DE LA
F0RM.\TI0X DE
L'ALLEJL\GXE
.,i\ HISTOIRE MODERNE.
royaume. Une série d'annexions résultant d'accidents dynastiques, niariayes et successions, ou de conquêtes et de traités, ont considérablement accru le royaume de Germanie à l'ouest, au sud et surtout à l'est. Les souverains allemands se sont flattés d'être les continuateurs de Charlemagne et les héritiers des empereurs romains : le royaume de Germanie est devenu à partir de la tin du dixième siècle le Saijit Empire romain germanique.
L'Allemagne au dlxième et au QLixziii.ME siècle.
Par contre, à l'extérieur, comme les empereurs ont eu plus p-rand souci de « gouverner le monde i> que de gouverner réellement l'Empire, comme d'autre part, aucune dynastie durable n'a pu s'établir et que la couronne est demeurée élective, l'autorité des souverains est promptement tombée à rien. L'État, au lieu de se concentrer, s'est donc décomposé en une multitude d'États, indépendants les uns des autres, et seulement occupés de leurs intérêts particuliers. Au rebours de ce qui s'est produit en France, en Allemagne on est allé d'une unité commençante à l'émiettement, et l'Allemagne aux dernières années du quinzième siècle a fini par reproduire exactement la France du début du dixième siècle.
Ttr o^TT.TTivTi. Lors du partage de Verdun, l'Etat attribué sur la
LE ROYAUME r » > . , ^ • ,
D'ALLEMAGNE 1"^^'^ droite du Rhin à Louis le Germanique sap- PRiMiTiF pela la Francie orientale. Par la suite, on l'appela le royaume de Germanie, puis le royaume d'Allemagne. Sa frontière primitive au nord suivait à peu près une
litiiie tirée de rembouchiire du Wescr au conflueiil de la i.ippe et du Rhin: à l'ouest elle suivait la rive droite du Rhin
Le royaume d'Allemagne et le Saint Empire germani^le al' dixième siecle.
jusqu'à Bâle, en débordant toutefois sur la rive gauche pour envelopper le territoire de Mayence, de Worms et de Spire. Elle suivait ensuite la Reuss, dans la Suisse actuelle, jusqu'au Saint-
Gothard. La limite méridionale était formée par les Alpes jusqu'aux sources de la Drave: la limite orientale par les .Monts de Bohême, le Fichtelg-ebirge. la Saale et l'Elbe.
A l'intérieur de ces limites quatre peuples principaux étaient, cantonnés. C'étaient au sud-ouest les Sonates ou Alamans: an sud-est les Bavarois: au centre les Franconiens; au nord les Saxons. Les Souabes étaient établis entre le Rhin et le Lech : les Bavarois entre le Lech et les Monts de Bohême; les Franconiens dans les bassins du Neckar et du .Main et la haute vallée du Weser; soit aujourd'hui la Suisse orientale, le grandduché de Bade, la Bavière et le Wurtemberg-. Les Saxons dans la plaine du nord, entre le Rhin et l'Elbe inférieur, occupaient non point la Saxe actuelle, mais le Hanovre et la Westphalie. Bien qu'ils eussent tous été soumis également à Charlemagne, cependant, dans les cadres naturels que leur traçaient montagnes et cours d'eau, chacun d'eux avait conservé ses caractères distincts. En sorte que les quatre peuples formèrent promptement comme quatre États, quatre duchés, ayant chacun son chef national, le duc — Herzog, — aussi indépendant en face du roi de Germanie que l'étaient en face du roi de France les ducs et les comtes français.
Ainsi constitué, le royaume de Germanie touchait à l'ouest et au sud le royaume de Lothaire, la Lotharingie, étrange État. allongé comme un étroit couloir depuis Rome jusqu'à l'estuaire du Weser et qui comprenait les pays d'entre Meuse et Rhin, de la Saône et du Rhône, du Pô et de l'.Xdige, de l'Arno et du Tibre, c'est-à-dire, aujourd'hui, la Hollande. — on l'appelait alors la Frise — la Belgique et le Luxembourg. l'Alsace- Lorraine. la France de l'est depuis la Bourgogne jusqu'à la Provence, enfin l'Italie du nord et du centre.
.\ l'est le roN'aume de Germanie avait pour voisins des peuples, encore païens pour la plupart, tous de race slave. C'étaient le long de l'Elbe les Wendes; en Bohême lés Tchèques: au pied des Alpes, les Croates et les Serbes. Entre les Croates et les Tchèques, sur le Danube, de nouveaux barbares, ceu.x-là de race jaune, les Magyars ou Hongrois, héritiers des Avars vaincus par Charlemagne, vinrent s'intercaler à la fin du neuvième siècle.
