‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 76 sur 118 · LES PAYSANS. — LA VÉNALITÉ DES OFFICES · texte numérisé non relu

LES PAYSANS. — LA VÉNALITÉ DES OFFICES

En France de 1498 à iSSg trois rois se sont succédé : Louis XII ([498-i5i5); François I" (i5i5-i547): Henri II (!.547i55q). Leurs règ-nes furent marqués au dehors par les i>-uerres d'Italie, g-uerres d'ambition à l'orig-ine, longuement poursuivies ensuite pour le salut même du royaume. Au dedans d'importantes transformations s'opérèrent dans la société et dans le gouvernement. Dans la société les derniers restes de l'indépendance politique des nobles disparurent, tandis que grandissaient l'importance et l'influence de la bourgeoisie. Simultanément l'autorité des rois s'affermit de telle sorte qu'au milieu du seizième siècle, la France était devenue une monarchie absolue où, comme dans Tancien empire romain, la volonté du prince était la loi.

Charles \'1II étant mort sans enfant lavril 1498) la LOUIS XII couronne revint au représentant d'une branche cadette

de la famille de Valois, le duc Louis d'Orléans, arrièrepetit-hls de Charles V et cousin de Charles VIII. Il prit le nom de Louis XII. Louis XII, quelques mois après son avènement, épousa la veuve de Charles Mil, Anne, duchesse de Bretagne (janvier 1499). Ce mariage assura par la suite le rattachement détinitif du duché de Bretagne au domaine royal.

Louis XII poursuivit en Italie la politique de conquête inaugurée par Charles VIII; il ajouta même aux prétentions sur Xaples héritées de son prédécesseur des prétentions personnelles sur le duché de .Milan. Les guerres inutiles auxquelles l'entraîna celte politique ne l'empêchèrent pas d'administrer la

l'jS HISTOIRE MODERNE.

France avec sag^esse et de gouverner d'une façon presque paternelle. Il fut un roi d'allure bourg-eoise, ayant toutes les qualités d"un bourgeois du seizième siècle, simple, bonhomme, soucieux de la paix publique et de la bonne administration de l'État. Aussi il fut fort économe, de l'argent de son peuple et lui fit même remise d'une partie de l'impôt. Il encouragea l'agriculture et le commerce, en sorte que pendant les dix-sept années de son règne, la France, au milieu même des guerres, connut la prospérité et s'enrichit. Surtout il s'efforça de faire rendre une justice exacte, de maintenir l'ordre, d'assurer aux paysans la tranquillité, d'empêcher les pilleries des gens de guerre. Il y réussit au témoignage des contemporains : « Les gens d'armes, écrivait l'un d'eux, Claude Seyssel, n'oseraient avoir pris un œuf d'un paysan sans le payer. > - « Il y a cinq cents ans. disait un autre, qu'il ne courut en France si bon temps qu'il fait à présent. » L'on raillait bien un peu l'esprit d'économie du roi, on le mettait même sur la scène en le taxant d'avarice. Le roi laissait dire et répondait à ceux qui l'engageaient à sévir * qu'il aimait mieux voir les courtisans rire de son avarice que les peuples pleurer de ses dépenses ». La simplicité et la sagesse de Louis XII allèrent au cœur de ses sujets, si bien qu'il lui donnèrent, en i.5o6, le beau surnom de Père du Peuple.

Louis XII n'eut d'autre enfant qu'une fille, Claude de FRANÇOIS I" France. Il la maria à son cousin François d'Angou-

lême, un autre arrière-neveu de Charles V, et par là l'héritier du trône. François avait été élevé par sa mère, Louise de Savoie, une ambitieuse qui trembla longtemps que la naissance d'un Dauphin ne vint enlever la couronne à son fils. Il devint roi à vingt ans (janvier i.5i5). Son règne de trente-trois an,'^ fut marqué au dehors par les guerres contre la maison d'Autriche, guerres de salut national : au dedans par les débuts de la Renaissance française, de la Réforme religieuse et de l'établissement de la monarchie absolue.

