‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 31 sur 118 · oir ci-dessous, pages · texte numérisé non relu

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le droit du poing-, la loi du plus fort : c'était l'époque où saint Louis en France parvenait à supprimer à peu près les guerres privées.

Les Allemands finirent par sentir eux-mêmes la né- LES HABSBOURG cessité de mettre un terme au désordre et, en 1273. ils

élurent roi, à cause de sa réputation d'énergie, un petit prince des bords du Rhin, le suisse Rodolphe de Habsbourg . ses descendants régnent encore aujourd'hui en Autriche. Mais la vigueur avec laquelle l'empereur châtia l'insolence du roi de Bohême, Ottocar, qui lui refusait l'hommage, le rapide accroissement de force que valurent à Rodolphe FAutriche. la Styrie, la Carinthie. la Carniole. enlevées au vassal infidèle, alarmèrent vite les seigneurs allemands. « L'effréné désir d'indépendance » qui était en eux — le mot est d'un Allemand — l'emporta sur le souci des intérêts généraux de l'Allemagne : en sorte qu'à la mort de Rodolphe (1291) les princes n'élurent point son fils. Pendant tout le quatorzième siècle et une partie du quinzième (1291-1438), ils pratiquèrent la même politique que leurs ancêtres. Ils donnèrent la couronne tantôt à une famille, tantôt à une autre, à un prince de Nassau, à des Bavarois, à des princes de Luxembourg. Ce fut seulement en 1488 que la couronne fut attribuée de nouveau à un Habsbourg. Albert II. Celui-ci eut soin de faire élire son successeur lui vivant, en lui donnant le titre de Roi des Romains, et cette précaution, qui avait en France conduit les Capétiens à l'hérédité', prise dès lors par tous les Habsbourg, leur permit de garder la couronne dans leur famille jusqu'à la fin du Saint-Empire.

La faiblesse des empereurs, les. difficultés au milieu LES VILLES desquelles ils régnèrent, ne profitèrent pas seulement

aux princes et aux évêques. mais encore aux villes. Au dixième siècle, on distinguait en Allemagne des villes ecclésiastiques et des villes royales. Celles-ci, devenues villes impériales à partir d'Otton le Grand, étaient soumises directement au souverain ; celles-là étaient soumises aux évêques. Les unes et les autres durent de bonne heure à leur activité commerciale et industrielle une assez grande prospérité. Naturellement leurs habitants, enrichis, s'eft'orcèrent d'obtenir de leurs souverains des garanties contre l'arbitraire, ce qu'on appelait alors des frani. Voir ci-dessus, page 5o.

OKC.ANISATION DES ETATS.

Le Ratiiaus de Llbeck.

Photographie.

La Hanse, fédération des grandes villes commerçantes allemandes au quatorzième et au quinzième siècle, véritatle État avec qui comptaient les souverains, eut four capitale Luteck. C'est au Rathaus — l'Hôtel de ville — de Lubeck que se réunissaient chaque année les députés des quatre-vingts villes fédérées, vrai parlement de la flanse. Le Rathaus est un tel édifice de strie français, fort élégant avec les solides arcades de sa galerie inférieure, les légères ogives du dernier étage, les clochetons aux girouettes dorées : il fut construit au treizième siècle. Il a été restauré en 189.". Au fond à gauche, le coin d'édifice en retour d'angle est de style Renaissance: en arrière une haute muraille de triques.

cliises. Les conflits des empereurs et des papes farent au plus haut point favorables à l'affranchissement des villes. Les empereurs cédèrent aux revendications des villes impériales pour s'assurer leur fidélité. Ils encouragèrent et soutinrent les revendications des villes ecclésiastiques pour abattre la puissance des évoques, partout où les évéques prirent le parti du pape. Dans ces conditions, de nombreuses villes s'émancipèrent complètement. Elles furent des villes libres, des républiques souveraines, à côté des princes et des évèques souverains. Elles eurent leurs g-ouvernements, leurs lois, leurs tribunaux, leurs finances, leurs armées; elles purent signer des traités, contracter des alliances : elles formèrent des ligues. Ces ligues ou lunses prirent une particulière importance à partir du Cïrand Interrègne, au temps du Faustrecht. Les villes devant au commerce leur prospérité, et le commerce étant presque impossible en raison de l'insécurité des routes, les ligues eurent pour objet principal la police du pays.

De ces ligues la plus célèbre fut la ligue hanséatique L\ HAXSE que Ton finit par appeler la Hanse tout court. Vers

le milieu du quatorzième siècle elle groupait quatrevingts villes, parmi lesquelles Lubeck. Hambourg, Brème, Danzig, Cologne. Elle était un véritable État fédéral, avec sa capitale Lubeck. la ville chef. Là. chaque année, les députés des villes alliées venaient délibérer des intérêts communs. Pour défendre ces intérêts, la Hanse eut ses troupes et sa flotte de guerre. Elle fut assez puissante hors d'Allemagne pour dicter ses conditions à des rois, pour contraindre un roi de Danemark à abdiquer, pour s'assurer le monopole de la navigation sur la mer du Xord et la Baltique. Dans quatre grands comptoirs créés par elle, en Russie à Xovogorod, en Norvège à Bergen, en Flandre à Bruges, en Angleterre à Londres, elle concentrait et distribuait les produits de l'Europe entière. L'Allemagne lui dut de regorger de richesses au milieu même de l'anarchie et nul n'eût osé attenter au commerce de la Hanse.

