‹ Histoire monumentale de la FranceChapitre 6 sur 39 · NIMES. — MAISON-CARRÉE · texte numérisé non relu

NIMES. — MAISON-CARRÉE

Cl. <les Monuments historiques.

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Triguères (V ellaunodunum), Verdes. Il est possible que ces localités, où existent d’autres ruines, fussent des rendez-vous de plaisir.

Les amphithéâtres sont, avec les thermes, les monuments les plus considérables que les Romains aient bâtis pour leurs cités de la Gaule. Celui qui nous est parvenu dans le meilleur état est l’amphithéâtre de Nîmes. Comme dans tous les monuments similaires, son plan est une ellipse dont le pourtour est formé de voûtes et d’escaliers intérieurs soutenant les gradins. Ceux-ci, appuyant sur le mur extérieur leur zone la plus élevée, descendaient vers l’espace intérieur ou arène , qui avait aussi la figure d’une ellipse, et où se donnaient les combats de gladiateurs, de bêtes féroces, et parfois des naumachies , c’est-à-dire des simulacres de combat naval (dans ce dernier cas, tout était disposé de manière à inonder l’arène). Un soubassement, ou podium, séparait de l’arène les gradins, qui étaient partagés eux-mêmes en plusieurs rangs, ou productions. Des marches d’escaliers, donnant directement accès aux gradins, divisaient chaque précinction en sections appelées cunei (coins), à cause de la disposition rayonnante de ces escaliers. Le grand mur extérieur de l’amphithéâtre de Nîmes est percé de larges arcades séparées par des pilastres; à Arles, ce sont des colonnes. Les arcades du rez-de-chaussée servaient quelques-unes d’entrée et toutes de sortie; on les nommait plus particulièrement vomitoires , parce que, après une cérémonie ou un spectacle, la foule s’écoule avec impétuosité. A Yattique, ou petit étage de couronnement, étaient fixés les poteaux qui soutenaient le velarium , immense toile abritant l’amphithéâtre tout entier les jours de grand soleil.

Les ampithéâtres gallo-romains dont il y a le plus de restes, après ceux de Nîmes et d’Arles, sont ceux de Bordeaux (ruine dite à tort le Palais-Gallien), de Saintes, de Périgueux et de Fréjus. Le plus spacieux dont les diamètres aient été mesurés est celui de Poitiers, détruit au dernier siècle, et qui avait 1 56 mètres au grand axe sur 130 au petit. Venaient ensuite Autun (154 m. sur 130), Périgueux (150-125), Lyon (1 40-1 1 7), Angers (140 m. au grand axe), Bordeaux (137-114), Tours (135-120), Nîmes (133-102), Saintes (133-80), Paris (127 m. au grand axe).

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Les amphithéâtres n’étaient pas affectés aux jeux du cirque, lorsqu’il y avait dans le voisinage un établissement de cette dernière espèce; peu de cités importantes en étaient dépourvues. Les véritables cirques, bien différents des amphithéâtres, quoiqu’ils eussent aussi des gradins intérieurs et des vomitoires, se rapprochaient beaucoup, par le plan, de la figure d’un rectangle très allongé (plus de 400 mètres à Vienne), dont les petits côtés étaient convexes. Dans le sens du grand axe, au milieu de l’aire, sur un soubassement commun appelé spiria, ou épine, s’alignait une rangée de temples minuscules et d’obélisques plus élevés; les deux extrémités étaient garanties du choc des chars ou des coursiers par des metœ , ou bornes. On connaît l’emplacement des cirques de Nîmes, d’Arles, d’Orange et de Vienne, déterminé, à Vienne, par des substructions et par un obélisque, dit Plan de l’Aiguille, supporté par quatre arcades à jour. A Arles, un des obélisques du cirque, haut de 1 5 mètres, se dresse aujourd’hui sur un piédestal moderne au milieu de la place centrale de la ville, où il a été transporté.

Les théâtres, dont le mur de façade dépassait parfois 100 mètres de longueur (110 à Lillebonne, 103 à Arles et à Orange), étaient composés d’une scène avec ses dépendances, et d’un hémicycle avec gradins et vomitoires. Les plus beaux types s’en trouvent à Orange, avec un mur de façade très imposant, haut de 37 mètres, et à Arles; on peut en outre en citer des restes à Areines, Aubigné, Autun, Champlieu, Chassenon, Drévant, Fréjus, Jublains, Lillebonne, Mandeure, Moingt, Naves (ruine dite les Arènes de Tintignac), Néris, Saint-Cybardeaux et Sanxay.

