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PLACE STANISLAS

Cl. Hachette.

GRAND THÉÂTRE DE BORDEAUX Cl Hachette.

L’ART CLASSIQUE ET LES BOURBONS

piration de nos artistes, ait trouvé dans Versailles quelques éléments de son esthétique; il est plus équitable de se demander ce qui manquerait aux témoignages que notre race rend d’elle-même et au patrimoine d’art de la nation, si Versailles avait disparu. »

Il faut, en effet, se défendre d’un pessimisme systématique et étroit. En cessant d’être français par ses attaches aux vieilles traditions, l’art redevient français par sa manière à lui d’interpréter l’antiquité. Il y a un art classique français; les divinités mêmes de l’Olympe, les héros et autres personnages de la Grèce et de Rome parlent en quelque sorte le langage français dans nos monuments tout comme dans les tragédies de Corneille et de Racine, comme dans les satires de Boileau, comme dans les Fables de La Fontaine, comme dans le Télémaque de Fénelon.

Louis XIII avait, dès sa majorité, fort peu résidé à Paris; cependant il avait, après son père Henri IV (le premier des Bourbons avait aussi fait achever le Pont-Neuf et commencer la place Royale), continué le Louvre; sa mère, M arie de Médicis, s’était fait bâtir le palais du Luxembourg. Les Jésuites, dans leur église Saint-Louis (aujourd’hui Saint-Paul-Saint-Louis), avaient fait faire à l’art religieux un pas décisif vers le gréco-romain; Richelieu avait doté la Sorbonne d’une église grandiose, où il a son tombeau. Louis XIV, après la mort de Mazarin (1661), délaissa absolument Paris en tant que résidence; mais il n’en perdit jamais de vue la grandeur et l’embellissement. On doit à son long règne : le Val-de-Grâce, fondation (pour des religieuses ) d’Anne d’Autriche, conception monumentale des architectes François Mansart et Jacques Lemercier; le dôme des Invalides, une des gloires de Hardouin-Mansart et de tout le siècle; la majeure partie de l’église Saint- Sulpice; la fameuse colonnade du Louvre, qui a immortalisé comme architecte le médecin Claude Perrault; les places Vendôme et des Victoires; les portes Saint-Denis et Saint-Martin. Ces deux places, indirectement (elles étaient destinées à encadrer des statues du roi), et ces deux portes triomphales, très directement (l’exemple ne manqua pas d’être imité en province), étaient des monuments d’adulation tels que les aimait le plus orgueilleux de nos souverains.

LA RENAISSANCE ET L’ART CLASSIQUE

Avec ces monuments et d’autres de moindre importance, avec son Académie de Peinture et de Sculpture et son Académie d’ Architecture, avec ses artistes revenus de Rome, avec l’esprit centralisateur de Louis XIV et des administrateurs de tout ordre à son époque, avec le prestige qui s’attachait aux modes et aux usages de la cour, Paris n’eut qu’à se laisser glisser dans la main le sceptre des beaux-arts. A lui, en dernier ressort, appartient le style noble, solennel et un peu froid que l’on a appelé le style Louis XIV.

C’est au caractère personnel de Louis XIV qu’il faut rapporter les hommages qu’il s’adressait à lui-même soit dans l’emblème qu’il s’était donné (le soleil), soit dans les applications qu’il faisait de cet emblème par la peinture, la sculpture, l’architecture. De celles-ci la plus étrange, et surtout la plus coûteuse, fut « 1 ermitage » de Marly, qu’il commanda au second Mansart en 1679- Ce sanctuaire était composé de douze pavillons isolés précédant, sur deux côtés, un pavillon central de plus grande dimension, le tout figurant l’astre du jour entouré des douze signes du zodiaque. Les pavillons logeaient deux par deux les vingtquatre courtisans qui avaient été admis à l’honneur, ardemment envié, d’accompagner le roi dans cette retraite, où pourtant, dit Saint-Simon, la peur du diable l’empêcha de se faire adorer comme un dieu. Il n’est resté de Marly que d’informes vestiges.

