‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 44 sur 118 · I.EGLISE · texte numérisé non relu

I.EGLISE

était astreint à neur heures de travail, sept heures de travail manuel, deux heures de travail intellectuel. Saint Benoit attachait une importance toute particulière à ce travail intellectuel. « Chaque lettre quon écrit, disait-il, est un coup qui traverse le diable. » Telle quelle, la règle de saint Benoît servit de modèle à tous les fondateurs de cong-régations, et ce furent seulement des modirtcations de détail qu'y apportèrent tour à tour les fondateurs deCIunyengio. puis saint Bruno, chanoine de Reims, pour l'ordre des Chartreux créé en Dauphiné en 1084, Robert de Champagne pour l'ordre de Citeaux en 1098, enfin le boureruii^non saint Bernard pour l'ordre de Clairvaux en iii.S.

Ainsi disciplinés et comme enrégimentés, les régu- ROLE jigj.g jouèrent au Moyen Age un rôle d'une exception-

nelle importance. -Moralement ils étaient en «énéral

KXS L'EGLISE . . ^ , ,. . ff . ,

supérieurs aux séculiers. Parmi ceux-ci, en enet, plus d'un, surtout parmi les évêques, voyait dans le sacerdoce d'abord des avantages temporels, les revenus considérables qu'assurait la piété des fidèles, un moyen de fortune pour soi ou pour les siens. Au contraire on n'entrait guère au couvent si ce n'est poussé par une foi sincère, puisque le moine devait tout d'abord se vouer à une perpétuelle pauvreté, et se renoncer ensuite jusqu'à l'abdication totale de sa volonté. Aussi dans l'Église les réguliers furent les adversaires constants des vices qui s'y étaient introduits, surtout à partir du neuvième siècle, et ce fut sous leur influence et avec leur concours que les papes au onzième siècle procédèrent aux réformes nécessaires.

L'Église était alors atteinte d'un di^uble mal : la CORRUPTION simonie et la corruption des mœurs. Les deux maux ïïiMONiE^^ avaient la même cause, la richesse de l'Église : les deux maux désolaient i'Église entière. Rome et les évêchés. A Rome, le mal venait de ce que depuis Charlemagne et la donation de territoires qu'il avait faite au Saint-Siège, quiconque était pape était roi. Dès lors beaucoup voulurent être papes pour être rois. On vit des candidats qui n'étaient pas même prêtres. Pendant près de trois cents ans, du neuvième au onzième siècle, un grand nombre d'élections pontificales furent une occasion de scandales. Les familles féodales romaines, deux surtout, les Colonna et les Orsini. se disputaient la tiare, et comme une marchandise la livraient au plus offrant. En lo.V^un seigneur

i«>S IIISTUIRE MODERNE.

des environs de Rome, le comte de Tusculum. acheta la tiare pour son fils Benoît qui avait douze ans. Des femmes même disposèrent de la papauté. Rome où le désordre était^à son comble. n"était plus, disait un écrivain ecclésiastique. qu"un « cimetière abandonné, visité par des hyènes ».

Le mal était le même- dans un nombre immense d'évêchés. l-^mpereurs, rois, seig-neurs. en disposaient comme les sei^rneurs de Rome faisaient du trône pontifical. Ils les donnaient pour payer des services, pour acheter des concours, sans s'occuper ni de la valeur morale, ni de la capacité des candidats. En France, au dixième siècle, en 928, Robert le Pieux donnait l'archevêché de Reims au fils du comte de \'ermandois. un enfant de moins de treize ans. Plus souvent encore, empereurs et rois, courts d"arlient, vendaient les évêchés : les acheteurs furent maintes fois des laïcs. Pour rentrer dans leurs déboursés, les évêques vendaient à leur tour les dignités ecclésiastiques inférieures, les cures et même les sacrements. C'était là le crime de simonie. ainsi nommé de Simon le .Magicien qui avait voulu acheter des Apôtres le pouvoir de faire des miracles. Pour ajouter à tant de scandales, le mariage étant alors permis aux ecclésiastiques, ceux qui étaient mariés avaient plus souci de leurs intérêts de famille que de la direction spirituelle des fidèles. Les cures étaient en leurs mains comme des maisons de rapport: on en vit qui les donnaient pour dot à leur fille.

