OPPOSITION POLITIQUE. LES CONCORDATS
Après la grande crise politique des onzième, douzième et treizième siècles et le conflit, pour ainsi dire extérieur, du Sacerdoceet de l'Empire, l'Église à la fin du quatorzièmcsièclect dans la première moitié du quinzième, subit une crise intérieure, longue d'environ soixante-dix ans. Cette crise eut pour orig-ine la nomination simultanée de deux papes, résidant l'un à Rome, l'autre à Avignon 11.3781. L'Europe se partagea entre les deux élus et ce fut pendant trente-neuf ans le grand schisme d'Occident (1.378-1417). Pour mettre fin au schisme, puis pour procédera des réformes dont le schisme avait fait ressortir l'urg-ence. des conciles furent réunis à Pise (i.^og).k Constance 1 1414-14181. à Bâle (1401-1448), à Florence (14.38- 144.5). Dans ces assemblées on vit en lutte deux conceptions très opposées de l'orgranisation de rEg"lisc : les uns la concevaient comme une république ayant ses assemblées délibérantes, les conciles, présidés par le pape, mais supérieurs au pape: les autres, qui l'emportèrent, la concevaient comme une monarchie, où le pape était seul et souverain maître.
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Lk Palais dls Paires a Avk.non.
Photographie Neurdein.
La vue C.4 frise à l'est, oit la faça.ie mesure prés Je liij mètres, sensitlemeiit la loiiiTueur de la eolouiude .lu Louvre A droite, le parc du rocher des Doms .jui domine le Rhône. En arriére, surmonté d'une statue, le clocher de la cathédrale, Xotre Dame des Doms, extérieure au ch.ileau. Le Palais, énorme citadelle, est un des plus teau.x spécimens de l'architecture militaire au Moyen-Avc. Son donjon, la tour de Trouillas, à gauche et en avant du clocher de la cathédrale, est haut de j5 mètres, plus haut de lo mètres .]ue le fameu.x donjon de Coucy. — La cour intérieure n'a pas moins de i!!oû mètres carrés de supeilicie. Commencé en i32.() par Denoit XII, poursuivi sous Clément ]'I, le ch.îteau fut achevé sous Innocent 17 en k"ô4 .- la construction avait duré vin;^t-huil ans. Les architectes furent Pierre Otrier, Pierre Poisson, Raymond Guittaii.i. Jean de Loutières. Dans la partie sud et correspondant au.x deu.x grandes .irca.ies voisines de la tour placée à l'angle gauche de la photographie, se trouvent superposées deux des plus telles ne/s de l'art ogival : la salle dite du Consistoire, et la chapelle supérieure, l'une et l'autre longues de 52 viè- Ires et larges de i5. Au siècle dernier, le Palais ayant élé transformé en caserne, on put établir trois étages de chamirées dans la hauteur de la chapelle supérieure. On procède actuellement à la restauration du Palais. Il avait élé somptueusement décoré de fresques, surtout par l'Ualien Matteo di Ciiovannelo, de Mterte. De precieu.x restes, par malheur très mutilés, ont éle remis- à iour.
A la crise dory'anisalioii s'ajoutcrcnt des crises relii^ieuses. I,cs doctrines de l'Église furent rejetées en Angleterre par Wycliffe (i37o-i382), en Bohême par Jean //z/w (I40q-i4i5i. L'hérésie de Jean Huss, après qu'il eut été supplicié par ordre
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lIu cûiK'ile de Constance, dcviniroccasion J'nne guerre qui pendant dix-sept ans désola la Bohême et les pays voisins (1419-143O'. Tant de troubles et si prolongés favorisèrent les ambitions de certains souverains, qui purent obtenir de la papauté des cori vcntions ou concordats, par où était accrue leur part d'autoritc sur le clergfé de leurs États.
