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VALOIS

LA Renaissance française correspond assez bien, dans son plein exercice, avec les règnes des cinq derniers Valois (1498-1589); elle s’annonce par des exemples isolés dès la seconde moitié du règne de Louis XI; elle se prolonge en divers lieux, avec un affaiblissement graduel, jusqu’à Louis XIV.

En ne comptant pas le pâle et éphémère François II (juillet 1559 à décembre 1560), les cinq derniers Valois sont : Louis XII (1498- 1515), François T (1515-1547), Henri II (1547-1559), Charles IX (1560-1574) et Henri III (1574-1589).

De ces figures royales, il en est une, la seconde, qui se dessine avec un relief particulier. François I , souvent surnommé « le Père des Lettres », mérita aussi bien le titre de « Père des Arts ». Ce n’est pas que, personnellement, il ait cultivé ceux-ci plus que celles-là; mais il sut comprendre les hautes aspirations de son temps, les encourager, les seconder, les appeler à illustrer son règne. On a même pu dire, pour caractériser le XVI0 siècle français, a le siècle de François I », tout comme on dit « le siècle de Périclès » pour la Grèce, « le siècle d’Auguste » pour Rome, a le siècle de Louis XIV ». Le règne de François I fut véritablement l’apogée, l’âge heureux de notre Renaissance.

LA RENAISSANCE ET L’ART CLASSIQUE

Ne tardons pas à en avertir : « Renaissance », pour l’architecture et pour la sculpture monumentale, est un terme qui n’est exact que si on le déplace : littéralement, il veut signifier « retour de l’art grécoromain rajeuni », ce qui n’a toute sa réalité que sous les Bourbons. 11 est inexact de tout point et gratuitement injurieux, si par lui on insinue que l’art, vivant et parfait dans l’antiquité classique, ne compte pour rien au moyen âge, et que la reprise, au XVIe siècle, de traditions rompues depuis plus de mille ans, a été l’infusion d’une nouvelle vie.

Oui, très certainement, il y eut une vie dans la Renaissance, et une vie exubérante; mais cette vie ne fut point nouvelle; elle fut avant tout un épanouissement de la vie gothique, de même que la vie gothique avait été un épanouissement de la vie romane. Il ne faut pas que l’art gréco-romain vienne se targuer d’avoir ranimé de sa flamme le génie français raidi dans la prétendue mort du moyen âge; c’est, au contraire, le génie français qui a animé l’art gréco-romain, et la preuve en est que les progrès de l’art gréco-romain, à mesure qu’ils s’accentuaient, refroidissaient d’autant notre génie national.

Les choses, néanmoins, ne se sont pas passées tout à fait au XVIe siècle comme elles s’étaient passées au XIIe. Dans ses formes, la Renaissance n’est gothique qu’en partie et temporairement; c’est dans son esprit qu’elle est restée française, et française à la manière de ce moyen âge si longtemps calomnié. Elle ne procède pas directement de l’église gothique comme celle-ci a procédé de l’église romane. Il était fort difficile que l’art classique reparût par les églises, qui en avaient secoué le joug pour des raisons majeures dont rien depuis n’invitait à se départir. L’art classique moderne n’a pas surgi de l’ossature des églises; à l’inverse de l’art ogival, c’est du dehors au dedans qu’il s’y est insinué; il a parcouru l’extérieur du monument chrétien avant d’en attaquer l’organisme intérieur, et quand il s’attaque à celui-ci, il rejette de cinq ou six siècles en arrière l’architecture religieuse. La Renaissance, art de superficie plutôt que de structure, n’avait rien à apprendre aux bâtisseurs d’églises. Les programmes auxquels elle était appelée à satisfaire n’étaient pas universels, uniformes, sévères, inflexibles; le goût individuel, l’arbitraire, le caprice même y avaient leur part. C’est

SAINT-SÉPULCRE DE SOLESMES (Sarthe) Cl Hachette.

CHATEAU DE BLOIS, — AILE DE FRANÇOIS Ier Cl Moment.

