‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 32 sur 118 · CHAPITRE III LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LA SOCIÉTÉ

FORMATIOy DES CLASSES SOCIALES

NOBLES. BOURGEOIS, PAYSANS PARTICULIÈREMENT EN FRANCE DU X- AU XV<^ SIÈCLE

La société du Moj'en Age présentait un certain nombre de caractères originaux qui la distinguent nettement de la société contemporaine. Depuis la révolution de 1789, le principe essentiel de lorganisation sociale est Végalité : la loi ne connaît point de distinctions entre les hommes; il n'existe pas de classes; les droits et les devoirs sont théoriquement les mêmes pour tous. La société du Moyen Age avait pour fondement l'inégalité. Les uns, une minorité, étaient libres, c'est-à-dire maîtres de faire ce qui leur plaisait, quand il leur plaisait, comme il leur plaisait, sous la seule condition de ne pas porter atteinte aux droits des autres hommes libres, définis et garantis par des conventions et des coutumes. D'autres avaient seulement une liberté limitée. D'autres enfin, la majorité jusqu'au quatorzième siècle, les serfs, n'étaient même pas maîtres de leurs corps et ne pouvaient même pas quitter la terre où ils étaient nés. L'inégalité se manifestait encore en ceci, que tous les avantages allaient à quelques-uns, que toutes les charges pesaient sur les autres. Au temps du roi Robert le Pieux (997-103 ij, un évêque de Laon, Adalbéron, distinguait dans la société deux catégories d'individus et définissait ainsi la condition de chacune de ces catégories. Dans la première sont les clercs qui prient, les seigneurs ou nobles qui combattent. La seconde catégorie est celle des travailleurs, ou la classe servile : « Fournir à tous l'or, la nourriture et le vêtement, telle est, écrit l'évêque, l'obligation de la classe servile. » Dans ce court tableau tracé à la fin du dixième siècle, apparaissent les trois classes hiérarchisées. Clergé, Noblesse, Tiers État, entre lesquelles, dans la plupart des États de l'Europe, les hommes sont demeurés partagés pendant plus de neuf cents ans.

LES SOBLES

Au dixième siècle il existait des nobles de naissance.

LE NOBLE descendants soit des nobles gallo-romains, soit des

LE SEIGNEUR nobles francs, soit enfin de familles anoblies par les

rois Mérovingiens ou Caroling-iens. En outre, était noble de fait quiconque était assez riche pour s'en aller à h, g-uerre à cheval, avec l'équipement complet du guerrier d'alors, la lance et l'épée. le casque, le bouclier et la brogne,. sorte de cuirasse faite de plaques de fer imbriquées.

Le noble n'était personnage d'importance que s'il était seigneur. Le seigneur c'était le soldat possédant une terre et qui avait en sa dépendance, en vertu d'un contrat qui les liait et le liait, un certain nombre d'hommes, ses vassaux. Déjà au temps des rois .Mérovingiens il y avait eu des seigneurs, des hommes à qui d'autres hommes se « recommandaient », c'est-à-dire demandaient leur protection permanente, comme jadis à Rome les clients recherchaient un patron. Mais ce fut seulement sous les Carolingiens du neuvième siècle que le nombre des seigneurs s'accrut, qu'il fut indispensable de posséder une terre pour être un seigneur, et que les seigneurs, légalement reconnus depuis Charlemagne, devinrent un élément essentiel de l'organisation politique et de la société. Cela résulta de deux circonstances : d'abord les invasions des barbares, Normands, Hongrois, Sarrasins ; puis la faiblesse et l'incapacité des successeurs de Charlemagne.

Quand au neuvième siècle commencèrent les incur- LA RECOMMAN- ^[Qp,g jgg barbares, spécialement les incursions des

DATION .. j , • . • . 1

,T. ,..c^., Normands, les rois ne surent ni ne purent assurer la

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detense. Les grands propriétaires se mirent en devoir de se défendre eux-mêmes. Chacun équipa des soldats et construisit un ou plusieurs camps retranchés — castella — dont les fortifications, très simples au début, suffisaient cependant à protéger le maître, sa famille, ses serviteurs et ses biens. Les centres de défense ainsi créés attirèrent naturellement les petits propriétaires, trop faibles pour résister seuls, et les paysans

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