oii' ci-dcssus. paLic
ijS histoire moderne.
-Moyen Ai^c et jusque dans les pays asiatiques riverains de la .Méditerranée. De noble famille romaine, ayant fait une partie de ses études à l'Université de Paris, célèbre par son savoir et son esprit de justice qui lui valurent le surnom de Salomon. Innocent III avait trente-sept ans quand il fut élu. Au u)ur même de son sacre il définissait le pape « le vicaire de jésus-Christ, intermédiaire entre Dieu et Ihomme. moins i^rand que Dieu, plus grand que Thomme ». Dans une comparaison, devenue classique au .Moyen Age. il exposait ainsi à son tour la théorie de la suprématie du pape et de la subordination des rois :
« Dieu, créateur du monde, a mis au firmament deux iirands luminaires : le soleil qui préside aux jours, la lune qui commande aux nuits. De même dans le firmament de TÉglise universelle, il a institué deux hautes dig:nités : la papauté qui régne sur les âmes et la royauté qui domine les corps. .Mais la première est très supérieure à la seconde. Comme la lune reçoit son éclat du soleil qui remporte de beaucoup sur elle par la quantité et la qualité de sa lumière, ainsi le pouvoir royal tire tout son éclat et son prestig-e du pouvoir pontifical. Dans le siègfe apostolique, premier de tous, se confondent l'autorité de l'empire et l'autorité du sacerdoce. » « Rien de ce qui se passe dans l'univers, écrivait-il encore, ne doit échapper à l'attention et au contrôle du Souverain Pontife. »
De fait Innocent III fit sentir son autorité à tous les INNOCENT m rois.
ET LES ROIS Le roi de France. Philippe Auguste avait répudié
sa femme Ingeburge pour épouser Agnès de .Méranic: le pape le contraig-nit à renvoyer celle-ci.
En .Mlemag^ne, il disposa deux fois de la couronne impéiiale, la donnant à Otton lY (iiq8). la lui enlevant ensuite pour la donner à Frédéric II (121 2).
Iji Angleterre, il déposa Jean sans Terre, assassin de son neveu, usurpateur des biens du clerg-é; il donna son royaume à Philippe Aug-uste et ne le rendit à Jean que lorsque celui-ci se fut reconnu son vassal, lui eut prêté hommage et se fut eng-ag-é à payer chaque année une redevance au Saint-Siège (i2i3). Il disposa de même de la couronne de Hongrie, de celles de Danemark, de Castille. d'Arag-on. Il exig-ca du roi de Portugal le paiement d'un tribut. Il consentit à donner au tsar des 15ul-
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yares, qui le lui demandaiu le litre de roi, et il s'en fallut de peu que la royauté fût créée par Innocent III en Serbie.
INNOCENT m D'autre pari lnn(Kenl lil se soumit vraiment tout ET le clerg-é. Le premier entre les papes, il réalisa
A MONARCHIE pleinement l'idéal de Grégoire \U et put s'appeler PONTIFICALE ^ ^qj^ (jj-qj^ ^ l'évèque universel ». Il voulait tout voir et tout décider par lui-même : quatre mille lettres — une partie seulement de sa correspondance — parvenues jusqu'à nous témoignent de sa prodig-ieuse activité. Des « légats ». véritables inspecteurs généraux du pape, revêtus de ses pleins pouvoirs, parcourant sans cesse l'Europe, portaient au clerg^é et faisaient exécuter partout les décisions d'Innocent III : il fut le fondateur de ce qu'on a appelé < la monarchie pontificale ».
