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CHAPITRE II

MOINES ET MONASTÈRES

LES antithèses, dans leur séduisante netteté, sont un péril de l'érudition, qu’elles compromettent en voulant trop la simplifier. Peu d’entre elles sont plus sujettes à caution que la double antithèse induisant une opposition absolue, une incompatibilité, un antagonisme entre l’art gothique et l’art roman, entre les architectes laïques et les moines, ceux-ci auteurs et conservateurs opiniâtres du style roman, ceux-là auteurs révolutionnaires du style ogival. Les moines auraient, seuls, créé et pratiqué l’art roman, triomphe de leur génie, expression de leur goût, symbole de leur puissance et de leur force; ils se seraient personnifiés dans lui, il aurait été leur chose, et, hors des monastères comme dans les cloîtres, il n’aurait rien été que par eux.

La théorie n’est soutenable que si on la dépouille de cette forme compassée de l’antithèse dont on l’avait imprudemment revêtue; si elle est présentée avec des allures moins décidées et plus modestes. Architecture romane et architecture monacale ne sont point des termes synonymes. L’architecture monacale ou monastique est une architecture quelconque, classique, romane, gothique, de la Renaissance, voire musulmane ou indo-chinoise, en tant qu’elle est appliquée aux monastères; tout comme l’architecture civile est celle qui est appliquée aux édifices publics ou privés autres que les chapelles ou églises. Les

PÉRIODE ROMANE

évêques, toutes les fois qu’ils en sentirent le besoin, souvent sans nécessité et par amour du beau, mirent en œuvre selon leurs ressources l’art roman dans leurs cathédrales et le favorisèrent dans leurs diocèses. Il y a eu pendant les XI* et XIIe siècles des architectes de profession, hommes du monde, qui ont travaillé pour des monastères aussi bien que pour des églises paroissiales ou épiscopales, aussi bien que pour des habitations ou des forteresses. Enfin, le clergé régulier, pour s’engager dans le mouvement d’où est sortie l’architecture à ogives, n’a pas attendu d’y être sollicité ou entraîné par le clergé séculier et par la bourgeoisie.

Ceci dûment observé, il reste exact que le rôle des moines a été de beaucoup prépondérant, et, s’il le fut, c’est parce qu’à l’époque romane ils se trouvaient tenir en leurs mains la haute direction morale et intellectuelle des pays catholiques, parce qu’ils jouissaient d’une autorité temporelle fort étendue et d’immenses richesses, possédaient partout des établissements considérables, se plaisaient à construire, à reconstruire, et n’épargnaient rien pour la magnificence de leurs monuments. C’en est assez pour inspirer le désir de les connaître.

L’institut monastique, malgré de tristes défaillances, n’avait cessé de croître à travers les règnes mérovingiens et carolingiens; à la veille de la première Croisade, il était monté à l’apogée de sa splendeur.

Voici quelles furent les abbayes qui avaient acquis le plus de renommée, ou qui se distinguèrent dans la pratique des arts; nous les distribuons suivant les provinces ecclésiastiques telles qu’elles étaient alors, mais sans sortir des limites actuelles de la France.

Dans la province de Sens : Sainte-Geneviève et Saint-Germain-des- Prés de Paris; Saint-Denis, Saint-Maur-des-Fossés, Saint-Pierre-le-Vif de Sens, Sainte-Colombe près Sens, Lagny, Saint-Faron de Meaux, Montiéramey, Saint- Loup de Troyes, Montier-la-Celle, Saint-Germain d’Auxerre, Ferrières, Saint-Benoît-sur-Loire, Saint-Aignan d’Orléans, Saint-Mesmin, Saint-Pierre (ou Saint-Père) de Chartres, Coulombs, la Trinité de Vendôme, Saint-Laumer de Blois, Pontlevoy;

Dans la province de Lyon : Ainay de Lyon, l’IIe-Barbe, Saint- Rambert-en-Bugey, Savigny, Saint-Rigaud, Saint-Claude, Tournus,

MOINES ET MONASTÈRES

Saint-Martin d’Autun, Saint-Bénigne de Dijon, Saulieu, Saint-Seine, Molesme, Saint-Michel de Tonnerre;

Dans la province de Besançon : Baume-les-Messieurs, Luxeuil, Lure;

Dans la province de Trêves : Saint-Vanne de Verdun, Saint-Epvre et Saint-Mansuy de Toul, Saint-Mihiel, Saint-Dié, Senones;

Dans la province de Reims : Saint-Remi et Saint-Nicaise de Reims; Saint-Basle, Montier-en-Der, Saint-Urbain, Saint-Thierry, Mouzon, Saint-Michel-en-Thiérache, Saint-Amand-en-Pevèle (Saint-Amand-les- Eaux), Anchin, Marchiennes, Saint-Géry de Cambrai, Saint-Vaast d’Arras, Notre-Dame de Boulogne, Saint-Valery-sur-Somme; Saint-Bertin et Notre-Dame de Saint-Omer; Saint-Riquier, Corbie, Ham, Saint-Fursy de Péronne; Saint-Vincent et Saint-Jean de Laon; Saint- Médard, Saint-Jean-des-Vignes et Saint-Crépin-le-Grand de Soissons; Orbais, Saint-Eloi de Noyon, Nogent-sous-Coucy ; Saint-Rieul, Saint- Frambourg et Saint-Vincent de Senlis; Saint-Corneille de Compiègne, Saint- Lucien près Beauvais, Saint-Germer-de-Fly ;