Avec Louis XV, l’architecture et la royauté descendirent des cimes olympiennes où les avait portées Louis XIV. L’une ne s’en trouva pas mieux que l’autre : l’architecture ne descendit que pour tomber, avec ses sœurs la peinture et la sculpture, dans la « mignardise ». Chute excusable cependant, et trop sévèrement qualifiée du nom de goût rococo ! Ces formes tourmentées, ces ornements sans nom et sans raison d’être ne sont vraiment bizarres que lorsqu’ils vont maladroitement s’associer aux nobles lignes des ordres antiques. C’est d’ailleurs à tort qu’on a borné là les caractères du style Louis XV : une alliance aussi choquante ne fut pas de longue durée, elle fut combattue, dès le règne même de Louis XV, par le cours d’architecture qu’ouvrit Blondel le neveu, en 1740, et par la puissante conception de Servandoni, qui, dans sa façade de Saint-Sulpice, poursuivit l’effet monu-

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mental au moyen de la superposition de deux portiques à colonnades. On retrouve cet effet monumental à Sainte-Geneviève (le Panthéon), commencée en 1 764 par Soufflot et presque achevée quand éclata la Révolution; dans la Monnaie (1 768-î 775), l’Ecole Militaire, les colonnades de la place de la Concorde, le palais de Compiègne, le théâtre de Bordeaux (1 773- î 780), chef-d’œuvre de l’architecte Louis, et dans les édifices qui firent de Nancy, sous les ducs de Lorraine Léopold et Stanislas, une des plus belles villes de l’Europe. Mais, ne le perdons pas de vue et que le lecteur ne se fatigue pas de nous l’entendre répéter, ces qualités sont d’emprunt et acquises au détriment de notre originalité française. Celle-ci, réduite à n’apparaître que dans les édifices privés ou dans les monuments publics de second ordre, ou bien à se confiner dans les façades latérales et les cours des grands monuments, se livre à ces gracieuses fantaisies devant lesquelles le blâme expire sur les lèvres, à ces charmants caprices de courbes et de contre-courbes qui font tant rechercher aujourd’hui par les amateurs les meubles Louis XV et Louis XV /.

De l’engouement pour l’art antique, sous les Bourbons, ce furent nos monuments religieux qui eurent le moins à se louer. Le dangereux exemple de Saint-Pierre de Rome, du Saint-Pierre de Bramante et de Michel-Ange, a porté ses fruits hors de l’Italie. Les façades sont des entassements d’ordres et ne laissent rien deviner de l’édifice qu’elles cachent. Les piliers sont flanqués de pilastres dont la dimension est calculée sur l’entablement qu’ils doivent supporter et non sur la force qui leur est nécessaire. Les voûtes ont repris l’antique berceau ou les arêtes romaines, ou bien encore une disposition intermédiaire qui permet de loger tant bien que mal des fenêtres au-dessus des entablements. On ne pouvait abandonner l’arc-boutant, dont l’absolue nécessité était si évidente; mais pour y effacer tout trait de ressemblance avec l’architecture gothique, on en renversa la courbe, ce qui le rendit à la fois moins résistant et plus lourd d’apparence. Le portail à statues et à voussures profondes, la fenêtre à meneaux, le triforium, les ronds-points à chapelles demi-circulaires disparurent, l’orientation canonique ne fut pl us observée. Pour avoir un beau dôme au tran-

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sept, on sacrifia souvent le clocher. Ce n’est pas, avouons-le cependant, que l’on ait toujours à se plaindre de l’acclimatement des coupoles italiennes en France : les dômes ou coupoles du Val-de-Grâce et des Invalides sont parmi les parures dont la ville de Paris a le plus le droit de s’enorgueillir.

Il faut reconnaître aussi que les églises admirent très rarement (Saint-Jacques de Lunéville, cathédrale d’Alais) le genre « rococo », mais en consignant ici un fait très piquant et trop peu remarqué : c’est dans une église, en Champagne, que s’annonce, dès 1683, le genre maniéré du XVII Ie siècle. L’église d’Asfeld (Ardennes), bâtie en brique, est d’une bizarrerie consciente et étudiée, surtout dans son plan, d’où toute ligne droite a été systématiquement exclue, et dont la forme générale éveille l’idée d’un violon ou d’un balancier de pendule. L’architecte de l’église Saint-Jérôme, à Toulouse, paraît avoir obéi, vers le même temps, à des tendances analogues.

Le dédain professé par les XVIIe et XVIII1 siècles à l’égard du moyen âge ne se traduisit pas seulement par la proscription, dans les églises nouvelles, de tout ce qui avait autrefois rendu l’art religieux si vivant. On s’attaqua de différentes manières aux édifices existants. Les églises que le moyen âge ou la Renaissance avait laissées sans façade, on les termina par des frontispices gréco-romains, croyant leur faire ainsi beaucoup d’honneur. Ainsi agirent Salomon de Brosse à Saint- Gervais de Paris, un troisième Mansart, dit de Jouy, à Saint-Eustache, et les architectes des cathédrales d’Auch, de Langres, de Saint-Dié 1 et de Châlons. Ailleurs, sous prétexte d’embellissement, de commodité, et avant tout pour avoir occasion d’enlever le plus de témoignages possible de la « barbarie gothique », on se livra à des actes du plus inqualifiable vandalisme. Sans y songer, le clergé des XVIIe et XVIIIe siècles continua, avec un zèle digne d’une meilleure cause, les destructions si vigoureusement commencées par les Huguenots sous Charles IX et Henri III. Les évêques, les chanoines et les abbés s’acharnèrent à

1. Les diocèses de Boulogne, Saint-Omer (en place de Térouanne détruite), la Rochelle (en place de Maillezais), Alais, Nancy, Dijon, Saint-Claude, Saint-Dié ont été créés aux XVI', XVlT et XVIIIe siècles; ceux de Versailles, Moulins, Laval sont du siècle dernier.

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dénuder leurs églises ou à remplacer les prétendus « colifichets » qu’elles contenaient par des œuvres de « grand goût ». On brisa les autels, les retables, les jubés, les clôtures des chœurs avec leurs admirables sculptures, pour en faire du moellon; on défonça les vitraux, qu’on vendit et auxquels on substitua des panneaux blancs. Le jubé de la cathédrale de Tours fut détruit en 1682, celui de Saint-Etienne de Meaux en 1723, celui d’Amiens en 1753, celui de Chartres en 1763. L’exécution du Vœu de Louis XIII, consacrant la France à la Vierge, amena, de 1699 à 1710, le remaniement complet du chœur de Notre-Dame de Paris. Pour être mieux vus du peuple durant les cérémonies, les chanoines des cathédrales ou des collégiales abattirent, en même temps que les jubés et les clôtures, les hauts dossiers des stalles. On ne sut même pas respecter ce que l’antiquité païenne n’avait pas su profaner, les tombeaux, et tel chapitre, sous prétexte d’établir une circulation plus libre, vendit au poids du bronze la statue funéraire de l’évêque du XIIe ou du XIIIe siècle qui avait sacrifié son repos et ses revenus pour construire la cathédrale.

On alla jusqu’à gratter les murs, jusqu’à cacher par du stuc ou du marbre les colonnes et les arcs, pour « dégothiser » le plus possible le monument. Le chœur de Saint-Germain-î’Auxerrois à Paris, la nef de la cathédrale de Verdun et la façade de la cathédrale de Soissons portent des traces profondes et inguérissables de ces outrageantes mutilations.

Les moines, plus modérés quant aux églises, se rattrapèrent sur les bâtiments conventuels, qu’ils renouvelèrent autant que le leur permirent leurs ressources. Et pourtant ces vieux bâtiments gothiques étaient suffisants, alors que les monastères ayant renfermé des centaines de religieux n’en possédaient que trente, vingt et parfois moins encore.

Il est vrai que beaucoup d’abbayes avaient été ruinées par les protestants, ou si maltraitées qu’elles seraient restées à peu près inhabitables sans une réédification complète. Il faut dire aussi que les nouvelles constructions monastiques furent supérieures à beaucoup d’édifices publics du même temps. Ajoutons enfin que certains abbés ou prieurs, planant au-dessus du mépris que professaient leurs contempo-

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rains pour le moyen âge, mirent toute leur étude à rendre à leurs églises mutilées la physionomie romane ou ogivale que leur avaient enlevée les vandales du XVIe siècle. Jean de Baillehache, entre autres, prieur de Saint-Etienne de Caen, a mérité la reconnaissance des archéologues en rétablissant si bien dans leur état antérieur, de 1609 à 1626, la nef romane et le chœur gothique de son église abbatiale, réduits à des lambeaux en 1562, qu’il faut une attention soutenue pour distinguer les parties refaites au XVIIe siècle.

11 fut un vandalisme politique, nécessaire à la tranquillité des provinces et partant excusable : la destruction des châteaux forts. Malgré les progrès de l’artillerie, un certain nombre de forteresses étaient devenues la proie d’aventuriers, catholiques ou protestants, qui, à la faveur des guerres de religion, puis des troubles de la Ligue, avaient pu s’y maintenir assez longtemps, et de là pressurer tout un pays. Un édit de Louis XIII, rendu en 1625 sur la proposition du cardinal de Richelieu, ordonna le rasement des places fortes non situées sur les frontières. On n’avait pas attendu jusqu’alors pour démanteler plusieurs châteaux, par exemple Dreux, Montlhéry, Chalusset, Carlat, Murat, Pierrefonds, le Château-Gaillard. C’est à Mazarin qu’est imputable la mise en état de ruine du château de Coucy.

Louis XIV poursuivit l’œuvre de destruction, en 1668 et années suivantes, dans la Franche-Comté; elle ne fut consommée qu’à la Révolution.

APPENDICE

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