CRÉATION ^^ temps d'Innocent III furent créés deux des corps DES ORDRES ^^^ O"^ ^^ mieux servi l'Église, deux ordres monas- MENDIANTS tiques nouveaux, les Franciscains et les Dominicains. Le premier fut créé par esprit de réaction contre le souci des richesses, le second pour combattre les hérésies par la prédication. L'ordre des Franciscains eut pour fondateur un Italien, fils d'un riche commerçant, François d'Assise (1210); l'ordre des Dominicains, un Espagnol. sa/ntDom/nique (i2i5i. La règle fut à peu près la même pour les deux ordres. Franciscains et Dominicains faisaient vœu de pauvreté absolue. Ils ne devaient rien posséder en propre: ils devaient vivre du pain qu'ils gagnaient de leurs mains, ou qu'ils recevaient de la charité des chrétiens : de là leur surnom de « moines mendiants ». Les deux ordres différaient profondément des ordres anciens. .\u lieu de vivre loin du monde, aux champs, isolés dans leurs monastères, les moines mendiants se mêlaient à la société et vivaient dans les villes, parmi le peuple dont ils portaient à peu près le costume et dont ils parlaient la langue. Ils exercèrent ainsi une immense influence; ils renouvelèrent à la fois la vie religieuse et la vie intellectuelle, et se firent par leur savoir une place prépondérante dans les Universités. Enfin, dépendant directement des papes, ils furent les meilleurs agents delà puissance pontificale à qui. moins d'un demi-siècle après leur fondation, les seuls j- lanciscains fournissaient deux cent mille soldats.
A. MALET. — llistuire muJonio. '.1
i:jo illSKJlKE MObEK.Nh.
La creatiuii de l'ordre des Dominicains, appelés
LES HERESIES j^ibord « Frèrcs Prêcheurs », se rattache directement
\ AUD is .^^^^ hérésies qui. à la rin du douzième siècle et au dé-
ALBIGEOIS , , , ^ ■ • 4-1 ^ 1 1 • j- j 1
but du treizième, se développèrent dans le midi de la l'rance : l'hérésie des 'x'audois et surtout l'hérésie des Albigeois.
Les \'audois, ainsi appelés de Pierre Vaux, un riche marchand de Lyon, fondateur de la secte, professaient la nécessité devivi'e dans la pauvreté absolue pour ressembler au Christ, rejetaient tous les sacrements sauf la Communion, et comme plus tard les protestants, tenaient que tout chrétien pouvait léii'itimement interpréter les Kvaniiiles. La doctrine se répandit dans la réirion des Alpes, les vallées du Rhône et de la Saône, et jusqu'en Lorraine. Les A'audois furent excommuniés; il n'y eut cependant pas de persécution dirig'ée contre eux jusqu'au seizième siècle et à François L'.
U n'en fut pas de même pour les Albiyeois. L'hérésie albigeoise eut pour foyer principal Albi — d'où son nom — et se répandit dans le Languedoc et dans la région de la Garonne jusqu'à Toulouse. Elle avait été probablement apportée de l'Europe orientale, en relations commerciales avec le midi de la France, peut-être par des Bulg-ares. Les Albigeois enseignaient, comme jadis les Perses, qu'il y a deux Dieux, un Dieu du bien, un Dieu du mal, constamment aux prises, le premier, créateur des âmes, emprisonnées par le second dans les corps. Le Christ était seulement un ange du Dieu du bien venu pour délivrer les âmes. Les Albigeois croyaient encore, comme les Hindous, que l'âme de l'homme peut passer dans le corps d'un animal. Cette croyance à la métem psychose entraînait, du moins pour les prêtres ou « parfaits ». l'interdiction de manger de la viande. Les tidèlcs ou « croyants » pouvaient \ ivre â leur guise, l'imposition des mains par le parfait à l'heure de la mort leur assurant la pleine remise de tous leurs péchés. Au total la doctrine des Albigeois n'avait aucun rapport avec le Christianisme, et partout où elle s'établissait ses adeptes persécutaient les catholiques, surtout le clergé dont ils pillaient ou confisquaient les biens.
Les papes, et particulièrement Innocent 111 qui lépu- CROISADE DES gnait à la violence, essayèrent d'abord de ramener ALBIGEOIS les Albigeois par la persuasion. Des prédicateurs parcoururent le pays; ils échouèrent.
Le comte de Toulouse fui alr)rs invité à poui'suivre les héré-
Li:(.MSi;. 1)1
liqucs; il n"cn lil riun. U'aulic part un cciiycr du conilc assassina le légat du pape, l'icrrc de C'astelnau (i2nM). Aussitôt le pape délia les sujets du comte de Toulouse du serment de fidélité, et déclara que « tous les catholiques avaient permis.sion d'occuper et de ijardcr ses domaines ». Ce fut le signal d'une vraie croisade où pendant dix-huit ans les Français du Nord, poussés par des haines de race et Tappât du gain, autant que par le zèle religieux, saccagèrent le Midi, et dont le dernier résultat fut, on Ta vu', avec l'extirpation totale de l'hérésie albigeoise, l'extension du domaine des rois de l'rance jusqu'à la .Méditerranée et aux Pyrénées.