LA RENAISSANCE EL LES DERNIERS VALOIS

par les œuvres qui convenaient le mieux à ces programmes relâchés

que la Renaissance devait commencer sa brillante carrière; or, elles

étaient de deux sortes : les habitations princières ou seigneuriales, et avec elles les édifices civils en général; en second lieu, les petits monuments décoratifs ou commémoratifs, où la sculpture pouvait sans usurpation prendre le pas sur l’architecture, l’imagination sur la logique. Là est la lumière éclairant l’histoire artistique du XVIe siècle.

Notre Renaissance est bien française, mais non sans quelque tribut payé à l’Italie, qui a eu la première sa Renaissance, et qui fut

longtemps regardée par nos architectes et nos sculpteurs comme l’intermédiaire naturelle entre le moyen âge et l’antiquité.

L’Italie n’avait été qu’effleurée par le goût gothique; de là pour elle plus de latitude à l’égard de l’antiquité, vers laquelle, d’autre part, l’inclinait la vue plus constante des nombreux monuments laissés sur le sol de la péninsule, et surtout à Rome, par 1ère des Césars. Ces monuments étaient à la fois, et l’aiguillon du retour à l’antique, et des guides tout désignés. La culture des lettres latines, si brillamment représentée au milieu du XIVe siècle par Pétrarque, les souvenirs souvent rappelés de la République romaine imprimaient à ces tendances un surcroît d’efficacité. Seulement, il fallut compter d’abord avec le style gothique : celui-ci, malgré sa très incomplète assimilation par le génie italien, avait introduit et acclimaté des motifs auxquels l’œil s’était accoutumé, des procédés auxquels la main s’était formée, et dont on ne pouvait s’affranchir sans quelques ménagements, sans une courte transition.

La transition italienne se personnifie, de 1400 à 1425 environ, dans le sculpteur et ciseleur G’hiberti et dans l’architecte Brunellesco; son théâtre principal est Florence. Elle est terminée, pour l’Italie centrale, avec Alberti, qui vécut de 1404 à 1452; elle se continue durant quelques années à N api es, à Milan, à Venise; elle fut à peu près nulle à Rome, qui, tardivement entrée dans le mouvement, le précipita dès qu’elle y eut participé.

Ce sont les monuments de la transition qui, pendant et immédiatement après celle-ci, ont attiré l’attention des artistes venus en Italie. Le

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célèbre Jean Fouquet séjourna à Rome, y fréquenta l’architecte-sculpteur Filarète, et de leurs rapports comme des observations recueillies durant son voyage par notre compatriote, résultèrent les figurations d’édifices ou de meubles, ici de la Renaissance, là directement romains, qu’on remarque dans les miniatures du magnifique livre d’heures (actuellement au château de Chantilly) enluminé par le peintre tourangeau de 1452 à 1460. Ainsi dut-il faire en d’autres de ses œuvres, imité sans doute par des élèves ou des confrères; on ne peut pas dire dès lors que les Français n’aient pas connu, au moment même où elle florissait, la Renaissance d’outre-monts. On peut le dire d’autant moins, que, pendant tout le XVe siècle, des abbayes françaises furent données à des Italiens, par exemple Saint-Gilles au futur pape Jules II; qu’une trentaine d’Italiens, durant la même période, furent appelés à s’asseoir sur des sièges épiscopaux français, et réciproquement pour quelques prélats de notre pays, ce qui n’empêcha pas un d’eux, Guillaume d’Estoutteville, de construire à Rouen dans un gothique impeccable; que les évêques français allaient souvent à Rome pour les affaires religieuses; que le souverain pontife envoyait partout ses légats. Eh bien! si couramment informés que fussent les sujets de Charles VII, de Louis XI et de Charles VIII, de la révolution qui s’accomplissait au delà des Alpes, il semblait, pratiquement, qu’ils ne voulussent à aucun prix détourner leurs yeux de ce gothique flamboyant dont ils aimaient les délicatesses compliquées et où ils se retrouvaient eux-mêmes.

Ce ne fut nullement par une invasion territoriale que nous arriva la Renaissance italienne, laquelle, dans ce cas, eût dû pénétrer par la Provence ou par Lyon, cette ville étant de plus, d’après les apparences, prédestinée au rôle d’introductrice, eu égard à la présence, dans ses murs, de nombreux exilés florentins. Il est vrai que Marseille a une œuvre d’art italien de 1480 environ, la décoration d’une chapelle de l’ancienne cathédrale, et qu une église d Avignon possède un retable de deux ou trois années antérieur, également italien; mais la main qui les a sculptés, celle de Francesco Laurana, avait déjà exécuté, dans le Nord-Ouest de la France, au Mans, en 1475 ou un peu plus tôt, le tombeau très franchement italien de Charles IV, comte du Maine.

