CATHÉDRALE DE NARBONNE
Cl. Verdier,
CLOCHER DE SENLIS Cl.Mon.hut.
SAINTE -CHAPELLE Cl Hachette.
SUGER, LA TRANSITION ET LES PREMIERES ÉGLISES GOTHIQUES
dionysienne), Soissons, Tours, Troyes, Beauvais et Amiens. Amiens et Beauvais nous mènent à l’apogée du style ogival.
Il serait injuste, dans la filiation des églises gothiques, de ne tenir aucun compte du courant méridional, dont nous avons remarqué le passage à Poissy, Saint-Denis, Sens et Saint-Germain-des-Prés. La cathédrale de Sens, malgré son infériorité comparativement à Saint- Denis, est déjà gothique elle aussi, et, gloire exceptionnelle, la première en date des cathédrales gothiques. Le chœur de Saint-Germain, consacré en 1 Î63, relève, pour moitié, de l’influence de Sens, qui semble se retrouver aussi aux plans des cathédrales de Rouen et de Lisieux.
Le plein cintre fut le plus opiniâtre dans la résistance; il n’était pas encore vaincu au commencement du XIIIe siècle. Cédant volontiers le pas à l’arc brisé partout où il était hors d’état de rendre les services qu’on réclamait de celui-ci, l’arc semi-circulaire, qui, s’il n’avait pas à égal degré la force, conservait pour lui la grâce avec le prestige d’une longue tradition, se maintint là où la solidité n’était pas en cause et où les préoccupations d’harmonie n’avaient pas à redouter d’entraves. La lutte des deux arcs est celle qui avait le plus frappé, au XIX' siècle, les premiers médiévistes : si bien que ces savants, négligeant d’aller au fond des choses, en avaient fait la matière même de la Transition. Si elle n’a pas d’importance réelle dans la marche générale de l’art, elle mérite néanmoins l’attention des esprits curieux.
Elle s’est manifestée de différentes manières et avec des intensités variables, suivant les membres d’architecture et suivant les édifices.
Les portes monumentales, qui étaient elles-mêmes de grandes et profondes arcades, se conformèrent promptement aux arcs des voûtes. L’arc brisé, avec son surcroît de hauteur, offrait aux imagiers, dans les voussures et les tympans, le vaste champ qu’ils recherchaient. Mais les portes secondaires ont, indifféremment, le tiers-point ou le plein cintre. Au sein de la région mère, le plein cintre est commun dans les fenêtres de tout ordre, les arcatures de remplissage, le triforium, un peu moins dans la tribune. Dans les ouvertures ou les arcades géminées, les arcs divisionnaires sont tantôt en tiers-point dans un arc principal en plein cintre, tantôt en plein cintre dans un arc principal en tiers-pomt.
PÉRIODE GOTHIQUE
Le clocher, notamment dans les moyennes et les petites églises, fut très fréquemment roman jusqu’à la toute fin du XIIe siècle, quoique reposant sur une voûte bien ogivale.
Comme types de cette transition superficielle, nous devons citer en première ligne la cathédrale de Noyon; après elle, les cathédrales de Sens, de Senlis, les églises abbatiales de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Germer. A Laon, l’arc brisé est presque le maître. A Notre-Dame de Paris, il l’est tout à fait, quoique la basilique parisienne, dans quelques voûtes du choeur et dans maints détails, soit plutôt en retard qu’en avance.
La présence simultanée de la tribune et du triforium est un des caractères qui distinguent les premières basiliques ogivales. L’époque romane avait sacrifié l’une à l’autre ces parties d’églises; le style ogival, arrivé à son âge mûr, arrêta sa préférence sur le triforium et se lassa des tribunes, au point de renoncer à les construire là où elles étaient préparées, et à les continuer là où elles avaient été commencées, au risque de rompre la symétrie générale. C’est que les tribunes avaient le triple inconvénient d’augmenter d’un étage de voûtes la charge des piliers, de doubler les poussées vers l’intérieur du vaisseau, et de prendre sur la hauteur des bas-côtés, dont elles arrêtaient la tendance à l’élancement.
Dégager intérieurement les églises après en avoir assuré la solidité, y prodiguer l’espace et la lumière, ménager les matériaux, tel est le programme que nos architectes du XIIe siècle ne perdirent pas un instant de vue, et que nous ne devons pas perdre de vue nous-mêmes si nous voulons avoir l’entière compréhension des résultats qu’ils atteignirent.