Il arrivait souvent que, pour s’épargner l’exécution de grands murs circulaires, d’escaliers intérieurs et de vomitoires, on appuyait les amphithéâtres, les théâtres ou les cirques de manière à utiliser la déclivité d’un coteau, d’une colline, et à pratiquer dans le sol même une partie de l’enceinte. Ce procédé économique a été suivi notamment à Orange et à Sanxay pour le théâtre, à Vienne, Grand, Gennes et Cimiez pour l’amphithéâtre.

Chaque grande cité avait, comme Rome, son forum. Ceux d’Arles et de Vienne sont encore reconnaissables. Trajan augmenta et embellit

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celui de Lyon, qui, mal entretenu par la suite, s’écroula tout d’une pièce, le 21 septembre 840.

Au IIIe et au IVe siècle, le nombre des provinces fut porté, dans la Gaule entière (Gaule-Chevelue et Narbonnaise réunies), de quatre à dix-sept. Les capitales de ces provinces, Aix, Besançon, Bordeaux, Bourges, Cologne, Eauze, Embrun, Lyon, Mayence, Narbonne, Reims, Rouen, Sens, Tarentaise, Tours, Trêves et Vienne, eurent des palais pour les magistrats qui les gouvernaient à titre de présidents ou de consulaires. Il ne reste presque rien de ces édifices, qui furent quelquefois utilisés par les premiers seigneurs féodaux. Quelques substructions du palais de Vienne ont été mises à jour, sur la fin du dernier siècle, dans le faubourg de la rive droite du Rhône. Lutèce et Arles, quoique n’étant pas chefs-lieux de provinces, furent habitées par des empereurs, la première par Constance Chlore et Julien, la seconde par Constantin et Honorius. Ces princes y construisirent des palais somptueux. C’est à Julien que la tradition attribue le palais parisien, qui fut plus tard la résidence des premiers rois francs, et dont la masse était encore presque intacte en 1485, date où la majeure partie fut détruite pour l’établissement des bâtiments et des jardins de l’hôtel de Cluny. Parmi les débris conservés jusqu’à nos jours est une haute salle avec sa voûte d’arêtes, la plus belle voûte romaine qui subsiste actuellement en France. A Arles, les restes du palais de Constantin sont appelés la Trouille, d’un mot grec qui signifie coupole.

Toutes les divinités romaines eurent des temples chez les Gaulois.

Auguste, proclamé par le Sénat dieu futur, comme devaient l’être tous ses successeurs païens, eut lui-même, vivant, ses autels, associé à son épouse Livie, ou bien à Rome personnifiée. Outre le flamine de Lyon, Rome et Auguste eurent, pour présider à leur culte, d’autres flamines, notamment dans la Narbonnaise, et officiellement dans toutes les métropoles des provinces. Le temple d’Auguste et Livie, à Vienne, témoigne encore aujourd’hui de ces adulations, qui allaient parfois à des membres de la famille impériale : ainsi la fameuse Maison-Carrée, de Nîmes, le chef-d’œuvre du goût romain dans notre pays, fut dédiée

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à deux fils adoptifs d’Auguste. On croit que ces deux temples ont été refaits sous les Antonins; nous nous demandons cependant pourquoi.

La M aison-Carrée, qui mériterait une description détaillée, a 25 mètres de longueur sur 12. Le riche entablement est supporté par trente colonnes corinthiennes, dont vingt sont engagées dans les murs, les dix autres soutenant le portique, auquel on monte par un perron de quinze marches.

Les temples les plus nombreux étaient, comme ceux de Nîmes et de Vienne, plantés sur le rectangle, avec un péristyle extérieur autour du mur ou tout au moins à la façade; c’était le type emprunté aux Grecs. Les autres temples, et plus particulièrement, semble-t-il, ceux qui avaient le vocable d’une déesse, comme la Tour de Vésone à Périgueux, étaient en rotonde. On ne sait si les quatre colonnes corinthiennes qui sont debout à Riez ont appartenu à un temple rectangulaire, et si le petit monument cruciforme de Lanuéjols fut un sanctuaire ou un tombeau.

Le grand temple national des Gaulois paraît avoir été celui de Vasso, dieu que nos ancêtres purent continuer d’invoquer en l’appelant Mercure Dômien ( Mercurius Dumias). Sous Néron, un sculpteur grec vint, de Marseille, exécuter pour ce temple une statue colossale en bronze. Les restes du temple de Vasso ont été retrouvés, en 1873, au sommet du Puy de Dôme.