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Ces intrusions brusques ne suffirent pas encore : Laurana fut chez nous sans successeurs immédiats. Pour voir une ère nouvelle se dessiner enfin, il nous faut attendre patiemment une quinzaine d’années de plus : jusqu’au retour de Charles VIII, en novembre 1495, de sa glorieuse et inutile expédition à Naples. Inutile, oui, quant à son but politique; non, quant aux conséquences artistiques. Charles VIII et ses barons revinrent émerveillés des spectacles que leur avaient offert Naples et les villes situées sur leur passage; leurs châteaux de France ne leur en parurent que plus sombres et plus rébarbatifs. Déjà le style gothique avait jeté de la lumière sur les cours intérieures; on demandait maintenant davantage, on voulait de larges vues sur le dehors, et les courtines, les tours mêmes furent éventrées sans miséricorde pour le percement de belles séries de fenêtres, qui suivirent, comme les brèches d’où elles provenaient habituellement, le sens vertical, et formèrent une des ordonnances les plus originales et les plus caractéristiques de la Renaissance. Et ce n’était pas assez que ces vues fussent larges, il était bon aussi que le regard pût plonger sur de riants tapis de verdure et de fleurs, sur des jardins peuplés de statues, sur des allées ou des avenues aux frais ombrages. Le roi emmena donc avec lui au château d’Amboise, qu’il faisait alors reconstruire, des dessinateurs de jardins et quelques sculpteurs; parmi ces derniers, Guido Mazzoni, un Florentin qui s’était fixé à Naples, travailla une vingtaine d’années en France, sans que l’on retrouve sa trace dans les oeuvres qui nous restent du temps de Charles VIII ou de Louis XII.

Ce sont les sculpteurs qui nous intéressent d’abord, puisque c’est par la sculpture, par l’ornementation, par la petite architecture, que l’art antique a préparé chez nous sa nouvelle incarnation. C’est à une sculpture que se rattache la date de 1496, de laquelle partent, sans interruption désormais, les dates de la Renaissance française : elle se trouve à l’un des pilastres chargés de vases, d’arabesques et de rinceaux qui encadrent le merveilleux saint-sépulcre de Solesmes (Sarthe).

Et nous voici, pour plus de trois quarts de siècle, tellement débordés par la quantité et les hautes qualités des monuments de tout ordre, qu’un chapitre de l’étendue moyenne de ceux de ce livre ne

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suffirait pas au sec énoncé de leurs noms, de leurs situations, de leurs mérites particuliers, de leurs auteurs et de leurs dates. Bornons-nous à ceux dont la place remarquable dans la chronologie et l’universelle notoriété rendraient l’omission impardonnable.

Louis XII construisit au château de Blois l’aile qui porte son nom et qui nous le montre attardé aux formes flamboyantes; toute autre était l’humeur de la reine Anne. Chose étrange! cette princesse de mœurs austères, et Bretonne par surcroît, c’est-à-dire appartenant à un pays attaché par propension native à toutes les vieilles traditions, cette princesse austère, mais éclairée, généreuse et magnifique, eut l’intuition des splendeurs qu’annonçait la Renaissance : et, chose non moins étrange, c’est dans un compatriote, Michel Colombe, de Saint-Pol-de- Léon, qu’elle trouva l’homme le plus apte à seconder ses vues. C’est à lui qu’elle commanda le tombeau de ses parents pour une église conventuelle de Nantes (exécuté de 1502 à 1507, il est aujourd’hui dans la cathédrale) et celui des enfants, morts jeunes, qu’elle avait eus de Charles VIII, pour l’église Saint-Martin (aujourd’hui à la cathédrale) de Tours.

