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DONJON DE FALAISE

CL Neurdein.

PI. Il

L’ARCHITECTURE ROMANE ET LES ÉGLISES

à leur portée, soit du dedans, soit du dehors. Tout objet présentant un dessin ou une figure au trait, en peinture, en léger relief, fût-il galloromain, visigothique, franc, Scandinave, byzantin, arabe, persique, fût-ce un tissu, une miniature, une boucle de ceinturon, une pièce d’artillerie ou d’orfèvrerie, un ivoire, était accommodé aux besoins du moment. Cela se traduisit d’abord par de timides ébauches sur la pierre, d’où peu à peu les reliefs sortirent plus assurés, plus dégagés, plus vigoureux, de moins en moins informes.

Ainsi, de ces influences combinées, naquit la sculpture française, qui, dès ses premiers essais, grâce à la verve gauloise et à l’inspiration chrétienne, annonça ce qu’elle devait être un jour.

Aussitôt qu’elle se crut assez sûre d’elle-même, c’est-à-dire sur la fin du règne de Louis le Gros ou vers le commencement de celui de Louis le Jeune, la sculpture française prit, suivant les pays ou suivant l’humeur des artistes, une double direction. Elle se sentit assez exercée pour serrer de plus près l imitation des modèles gallo-romains, chapiteaux, frises, sarcophages, et elle se rapprocha d’eux, surtout dans le Midi et dans l’Est. Dans le Nord, particulièrement, moins impressionnée par ces beaux modèles, elle tenta discrètement l’étude et l’interprétation de la nature; c’est la nature qui devait, sous le régime gothique, l’affranchir des influences extérieures ou parasites qui auraient abouti, si elles n’avaient été secouées l’une après l’autre, à étouffer les qualités natives de nos maîtres de la pierre.

Cette rapidité et cette sûreté de la marche de la sculpture dans notre patrie sembleront moins surprenantes, si l’on considère le labeur immense et incessant auquel les sculpteurs durent se livrer, et les nombreux élèves qu’ils durent réunir autour d’eux pour orner des milliers et des milliers d’églises, surgissant à la fois du sol, et que leurs constructeurs ou leurs bienfaiteurs voulaient riches et somptueuses.

Les artistes n’étaient certainement pas embarrassés pour le choix de leurs sujets : rien de plus vaste que leur imagination et que le système d’iconographie mis à leur service par le clergé. Les allégories qu’ils trouvèrent pour représenter les Vertus et les Vices ne font pas moins d’honneur à leur verve, qui pourtant se laissa aller parfois à cer-

PÉRIODE ROMANE

tains détails d’une énergie trop brutale et d’une convenance plus que douteuse. Ils ne négligèrent surtout rien pour donner à leurs gros diables les tournures les plus repoussantes. On voit là se faire jour le principal souci des imagiers de l’époque romane : vivant au milieu d’une société grossière et ignorante, ils éprouvaient le besoin de frapper vivement les populations et de les prendre par la crainte plutôt que par l’espérance. Aussi quelle scène vont-ils étaler dans la partie la plus visible des églises, aux grandes portes? Le Jugement dernier, avec ses épisodes terrifiants, avec 1 enfer, ses démons, ses supplices raffinés. Souvent le champ du tympan ne suffit pas au tableau, qui déborde sur les archivoltes, les chapiteaux et les jambages; dans ceux-ci, quand on sut faire des statues, on installa les Apôtres, assesseurs du Juge suprême au dernier jour. Aux voussures apparaissaient des Anges, des Patriarches, des Bienheureux.

Outre le Jugement dernier, le livre sacré de l’Apocalypse fournissait aux imagiers ses dramatiques visions, dont le sens figuré n’était pas incompris de la foule.

Les autres parties de la Bible n’étaient pas dédaignées et les trésors en étaient libéralement ouverts aux fidèles. On faisait appel à leur componction et à leur pitié en leur présentant les scènes de la Passion divine, on les instruisait en leur rappelant les principaux traits de la vie du Christ et en complétant cet enseignement par de nombreux emprunts à l’Ancien Testament, dont on affectionnait surtout les prophéties.

On ajoutait aux représentations religieuses des représentations d’un ordre plus usuel, dont faisaient les frais les travaux des champs et du ménage, les principales occupations de chaque mois et les signes du zodiaque. Les fables et les allégories tirées des bestiaires avaient également leur place : encore là une occasion de prodiguer les monstres et les difformités. On appelait bestiaires des traités composés au moyen âge sur les animaux, réels ou fabuleux, et sur les propriétés ou les significations que cette époque leur attribuait : c’était l’enfance de l’histoire naturelle.

Les œuvres d’architecture et de sculpture autres que celles tenant

L’ARCHITECTURE ROM AME ET LES ÉGLISES

à la construction même sont encore rares et rudimentaires dans les églises romanes, où plusieurs sont contemporaines seulement du premier style ogival. Tel est le cas d’un autel roman contemporain de l’église plus qu’à moitié gothique de Saint-Germer (Oise), dans laquelle il est conservé. Dans le bassin du Rhône, et de Marseille aux Alpes, il y a aussi plusieurs autels romans dont quelques-uns sont visiblement antérieurs à 1140 ou 1150. Les fonts baptismaux romans qu’on trouve en nombre dans le Nord et le Nord-Est de la France sont, eux, presque toujours de l’époque qu’accuse leur style.

L’usage d’inhumer dans les églises était loin d’être aussi général qu’il le fut à partir du XIIIe siècle, et les tombeaux, le plus souvent, n’y furent que de simples dalles où étaient marquées au trait ou en léger relief l’effigie conventionnelle (on n’abordait pas encore le portrait) et l’épitaphe du défunt. Souvent aussi on s’en tint à l’antique coutume de renfermer les corps dans les murs, extérieurement ou intérieurement, sous des arcs épais appelés enfeus.

Hors des églises, nous avons à mentionner les édicules pyramidaux érigés dans les cimetières. Ces lanternes des morts portaient un fanal allumé jour et nuit en l’honneur des trépassés. Cluny contribua beaucoup à les répandre; on les trouve surtout dans le Centre et dans l’Ouest; la plus belle est dans l’île d’Oléron.

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