Les villes acquirent ainsi une grande importance politique; elles représentaient une telle force qu'au milieu du quatorzième siècle, quand l'empereur Charles IV de Luxembourg entreprit d'organiser l'anarchie allemande en donnant à l'Allemagne une constitution, il fallut, par cette constitution, la Bulle d'Or, faire une place aux villes dans le * Corps germanique ».

OIKiANlSATION DES KTATS.

Le Roe.mer, a Francfort sur le Main. — Prusse occidentale. Photographie.

Quand Charles IV en i356 par la Bulle d'Or entreprit d'organiser l'anarchie allemande, il décida que l'élection de l'empereur se ferait à Francfort. L'élection avait lieu à la cathédrale ; elle était suivie d'un banquet solennel oit les électeurs servaient l'empereur et qui était donné au Roemer, l'hôtel de ville de Francfort. Le Roemer date des premières années du quinzième siècle. Ses trois pignons à gradins, son balcon ajouré, les hautes fenêtres de son pavillon central en font un des types les plus intéressants de l'architecture allemande au Moyen Age. Il a été restauré en 1898. .4 droite, autre vieille maison pittoresque. Au premier plan la juaùcia Brunnen, jolie fontaine du seizième siècle.

La Bulle d'Or, ainsi nommée parce que le sceau LA impérial qui y était appendu était frappé sur une

BULLE D'OR boule OU bulle en or, fut promulguée en i356. L'AUemag-ne auparavant n'avait pas eu de constitution écrite; elle n'en eut point d'autre jusqu'aux prem.ières années du dix-neuvième siècle et aux traités de Vienne en i8i5. La Bulle d'Or sanctionnait le morcellement de l'Allemagne en États indépendants et garantissait à la plupart d'entre eux une entière autonomie. Pourtant ils demeuraient unis et for-

-r, HISTOIRE MODERNE.

niaient une fédération d"États. Les liens entre eux. c'étaient le souverain commun, l'Empereur élu, et une assemblée de députés, la Diète, le Parlement de FAllemagne.

La Bulle rég-lait minutieusement les conditions jusqu'alors imprécises de l'élection de l'Empereur, « tête temporelle du peuple chrétien ». L'élection devait être faite à Francfort par sept princes, les électeurs. « colonnes de l'Empire, sa lumière, ses flambeaux ». C'étaient trois ecclésiastiques : les archevêques de Trêves, de Mayence et de Colog-ne; quatre laïcs : le roi de Bohême, le duc de Saxe, le margrave de Brandebourg, le comte Palatin. Dans leurs électorats, c'est-à-dire dans leurs États personnels, les sept électeurs étaient souverains pleinement indépendants. Ils étaient inviolables; ils formaient un conseil que l'Empereur devait obligatoirement réunir au moins une fois l'an. « afin de délibérer du salut de l'Empire et de FLnivers ».

Ce conseil, ou collège des électeurs, était le premier des éléments de la Diète. La Diète comprenait en outre un collège des princes et un collège des villes, celui-ci composé des représentants des villes libres, celui-là composé des députés des seigneurs autres que les électeurs, comtes, barons, chevaliers, nobles de tout rang et de toute fortune, toutes gens qui dans leur province ou leur château ne prétendaient guère à moins d'indépendance que les électeurs dans leurs domaines. Aux trois collèges de la Diète il appartenait d'examiner et de régler, sons co7idition d'unanimité, les affaires d'intérêt commun, de voter lois, impôts et levées d'hommes, de déclarer la guerre, de signer les traités. L'Empereur, chef de l'Empire et dont la Bulle magnifiait dans les mots la fonction, l'Empereur, « chargé de régir l'Univers ». ne pouvait rien sans la Diète : il n'était que l'exécuteur de ses volontés.

Or l'égoisme, les jalousies, les méfiances des collèges firent que la Diète n'eut presque jamais de volontés. En particulier, elle ne voulut jamais ni voter une contribution générale, ni fixer une fois pour toutes le nombre des soldats qu'aurait à fournir chacun des États pour former l'armée de l'Empire. Un empereur du quatorzième siècle disait « qu'il n'était rien de plus dépouillé, ni de plus indigent que l'Empire ». La situation ne se modifia pas au quinzième siècle, en sorte que l'Allemagne riche et peuplée, mais sans finances et sans armée, devait dans la politique européenne ne compter à peu près pour rien.

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