Le « Père du peuple » fut distancé de même par son ministre, le cardinal Georges d’Amboise, qui, de 1500 à 1510, employa à son château de Gaillon, dans son diocèse de Rouen, des architectes d’élite : Pierre Fain, Guillaume Senault, Pierre Delorme. Il fut distancé par de riches propriétaires : Charles d’Amboise, frère du ministre, à Chaumont-sur- Loire; le maréchal de Gié ou de Rohan, au Verger, en Anjou; René de la Jumellière, à Martigné- Briand, aussi en Anjou; Charles de Clèves, à Nevers; il le fut par la municipalité de sa bonne cité d’Orléans, pour laquelle, de 1498 à 1518, l’architecte Viart éleva un hôtel de ville d’un style tout à fait précoce.

La Renaissance, dans le style Louis XII, ne pénètre encore qu’à peine dans le vif de la construction. Les pilastres, agrémentés de cercles ou de losanges en faible relief, de rinceaux, d’arabesques, de vases superposés, de petits personnages, encadrent des baies en anse de panier, en accolade, rectangulaires à coins arrondis; la croix de pierre est toujours celle du XVe siècle, et pareillement les profils des portes

CHATEAU DE LA TOUR-D’ AIGUES (Vaucluse) Cl. Eysseric.

Cl. Hachette.

CHATEAU DE CHENONCEAUX (Indre-et-Loire)

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et des fenêtres; les chapiteaux procèdent autant de l’imagination du sculpteur que de l’imitation de l’ionique ou du corinthien; la colonne des ordres classiques n’apparaît que dans son diminutif, la colonnette; le pinacle continue à s’appliquer contre les baies ou à s’élancer au-dessus des balustrades; les gargouilles restent accrochées aux corniches; les toitures portent au suprême degré leur acuité déjà excessive.

C’est dans le style François Ier que l’exagération de la hauteur des toitures achève d’entraîner la transformation des cheminées extérieures en de véritables petits monuments, dont l’ingénieuse décoration ne fait que davantage ressortir l’élancement périlleux. On pourrait critiquer aussi la lourdeur des manteaux de cheminée, à l’intérieur des habitations; mais comment y songer, lorsqu’on voit avec quel succès le sculpteur et l’architecte ont tiré parti de ces masses, renforcées à dessein, pour produire des chefs-d œuvre laissant très loin ce qui a été fait avant le XVIe siècle et ce qui devait être fait après?

Le style François I fut plus pondéré dans ses autres caractères, lesquels ne le distinguent bien du style Louis XII que vers 1520. Il adopta franchement les ordres antiques, qu’il superposa, en inaugurant toutefois l’emploi, si abusif plus tard, de l’ordre colossal, embrassant deux étages; il reprit l’arc à plein cintre et le replaça, comme dans les galeries antiques, sous l’entablement; les profils gothiques n’étaient dès lors plus de mise et furent abandonnés; on garda du temps de Louis XII les pilastres ornés, les riches lucarnes; on généralisa l’usage, venu d’Italie, des médaillons encadrant des têtes de personnages; les voûtes à caissons et à pénétrations, dérivées plutôt du berceau que de la croisée d’ogives, firent leur apparition dans les grandes salles; l’escalier d’honneur devint de plus en plus un des triomphes ambitionnés par l’architecte.

Sous François I ", les monuments civils furent pour l’art ce qu’avaient été les cathédrales sous Philippe-Auguste et saint Louis. Cette fois, le souverain tint hautement la tête du mouvement, et avec d’autant plus d’entrain et de générosité, qu’il savait au besoin puiser à pleines mains dans la bourse de ses sujets. Il entreprit quatre constructions de premier ordre : Chambord, Fontainebleau, Saint-Germain, le nouveau