Ce fut aux dépens de la Lotharingie à l'ouest et des peuples barbares de l'est, qu'à dater du dixième siècle r.\llemagne s'agrandit.
FORMATION TEKRITORIAI.n: DES ÉTATS. -j,,
Mais tout d'abord, pendant la dernière moitié du ncu- LA DYNASTIE vièmc siècle et le premier quart du dixième, l'Alle- SAXOXNE mag-ne. comme la France, eut à subir les assauts des
barbares. Danois au nord. Tchèques et surtout Magyars à l'est. Les derniers Carolingiens allemands, aussi faibles que les derniers Carolingiens de. France, ne parvinrent même pas à assurer la défense du royaume, et l'.-Mlemag-ne, pendant un tiers de siècle, fut réduite à payer tribut aux .Magyars. Il fallut pour la libérer l'énergie d'une dynastie nouvelle, la dynastie saxonne, et les victoires que remportèrent sur les Magyars à Mersebourg (q.33). puis à Augsbourgicp.Si Henri, l'Oiseleur, le premier des princes Saxons, et son fils Olton.
Alors seulement les agrandissements devinrent pos-
LES
.^^TTTor^T/^x'e slblcs. Ils furcut surtout l'œuvre d'Otton et lui méri-
ACQLIisITIOAb , , ^ , T^ , ,
D'OTTOX terent le surnom de Cirand. Pendant les trente-sept
LE GRAND années de son règne (936-973), il ajouta au royaume de Germanie : à l'ouest. le duché de Lorraine; à l'est, le duché de Bohême, la marche d'Autriche et la marche de Misnie — la Saxe actuelle. D'autre part, il ceignit la couronne d'Italie et reconstitua l'empire à son profit.
Les premières acquisitions furent faites à l'ouest, par suite du démembrement de la Lotharing-ie. Moins de vingt ans après sa création par le traité de \'erdun, la Lotharingie avait été coupée en trois tronçons : le royaume d'Italie; le royaume de Bourgogne, c'est-à-dire les vallées du Rhône et de la Saône et la Suisse jusqu'à la Reuss ; enfin la Lotharingie ou Lorraine proprement dite, avec la Frise. Dès 8.59 la Frise était devenue allemande. .A Lais la Lorraine, où la population était en majorité française de race et de langue, avait été pendant quatre-vingts ans disputée entre les rois de Germanie et les Carolingiens de France. Ce fut Otton le Grand qui l'annexa (940), portant ainsi du Rhin à l'Escaut la frontière occidentale du royaume d'Allemagne. La Lorraine forma un cinquième duché, bientôt subdivisé en deu.x parties : le duché de Haute Lorraine — l'Alsace et la Lorraine actuelles; - le duché de Basse Lorraine — le Luxembourg-, la Belgique et la Prusse rhénane d'aujourd'hui 19.59).
Dix ans après l'annexion de la Lorraine. Otton imposait aux Tchèques sa suzeraineté. Leur pays forma un septième duché, le duché de Bohême, et la frontière orientale de l'Allemagne se trouva reculée du Fichtelgebirge jusqu'à l'Oder (950).
:;„ IllSTOIKl-: MODERNi:.
Cinq ans plus tard (çpô). au lendemain de la victoire d'Au^-sbourg-, Otton reconstitua, au sud de la Bohême, sur le Danube, une « marche », c'est-à-dire un territoire militaire, jadis organisé par Charlemagne contre les Avars et que les Magyars avaient détruit. Ce fut la marche de l'est, l'Ostmark. devenu plus tard VOsterreich, \c duché .f Autriche (ii56). Otton avait créé de même k Tang-le nord-ouest de la Bohême, depuis la forêt de Thuring-e jusqu'à l'Elbe, pour arrêter les Slaves Sorabes, la marche de Misnie devenue par la suite la Saxe.
Après qu'il eut définitivement refoulé les .Magyars.
LE SAINT EMPIRE Otton se trouva assez fort pour reg-arder et ag-ir hors
GERMANIQUE d'Allemag-ne. Franchissant les Alpes, il prit à Pavie
la couronne de fer des Lombards et le titre de roi d'Italie (962). Puis, descendant à Rome, il obtint du pape Jean XII d'être couronné empereur comme l'avait été Charlemag-ne (2 février 962). Ainsi se trouva constitué le Saint Empire romain de nationalité germanique. Ce Saint empire devait durer jusqu'aux premières années du siècle dernier, où Napoléon I" le détruisit (1806). Au cours des huit siècles et demi de son histoire, ses frontières subirent bien des variations. Du onzième au treizième siècle, il comprit avec la Germanie la totalité de l'ancien royaume de Lothaire à la suite de l'annexion du royaume de Bourg-ogne qui. devenu le royaume d'Arles. fut lég-ué par testament à l'Empereur (1034-12.50). Au milieu du treizième siècle, quand se termina le duel séculaire des papes et des empereurs', ce même royaume d'Arles, et l'Italie se détachèrent en fait de l'Allemag-ne.
