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COLONNADE DU LOUVRE

Cl. Hachette.

PL

LA RENAISSANCE ET LES DERNIERS VALOIS

le portail de Saint-Michel, dont on ne sépare pas le nom de l’architecte Hugues Sambin (il n’est pas sûr qu’il l’ait commencé), est la plus complète et la plus harmonieuse façade d’église que nous ayons de la Renaissance.

A Paris, la Renaissance ne semble pas s’être attaquée aux églises avant 1532; mais, alors, c’est une vraie lutte corps à corps avec le style gothique, et nous avons ici un témoignage authentique de la préoccupation qu’avaient les architectes d’accueillir l’art nouveau sans se trop priver des ressources de l’art ancien. Avec la croisée d’ogives, l’arc-boutant, avec des faisceaux de colonnes, des faisceaux de pilastres, avec les ordres ionique et corinthien assouplis aux proportions et aux modules les plus complaisants et astreints aux fonctions les plus insolites, avec des arcs déprimés ici en hauteur, là en largeur, avec des fenêtres à remplages, l’architecte Pierre Lemercier, à Saint-Eustache, a réalisé, sans en rien sacrifier, le plan et les élévations d’une grande église purement gothique, voulant prouver à tous, sans doute, que la Renaissance était capable de produire les mêmes résultats que le style ogival. L’effort est des plus remarquables, mais il n’en est pas sorti et il ne pouvait en sortir la preuve cherchée : comment la Renaissance est-elle parvenue, dans cette église, à égaler l’art ogival, sinon en se faisant ogivale ellemême? Quoi qu’on puisse dire, Saint-Eustache reste, dans son organisme, une église gothique. Un effort analogue, bien qu’un peu moins prononcé, fut tenté, à partir de 1 535, dans la nef de Saint-Etienne-du- Mont, aussi à Paris.

Ces échecs inévitables ne doivent pas décourager notre chaude et sincère admiration pour notre Renaissance française, qui sera toujours au-dessus de nos éloges les plus enthousiastes.

La verve et l’originalité natives du génie français ont beau, à la Renaissance, être entamées par la provenance italienne de ses premiers éléments et par des communications directes avec l’art gréco-romain : si efficace a été leur force dans la première moitié du XVI' siècle, que, nonobstant cette déperdition, elles laissent au-dessous d’elles, dans l’architecture décorative tout au moins, le XIIIe siècle même. A aucune époque de 1 histoire du monde, les artistes n’ont poussé plus loin les

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libertés permises; à aucune époque ces libertés n’ont porté autant de fruits; à aucune époque il n’est sorti d’elles des conceptions aussi parfaites et aussi variées. Aller d’un monument de la Renaissance à un autre monument de la Renaissance, c’est aller d’imprévu en imprévu, de surprise en surprise.

Les écoles régionales de la Renaissance ont dépassé en nombre les écoles romanes; elles se distinguent très profondément les unes des autres, et, de plus, elles ont vu fleurir à côté d’elles ou dans leur sein des écoles personnelles, des écoles d’atelier, ce qu’avait très peu ou très rarement connu le moyen âge.

Le recensement des écoles régionales n’est pas des plus faciles, dans l’état actuel des recherches effectuées dans ce sens. On peut toutefois citer dès à présent comme s’affirmant avec la netteté désirable :

L 'école de la Loire , la plus ancienne, dont l’influence portée au loin a précédé la formation de plusieurs écoles locales, sans pourtant déterminer toujours la direction de celles-ci;

L école d’Angers , variante brillante de l’école de la Loire, personnifiée dans Jean de Lespine;

L 'école orléanaise, autre variante que recommandent les charmantes maisons d’Orléans, celles de Gien et l’hôtel de ville de Beaugency;

L 'école troyenne, qui, à Troyes et dans presque tout le département de l’Aube, a développé de beaux types d’églises, a rempli les églises d’œuvres d’art très locales et très remarquables, et, dans sa longue carrière, a changé de caractère, s’est faite sensiblement classique sans trop perdre de son cachet original;