Deux faits encore témoignèrent pendant le pontilica ^^■^ " d'Innocent III de la puissance d'influence de la pa-
,./^x•r',T t:- rvr- pauté t Ui quatrièmc Croisade et le Concile de Latran.
LU^eiLt- ut, r .... o I-
LATR\N ^^ quatrième Croisa.ie. ordonnée en 1198. lut tou-
tefois détournée de son but, l'Egypte, et aboutit à la conquête de Constantinople par les croisés (1204) et à la substitution d'un empire latin d'Orient à l'empire grec.
Quant au Concile de Lalran, il fut convoqué par Innocent 111 dans la dernière année de son pontificatii2i.5). pour délibérer delà réforme de l'Église et de la délivrance de la Terre Sainte. Quatre cents archevêques et évêques venus tant de l'Orient chrétien que de l'Occident, huit cents abbés, des représentants de tous les gouvernements, empereurs, rois, républiques, princes féodaux, répondirent à l'appel du pape, en sorte que le concile fut une véritable assemblée générale de la Chrétienté.
Dans les cinquante années qui suivirent la mort INNOCENT IV ainnocent 111 ( 121O). la puissance politique des papes P parut encore grandir. Au milieu du treizième siècle,
FREDERIC II ^^^^ ^..^ ^^^^^ j.^^j^ j^^ ^^^,y ^^^^ prises le pape et l'empereur. i:n 124.S, Innocent IV (124.5-12.54) déposa Frédéric II. empereur d'Allemagne et roi des Deux-Siciles, parce qu'il ne respectait pas lès engagements pris envers les papes, notamment la promesse de partir en croisade. Dans la lutte sans merci qui suivit. Frédéric II succomba, et la dynastie des Hohenstaufen perdit à la fois ses deux couronnes. Les papes donnèrent les Deux-Siciles à un frère de saint Louis, Charles d'Anjou, qui se reconnut leur vassal (i2^).5i.
i. Voir ci-dessus, r-ig>-' '■"•
i^o IIISTUIRE .MUbEKNH.
Ce fut Tapog'ée de la puissance politique des papes. Déjà les résistances se dessinaient, en France notamment, où le plus pieux des souverains, saint Louis, protestait que le pape, faisant et défaisant les rois, outrepassait son droit et, disposant des couronnes, donnait ce qui ne lui appartenait pas.
Ce fut précisément dans un conflit avec un roi de BONIFACE VIII France. Philippe le Bel, petit-fils de saint Louis, que furent ruinées au début du quatorzième siècle les ambitions politiques des papes.
En 1294, on avait élu pape Boniface MIL Bien qu'il eût près j de quatre-vingts ans. Boniface Mil fut le plus violent etleplus intransigeant des papes, celui dont les prétentions eurent le I caractère le plus outré. Poussant à Textrême les doctrines de I Grég:oire MI et d'Innocent III, il alla jusqu a vouloir les eri- / ger en articles de foi. auxquels tout chrétien devait adhérer. I sous peine de damnation éternelle. « Il y a deux glaives, di- ' sait-il, le spirituel et le temporel. Tous les deux appartiennent à l'Église. L"un est dans la main du pape, l'autre est dans la main des rois ; mais les rois ne peuvent s'en ser\ir que pour l'Kg^lise, selon l'ordre et avec la permission du pape. Si la puissance temporelle dévie, elle doit être redressée par la puissance spirituelle.... Donc nous déclarons, nous disons, nous décidons, nous prononçons que, pour toute créature humaine, être soumise au pontife romain est absolument de nécessité de salut. »
Cet exposé de principes, Boniface Mil le formula lé CONFLIT AVEC jour même où il déposa Philippe le Bel ( i5 août i3o3i. PHILIPPE LE BEL Tous ses actes antérieurs en avaient été par avance inspirés, et Boniface avait constamment ag'i en souverain des souverains. Presque au lendemain de son élection (1274). ayant appris que Philippe Le Bel. manquant d'argent, levait un impôt sur le clergé de France. Boniface avait interdit à tous les rois de soumettre les clercs à l'impôt. Quelques années après, de sa seule autorité, sans demander l'assentiment du roi de France. Boniface avait créé à Pamiers un nouvel évèché et y avait installé un de ses protégés. Bernard de Saisset. De là le conflit. Philippe Le Bel fit arrêter Bernard de Saisset. sous une fausse imputation de haute trahison. Le pape intima au roi l'ordre de remettre le prisonnieren liberté. En même temps il lui annonça qu'il allait examiner la manière dont était gouvernée lal'rance et
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qiiil convoquait à Rome les évêqucs français, afin Je délibérer avec en\ « avant d'ordonner ce qui convient pour la paix, le salut et la prospérité du royaume » idécembre i3oi).