Les piliers semblaient appelés à bénéficier tout particulièrement de la légèreté obtenue au moyen de la croisée d’ogives; et, de fait, on s’attacha le plus souvent à réduire leur diamètre à celui d’une forte colonne. Cette colonne était parfois redoublée, lorsqu’elle soutenait un mur, dans le sens de l’épaisseur de ce mur; sur l’assiette de son large tailloir venaient reposer, les uns contre les autres, les doubleaux, arcs longitudinaux, ogives, formerets; du côté du vaisseau central seulement, c’étaient
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des colonnettes qui, partant de ce même tailloir, allaient plus haut recueillir les arcs de la maîtresse voûte.
D’autres piliers, gardant et perfectionnant la tradition romane pure, reçurent des colonnes engagées sur leurs faces et des colonnettes ordinairement plus minces dans leurs angles rentrants, une le plus souvent pour chacun des arcs de la voûte, quelquefois une ou deux colonnettes supplémentaires pour les arcs principaux : il y eut ainsi jusqu’à douze, seize, dix-huit colonnes ou colonnettes autour d’un seul pilier. Quelques piliers cylindriques, lorsqu’ils eurent besoin d’être renforcés, s’accompagnèrent également de colonnettes.
Le XII° siècle est l’âge d’or de la colonnette dans les architectures romane et gothique. Celle-ci pourtant, après l’avoir isolée de la masse et l’avoir dotée de son individualité, devait plus tard, peu à peu, lui reprendre cette individualité et réincorporer la colonnette dans la construction, en la réduisant à n’être que la continuatrice des profils de plus en plus affinés des arcs.
Le profil est de même un côté extrêmement intéressant des deux architectures en présence, et il le reste pendant toute la durée de la seconde. Rudimentaire avant le XIIe siècle, ou d’une variété qui décèle l’absence de règle plutôt que la richesse d’imagination, il s’astreint, dès 1100 à 1125 , à une direction plus suivie et il devient, dans l’art ogival, un des moyens les plus pratiques, quoique non toujours infaillible, de reconnaître l’âge d’un édifice.
Dans les bases des colonnes et colonnettes, l’anarchie cesse au profit de la base gréco-romaine dite base attique, à deux tores. Ce retour à la base attique n’est que momentané, comme le retour au chapiteau corinthien; c’est de ces retours au passé que partira la marche en avant. L inégalité de deux tores dans la base attique se prononce de plus en plus à l’avantage du tore inférieur; mais le progrès de celui-ci, dans les premières églises gothiques, est arrêté par une dépression dans le sens de son épaisseur. De 1080 à 1120, et dans le Midi, semble-t-il, plus tôt que dans le Nord, ce tore est relié aux angles de la plinthe ou du socle par un ornement appelé griffe ou patte , le plus souvent en forme de large feuille. La scotie intermédiaire augmente en concavité, et fina-
PÉRIODE GOTHIQUE
lement, aux dernières années du XIIe siècle, la base gothique est affranchie de la base romaine, aussi bien que le chapiteau à crochets du chapiteau corinthien.
C’est à peu près avec le XIIe siècle, tant au Nord qu’au Midi, que commencent à s’arrondir généralement les profils des arcs; les saillies toriques s’y accusent, seules ou entre des concavités qui les font ressortir. Les premières nervures furent cubiques ou constituées par un tore dont la grosseur, d’abord démesurée, fut plus modérée ensuite. Aminci, le tore put se dédoubler, et il y eut jusqu’à trois tores ensemble, celui du milieu proéminent. La moulure bitorique (à deux tores jumeaux) fut la plus fréquente durant la seconde moitié du XIP siècle et la première moitié du XIIIe pour les nervures et les grands arcs libres. Le tore seul, ou, dans les groupes de tores, celui qui était proéminent, se déforma parfois légèrement pour finir en arête.
Des moulures relativement larges furent conservées dans les portes afin d’y servir de fond à des sculptures ornementales. Dans les fenêtres toute sculpture fut abandonnée, les profils y furent simplifiés; c’est d’ailleurs qu’allait venir leur métamorphose.
La croisée d’ogives permettant de retrancher presque à discrétion sur les murs, les vides empiétèrent sur les pleins, et les fenêtres, s’ouvrant de plus en plus, en vinrent à confondre leurs archivoltes avec celles des formerets. D’où la nécessité de diviser les baies, qui, dans leurs vastes surfaces, eussent été disgracieuses et difficiles à vitrer. On les partagea, soit en deux baies à l’instar des arcades géminées de beaucoup de clochers ou de tribunes, soit en trois, celle du milieu dépassant habituellement les deux latérales. De la division binaire a procédé par gradations la fenêtre à réseau, une des trouvailles les plus merveilleuses, avec la rose, de notre art national.
Cela commença par un oculus percé dans le tympan entre l’arc d’encadrement et les baies divisionnaires, et c’est en cet état rudimentaire que la fin du XIIe siècle transmit au XIIIe la fenêtre gothique, sauf peut-être quelques précocités.
Si la croisée d’ogives rendait faciles l’évidement et l’allégement des