L’ARCHITECTURE GOTHIQUE A L’ÉTRANGER
daient dans leur patrie. Ainsi plusieurs prélats étrangers se trouvèrent avoir vu nos cathédrales et nos architectes. C’est en grande partie à ces circonstances que sont dus les voyages de nos maîtres-maçons dans les pays les plus divers.
Vers 1240, Vilard de Honnecourt fut mandé en Hongrie pour y construire une église importante, qu’il ne désigne pas, et qui fut peutêtre la cathédrale de Kaschau, à en juger par son style. Dans la cathédrale également hongroise de Kalocsa existait l’épitaphe de Martin Ravège, venu de France tout exprès pour la bâtir dans le genre gothique, au XIIIe siècle.
En Danemark, le célèbre évêque Absalon, qui avait étudié à Paris, employa aussi des ouvriers français pour sa cathédrale de Rœskilde, qui a plus d’un rapport avec l’ancienne cathédrale d’Arras; et plus d’un siècle après, en 1 287, le primat de la Suède faisait venir de Paris à Upsal un certain nombre de maçons sous les ordres de Pierre Bonneuil. La métropole suédoise, malgré les mutilations qu’elle a subies, porte encore les traces les plus frappantes de son origine française.
En Espagne, où l’architecte français Gautier bâtissait, vers 1200, l’abbaye cistercienne de Val de Dios, les trois plus anciennes cathédrales pleinement gothiques sont celles de Léon, de Burgos et de Tolède. M aurice, qui fit commencer la cathédrale de Burgos en 1221, et Rodrigue Ximenès, qui entreprit celle de Tolède en 1227, étaient d’anciens étudiants de l’Université de Paris.
L’Italie, malgré ses attaches byzantines et gréco-romaines, se rapprocha elle-même, du mieux qu’elle put, de notre style ogival. Elle ne parvint jamais à le comprendre, et si elle appela parfois nos artistes pour s aider de leurs conseils, elle n’adopta qu’à demi leurs projets, ne leur empruntant que ce qui pouvait lui servir à produire des effets recherchés. La cathédrale de Milan, commencée au XIVe siècle, n’est qu’une conception bizarre et un assemblage de tours de force; en 1400, notre compatriote Jean Mignot, de Paris, voulut introduire là un peu de sens et de pratique; il ne fit que soulever contre lui une cabale formidable qui l’obligea à repasser les Alpes.
PÉRIODE GOTHIQUE
En Italie méridionale et en Sicile, à des influences normandes succédèrent des influences languedociennes et angevines introduites par la maison d’Anjou, dans le dernier quart du XIIIe siècle.
La première, l’Italie se débarrassa complètement, dès le début du XVe siècle, de ce style ogival, qui ne convenait guère ni à son génie particulier ni à son climat.
Si l’Italie se crut obligée de répudier l’art ogival, ce n’était pas une raison pour elle de déverser sur lui le mépris après nous l’avoir emprunté. Dès qu’ils n’ont plus senti le besoin de notre architecture, les Italiens lui ont jeté l’épithète dédaigneuse de « gothique », car c’est à eux et principalement à leur peintre Vasari qu’est due cette qualification.