François I" était grand, élégant et majestueux, « d'aspect tout à fait royal, écrivait un ambassadeur vénitien, en sorte que sans avoir jamais vu sa figure, ni son portrait, à le regarder seulement on disait aussitôt : c'est le roi ! » Par son caractère il rappelait beaucoup ses lointains ancêtres, Philippe de \'alois et Jean le Bon : il avait leur bravoure et leur goût de la magnificence. On le surnomma le roi Chevalier et jamais surnom ne fut

FKA.xrois I" 0404-i-Mr'- D'après le portrait de Titien (i 477-1 57^). — Musée du Louvre. Photographie.

L'originalité de ce portrait devenu le portrait classique de François i" c'est que le Titien l'a feint n'ayant pour modèle qu'une médaille. Pourtant rapprochée des portraits pour lesquels François i" dut poser, l'œuvre est très resseintlante. Elle est surtout d'une grande vérité morale. Le sourire que l'on sent presque perpétuel, l'œil vif disent l'homme de joyeuse humeur, d'esprit éveillé, mais aussi mobile. Le long nez tombant, la lèvre forte et sensuelle, les petites rides sous la paupière, au coin de l'œil — la patte d'oie — disent l'homme de plaisir : ce que fut François i". Le front, sous la frange des cheveu.x châtains, est tas et têtu ; et l'entêtement fut aussi l'une des caractéristiques du roi par qui la monarchie absolue s'établit en France. Manteau de velour noir, pourpoint de satin vieu.x rose, aux manches tailladées, et i crevés de satin blanc. Chapeau noir, bordé de plumes blanches. Titien, peintre illustre, est le plus grand des portraitistes italiens. François i" s'efforça en vain de l'attirer en France.

mieux mérité. Dès sa première bataille, à Marignan, alors qu'il avait vingt ans, il se montra un admirable soldat, menant les charg-es, toujours au plus fort de l'action. Ce fut son intrépidité même qui, dix ans plus tard, amena le désastre de Pavie'. Toute sa chevalerie est comme résumée dans un billet célèbre qu'il adressait à sa mère le lendemain de la défaite : « Madame, pour vous faire savoir comme se porte le reste de mon infortune, de toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur et la vie qui est sauve. »

Le g^oût de la mag-nificence, joint au vif sentiment du beau, fit de lui le protecteur des lettrés et des artistes, et l'on verra plus loin l'importance de son rôle dans la Renaissance française- : là est sa vraie gloire. Mais le goût de la mag"nificencfr l'entraînait aussi à d'inutiles dépenses. Par exemple, au début de son règne, il rêva d'être empereur d'Allemagne et dépensa en pure perte de très grosses sommes pour acheter les votes des princes électeurs. Peu après, dans une entrevue avec le roi d'Anglejh'»'^ terre Henri VIII, il reçut son hôte, pour l'éblouir, dans un camp i^^ i^'^ dont les tentes étaient de drap et de toile d'or et dépensa dans +H*I cette parade dix années des revenus du royaume. Cette prodigalité faisait dire à certains de ses sujets qu'il. avait les mains percées : et vraiment le successeur du parcimonieux roi Louis XII fut l'un des plus dépensiers de nos rois. Ce gaspillage eut plus d'une fois de funestes conséquences militaires : plus d'une défaite en Italie vint de ce que la solde n'était pas payée ou de ce que l'argent manquait pour assurer les ravitaillements.

Il avait beaucoup de générosité naturelle, l'intelligence vive: il subissait fortement l'impression du moment. Mais l'impression n'était jamais ni profonde, ni durable : il était mobile et changeant. Cependant dans la lutte contre Charles-Quint il lit preuve, d'esprit de suite et d'énergie, et s'il mena mal les opérations de guerre, il sut du moins préparer et conclure d'utiles alliances et par d'incessantes attaques user les forces de son rival ^.

Pour achever de peindre l'homme, ce roi de belle humeur et de physionomie rieuse fut aussi d'humeur despotique, rude à quiconque osait dilïérer seulement l'exécution d'un de ses ordres. L'orgueilleuse conception qu'il avait de son omnipotence se résume tout entière dans la formule qu'il inscrivait au bas

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