Philippe sentit que la résistance serait difficile s'il n'avait l'appui de l'opinion. Pour l'obtenir il imagina de soulever l'amourpropre français, en publiant une lettre supposée du pape, presque outrageante à force d'impérieuse brièveté. A la publication de ce faux. Boniface riposta d'abord en excommuniant Philippe (avril i3o.3), puis en déliant ses sujets du serment de fidélité (août i.'>o.3). Mais, avant même que le pape eût pris aucune de ces mesures extrêmes. TMiilippe le I>el avait préparé un coup de force contre lui.
Sur les conseils de deux légistes sans scrupules. ATTENTAT Guillaume de Xogaret et Guillaume de Plaisians. le D' AXAGXi l'oi de France avait résolu de faire arrêter le pape.
dans l'intérêt de l'Église, sous l'inculpation d'une série de crimes imaginaires qui exigeaient sa mise en jugement devant un concile (12 mars i3o3). Guillaume de Xogaret, envoyé en Italie, s'était entendu avec les ennemis personnels de Boniface. en particulier avec les Colonna. de turbulents seigneurs romains que le pape avait énergiquement châtiés. Le vendredi ~ septembre i.3o3. Xogaret et Sciarra Colonna, conduisant une bande de seize cents aventuriers, surprirent à l'aube la petite ville d'Anagni, où le pape était venu passer l'été. Ils envahirent le palais pontifical. Boniface, abandonné de tous, attendait sur son trône, revêtu de la chasuble, la tiare en tête, les clefs de saint Pierre et la crosse en main. Injurié, menacé de mort, ce vieillard de près de quatre-vingts ans demeura impassible. « Voici mon cou, voici ma tête, » disait-il à Colonna, qui levait l'épée sur lui. A Xogaret, qui le sommait d'abdiquer : « S'il me faut mourir, je mourrai pape. » Xogaret lui déclara qu'il l'arrêtait « pour la défense de la foi et l'intérêt de notre Sainte Mère l'Église ». Deux jours après, le peuple d'Anagni se soulevait et chassait Xogaret. Le pape délivré rentrait cà Rome. 11 y mourait un mois plus tard, presque fou d'humiliation.
La mort de Boniface assura la victoire à Philippe le
LA PAPAUTÉ lîel. En i3(^. il put faire élire pape un homme à lui.
VAINCUE l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Got. qui
prit le nom de Clément V et s'établit par la suite
à .\vignon (1.309). ^ y f^'t '^^"s la dépendance du roi de F'rancc.
i;:'( liisToiun mudiirni;.
au point (.rabsoudrc Xoiîarcl ot do Jcclaror que. dans toute cette airaire, Philippe n'avait iv/i que « par un zèle bon et pieux ».
L'attentat d'Anagni et l'établissement des papes à CONSÉQUENCES Avignon sont parmi les faits les plus importants du DE SA DÉFAITE .Moyen Age. Ils marquent la tin, en terre française, de la lutte commencée deux siècles plus tôt, en terre allemande, entre le Sacerdoce et l'Empire. Le sacerdoce succombait dans ses prétentions à la suprématie temporelle sur les souverains et les peuples. Par là l'indépendance politique des princes et des États se trouva désormais assurée. .Mais, par contre, toute puissance morale capable de servir d'arbitre et de modérateur disparut: toute force capable de refréner les ambitions et les violences se trouva détruite.
ni
LES PAPES DAVIGSOS. LES COSCILES DU QUINZIEME SIECLE LOPPOSITIOS A LÉGLISE :