Lorsque après avoir résidé à Lyon, à Bordeau.x. a LES PAPES Poitiers. Clément V, en 1.309. vint s'établir à Avignon. A AVIGNON la ville appartenait au roi de Naples : elle ne devint
propriété des papes, par achat, qu'en 1848. .Mais les papes possédaient déjà le territoire circonvoisin, le Comtal- Venaissin, l'ayant reçu en don, d'abord du comte de Toulouse. (i22q) puis du roi de France, Philippe III le Hardi, le père de Philippe le Bel (1274). Le séjour des papes à Avignon se prolongea jusqu'à 137H. Ces soixante-neuf années constituent ce que les Romains, par jalousie, ont appelé < la captivité de Babylone ». Fin fait les papes furent à Avignon plus libres qu'ils n'auraient pu l'être à Rome, théâtre de troubles permanents provoqués par les rivalités des seigneurs féodaux, spécialement des Orsini et des Colonna. Ces troubles, qui s'étaient étendus à tout l'État pontifical tombé comme Rome à l'anarchie, furent du reste la cause principale du transfert de la papauté en lYance. Naturellement les papes à Avignon furent surtout entourés de prélats français, choisirent pour cardinaux surtout des l'rançais. lesquels par contre-coup n'élurent pour papes que des l'rançais.
Au début du séjour à Avignon les papes se tron- LA FISCALITÉ vèrent relativement pauvres : en effet les revenus de PONTICALE ITltat pontifical en Italie ne pouvaient plus être perçus. Or, les besoins d'argent de la papauté étaient considérables, parce qu'elle avait à pourvoir non seulement au gouvernement religieux de la plus grande partie de l'Europe chrétienne, mais encore à la défense dans le Levant des intérêts i^e la Chrétienté mise en perpétuel péril par les musulmans d'Asie et d'Afrique. A ces dépenses de gouvernement s'ajoutèrent les dépenses nécessitées par la transformation d'Avignon en capitale, par sa mise en état de défense, la construction de ses remparts et l'édification d'un palais-citadelle digne de la papauté. Les papes furent donc conduits à rechercher les moyens
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de se procurer Je l'ary-cnt. a lairc de In politique linancicre.'à développer la « liscalilc » pontificale.
L'un des principaux revenus delà papauté depuis Innocent Ifl était une redevance de deux et demi pour cent — on disait la redevance du « quarantième » ~ levée sur le revenu de toute terre possédée par le clergé, en tout pays chrétien. Cette redevance était le signe du droit suprême de propriété que les papes déclaraient avoir sur l'universalité des biens ecclésiastiques. ]-:n vertu de ce même droit. Clément V décida que les revenus des bénéfices vacants seraient versés au trésor pontili cal pendant toute la durée de la vacance. Puis le nouveau titulaire d'un bénéfice dut payer un droit d'entrée en jouissance, équivalent en général à une année entière du revenu : d'où le nom é'annates donné à ce droit. Les successeurs de Clément \' se « réservèrent » le droit de nommer à la plupart des bénéfices: ils en désignèrent même les titulaires avant toute vacance. — ce qu'on appelait « donner l'expectative » — et les réserves et les expectatives furent occasions à nouvelles taxes. Les papes multiplièrent enfin l'usage des appels en cour pontificale, celui des dispenses accordées par le pape, chaque appel, chaque dispense comportant la perception de droits variés. Grâce à ces divers moyens l'argent afflua dans les caisses de la papauté : à la mort de Jean XXll (i.3i6-i.w4).le successeur immédiat de Clément V. le trésor pontifical renfermait, dit-on, vingt-cinq millions de ducats qui feraient aujourd'hui plus d'un demi-milliard.
