‹ Histoire moderne; rédigé conformént aux programmes officiels du 31 Mai 1902. Classe de seconde A B C DChapitre 78 sur 118 · I. Voir la carte ci-dessus, pagre · texte numérisé non relu

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D"abord l'indépendance sur leurs terres, l'exercice d'un pouvoir souverain n'étaient plus possibles pour les seigneurs. Ils étaient partout entourés d'officiers royaux, prévôts, baillis, sénéchaux, qui les surveillaient, qui intervenaient entre eux et leurs vassaux, qui rendaient la justice au-dessus d'eux, en appel au nom du roi.

Puis les seigneurs s'appauvrissaient. Par la substitution à peu près complète de la justice royale à leur justice particulière, les seig"neurs s'étaient vu supprimer l'un de leurs revenus les plus importants. Tel d'entre eux qui, par amour-propre, s'obstinait à exercer son droit de justice, en tirait bon an mal an ii5 livres, — 23oo francs aujourd'hui, — alors que les gagnes de ses agents lui en coûtaient 120, soit 2400 trancs. D'autre part, le rendement des terres seigneuriales ne cessait de décroître. En même temps, par suite de l'afflux des métaux précieux dû à la découverte du Nouveau Monde, la valeur de l'argent baissait, de sorte qu'en 1020 avec 5oo livres de revenu — locxx) francs — l'on se trouvait moins riche qu'en i.5oo avec 3oo livres — 6000 francs. Précisément alors les besoins d'argent devenaient plus grands chez les seigneurs.

Tandis que les revenus des seigneurs diminuaient, la richesse générale s'accroissait à la fin du quinzième siècle et sous Louis XII. Cet accroissement avait naturellement pour contrecoup le désir de plus de bien-être, le développement des goûts de luxe. Les seigneurs n'échappèrent pas aux tendances universelles. Ils entreprirent volontiers de reconstruire ou de meubler à neuf les vieux manoirs jugés trop sévères et mal commodes. Ces coûteuses transformations leur parurent plus indispensables encore lorsque les expéditions en Italie leur révélèrent, avec une vie plus facile, une civilisation qui leur parut la plus brillante et digne d'être en tous points imitée, du seul fait qu'elle leur était nouvelle. Dès lors, ils cherchèrent à se rapprocher du roi, d'abord parce que nulle part la vie n'était aussi fastueuse qu'autour de lui, puis qu'auprès de lui seulement, dans sa générosité, dans les pensions dont il payait les services, il était possible de trouver l'argent de plus en plus rare et de plus en plus nécessaire. Les seigneurs, à commencer par les plus hauts, s'efforcèrent donc d'être de la cour, et pour cela d'entrer au service du roi, de devenir ses domestiques. C'était, dit un écrivain d'alors, Brantôme, « très bel état pour avoir l'oreille de son maître », c'est-à-dire pour solliciter et obtenir des faveurs.

Ces tendances de la Noblesse, et d'autre part l'esprit LA COUR de mag-nificence chez François l", eurent pour conséquence le développement de la cour et la transformation d'une partie de son personnel.

Comme jadis sous les Capétiens, comme plus tard sous Louis XIV, la cour se composait d'abord de l'ensemble des g-ens employés au service personnel du roi. Ils étaient groupés d'après la nature de leur office : table, chambre, écurie, chasse, etc., sous des chefs qu'on appelait les Grands Officiers, et qui étaient le Grand Maître, le Grand Chambellan, le Grand Ecuyer, le Grand Veneur. Sous François 1°"", parce que le roi aimait la pompe extérieure, le nombre des serviteurs royaux s'accrut démesurément, et d'autre part ces serviteurs furent recrutés parmi les nobles. « Les rois et les g-rands princes du sang, dit Brantôme, se servirent de g-entilshommes pour valets de chambre, » aussi bien que pour « écuyers d'écurie r.

L'ensemble des serviteurs formait l'Hôtel ou la Maison du roi. Le roi avait en outre sa Maison militaire, sa garde, huit cents hommes, nobles pour la plupart, gentilshommes de la Maison, archers de la garde, gardes écossais, gardes suisses. De leur côté, la reine et la mère du roi avaient chacune leur maison distincte de celle du roi; les femmes et les filles des seigneurs y servaient à titre de dames et de filles d'honneur.

A côté des Grands Officiers chefs des services privés, la cour comprenait une autre série de Grands Officiers, chefs des servicespoliliques ■Ae.Chancelier, leConnétable, le Grand Amiral,eic. Venaient ensuite les Princes du sang^ c'est-à-dire les nobles apparentés au roi; les membres des Conseils, enfin tous ceux qu'il plaisait au roi d'appeler auprès de lui sans qu'ils eussent aucune fonction à remplir. C'était au total plusieurs milliers de personnes, toutes vivant des bienfaits du roi. Aussi, la cour coûtait-elle annuellement au royaume environ soixante-dix millions de notre monnaie.

