‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 36 sur 118 · LES PAYSASS ET LES BOURGEOIS · texte numérisé non relu

LES PAYSASS ET LES BOURGEOIS

Les paysans — on les appelait les vilains — formaient la masse de la population; c'était à eux surtout qu'incombait la tâche de « fournir à tous l'or, la nourriture et le vêtement ». Au dixième siècle tous n'étaient pas de même condition : les uns étaient serfs, les autres libres.

Les serfs, au dixième et au onzième siècle, étaient LES SERFS de beaucoup les plus nombreux. Ils descendaient sans doute des anciens esclaves et des colons de l'Empire Romain finissant. Le serf n'était pas libre de sa personne : il était aitaché à la glèbe, c'est-à-dire qu'il ne pouvait sans l'assentiment du seigneur quitter la terre qu'il cultivait. S'il s'enfuyait, le seigneur avait le droit de suite, c'est-à-dire pouvait le rechercher, le reprendre où qu'il fût et le ramener au champ déserté. Pour se marier il lui fallait l'autorisation du seigneur.

et s'il prenait femme liors du domaine seigneurial, il devait payer un droit spécial, leformaiiage. 11 était maifi mortable,

c'est-à-dire qu'il ne pouvait transmettre le peu qu'il possédait à ses enfants, à moins de payer une taxe au seig-neur, la main morte. Encore était-ce le seigneur qui héritait si les enfants n'habitaient pas avec leur père. Le serf était vendu, engagé, donné avec la terre sur laquelle il vivait. Si cette terre appartenait à plusieurs propriétaires, ceux-ci pouvaient se partager les enfants du ^D^ mIaCa. ^^^^' * ^^ sixième jour de juin, dit

un acte daté de 1087, nous avons procédé au partage d'enfants mâles et femelles appartenant à plusieurs parents. On a excepté du partage une toute petite fille qui est restée dans son berceau. Si elle vit, elle sera notre commune propriété jusqu'à conclusion d'un accord qui l'attribuera à l'un ou à l'autre seigneur. »

Le seul avantage du serf était que la terre, dont le seigneur était propriétaire, ne pouvait lui être enlevée. Il en était comme le fermier à perpétuité. Pour prix de la jouissance indéfinie du champ, il payait un fermage invariable, le cens. Il devait encore payer une taxe personnelle, la taille, que le seigneur faisait à son gré plus ou moins lourde. Par la suite, on appela coutumes ces deux redevances.

Un paysan au quinzième siecle.

Photographie d'une gravure du temps.

Ce dessin, gravé sur tois, est emprunté â une édition des Comédies de Térence, faite sous Charles VIII par le libraire Antoine Vérard, et qui est un des premiers ouvrages illustres pul'liés en France. Avec sa chemise — ce linge de corps est l'indice d'une certaine aisance — 5a blouse serrée à la taille, ses culottes ou chausses, ses houseaux — une sorte de guêtres — liés par une corde audessus des chevilles, le paysan est à peu prés

vêtu comme l'est un paysan de nos jours. Il porte à la ceinture une gourde en faïence — les paysans des Balkans en ont aujourd'kui de pareilles ; sur l'épaule gauche un bissac. L'auteur de ce dessin, artiste inconnu, a rendu avec une vérité saisissante la démarche pesante du paysan qui va les genou.x plies, et s' appuyant sur sa bêche, comme sur une canne.

LA SOCIETE

Là ne se bornaient pas les charges incombant au serf. Il devait encore cultiver g-ratuitement les terres que le seig-ncur gardait pour son usag-e, sa réserve : c'était la corvée, et le caprice du seig-neuren rég-lait seul la durée. Aussi disait-on que le serf était taillable et corvéable à merci : « Hélas! écrivait l'évêque .\dalbéron au roi Robert, il n'y a aucun terme aux larmes et aux g-émissements de ces malheureux. »

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