Par contre l'Empire ne cessa pas de s'agrandir à ACOUisiTiONS ^^^^- ^^' ^^^ agrandissements ne furent obtenus qu'au A L'EST pri^ de longues luttes, par l'e.xtension lente des
Marches créées tout le long de la frontière, et par la lutte contre les Slaves. Pour conquérir il fallut des expéditions répétées dont beaucoup eurent lecaractère des Croisades, et, pour consolider la conquête, il fallut établir au milieu des populations vaincues des groupes de colons allemands. Les acquisitions principales furent, en remontant du sud au nord : la Moravie, la .S7lésie, le Brandebourg: : puis le long de la Baltique le Mecklembourg, la Poméranie; enfin par delà la Vistule, sur la frontière de I. N'oir ci-dessous, page 122 et suivantes.
FORMATION lERRirOKlALl-; |)|;s LIAIS. :ii
la Russie, les lerriloircs qui sonl plus tard devenus la J'nissc. La Moravie peuplée de Tchèques, fut incorporée au duché de Bohême au milieu du onzième siècle (io56). Cent ans plus tard, au moment même où la marche d'Autriche était érigée en duché, le duché de Bohême était érigé en royaume (i i58). Ce fut dans le
Le royaume d'Allemagne, dc onzième au quinzième siècle.
même temps qu'acheva de se constituer, entre TElbe et Tùder, par la conquête de la citadelle slave de Branibor, la marche de Brandebourg (1157) : il v avait deux siècles qu'Henri l'Oiseleur l'avait ébauchée sur la rive gauche de l'Elbe. Par la suite elle s'étendit au delà de l'Oder jusqu'à la frontière du royaume de Pologne. Quant aux territoires de la future Prusse, ils furent conquis, au treizième siècle, sur les slaves Borusses ou Prussiens, au prix d'une longue croisade de soixante-quinze ans, par deux Ordres de moines-soldats,- les Chevaliers Porte-glaives et les
Chevaliers Teutoniques. réunis en un Ordre unique à partir de 1237. Ces territoires cessèrent du reste, au début du quinzième siècle, d'être rattachés à l'Allemag-ne et tombèrent sous la vassalité des rois de Polosrne (1410). Par contre un demi-siècle auparavant la Silésie avait échappé aux Polonais, et par l'intermédiaire des rois de Bohême était entrée dans l'empire allemand (1.3.55).
Il est important de remarquer pour la plupart de ces
LES MAISONS i i i i
territoires que. s"ils furent annexés à l'Empire, ils ne ET DE furent pas annexés par les Empereurs. Leur acquisi-
BRANDEBOURG ^^^"^ 'î^i ajouta quelque chose à l'étendue de l'Allemagne, n'ajouta rien à la puissance de ses souve' rains. D'autre part, ce fut dans les territoires annexés à l'est que deux familles, destinées à jouer un rôle prépondérant en Allemag-ne et en Europe, la première pendant les temps modernes, la seconde à l'époque contemporaine, les Habsbourg et les Bohenzollern, trouvèrent, l'une à la fin du treizième siècle, l'autre au début du quinzième siècle, les premiers éléments de leur fortune.
En 1278, un petit seiirneur de la suisse rhénane récemment élu empereur, Rodolphe de Habsbourg, enleva au roi de Bohême Ottocar, battu et tué à Marchfeld, l'Autriche, la Styrie. la Carniole. Ce fut le commencement de la puissance de la maison d^ Autriche, dont les chefs, devenus les plus riches seig-neurs terriens de l'Allemag-ne, portèrent à partir de 1453, le titre exceptionnel d'archiducs d'Autriche, et surent, à dater de 1430 jusqu'à 1806. maintenir dans leur famille la dignité impériale.
En 1415. un seig-neur bon économe, dont la famille était originaire de la Souabe. Frédéric de Hohenzollern, marg-rave de Nuremberg-, acheta d'un souverain besogneux, l'empereur Sigismond, le Brandebourg avec la dignité électorale. La puissance de la maison de Brandebourg et de la monarchie prussienne était en germe dans cette acquisition.
MORCELLEMENT Tandis que s'élargissaient ses frontières. l'Allemagne
j)£ intérieurement se morcelait. Ce morcellement dont
L'ALLEMAGNE OU verra plus loin les causes et l'histoire', commencé
dès le dixième siècle, se poursuivit jusqu'à la seconde
moitié du treizième siècle. A cette époque l'Allemagne se trouva
émiettée en près de quatre cents États, si bien que l'usage s'éta-