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Louvre. Le château de Chambord, près de Blois, est une construction aussi bizarre que splendide, que l’on est toujours tenté de citer, à cause de cette splendeur, comme le type par excellence de notre Renaissance; composé moins pour l’habitation que pour des séjours très courts, et de manière surtout à faire valoir ses couronnements, son incomparable escalier et la lanterne qui le surmonte, c’est à bon droit cependant qu’il confère l’immortalité à Pierre Nepveu, dit Trinqueau, qui en fournit les plans et le commença en 1523. Les travaux furent dirigés à Fontainebleau par Gilles Le Breton (1527-1552) et par Pierre Chambiges (1527-1531); à Saint-Germain par le même Chambiges (1539-1544) et Guillaume Guillain (1544-1548); au Louvre par l’architecte amateur Pierre Lescot, qui le commença en 1546; de son palais parisien le roi ne put deviner les futurs accroissements. A ces monuments les uns égalent, les autres préfèrent, dans le château de Blois, l’aile de François F , appelée ainsi avec raison, mais dont il serait injuste de séparer le souvenir de la reine Claude, qui prit l’initiative de sa construction en 1515 ; ce fut elle sans doute qui en choisit l’architecte, Jacques Sourdeau. En digne fille d’Anne de Bretagne, Claude de France aimait l’art nouveau; ce fut elle qui commanda au célèbre atelier des Juste, famille de sculpteurs originaire de la Toscane et qui s’était établie à Tours vers 1505, le magnifique mausolée de Louis XII et d’Anne que l’on voit à l’église de Saint-Denis.

A François I appartiennent sans partage : Villers-Cotterets, dans le Valois, auquel ont collaboré, de 1532 à 1550, les frères Jacques et Guillaume Le Breton; et les quatre châteaux radicalement disparus de Madrid, dans le bois de Boulogne, de la Muette, dans la forêt de Saint-Germain, de Challuau, dans la Brie, de Folembray, à la lisière de la forêt de Coucy.

Fontainebleau fut la résidence préférée de François I : là furent réunis par lui les artistes qui voulurent bien à sa prière quitter l’Italie. Ce ne fut pas Fontainebleau, néanmoins, qui régla la marche ultérieure de l’architecture; ce ne furent pas les étrangers accueillis et honorés dans cette demeure qui influèrent profondément sur la direction du goût en France. Les seuls qui parmi eux aient eu quelque renommée

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comme architectes, le Primatice (plutôt sculpteur et peintre) et Serlio, se bornèrent à donner doctoralement leur avis sur des plans à eux communiqués, avis dont il semble que, pratiquement, on ait tenu peu de compte.

Il y eut, sous Louis XII et François I ", un autre foyer, moins local et plus diffus : ce sont les rives de la Loire, d’Orléans à Angers, avec la partie correspondante du bassin fluvial; c’est le groupe, bien connu de nos touristes et de nos amateurs modernes, des « châteaux de la Loire », comprenant ou ayant compris : Bury (réduit à des pans de mur informes), Blois, Chambord, Romorantin (œuvre authentique de Pierre Nepveu, à lui commandée par Louise de Savoie, mère de François I ), Chaumont, Onzain (complètement rasé), Villegongis, Valençay, Chenonceaux, Amboise dans les parties postérieures à Charles VIII, Ussé, Villandry, Azay-le-Rideau, Champignysur-Veude (détruit par Richelieu qui en fut propriétaire), le Lude, le Verger (détruit), Landifer, Serrant.

Les seigneurs avaient devancé la royauté sous Louis XII : avec combien plus d’ardeur ne se précipitèrent-ils pas à sa suite lorsqu’elle marcha à leur tête, et, que, embellir une demeure féodale ou en créer une de toutes pièces, et y introduire les séductions des modes nouvelles, ce fut par là même faire acte de courtisan avisé! Cet empressement est bien une des causes qui nous ont valu, avec plusieurs des châteaux de la Loire (et nous nous introduisons aussi dès maintenant dans la seconde moitié du XVIe siècle), les suivants : Saint-Maur-des- Fossés (Seine), dessiné par Philibert de l’Orme; Ecouen (Seine-et-Oise), commandé par le connétable Anne de Montmorency, en 1531, à Charles Billard, à qui succéda, en 1550, Jean Bullant revenu de Rome; Chantilly, Sarcus et Verneuil (Oise); Châteaudun et Villebon (Eure-et-Loir); Martainville, Mesnières et Valmont (Seine-Inférieure); Fontaine-Henri, Lasson et Lion-sur-Mer (Calvados); Chanteloup (Manche); O (s/c) dans l’Orne; Laval et le Rocher (Mayenne); Kerj ean (Finistère), que les chercheurs de grands mots, tirant prétexte de son étendue, s’obstinent à surnommer (c le Versailles de la Bretagne »; Châteaubriant (Loire-Inférieure); Bonnivet, Dissais, la Roche-

