L'EMPEREUR, LES PRINCES, LES VILLES
En Allemagne, à partir du dixième siècle, les pouvoirs du souverain, roi d'abord, puis empereur, n'ont cessé de décroître d'une décadence continue. Par la volonté des Allemands, le pouvoir central a finalement été annihilé, et l'État allemand, à dater du milieu du quatorzième siècle et de la Constitution de la Bulle d'OriioSô), n'a plus été qu'un nom, une anarchie légale de quatre cents souverains, où l'autorité était partout et l'obéissance nulle part.
A la suite du traité de Verdun, dans la seconde moi- >A MONARCHIE tié du neuvième siècle, les mêmes phénomènes sepro- FÉODALE duisirent en Allemagne qui se produisirent en France.
L'autorité royale alla diminuant tandis que grandissait l'indépendance des seigneurs et des évêques. En face des ducs et des évêques allemands, le roi allemand se trouva dans la même situation où se trouvait le roi français en face des comtes et des évêques français. Il n'eut pas plus de fonctionnaires pour le représenter dans les duchés, que le roi de France n'en avait
dans les comtés. Il fut un suzerain bien plus qu"un souverain, et le pacte féodal, pour lui comme pour le roi de France, limita ses droits et définit ses devoirs.
L'extinction de la dynastie Caroling-ienne au début
LA MONARCHIE du dixième siècle (911) accrut encore la puissance des
ÉLECTIVE seifi-neurs allemands en face du roi. Ducs et évêques
disposèrent de la couronne, et la monarchie fut rendue élective, comme elle le devint peu après en France. Les ducs dans leurs duchés se transformèrent en vrais rois ; dès lors toute leur politique tendit à sauvegarder cette situation en maintenant le système de l'élection, en s'opposant à ce qu"il s'établît, comme en France, un régime d'hérédité. Aussi attribuèrent-ils la couronne tour à tour à des princes Franconiens, Saxons, Bavarois, Souabes, et chaque changement de règne presque eut pour conséquence un nouvel alïaiblissement de la puissance souveraine. Au début, cependant, le Saxon Otton le Grand (936-973) essaya de réagir et de rétablir l'autorité du roi. Les duchés étant devenus vacants, il réussit à placer dans chacun d'eux quelqu'un de ses parents : son frère en Bavière, son fils en Souabe, son gendre en Franconie. A côté de chaque duc, et pour le surveiller, il avait installé un fonctionnaire de son choix, révocable à son gré, le Palatin, chargé en même temps de rendre la justice au nom du roi et d'administrer les biens royaux. Mais, sous les successeurs d'Otton, les Palatins obtinrent que leur fonction fût héréditaire, en sorte que ces représentants de l'autorité souveraine, cessant d'être révocables, échappèrent eux-mêmes à l'autorité du souverain.
Otton, d'autre part, pour affaiblir la puissance des ducs, favorisa le développement des seigneuries ecclésiastiques. Dans sa pensée, ces seigneuries devaient être une monnaie dont le roi pourrait acheter des dévouements, puisque, n'étant pas héréditaires, elles seraient à la disposition du roi chaque fois que mourraient les titulaires. Ce fut aussi pour affaiblir les ducs que le Franconien Conrad II (1029-1039), un siècle après Otton, favorisa dans l'intérieur des duchés le développement de la petite féodalité. En pratiquant cette politique du « diviser pour régner », Otton le Grand et Conrad II pensaient mieux assurer leur autorité. En fait, l'un et l'autre, en augmentant le morcellement de l'Allemagne, ne firent qu'augmenter pour la suite le nombre des éléments de résistance à l'autorité souveraine.