D’autres divinités topiques furent maintenues dans leurs temples; quelques-unes donnèrent leur nom aux localités ou le reçurent d’elles. Borvo, identifié avec Apollon, possédait des temples à Entrains et dans les stations thermales d’Aix-les-Bains, de Bourbon-l’Archambauît, de la Bourboule, de Bourbon- Lancy et de Bourbonne-les-Bains; Namoz avait son culte à Nîmes, la déesse Vesunna à Vésone ou Périgueux, Vosagus, Solima et Rosmerta dans les Vosges, Deirona en Lorraine, Divona à Cahors et à Bordeaux, Sirona en Aquitaine et en Armorique, Rudiobus à Neuvy-en-Suîlias, Cluionda à Mesves, etc.

Le panthéon gaulois le plus curieux et le plus riche que nous possédions est celui de la région centrale des Pyrénées. Le dieu Ilixon revit dans Luchon, Iluron dans Oloron et la vallée de Louron,

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Carr dans la belle montagne de Gar, près Saint-Béat, Bocc Harouson dans le village de Boucou, Bæzertus dans le hameau de Bazert, entre Montrejeau et Saint-Bertrand-de-Comminges. Les noms précédents, avec une trentaine d’autres, nous sont conservés par de précieux autels votifs, déposés en majeure partie dans le musée de Toulouse, où ils forment une collection unique.

Plusieurs cités gallo-romaines eurent leur ceinture de remparts, maçonnés en grand appareil, dès le temps d’Auguste. A l’approche des barbares, celles qui ne s’en étaient pas encore pourvues en élevèrent à la hâte, et généralement sur des périmètres restreints : soit que, par les malheurs des temps, la population urbaine eût diminué; soit qu’on voulût, faute de soldats, réduire les courtines (ou fronts entre les tours), qui, trop longues, se fussent trouvées dégarnies; soit qu’on fût en mesure de profiter, comme au Mans, à Chartres, à Meaux, à Couserans (Saint-Lizier), à Comminges (Saint-Bertrand), de l’assiette d’un plateau, d’un promontoire ou d’une colline. Ces constructions de la décadence sont en petit appareil assez régulier jeté sur des quartiers d’édifices antérieurs, édifices qu’on avait sacrifiés, ou bien parce qu’ils s’étaient rencontrés sur le passage de l’enceinte, ou bien parce qu’ils eussent été laissés au dehors, exposés au fer et à la flamme de l’assaillant ou pouvant devenir en ses mains des points d’attaque.

Les cités qui ont conservé le plus de restes de leurs murailles romaines sont Saint-Lizier, en première ligne, et ensuite Bourges, Senlis, le Mans, Fréjus, Nîmes, Saint-Bertrand-de-Comminges, Meaux, etc.

Les villes qui possédèrent leurs remparts dès le siècle d’Auguste ou celui des Antonins les ornèrent de portes monumentales dont elles firent, à l’occasion, des arcs de triomphe, ou, suivant le langage courant, des arcs.

En r an 18, un arc de triomphe était décerné, à Saintes, par un flamine de Rome et Auguste, à l’empereur Tibère et à son fils adoptif Germanicus; cet arc, du milieu d’un pont sur la Charente, a été bizarrement déposé, en 1845, au bord du fleuve. L’arc le plus beau de tous est celui d’Orange, érigé, croit-on, à Tibère, vainqueur, en l’an 21,

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des chefs gaulois révoltés Florus et Sacrovir. La porte Mars, à Reims, celle qui s’élève sur l’emplacement de Glanum, près Saint-Rémy de Provence, la porte enclavée dans le palais de justice de Carpentras, la porte Noire à Besançon, contemporaine de Marc-Aurèle, sont aussi de véritables arcs de triomphe.

L’arc d’Orange comprend, dans une ordonnance corinthienne et parmi des trophées et autres ornements, trois ouvertures dont celle du centre est de beaucoup la plus grande. A Reims, les trois arcades, richement sculptées aussi, sont presque égales. A Saintes et à la porte de Langres, aujourd’hui murée, ce sont deux arcades jumelles. A la porte d’Auguste à Nîmes, aux portes d’Arroux et de Saint- André à Autun, les grandes arcades jumelles sont accostées de deux petites, et le tout surmonté d’arcatures en attique. Les arcs de Besançon, de Carpentras et de Saint- Rémy, la porte de France à Nîmes, la porte Saint-Marcel à Die et la porte Dorée à Fréjus avaient leur ouverture unique.

Outre les cités qui ne l’étaient pas encore, furent pareillement fortifiées, aux IVe et Ve siècles, des villes secondaires qui eurent le titre de castrum (château-fort) : ainsi Noyon ( Noüiodunum ), Laon ( Laudunum ), Dij on (Divio), Chalon ( Cabillonum ), M âcon

( Matisco ), Glanum près Saint-Rémy de Provence, Beaucaire ( Ugernum ), Uzès ( Ucetia ), Carcassonne (Carcaso), Lourdes qu’on croit être le Castrum Bigorra, Bayonne (Lapurdum), