CHŒUR DE BEAUVAIS
Cl. Hachette.
LES CATHÉDRALES GOTHIQUES
moitié du XIIIe siècle, il préféra ses châteaux, ses chasses, les missions politiques, le séjour de la cour royale, au soin de son église et de ses ouailles. Cependant, lorsque les évêques poussèrent l’oubli de leurs devoirs au point de ne vouloir contribuer en rien aux dépenses, leurs chapitres se chargèrent de leur signifier qu’ils n’avaient pas été placés à la tête d’un diocèse pour en palper les revenus et se désintéresser du reste. Si les chanoines à leur tour se lassèrent quelquefois d’une entreprise dont la lenteur était désespérante, ce fut parce que leurs soins se portèrent plutôt sur la décoration des parties construites ou sur des monuments secondaires, suivant les goûts à la mode du XIVe au XVIIIe siècle. Et, en ce XVIIIe siècle, ils ne s’occupèrent que trop de leurs cathédrales, où ils étaient devenus les maîtres absolus.
Voici, dans l’ordre des provinces ecclésiastiques, les noms des diocèses compris, à la fin du XIIIe siècle, dans les limites de la France de 1789 (Strasbourg excepté, où rien n’était français au moyen âge) :
1" Metz, Verdun, Toul, suffragants de la métropole germanique de Trêves;
2° Reims, Amiens, Arras, Cambrai, Châlons-sur-Marne, Laon, Noyon, Senlis, Soissons, Térouanne (ville rasée par Charles Quint en 1553), Tournai;
3° Besançon, Belley;
4° Lyon, Autun, Chalon-sur-Saône, Langres, Mâcon;
5" Sens, Auxerre, Chartres, Meaux, Nevers, Orléans, Paris, T royes ;
6° Rouen, Avranches, Bayeux, Coutances, Evreux, Lisieux, Sées;
7° Tours, Angers, Dol, le Mans, Nantes, Quimper, Rennes, Saint-Brieuc, Saint-Malo, Saint-Pol-de-Léon, Tréguier, Vannes;
8° Bordeaux, Agen, Angoulême, Périgueux, Poitiers, Saintes;
9° Bourges, Albi, Cahors, Clermont, Limoges, Mende, le Puy, Rodez ;
10" Auch, Aire, Bayonne, Bazas, Dax, Lectoure, Lescar, Oloron, Saint-Bertrand-de-Comminges, Saint- Lizier-de-Couserans, Tarbes;
1 1 Narbonne, Agde, Béziers, Carcassonne, Elne, Lodève, Maguelonne, Nîmes, Pamiers (évêché créé en 1296), Uzès;
PÉRIODE GOTHIQUE
12° Vienne , Grenoble, Valence, Viviers;
13° Arles, Avignon, Carpentras, Cavaillon, Die, Orange, Saint- Paul-Trois-CKâteaux, Vaison;
14° Aix, Apt, Fréjus, Gap, Marseille, Riez, Sisteron, Toulon;
15° Embrun, Digne, Glandèves (cité disparue), Grasse (remplaçant Antibes), Senez, Vence.
Toutes ces villes, tant s’en faut, ne sont pas entrées dans le concert des cathédrales gothiques; il en est beaucoup dont le nom ne reparaîtra plus sous notre plume.
En 1140 sortaient de terre le chœur de l’église de Saint-Denis et celui de Saint-Etienne de Sens. Si nous avons accordé à l’église abbatiale seulement le titre de « première église gothique », et non à la cathédrale, c’est que celle-ci est moins avancée que celle-là, mais elle l’est assez pour n’avoir point usurpé le titre de « première cathédrale gothique »; nous le lui avons donné et le lui maintenons.
Notre-Dame de Noyon vient immédiatement après : commencée vers 1 1 35 par un chœur encore roman et assez modeste, elle se continuait vers 1 1 45 par un fort beau transept, d’une tout autre envergure, et qui fit rougir de l’humble abside ; on ne balança pas à la reconstruire, vers 1150 ou 1 155, pour qu’elle bénéficiât, elle aussi, des progrès accomplis à Saint-Denis; la nef était achevée en 1170 ou 1175, sauf la façade. Notre-Dame de Senlis est de 1154 à 1184 (consécration en 1191), moins les tours. Les cathédrales de Senlis et de Sens parurent mesquines plus tard : conçues d’abord sans transept, elles reçurent le plan cruciforme, la première au XIII c siècle, la seconde entre 1 490 et 1 520 ; il arriva ailleurs que des cathédrales à la veille d’être achevées furent, pour plus d’effet monumental, enrichies d’éléments complémentaires ou décoratifs. Nous le voyons à Saint-Pierre de Laon et à Notre-Dame de Lisieux, cathédrales dont la construction se place assez bien entre 1155 et 1225, et où les chœurs furent, avant la fin des travaux, refaits avec un surcroît d’ampleur. La cathédrale de Laon est due surtout aux efforts personnels de Gautier de Mortagne, qui fut évêque de 1155 à 1174, et qui, n’étant que chanoine, avait déjà préparé l’exécution des premiers travaux. Moyenne
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dans ses dimensions générales puisqu’elle n’a que 24 mètres de hauteur sous voûte, elle rachète extérieurement cette infériorité par le nombre et l’élégance de ses tours; malheureusement, une seule, sur les sept, avait été achevée (celle de droite de la façade), et depuis la Révolution elle n’a plus sa flèche.
Pendant son court épiscopat, de 1150 à 1153, Normand de Doué inaugurait à la nef de Saint-Maurice d’Angers le style gothique domical; on mit plus de cent ans à terminer l’église dans le même style. Pendant que se construisait la nef de Saint-Maurice, le gothique français gagnait du terrain en Artois, où l’interprétaient fidèlement Notre- Dame de Térouanne et Notre-Dame d’Arras, églises disparues dont quelques gravures et quelques épaves nous font connaître le caractère artistique.
En 1162, sous les auspices du roi Henri II d’Angleterre et de a reine Eléonore, ouverture des chantiers de Saint-Pierre, à Poitiers, seconde cathédrale du style domical. En 1 163, c’est un pape même, Alexandre III, de passage à Paris, qui, à la prière du célèbre Maurice de Sully, bénit solennellement la première pierre du chœur de Notre-Dame : date importante, car Notre-Dame de Paris, avec ses cinq nefs et sa hauteur intérieure de 33 mètres, peut être regardée comme la première en ancienneté des grandes cathédrales, c’est-à-dire des cathédrales dépassant ou destinées à dépasser toutes les autres par leurs dimensions exceptionnelles; ces cathédrales hors ligne seraient, d’après nous, dans l’ordre chronologique, celles de Paris, de Bourges, de Chartres, de Rouen, de Reims, d’Amiens, de Beauvais et d’Orléans. A Notre-Dame de Paris il ne manquait plus, lors de l’avènement de saint Louis, que la seconde galerie de la façade, les deux tours et la flèche centrale. Mais sous ce prince eurent lieu, outre les travaux d’achèvement, des travaux d’une autre nature, destinés à corriger de graves défauts de construction et à créer sur le pourtour de l’édifice une ceinture de chapelles élégantes et largement éclairées. On refit par la même occasion, à partir de 1 258, les murs terminaux du transept, deux chefs-d’œuvre.
En 1175, Saint-Mammès de Langres, à en juger par son style,
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était en construction; des chapelles rayonnantes lui furent données au XIVe siècle, et une façade au XVIIIe.
Vers 1 190 ou 1195, un concitoyen de Maurice, Henri de Sully (de Sully-sur-Loire), commençait à Bourges, sur les plans agrandis et améliorés de Notre-Dame de Paris, la cathédrale Saint-Etienne, qui, achevée seulement au bout de deux siècles, présente une rangée imposante de cinq portails, un pour chaque nef, à son frontispice. Longue de 1 30 mètres hors œuvre, haute sous voûte de 38, elle offre des perspectives intérieures d’une majesté saisissante.
Commencée entre 1194, date d’un terrible incendie, et 1200, consacrée en présence du souverain en 1260, Notre-Dame de Chartres est célèbre par la statuaire de ses portails et par ses tours, qui devaient atteindre le nombre de huit; les deux tours achevées, celles de la façade, présentent cette particularité, que nous allons retrouver à Rouen, à savoir, qu’elles ne sont pas du temps du corps de la cathédrale : l’une est plus ancienne (1150 environ) sur toute sa hauteur, l’autre également plus ancienne à sa partie inférieure, mais moins ancienne (1506- 1514) à sa partie supérieure, son étage moyen étant seul du XIIIe siècle.
Toutes les deux n’en figurent pas moins dans le dicton fameux suivant lequel, pour composer une église parfaite, il faudrait :
Clochers de Chartres, nef d’Amiens,
Chœur de Beauvais, portail de Reims.
L’ensemble, on doit l’avouer, serait assez disparate.
On travaillait certainement vers 1180 ou 1190 à Saint-Etienne de Meaux, église qui fut plusieurs fois remaniée à mesure que la construction avançait, qui, faute d’emplacement, n’a pas eu sa longueur normale, et dont, au milieu du XVIe siècle, la façade, hardiment commencée au XIVe, fut laissée dans l’état d’inachèvement le plus disgracieux.
Entre 1175 et 1180, on avait entrepris assez modestement, par un croisillon circulaire, au sud, la rénovation de Saint-Gervais de Soissons; ce croisillon terminé, les plans furent modifiés et agrandis; les chanoines officièrent dans le chœur dès 1212; la nef et le croisillon
CATHÉDRALE DE SAINT-POL DE-LÉON (Finistère) Ci Martin-Sabon.