'ONSÉQUENCES ^^ polit^ue financière des papes eut par la suite DE L\ ''^^ fâcheuses conséquences. Rendue nécessaire tout
FISCALITÉ J'abord par les conditions du séjour à Avignon, elle continua d'être pratiquée après que les papes furent rentrés à Rome. Elle mécontenta et les souverains et les peuples, irrités de voir les bénéfices attribués trop souvent à des étrangers, irrités plus encore de voir sortir de leurs États, prnir le paiement des taxes, d'importantes sommes d'argent. L'irritation était ici d'autant plus vive que le numéraire, très rare, était alors considéré comme la riches.se même, et par suite toute exportation de numéraire comme un appauvrissement. D'autre part cette chasse à l'argent scandalisait les âmes pieuses, et à la fin du quatorzième siècle, un prêtre illustre, professeur de ITniversité de Paris. Jean Gerson. traduisait ainsi leur indignation ; . La cour pontificale a inventé mille offices pour avoir
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lTc Toi-, ccrivail il, mais à peine en iroiue-t-elle un seul pour eulli\ei" la \erlu.( )n n'\ parle du malin au soir que d'armées, de terres, de villes et d'ari^ent; rarement, ou plutôt jamais on n'y parle d'aumône, de justiee, de fidélité, de bonnes mœurs. »
Naturellement le mauvais exemple d'en haut fut en maints endroits suivi par le clerg-é inférieur. Dans l'Empire en particulier, surtout en Bohême, on connut de nouveau tous les vices que Grégoire VII avait extirpés avec tant d'énerg-ic au onzième siècle, et spécialement la simonie. Si bien qu'à la fin du quatorzième siècle, c'était une opinion partout admise qu'il était indispensable de procéder à une réforme complète de rorg"anisalion de l'Éylise, « à la fois dans son chef et dans ses membres ».
Mais alors survint une red(jutable complication. LE SCHISME Cédant aux instantes prières de Chrétiens zélés pour D'OCCIDENT qai le pape, successeur de saint Pierre, ne devait avoir chrétiennement d'autre résidence que Rome, sièg-e de Pierre, Grégoire XI en 1377 était venu à Rome. Peu après son arrivée, il mourut (137H). Quand les cardinaux se mirent en devoir de lui désigner un successeur, comme ils étaient en majorité français et que tout faisait prévoir l'élection d'un pape français, les Romains s'ameutèrent, envahirent la salle du conclave et menacèrent d'écharper les cardinaux s'ils n'élisaient pas un Italien. Ils élurent un Napolitain, qui prit le nom d'l"rbain \'\ (a\ril iri7(".i. (^)uatre mois plus tard, irrités de l'attitude cassante du pape à leur égard, les cardinaux quittèrent Rome, se réunirent à l'ondi, petite ville du royaume de Naples. protestèrent que l'élection d'Urbain \'I, faite sous menace de mort, était nulle n'ayant pas été libre, et nommèrent un pape français. Clément \'1I (septembre 1378). En fait la tardive protestation des cardinaux. après une adhésion publique de plusieurs mois, était sans valeur et Urbain \'[ était bien le pape légitime.
Mais les moyens d'information étant alors fort imparfaits, et d'autre part les rivalités politiques entrant en jeu —la France et l'Ang-Ieterre, par exemple, étaient au plus fort de la gaierrc de Cent Ans. — les l'-:tatsde l'Europe centrale et occidentale se partag-èrent entre les deux papes. Ue roi de Urance. avec lui les souverains de Xaples, d'b^cosse et des divers royaumes d'Espagne, se rallièrent à Clément ^'1I établi à Avignon. Ue roi. d'Ang-letcrre, l'Empereur, les princes .Mlemands. les l'tats Italiens restèrent fidèles à Urbain \'l.
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.\l^^i sr li-(tuv;i consomme le « 'j:\-.\nA schisme J'( JCLideiit ». Il se pi"()loni;ea pendanl U'eiite-neiif ans. jusqu'à 1417. On eomprend aiséMiient quels troubles le schisme devait apporter dans les consciences. Papes d'Aviii-non et de Rome s'excommuniaient réciproquement, excommuniant du mt-me coup les fidèles, et dans des circonstances où les croyants considéraient que leur salut éternel était en jeu. aucun d'eux n'était certain de servir le pape léiiitime. Le prestii^-e de la papauté, la Un en son autorité, l'esprit de soumission aux enseig-nements de l'I^fflise furent par contre-coup fort ébranlés, et logiquement au scandale du schisme vint s'ajouter le mal de l'hérésie.