Dans la province de Rouen : Saint-Ouen de Rouen, Saint-Georgesde-Boschervilîe, jumièges, Saint- Wandrille, Graville-Sainte-Fîonorine, Fécamp, Saint-Michel du Tréport, Saint-Taurin d’Evreux, Ouche ou Saint-Evroult-d’Ouche, Saint-Pierre-sur-Dive, Saint-Etienne de Caen, Cerisy-la-Forèt, Lessay, Mortain, Sainte-Croix de Saint-Lô, Saint- Sauveur-le-Vicomte, le Mont-Saint-Michel;

Dans la province de Tours : Saint-Martin et Saint-Julien de Tours; Marmoutiers, Beaulieu-lés- Loches, Saint-Mexme de Chinon, Saint-Maur-de-Glanfeuil, Preuilly, Saint-Florent près Saumur; Saint- Aubin, Saint-Serge et Saint-Nicolas d’Angers; la Couture du Mans, Saint-Caîais, Evron, Saint-Melaine de Rennes, Redon, Saint-Méende-Gaëî, Saint-Gildas-de-Rhuis, Landévennec;

Dans la province de Bordeaux : Sainte-Croix de Bordeaux, Guîtres, la Sauve; Saint-Hilaire, Montierneuf et Saint-Cyprien de Poitiers; Nouaillé, Saint-Savin-sur-Gartempe, Charroux, Saint-Maixent, Airvault, Saint-Jouin-lès-Marnes, Nieul-sur-l’Autise, Maillezais, Luçon, Noirmoutier, Saint-J ean-d’Angély, Saint-Cybard d’Angoulême, Lesterps, Brantôme, Saint-Front de Périgueux, Saint-Astier, Sarlat;

PÉRIODE ROMANE

Dans la province d’Auch : Condom, Pessan, Lombez, Saramon, Simorre, Saint-Sever-Cap-de-Gascogne, le Mas-d’Aire, Mimizan, Sorde, Saint-Sever-de-Rustan, Larreule, Saint-Pé-de-Bigorre, Saint-Savin-de- Lavedan ;

Dans la province de Narbonne : Saint-Paul-Serge de Narbonne, Lagrasse, Arles-sur-Tech, Saint-Michel-de-Cuxa, Saint-Martin-du- Canigou, Alet, Saint-Hilaire près Carcassonne, Aniane, Saint-Ponsde-Tomières, Saint-Papoul, Saint- Antonin-de-Frédélas (Pamiers), le Mas-d’Azil, Lézat, Saint-Sernin de Toulouse, Villemagne, Saint-Aphrodise de Béziers, Saint-Guilhem-du-Désert, Saint-Gilles, Saint-André de Villeneuve-lés- Avignon ;

Dans les provinces d’Arles, d’Aix et de Vienne : Montmajour, Saint-Victor de Marseille, Lérins, Saint- Ruf près Avignon, Saint- Thiers, Romans, Saint-Pierre et Saint- André-le-Bas de Vienne, Saint- Chef, Cruas;

Dans la province de Bourges : Saint-Sulpice de Bourges, Saint- Satur, Chezal-Benoît, Massay, Méobecq, Saint-Genou, le Dorât, Saint- Junien, Saint-Léonard, Eymoutiers; Saint-Martial, la Règle et Saint- Augustin de Limoges; Saint-Martin de Tulle, Beaulieu-sur-Dordogne, Solignac, Figeac, Souillac, Saint-Antonin, Saint-Théodard de Montauriol (Montauban), Saint-Michel de Gaillac, Saint-Salvi d’Albi, Saint- Benoît de Castres, Conques, Saint-Amans de Rodez, Vabres, Nant, Saint-Géraud d’Aurillac, Mauriac, le Monastier, Pébrac, la Chaise- Dieu, Saint-Genès de Thiers, Saint-Cerneuf de Billom, Saint- Austremoine d’Issoire, Saint-Allyre de Clermont, Saint-Amable de Riom, Ebreuil, Evaux, Moutier-d’Ahun, Saint-Menoux, Saint- Pourçain.

Parmi les prieurés, monastères dépendant des abbayes, il en est qui, en raison de leur importance ou de leur rôle, doivent être mentionnés à l’égal des abbayes elles-mêmes, tels Samt-Vigor près Bayeux, Solesmes, Cunault, Ligugé primitivement abbaye, Saint- Benoît-du-Sault, Saint-Hilaire de Melle, Saint-Flour, Izeure près Moulins, Saint-Rambert-en-Forez, Saint-Alain de Lavaur, Cassan.

Plusieurs abbayes de femmes égalaient en puissance et en célébrité

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