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du-Maine et Touffou (Vienne); Oyron (Deux-Sèvres); Apremont, Coulonges-les-Royaux et le Puy-du-Fou (Vendée); Dampierre-sur-Boutonne et Usson (Charente-Inférieure); la Rochefoucauld (Charente), inspiré directement des châteaux de la Loire; Coutras (Gironde); Lauzun (Lot-et-Garonne); le château neuf de Bourdeilles, Lanquais, Marouatte et Puyguilhem (Dordogne1); Assier et Montai (Lot); Bournazel, Gages et Graves (Aveyron); Pibrac et Saint-Elix (Haute- Garonne); la Bâtie-d’Urfé et Château-Morand (Loire); Uzès (Gard); la Tour-d’ Aigues (Vaucluse), où reparaît ce délicat sentiment de l’antiquité qui avait animé les architectes romans de la Provence; Grignan et Suze-la-Rousse (Drôme); Roussillon (Isère); Sully (Saôneet-Loire); Boucard (Cher); Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre); Ancyle-Franc, Joigny, Saint-Fargeau, Tanlay et Vallery (Yonne); Frasnes (Haute-Saône); Cons-la-Grandville (Meurthe-et-Moselle); Louppy (Meuse); le Pailly (Haute-Marne); Montmort (Marne); Fère-en- Tardenois (Aisne) pour sa galerie jetée sur un ravin; et une cinquantaine d’autres, qui, plus ou moins modestes dans leurs dimensions, se relèvent par la haute valeur de leurs détails. De quelques-uns des châteaux précités il ne reste que le souvenir ou des fragments. La jolie cour intérieure du château de Pau, réminiscence des châteaux de la Loire, est due au roi Henri II de Navarre, ou mieux à son épouse, Marguerite d’Angoulême, la poétique sœur de François IL

Le style François l a persévéré en divers lieux jusque vers 1555 ou 1560; mais on peut faire commencer, par une légère pénétration, en 1 545 environ le style Henri II, qui est à meilleur titre le style Médicis, car c’est la reine Catherine de Médicis qui, entre François I et Henri IV, a été la plus dévouée protectrice des architectes comme des sculpteurs.

Henri II, néanmoins, commanda aux meilleurs artistes de l’époque, pour la basilique de Saint-Denis, le mausolée de François I ", pièce capitale ; il continua les constructions du Louvre, de Saint-Germain, de Chambord et de Fontainebleau; il consacra à sa favorite Diane

1. Le château de Puyguilhem, dans la commune de Villars, est distinct de l’ancien bourg fortifié de Puyguilhem dont il a été question à la page 218.

TOULOUSE. — HOTEL D'ASSEZAT Cl. Hachette. HÔTEL DE VALOIS, A CAEN Cl. Hachette.

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l’immense et splendide château d’Anet, qu’il ne put terminer. Charles IX, prince d’aspirations généreuses, eût rappelé François Ier, si Catherine, dont le goût pour les arts ne saurait faire pardonner la criminelle ambition, n’eût à dessein déprimé son intelligence et sa volonté pour le rendre incapable de gouverner par lui-même. Charles fit commencer, dans un village de Normandie dont il changea le nom de Noyon en celui de Charleval, un château immense, qui sortit à peine de terre; il fit travailler activement au palais du Louvre. A sa mère furent dus l’hôtel de Soissons (complètement disparu) et les Tuileries (incendiées en 1871 et démolies en 1 880) à Paris ; le vaste château de Montceaux, dans la Brie; la fameuse galerie qui franchit le Cher au château de Chenonceaux, et le tombeau de Henri II (aussi le sien), le dernier en date et peut-être en mérite des trois grands mausolées qu’abrite la nécropole royale.