L'hérésie apparut d'abord en Ani^leterre, devançant
L'HÉRÉSIE même le schisme, avec Wycliffe. Théoloi^ien réputé,
DE WYCLIFFE enseii^'nant à l'Université d'Oxford, WvclitTe s'était
élevé d'abord contre les abus de la fiscalité pontificale, surtout contre le denier Je Saint-Pierre, c'est-à-dire contre le tribut que les rois Anglais payaient au Saint-Siège depuis Jean sans Terre, en signe de vassalité. Aux attaques de caractère politique succédèrent bientôt les attaques contre l'autorité religieuse du pape et du clergé. Wycliffe professait que le droit et le pouvoir d'interpréter les Saintes Écritures n'étaient aucunement réservés au pape et aux ecclésiastiques, mais que tout lidèle a\ait la faculté de les interpréter lui-même, selon les lumières de son intelligence. Pour son compte W^vclifTe rejetait une partie des sacrements admis par l'Eglise, en particulier le sacrement de pénitence, et surtout il repoussait le dogme essentiel du Christianisme, la Transsubstantiation, c'est-à-dire la croyance en la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, ("était un siècle et demi à !"a\ance une partie des négations des Protestants.
Condamnées par le pape dès 1377, l*-'^ doctrines de W'vclifVe étaient vues cependant sans déplaisir par le gouvernement anglais. ( 'est que Wycliffe professait aussi que les rois avaient droit de s'emparer des biensde TÉglise, si les ecclésiastiques en mésusaient. Ces enseignements ne plurent pas moins aux paysans à qui les transmettaient des missionnaires de Wycliffe sornommés les « lollards » c'est-à-dire probablement « les marmotteurs ».
l'2n i,38i, les paysans sur qui retombait 1-c denier de Saint- Pierre et que tous les impôts accablaient, se soulevèrent : le
i'|0 lIISTOIRi: MODERNE.
principal clief du mouvement était im lollard. John liall. Les insurçrés allaient chantant : « (^)uand Adam bêchait, quand ]]\c lilait, où donc étaient les iicnlilshommesr » Un moment maîtres de Londres ils furent finalement écrasés. Wycliffe fut du même coup jug'é très dang-ereux. On lui interdit tout enseig-nement (i382): les lollards et leurs disciples furent partout poursuivis et Lhérésie disparut de LAng'leterre.
Presqu'aussitôt on la vit renaître en Bohême, et ce
L'HÉRÉSIE fut dans LKuropc Centrale que le doctrines de
DE JEAN Huss W'yclifiFe curent les plus importantes conséquences.
("est qu"en raison du mariao-e d'une sœur du roi de lîohème avec le roi d'Ano-leterre, les relations étaient alors fréquentes entre les deux pays. Les écrits de Wycliffe parvinrent de la sorte à Prague. Ils y trouvèrent grande faveur parce qu'il était peu de pays où la simonie eût fait autant de ravat^-es. où le Clergé fût aussi corrompu, et que ce Clerg:é. le haut Clergé surtout, pour une bonne part était étranger. Or les Tchèques, de race slave, supportaient malaisément des évêqucs venus d'Allemagne, dont ils n'entendaient pas la langue et qui n'entendaient pas la leur, l^n des maîtres les plus éminents de l'Université de Prague, un prêtre tchèque, très pieux- et de haute valeur morale, Jean Huss, reprit une partie des doctrines de Wycliffe. En particulier, il enseigna que tout fidèle peut à son gré interpréter les Saintes Écritures. Cependant Jean Muss protestait de son respect pour l'autorité du pape et prétendait ne vouloir se séparer en riendel'Égli.se.Dansle même temps, il déterminait le roi de Bohême à modifier l'organisation de l'Université de Prague, de telle manière que les Allemands perdirent la prépondérance qu'ils y avaient eue jusque làau détriment des Tchèques. Cette mesure, et d'autre part de vigoureuses attaques contre la corruption du Clergé, provoquèrent l'enthousiasme des Tchèques et la colère des Allemands'i^og). Jean Huss, attaqué à son tour comme partisan de Wycliffe et hérétique, fut dénoncé au pape et finalement excommunié 11410).
Au moment où l'excommunication frappa lean Huss.