Une des originalités de cette cour, c'est qu'elle était presque constamment en voyage. « Ma légation a duré quarante mois, écrivait un ambassadeur; Dieu a voulu qu'elle se soit passée tout entière en pérégrinations. » l-'rançois F' comme Charlemagne et les rois Capétiens, fut un roi ambulant, par goût et par nécessité. Il n'avait pas où habiter dans Paris: le Louvre n'était encore que la vieille citadelle construite par Charles V, et le palais de saint Louis était occupé par le Parlement.

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François I" s'en allait de ville en ville, de chûtcau en château, de Fontainebleau à Amboisc, à Blois, à Chenonccaux, à Chambord, après que furent achevés les châteaux des bords de la Loire. Comme tous les châteaux ne pouvaient être meublés, chaque déplacement était un déménagement. On entassait sur des charrettes, meubles, tapisseries et vaisselles. La foule des serviteurs suivait, tandis que s'en allaient en tète, qui à cheval, qui en litière, le roi, les seigneurs et les dames. Souvent le soir on couchait sous la tente. D'ailleurs cette existence en camp volant plaisait fort à ceux qui la menaient, car si l'on s'en rapporte à Brantôme « dans un village, dans les forêts, l'on était traité comme si l'on eût été dans Paris ».

Maîtres de la Noblesse, les rois l'étaient aussi du LE CLERGÉ Clergé, cela grâce au Concordat signé par François L"""

avec le pape LéonX en i5i6*. Le Concordat avait bouleversé au profit de la puissance royale l'organisation traditionnelle de l'Église de France. Les évêques y avaient toujours été élus par les chanoines des cathédrales, comme le pape à Rome était élu par les cardinaux. Le Concordat avait supprimé les élections. Les évêques, les abbés, étaient depuis lors nommés par le roi, et institués par le pape. « Le roi, écrivait un ambassadeur, a la nomination à 10 archevêchés, à 82 évêchés, à 527 abbayes, à des prieurés et canonicats en nombre infini : ce privilège lui assure la plus grande soumission et obéissance des prélats et des laïcs, par le désir qu'ils ont d'acquérir des bénéfices. » Les évêchés étaient ainsi devenus l'une des monnaies dont le roi payait les services des courtisans. 11 donnait un évêché ou une abbaye, comme une pension. Les évêques ainsi nommés, tous pris dans la Noblesse, furent ses agents dévoués et la puissance royale s'en trouva affermie d'autant.

Politiquement utile, le Concordat eut les plus néfastes conséquences religieuses. « Le Concordat, dit un récent historien ecclésiastique, peupla les bénéfices ecclésiastiques de laïques, gens de guerre, favoris, favorites. Des ménages s'installèrent dans des évêchés et jusque dans les abbayes parmi les religieux, au grand scandale du peuple. » Les évêques et les abbés de cette sorte ne s'occupaient naturellement en rien de la direction religieuse de l'évêché ou de l'abbaye ; ils en touchaient seulement les revenus à titre de commendataires, c'est-à-dire d'admi- T. Voir ci-dessus, p. 146.

nistrateurs. Au-dessous d'eux le vrai clergé vivait pauvrement, s'indignait du scandale religieux et s'irritait de la médiocrité de son existence, en sorte que le Concordat, en même temps qu'il fut une des causes du mouvement de la Réforme en France, amena dans le clerg"é la formation de deux classes mal disposées l'une pour l'autre : un haut clergé aristocratique, un bas clerg-é populaire à tendances démocratiques.

La Bourgeoisie ne rechercha pas avec moins d'ar- LA BOURGEOISIE deur que la Noblesse le service du roi ; elle lui fournit le plus g:rand nombre de ses fonctionnaires. Les règ-nes de Charles VIII, de Louis XII, de François I", d'Henri II, furent pour le royaume une période de paix intérieure. Pour la première fois depuis qu'il y avait une France, les g-uerres se faisaient hors de ses frontières et les maux lui en étaient éparg-nés. ■ Aussi le commerce et l'industrie prospérèrent-ils. Au dire de Guillaume Seyssel l'on comptait plus de commerçants dans les petites villes vers i5io que l'on n'en comptait dans les grandes, trente ans plus tôt sous le règne de Louis XI. « On ne faisait guère maison sur rue qui n'eût boutique pour marchandise ou pour art mécanique. » Cette activité commerciale et industrielle profita aux bourg-eois; ils s'enrichirent.

Or, le roi, ayant de grands besoins d'argent pour ses guerres et pour sa cour, mettait en vente les fonctions publiques, offices de percepteurs d'impôts, de trésoriers, de juges, etc. Comme des avantages étaient attachés à la possession de ces offices, avantages pécuniaires sous forme d'exemptions d'impôts, avantages honorifiques et même anoblissement, les bourgeois, par intérêt et par vanité, les achetèrent. Les plus riches d'entre eux, ceux qui plus que les autres auraient eu intérêt à voir la puissance royale limitée et l'arbitraire rendu impossible, devinrent précisément les agents du roi et les plus fidèles exécuteurs de ses volontés. C'est que l'ordre maintenu par l'autorité royale était une des conditions de leur richesse, puis aussi qu'ils étaient fiers de participer à l'exercice de cette autorité.