Avec Henri II et Catherine, c’en est fait de cette architecture détaillée et luxuriante qui avait charmé nos ancêtres si longtemps; c’en est fait, ou bien près, de quelques-unes de nos belles créations architecturales du moyen âge, le portail à riches voussures, la fenêtre à meneaux, l’encorbellement, la tourelle, la gargouille; les ordres classiques aspirent à tout ramener à leurs lignes froides et sévères (l’emploi de l’ordre dorique est très fréquent sous H enri II et Charles IX); l’arcade perd, au profit de l’entablement, la prééminence que tant de services rendus lui avaient assurée; une tyrannique symétrie se substitue au laisser-aller mouvementé et pittoresque; la place est de plus en plus mesurée à la sculpture ornementale; l’effet décoratif extérieur est demandé moins aux reliefs des profils qu’à l’alliance de la pierre et de la brique, déjà pratiquée au XV' siècle surtout en Normandie, mais par laquelle on n’avait pas entendu d’abord amoindrir l’importance des lignes de l’architecture. Dans les châteaux, les grosses tours ne sont plus rappelées que de loin par les pavillons d’angle, innovation remontant à François I ‘ 1 , générale après lui.

Evidemment, toute grâce et toute invention ne sont pas éteintes : nous sommes encore dans la Renaissance. L’architecte sait tirer des ordres d’architecture des combinaisons qui lui sont propres; il en inter-

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prête parfois très largement les chapiteaux, il compose des chapiteaux à sa façon et ses essais ne sont pas toujours maladroits; cependant c’est le moyen âge, dont il a vécu, qu’il dédaigne, et c’est vers le classique, l’ancien ennemi de sa race, qu’il s’oriente. Jean Bullant et Philibert de l’Orme, celui-ci architecte en titre de Catherine de Médicis et renommé entre tous parmi ses contemporains, étaient allés à Rome, d’autres aussi, et certes le voyage n’avait pu que les affermir dans leurs préférences. Un livre célèbre eut aussi un certain rôle : ce fut le Traité des cinq ordres d’architecture, par Vignole, édité à Rome en 1563, et bientôt répandu dans toute l’Europe occidentale.

Nous avons jusqu’à présent consacré le meilleur de notre attention aux châteaux; est-ce à dire que, en dehors d’eux, la Renaissance ne compte plus? Il n’en est rien : la Renaissance a su donner à son activité un déploiement extraordinaire. Résumons, avec quelques exemples le plus souvent pris un peu au hasard :

Hôtels particuliers (Rouen, Caen, Angers, Blois, Troyes, Dijon, Toulouse);

Hôtels de ville (Paris pour la partie centrale, due à l’architecte Pierre Chambiges, fidèlement reconstruite après l’incendie de 1871 ; Arras, Noyon, Orléans, Beaugency, Dreux, Loches, la Rochelle, Riom, Toulouse);

Manoirs, à la campagne (Huleux dans l’Oise, Saint-Ouen dans la Mayenne; manoir d’Ango à Varengeville-sur-Mer, près Dieppe; manoir dit Tour des Gendarmes, aux portes de Caen; petit palais italien de Péaule dans le Morbihan; Nantouillet en Seine-et-Marne, grand manoir plutôt que château, bâti par le cardinal Duprat, ministre de François Ier), particulièrement nombreux en Normandie, en Bretagne et en Vendée;

Colombiers féodaux, surtout en Normandie;

Edifices judiciaires (palais du parlement à Dijon et à Grenoble; le Bailliage à Aire-sur-la-Lys) ;

Etablissements commerciaux ou financiers, constructions diverses, dans les villes, pour leurs besoins matériels ou leur embellissement

ORATOIRES A PLOUGASNOU (Finistère)

Cl. Monmarché.

CALVAIRE, OSSUAIRE ET ARC DE TRIOMPHE A SAINT THÉGONNEC (Finistère)

Cl. Martin-Sabon.

SAINT- DENIS. — TOMBEAU DE LOUIS XII SAINT-DENIS. — TOMBEAU DE FRANÇOIS Ier

Cl. Leroy. Cl. Leroy.

