BASILIQUE DE SAINT-DENIS : LE CHŒUR
Cl. Hachette.
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BASILIQUE DE SAINT- DENIS: CÔTÉ SEPTENTRIONAL Cl. Mieusement.
SUGER, LA TRANSITION ET LES PREMIÈRES ÉGLISES GOTHIQUES
murs, elle n’en exigeait que davantage un supplément de buttée sur les points où se résumait son action. De là des contreforts plus volumineux que les bandes ou les colonnes appliquées de l’époque romane. Très prononcés à leur base et jusqu’à certaine hauteur, ils montent en décroissant par un ou plusieurs glacis et s’amortissent sous les corniches, à moins qu’ils ne servent de culées à des arcs-boutants.
Les toitures s’élèvent en raison directe de l’élancement général qu’ont pris les édifices; on ne les conduit pas encore à l’acuité excessive qui caractérisera la fin de l’époque ogivale et la Renaissance.
Cette acuité fut réservée aux flèches, qui sont une création des plus glorieuses du XIT siècle, création à laquelle participa le style roman. Ce fut l’art roman qui, par des types déjà développés, montra à son successeur la route que celui-ci devait si brillamment parcourir. Il y a une belle flèche au clocher roman de Notre-Dame d’Etampes, une plus belle au clocher aussi bien roman que gothique de la Trinité de Vendôme. La flèche du Clocher-Vieux de Chartres, antérieure à 1175 ou 1180, est un chef-d’œuvre digne de sa renommée. Elle est probablement le premier monument européen qui ait dépassé la hauteur de trois cents pieds (la hauteur, à Chartres, est de 107 mètres).
Les étonnants progrès de l’architecture entraînèrent partout ceux de la sculpture, qui, longtemps dans une condition inférieure, finit par grandir à son tour; et elle ne grandit que pour consacrer au service de sa sœur aînée ses perfections naissantes.
La sculpture monumentale directe, celle qui tient au façonnement des membres utiles de la construction, spécialement la sculpture végétale, produit des morceaux délicats qui ont rarement été surpassés ensuite, et notamment des chapiteaux.
Le chapiteau du XIT siècle est dessiné sur un galbe élégant, dégagé; et, pour ne pas trop le surcharger, on délaisse très souvent les motifs historiés ou bien on les subordonne à une décoration de feuillage qui répond mieux aux aspirations nouvelles. C’est la corbeille corinthienne que les sculpteurs regardent, c’est d’elle qu’ils se rapprochent et c’est elle qu ils adopteraient, si le courant qui les emporte en avant n’était plus fort que celui qui les ramènerait à l’antiquité.
PÉRIODE GOTHIQUE
Tout en copiant l’acanthe, les artistes, soit romans, soit gothiques, observent les plantes qui croissent sous leurs yeux, l’arum, le nénuphar, la fougère, le plantain, la vigne, le chêne, le pin, et ils en appliquent doctement les feuilles ou les fruits à leurs chapiteaux. Le souvenir du corinthien reste vivant dans la volute, à laquelle toutes ces plantes doivent se plier et qui devient insensiblement le crochet du XIIIe siècle.
Plus lente dans son évolution, la statuaire était à peine sortie, au milieu du XIIe siècle, de sa grossièreté originaire. Mais, dès 1135 ou 1 1 40, il fut fait un tel emploi des statues, des statuettes et des figures à plein relief dans les portails, et bientôt après en d’autres parties des églises, que, à la fin du siècle, l’éducation des imagiers était à peu près faite; leur main, encore quelque peu gauche dans l’indication des mouvements et l’agencement des draperies, savait donner aux visages ces expressions tantôt franches et énergiques, tantôt mystérieuses et suaves qui émeuvent toujours le spectateur.
Le type du portail gothique, à statues contre les trumeaux et les jambages, à statuettes dans les voussures, à plusieurs zones ou registres historiés dans les tympans, a eu pour berceau la cathédrale de Chartres, ou l’église de Saint-Denis, ou peut-être Notre-Dame d’Etampes; il se répandit promptement dans le domaine royal, la Champagne, l’Anjou, le Maine, et il fut, aux trois siècles qui suivirent le XIIe, un des traits les plus saisissants de l’architecture catholique.
C’est en des pages malheureusement trop courtes et trop sèches que nous avons parcouru ce grand XIIe siècle, qu’on ne peut étudier, même superficiellement, sans être subjugué par son extraordinaire puissance. Il fut, en architecture, le siècle le plus militant que nous présente l’histoire du monde, et triple fut la récompense de ses luttes, car il vit, à lui seul, l’épanouissement de l’art roman, la gracieuse enfance de la sculpture française et la première jeunesse de l’art ogival. Et nous n’avons pas tout dit encore sur ses vingt dernières années !