La masse de la population française était formée PAYSANS par les paysans. Leur situation s'était beaucoup amé-

ET OUVRIERS liorée dans la seconde moitié du quinzième siècle et au début du seizième. En effet, la guerre de Cent Ans terminée, il s'était trouvé tant de terres dévastées ou demeurées en friche, et relativement si peu de bras pour les

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mettre en valeur, que les paysans avaient obtenu sans trop de peine des seigneurs propriétaires du sol des conditions de vie et de travail assez favorables. Ils avaient obtenu la limitation ou la diminution des charg-es féodales, des baux à très long terme, souvent à perpétuité, et à très bas prix, qui les transformaient pratiquement en propriétaires. Bien plus, grûcc aux mesures de protection prises par la royauté, — telle l'interdiction de la chasse par Louis XI —, grâce à Tordre partout maintenu, à l'esprit d'économie apporté dans le gouvernement sous Louis XII, beaucoup de paysans avaient pu gagner et épargner assez pour acheter le champ qu'ils cultivaient, et devenir ainsi vraiment propriétaires.

Par contre, dans les villes, la condition des € gens mécaniques », c'est-à-dire des artisans et des ouvriers, allait empirant. Enfermés dans les corporations, les ouvriers n'avaient pas la liberté de travailler en dehors de la boutique du patron. Leurs salaires n'avaient pas augmenté, alors que la vie devenait plus coûteuse, parce que toutes sortes de taxes, aides, gabelle, soit au profit du roi, soit au profit des villes, frappaient les marchandises de première nécessité. L'espoir de devenir patrons était enlevé même aux plus habiles d'entre eux. Les patrons, en effet, tendaient à former une caste et multipliaientsi bien les difficultés mises à l'obtention delà maîtrise, condition du patronat, qu'en fait, l'accès en devenait impossible à qui n'était pas fils de patron. Il se formait ainsi dans les villes une classe de besogneux et de mécontents qui devaient jouer un rôle important pendant la seconde moitié du seizième siècle, au cours des guerres de religion.

Au total, Nobles, Clercs, Bourgeois, Paysans, tous .A MONARCHIE en France, dès les premières années du seizième ABSOLUE siècle, admettaient l'omnipotence de la royauté. « Révoquer en doute votre puissance, disait à François V' le Parlement de Paris, serait un espèce de sacrilège. Nous savons bien que vous êtes au-dessus des lois. » Les rois purent donc être et furent des rois absolus. Les lois — les Ordonnances - émanaient du roi seul, « loi vivante », et nulle objection, fût-elle inspirée par le souci du bien de l'État, ne devait être opposée aux décisions royales. Rien de plus frappant à cet égard qu'un incident relatif au Concordat. Depuis le début du quatorzième siècle, l'usage était que les

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rois fissent transcrire leurs Ordonnà'nccs et les actes essentiels du gouvernement, tels les traités, sur les registres du Parlement de Paris : cela s'appelait V enregistrement. Cet enregistrement équivalait à peu près à la publication au Journal Officiel qui, seul, rend aujourd'hui les lois exécutoires. L"usage était aussi — et Louis XI l'avait officiellement admis en 1467 — que le Parlement, avant la transcription des actes, pût, s'il le jugeait utile, présenter au roi des observations : cela s'appelait les remontrances.

Le Concordat ayant été envoyé à l'enregistrement, certaines de ses dispositions parurent contraires au bien de l'État : le Parlement présenta des remontrances. François \" répondit en traitant de «fous» les conseillers. Le Parlement osa insister: il envoya des députés au roi, alors au château d'Amboise. Ils attendirent deu.x mois une audience. Quand enfin le roi les reçut, il ne les laissa même pas parler. Il leur signifia qu'il était le maître et entendait être obéi. Puis il leur intima « bien rudement » l'ordre de partir sans faute le lendemain sous peine, s'ils tardaient, d'être jetés au cachot pour six mois.

Le roi était assisté pour gouverner par les Grands L'ADMINISTRA- Officiers, Chancelier, Grand Chambellan, Grand TiON CENTRALE Maître, Grand Écuyer, Connétable, etc., et par deux Conseils : le Conseil d'État et le Grand Conseil.

Le Conseil d'État s'occupait de toutes les questions politiques, financières, administratives. Il était sorti au temps de Louis XII du Grand Co?iseil, comme celui-ci au temps de Philippe le Bel était sorti de la Cour du Roi^.

Le Grand Conseil était le tribunal suprême administratif. Devant ce tribunal le roi évoquait tous les procès qui paraissaient présenter un intérêt pour la royauté, et qui légalement auraient dû être jugés par les tribunaux ordinaires. Le Grand Conseil fut l'instrument docile du bon plaisir royal en matière de justice : il la plia souvent à sa fantaisie.

Il n'y avait pas encore de ministres. Mais parmi la centaine de secrétaires qui tenaient la plume au Conseil d'État. Henri II en désigna quatre, entre lesquels il fut fait une répartition géographique du travail. Chacun d'eux était une sorte de ministre universel dans la portion de la France qui lui était assignée. Administration, armée, marine, travaux publics, finances, etc., tout y

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