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(Bureau des Finances et Chambre des Comptes, à Rouen; Chambre des Comptes, disparue, à Paris);

Portes monumentales, aux fortifications d’Amiens et de Compiègne;

Fontaines, à Paris (fontaine des Innocents), à Tours, à Autun, à Clermont;

Maisons (Orléans, Gien, Reims, Langres, Bar-le-Duc, Saint-Mihiel, Chartres, Fontenay-le-Comte, la Rochelle, Périgueux, Lille);

Croix de carrefour, de cimetière;

Calvaires, ossuaires, arcs de triomphe sacrés, en Bretagne;

Palais épiscopaux (Rouen, Sens, Troyes);

Bâtiments monastiques (cloître et salle capitulaire à Fontevrault, cloître à Saint-Martin de Tours, réfectoire à Saint-Wandrille);

Dans les églises ou chapelles, et à profusion, retables, stalles, clôtures de chœurs, clôtures de chapelles, jubés en pierre ou en bois, chaires, saints-sépulcres, tombeaux (après les grands mausolées de Saint- Denis et celui de François de Bretagne, une mention à part doit aller au splendide mausolée des cardinaux Georges d’Amboise, oncle et neveu, dans la cathédrale de Rouen).

Et, avec tout cela, que deviennent les églises? Nous ne l’avons pas dissimulé : la Renaissance ne s’est faite ni par elles ni pour elles. Elle se serait plutôt faite contre elles, si des accommodements n’étaient intervenus, dans lesquels l’art ecclésiastique ne fut pas toujours le plus traitable. Ce n’est pas qu’il ne fût sous le charme, lui aussi, et qu’une secrète impulsion ne le tînt prêt à s’élancer sur les pas de l’art civil; mais le devoir parlait. S’il se laissa dès l’origine effleurer par quelques pilastres inoffensifs, par quelques innocentes arabesques, si de bonne heure il laissa des portes et plus rarement des fenêtres s’arrondir en plein cintre, des tours et tourelles s’amortir en dôme, il n’oublia pas qu’il avait la garde du programme liturgique et de ce qui en garantissait la réalisation, la voûte ogivale. Après tout, les traditions gothiques n’étaientelles pas ce qu’il y avait de meilleur dans la Renaissance ? Et, vraiment, était-ce l’heure de les répudier, alors que, dans les églises, l’art de découper la pierre, de lui imposer les contours les plus fantastiques, de suspendre aux voûtes, ramifiées comme à dessein, des clefs ouvragées

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audacieusement projetées sur ie vide, devenait pour nos maîtres maçons le sujet d’un orgueil qu’il ne serait peut-être pas équitable de leur reprocher?

De là, par une marche irrégulière et à travers d’étranges vicissitudes, une destinée non moins étrange : l’art ogival, prédécesseur de la Renaissance, lui a survécu, après avoir été souvent pénétré, jamais absorbé, par elle. Jusque bien après l’avènement des Bourbons il a été construit des églises gothiques, et la dernière, la cathédrale d’Orléans, commencée en 1601, n’a vu qu’en 1829 poser son dernier pinacle. C’est une exception qui est allée s’affaiblissant; mais la balance était à peu près égale entre les deux styles vers 1580 ou 1 590, et quand l’art classique eut évincé la Renaissance et nullement l’architecture gothique, il ne se ht aucun scrupule, jusque vers 1650, dans les églises qu’il inspirait lui-même, d’emprunter la vieille croisée d’ogives à sa rivale méprisée.

En pleine Renaissance, nous avons des églises où le mélange s’est opéré avec un plein succès pour l’œil sinon toujours pour le raisonnement. La Normandie nous en offre dès les premières années de François I". Le chœur de l’église abbatiale de Valmont, le rondpoint de Saint-Pierre de Caen, la majeure partie de Saint-Pierre de Coutances, avec sa lanterne, et de Saint-Remi de Dieppe, les voûtes sculptées (d’un système spécial, employé aussi à Caen) de l’église de Tillières ont et méritent la notoriété la plus honorable. A la belle église de Gisors ont travaillé les Grappin, famille d’architectes habiles dont l’influence s’est étendue sur un groupe d’églises pénétré au nordouest de Paris par un autre groupe où l’on croit saisir l’influence prédominante de Jean Bullant. L’école de la Loire avait une poussée trop irrésistible pour que les églises de la région lui fermassent longtemps leurs portes. A Troyes et bien loin autour de cette ville, la Renaissance, à partir de 1 540 environ, fut religieuse autant sinon plus que civile; une autre école, au sud et à l’est, dans les départements actuels de l’Yonne, de la Nièvre et un peu de la Côte-d’Or, a fourni des types charmants : les portails latéraux de Neuvy-Sautour, par exemple, le cèdent à peine aux plus beaux portails romans. A Dijon,

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