Cette misère morale et ces désordres du clergé affli- L.\ RÉFORME geaient tous les chrétiens sincères : tous désiraient DU XI' SIÈCLE une réforme générale. Elle fut opérée au onzième

siècle et ses promoteurs les plus énergiques furent les moines de Cluny.

L'ordre était célèbre 'par la sévérité de sa règle et la vie irréprochable de ses moines. Sous l'influence de l'un d'eux. l'Italien HiLiebrani. le pape Etienne IX lança l'anathème contre les ecclésiastiques simoniaques ou mariés (io58). L'anathème fut renouvelé par Hildebrand lui-même, devenu pape sous le nom de Grégoire VII (1073). Il déclara exclus de l'Église ceux qui avaient acheté leur charge, évêques ou curés : exclus de l'Église ceux qui ne se sépareraient pas de leur femme. La résistance fut vive parmi ceux qu'il frappait. Néanmoins l'exécution des sentences pontificales fut assurée grâce aux moines. Soldats du pape, sur son ordre ils allèrent par les villes, souvent au péril de leurxic.

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MO HISTOIRE MODERNF.

prêcher, selon les expressions de ruii d'eux, Pierre Damien, contre les» bœufs gras et les veaux en révolte », et. soulevant le peuple, ils contraig'nirentpartout lesindiiifnesà se soumettre ou à se démettre.

La réforme des mœurs et l'épuration de rÉg'li.sc

LES MOINES furent l'épisode héroïque de l'histoire des rég'uliers

DANS LA SOCIÉTÉ ciu Alovcn Age. Mais leur action quotidienne dans la

société, bien qu'elle n'ait pas eu autant d'éclat, ne fut pas cependant de moindre importance pour la civilisation.

D'abord, au milieu de l'universelle ig-norance, au temps où de très puissants seig-neurs se faisaient gloire presque de ne pas pouvoir même sig"ner leur nom, les moines avec une partie des séculiers ont longtemps presque seuls représenté le savoir. Le nom de clerc, qui servait à désig-ner toute personne touchant à l'Kg-lisc. était en même temps .synonyme de savant. Les plus grands clercs cl les plus nombreux se trouvèrent dans les couvents, ("equiaété conservé des chefs-d'œuvre de la littérature latine l'a été surtout par les manuscrits copiés de la main des moines. Ce que nous sa- \()ns de l'histoire du Moyen Ag-e, nous le devons pour une bonne part aux « chroniques » rédig-ées dans les monastères.

Les rég-uliers furent aussi d'actifs défricheurs de terre, et par là des créateurs de villes. Fuyant le monde, ils recherchaient, pour s'établir, les solitudes des forêts ou des montag-nes. L'endroit de leur retraite une fois choisi, ils construisaient le monastère. D'abord la chapelle; puis les bâtiments d'habitation généralement disposés en carré et renfermant un dortoir, un réfectoire, des ateliers, une bibliothèque, etc. La cour centrale, ou préau, servait de cimetière; elle était entourée d'une galerie couverte, le cloître, qui servait de promenoir aux religieux. En dehors du monastère proprement dit s'élevaient pour recevoir les voyageurs, l'hospice, c'est-à-dire la maison des hôtes, puis les bâtiments d'exploitation, grange, étable, hangars.

Ln effet, les moines devaient pour vivre cultiver les terres voisines du couvent. Le respect que l'Élglise inspirait et savait imposer même aux rois, les mettait à peu près à l'abri des violences et créait autour d'eux une zone de sécurité : les paysans y venaient volontiers chercher asile et le couvent était bientôt entouré d'un' village. En F'rance, on ne compte pas moins d'une centaine de villes ou de bourgs, dans les régions les plus diverses — par exemple, Abbeville en Picardie, en Auvergne Aurillac, en Bourgogne Cluny — qui se sont ainsi formés autour

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