'asco de Gam.v (1469-15:-;).

D'après un portrait conservé au .Musce de Lisbonne. — Piiotographie.

Mali^rii la grande, tarte tlanche et les joues creuses, \'asco de Ganta avait au fins quarantesept ans quand fut peint ce portrait d'auteur inconnu: on sait, en effet, qu'il était destiné à f-erdinand d'Aragon qui mourut en i5 16. Peut-être l'amertume d'une disgrâce que rien ne motivait, qui suivit sa seconde expédition et se prolongea jusqu'à la veille de sa mort, fit-elle vieillir Vasco de Ganta avant idge. Il avait trente ans quand il amena a Calictd les premiers navires européens qui aient atteint l'Inde par le stid de l'Afrique.

lugal, Jean II, aussi

acharné que l'avait été le prince Henri à trouver une route nouvelle vers l'Inde, envoyait un de ses officiers, Pierre de ( ■i>vilh2ni,en reconnaissance par l'Egypte et la mer Rougre (14801. Kmb-arqué sur un navire arabe, Covilham aborda à Calicut, alors le -rand marché de l'océan Indien, surtout le grand marché du

poivre, le port où se concentraient les produits de l'Inde et de l'Asie orientale, et d'où partaient les convois des trafiquants arabes à destination de l'Afrique et de l'Europe. De Calicut il put gagner la côte orientale de l'Afrique et descendit jusqu'au Zambèze. Partout il trouva un commerce actif. Le rapport qu'il fit parvenir à Jean II, en même temps qu'il fournissait d'utiles renseignements sur le voyage d'Afrique en Inde, devait accroître le désir d'atteindre l'Inde au plus tôt. Sur ces entrefaites Christophe Colomb accomplit ses deux premiers voyages (1492-1496). Personne ne douta qu'il ne fût arrivé en Asie. Les Portugais pour ne pas se laisser devancer davantage se hâtèrent de tenter un nouvel effort.

Au mois de juin 1497 une expédition composée de trois navires fut mise en route sous le commandement de Vasco de Ganta. Après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, l'expédition remonta difficilement, par suite des courants et des tempêtes, le long de la rive orientale de l'Afrique. Elle toucha à l'embouchure du Zambèze, à .Mozambique, et dix mois après son départ du Portugal à la côte de Zanzibar. Là, Vasco de Clama put se procurer un pilote arabe. La mousson du sud-ouest étant établie, Vasco de Gama parvint en vingt-trois jours à 'Calicut (2o mai 1498). Il fut froidement accueilli par le radja — le souverain — de Calicut, probablement poussé par les trafiquants Arabes, qui devinaient dans les nouveaux venus de redoutables concurrents. Vasco de Gama toucha ensuite à Goa. Puis ayant perdu un de ses navires, il revint en Portugal (septembre 1499). Il y fut reçu en triomphateur et le roi lui donna le titre et les pouvoirs d' « amiral de la mer des Indes ».

La route de l'Inde découverte, les Portugais voulu-

FORMATION , , , ,- e ■ ^

rent s en assurer la possession et faire du commerce

DE L'EMPIRE ,,,,,• i , r. i i

PORTUGAIS océan Indien leur monopole. Pour cela ils occu-

LUTTE ' pèrent les principaux ports et terrorisèrent leurs con-

AVEC \TEXISE currents. \'asco de Gama était à peine de retour qu'une flotte avec un corps de débarquement partait sous le commandement d'Alvarez Cabrai (mars i5oo). L'expédition échoua. Pourtant cette expédition malheureuse valut aux Portugais, par un hasard de navigation, les territoires qu'ils devaient conserver le plus longtemps et à qui l'avenir réservait les plus grandes destinées. Entraîné vers l'ouest par les vents. Cabrai avait touché d'abord une terre nouvelle, dont

LES DECOLVERTES MAKITI.MES. afiâ

il prit possession et qu'on appela, plus tard, le Brésil: les Portugais devaient en rester maîtres jusqu'au dix-neuvième siècle.

Pour réparer l'échec de Cabrai dans l'Inde, Vasco de Gama partit en i5o2, avec vingt navires. Il inaugura le système de la terreur. Après avoir bombardé Calicut, il croisa dans le golfe d'Oman. Rencontrant un navire arabe ramenant des pèlerins de la -Mecque, il le brûla avec ses passagers. Il brilla de même devant Calicut une flotte chargée de riz et ses huit cents hommes d'équipage, après leur avoir préalablement fait couper le nez, les oreilles et les mains. Aucun navire, s'il n'était portugais ou autorisé par les Portugais, ne devait naviguer désormais dans les eaux de l'Inde.

La mainmise des Portugais sur l'Inde ruinait les commerçants arabes, compromettait les intérêts du sultan d'Egypte et la prospérité de Venise. Delà une coalition. Les \"énitiens fournirent au sultan d'Egypte et aux commerçants arabes de l'argent, du matériel de guerre, des hommes et des officiers. Une flotte fut équipée sur la mer Rouge : mais, après quelques succès, elle fut battue et détruite à Diu par d'Almeida (i.5og). Les \'énitiens pensèrent alors à ouvrir un canal à travers l'isthme de Suez, œuvre que devait accomplir la France au dixneuvième siècle, et qui aurait rendu inutile la découverte de la route du Cap. .Mais alors \'enise eut à faire face en Italie à la ligue de Cambrai. Louis XII détruisait son armée à Agnadel: il ne pouvait être question de grands travaux en Egypte.

La ruine du commerce vénitien avec l'Inde fut con- XBUQUERQL'E sommée par Albuquerque. Il occupa l'île de Soco-

tora. qui ferme le golfe d'Aden et l'entrée de la mer Rouge (i5i3), puis Ormu: à l'entrée du golfe Persique (i.5i.5). Dès lors les débouchés des deux seules routes par où les marchandises de l'Orient arrivaient à la .Méditerranée furent aux mains des Portugais, et. plus rien ne put parvenir que par eux du sud de l'Asie à l'Europe.

Albuquerque fut le vrai fondateur de l'empire colonial portugais. Dans l'Inde même, il avait conquis Goa (lôio), qui devint la capitale des établissements portugais en Asie. Avant même de s'être assuré vers l'ouest les routes de l'Inde à l'Europe, il s'était assuré vers l'est le débouché des routes de rinde à la Chine en s'emparant de Malaccj[i5ii), sur le détroit qui joint le golfe du Bengale à la mer de Chine. Tous les

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accès ainsi occupés, l'océan Indien devenait une sorte de lac portugais. Poussant au delà de Malacca, les officiers d'Albuquerque abordèrent aux îles même des Épices, k Java. kBanda. l'île de la Muscade, dans les Moluques. lis atteignirent ensuite Canton sur la côte de Chine (i.5i7); enfin une ambassade portu gaise fut reçue à Pékin, en i52o.

Ainsi se trouva constitué, à peu près en vingt-cinq années, le premier grand empire colonial de l'Europe moderne. Les Espagnols ne possédaient guère que les Antilles, et n'avaient même pas commencé à s'établir sur le continent américain, alors que les Portugais avaient pris pied déjà dans l'Amérique du Sud au Brésil, et que de l'Atlantique au Pacifique, du cap Bojador en Afrique, jusqu'aux .Moluques, plus loin que l'Asie, leur empire se développait sur plus de vingt mille kilomètre^ de côtes.

L'empire colonial portugais ne ressemblait en rien

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