COMMUNALES
eftet. s appliquèrent constamment a se les soumettre comme ils faisaient des seigneurs. En particulier ils voulurent surveiller leur administration financière. Cette administration était souvent médiocre: cela servit de prétexte, surtout à Philippe le Bel. pour intervenir dans le gouvernement des communes et leur enlever leurs libertés politiques. A la fin de la dynastie Capétienne (i328), il ne restait plus de communes pleinement indépendantes, sauf en Flandre.
Parmi les habitants des villes, les plus riches, niar- ROLE POLITIQUE ^-^jifii^s deshauses. drapiers, épiciers, merciers, pelle- DE LA , . ' i" I j •
tiers, bonnetiers, orfèvres, — « les s^ens des six
BOURGEOISIE j. . , ,, . " ^., ,
corps, » comme on disait a Pans — constituèrent rapidement une sorte d'aristocratie.
Cette aristocratie bourgeoise, à la fin du douzième siècle, commença à prendre dans le royaume une importance politique. Elle le dut à Philippe-Auguste. Celui-ci adjoignit à chacun des prévôts un conseil de quatre bourgeois et. à Paris môme.
LA SOClKTi:.
HoTEL DE VILLE ET BEFFROI d'YpRES. — BELGIQUE.
Photographie Neurdein.
Cumtien furent grandes en certaines régions au Moyen Age, l'activité et la ::liesse de la tourgeoisie, rien ne le montre mieux que la magnificence des ijices élevés par cette tourgeoisie là où elle fut obtenir du seigneur la liberté de gouverner et constituer de vraies républiques. Beaucoup de villes du nord de la France et de la Flandre, aujourd'hui en partie belge, mais alors entièrement française, gardent des douzième et treizième siècles des hôtels de vilb qui sont d'admirables palais : tel, en Belgique, l'hôtel de ville, en même temps Halle aux Draps, construit à Ypres au treizième siècle, de 1200 à i3o4. La /.jçade ogivale. longue de 140 mètres — deux fois la longueur de la Galerie des Glaces au château de Versailles — percée de 48 fenêtres, est, à la naissance du toit, couronnée de créneaux. Au centre le Beffroi, le donjon de la ville, haut de 70 m., plus haut que les tours de Xotre-Dame, à Paris, cantonné de quatre élégantes tourelles, est terminé par un campanile où sont suspendues les cloches municipales. Au-dessus des cloches une galerie d'où le guetteur surveillait la ville et les alentours, prêt a faire sonner le tocsin en cas de péril. Ypres, ville de \- 000 habitants aujourd'hui, en comptait cent mille au quatorzième siècle ; elle était alors une des capitales de la draperie.
lo4 HISTOIRE .MODERNL.
remit à six bourgeois la surveillance du trésor royal. Beaucoup de prévôts, de baillis, de sénéchaux furent eux-mêmes des bourgeois, et ce furent de plus en plus des bolirg-eois qui devinrent les agents du roi. à mesure que l'administration devenant plus complexe, les offices royaux se multiplièrent. Officiers de justice, officiers de finances furent dès lors presque exclusivement des bourg-eois. Au quatorzième siècle, au moment même où venaient de disparaître les républiques urbaines, les bourgeois jouèrent un rôle prépondérant dans la crise qui suivit les désastres de Crécy et de Poitiers. Ce furent les députés de la bourgeoisie parisienne qui, dirigés par le prévôt des marchands Etienne Marcel, essayèrent d'imposer au dauphin Charles la Grande Ordonnance, pour limiter la puissance royale et garantir la France contre l'arbitraire du souverain. Au quinzième siècle, dans la dernière période de la guerre de Cent Ans. c'était un bourgeois de Paris. Jean Bureau, qui était trésorier de France; son frère, Gaspard Bureau, dirigeait l'organisation de l'artillerie de Charles VII : le fils d'un pelletier de Bourges, Jacques Cœur, était l'argentier ou trésorier du roi; et dans le conseil du roi. les deux tiers des membres étaient des bourgeois.
Déjà le mot bourgeois n'était plus employé pour LE TIERS ÉTAT désigner indifféremment tous les habitants des villes
et les distinguer des paysans. On l'appliquait à une minorité d'hommes riches ou instruits, une élite qui commençait à constituer entre le « commun peuple », artisans et vilains, et la noblesse, une classe intermédiaire — on a dit plus tard la classe moyenne. A cette classe, le commun pouvait atteindre par le travail : de cette classe par l'anoblissement, pouvaient sortir de nouveaux nobles.
Ainsi, comme parmi les nobles, il s'établit parmi les non nobles une hiérarchie, montant du paysan au bourgeois, en passant par l'artisan. A cette hiérarchie résultant des différences de vie et de fortune, commençaient aussi à correspondre les différences de charges dans l'État, et les bourgeois au quinzième siècle en face des paysans et des artisans tendaient déjà à devenir des privilégiés.