Les groupes d’églises que nous avons signalés au sud et à l’est de Troyes, et entre Paris et Gisors;

L 'école dijonnaise, au sujet de laquelle intervient trop souvent le nom de Hugues Sambin;

L 'école langroise, dite peut-être mieux barroise, représentée par le château du Paiily, les maisons de Langres, de Bar-le-Duc, de Saint- Mihiel et de Toul;

L école de Caen ou de la Basse-Normandie, qu’il faut subdiviser suivant les manières qu’y ont manifestées Biaise et Abel Le Prestre,

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Hector Sohier, et un architecte inconnu à tendances plus classiques;

L 'école bretonne ou de la Basse-Bretagne , d’une extraordinaire individualité qui fait pardonner son incorrection: elle a inspiré des églises avec leurs dépendances, d’innombrables chapelles rurales, de petits oratoires de la conception la plus étrange;

L 'école de Fontenay-le-Comte, ville qui fut au XVIe siècle le centre intellectuel du Poitou;

L 'école rochelaise, qui ne se ressent pas encore du puritanisme protestant (la Rochelle était devenue calviniste dès 1535);

L 'école de Périgueux, qui a laissé des maisons charmantes;

L 'école de Toulouse, qu’il faut au moins dédoubler, car on l’a personnifiée trop longtemps dans Nicolas Bachelier, alors qu’on est obligé de reconnaître, dans les hôtels si justement célèbres de la capitale du Languedoc, la trace profonde de deux ou de trois ateliers;

Sans compter l'école flamande, représentée par Lille, Saint-Omer et Arras, et qui est plutôt une école de la seconde moitié du XVIIe siècle;

Pour passer en revue les écoles personnelles, il faudrait nommer tous les architectes : chacun a eu son genre à lui, et un seul exemple va le démontrer suffisamment. Les trois Le Breton, Chambiges, Nepveu, Sourdeau, Gadyer, Guillain, étaient employés par le même prince et ce prince n’était autre que François Ier, homme à intervenir, certes, dans la composition des plans qui lui étaient soumis, et à les ramener à une unité conforme à ses goûts; or, entre les dix châteaux bâtis en tout ou en partie pour François Ier, l’analogie de style est à peu près nulle, sinon entre Blois et Chambord.

Plusieurs écoles régionales ont prolongé la Renaissance, l’école troyenne jusqu’en plein règne de Louis XIII, l’école toulousaine jusqu’en plein règne de Louis XIV, l’école bretonne jusqu’au commencement du XVIII' siècle. A Paris même, le jubé de Saint-Etienne-du- Mont, moitié gothique, moitié Renaissance, est authentiquement daté de 1601.

Une grave lacune gâterait cet aperçu, dont déjà nous déplorons

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la sécheresse et la brièveté, si nous ne le finissions par un mot sur la vitrerie peinte.

Nos vitraux ne doivent rien à l’Italie, et la métamorphose qu’ils subirent en devenant en quelque sorte des tapisseries ou des tableaux translucides, de mosaïques translucides qu’ils étaient au XIIIe siècle, s’est effectuée en dehors de la Renaissance; mais celle-ci a su merveilleusement se les approprier et en faire une de ses parures les plus précieuses. Il y a eu aussi des écoles de peintres verriers, par exemple celles de Paris, de Beauvais, de Rouen, de la Ferté-Bernard, de Troyes, de Moulins, d’Auch. L’école de verrerie peinte de Troyes concourut avec l’école d’architecture de la même ville à prolonger la Renaissance bien au delà du XVI' siècle. Les noms de Jean Cousin, Robert et Nicolas Pinaigrier, Engrand Leprince, Nicolas Lepot, Jean Lescuyer, Saintot Chemin, Macadré, Liénard Gonthier, Jacques de Paroy, Arnaud de Moles, sont familiers à tous les connaisseurs.

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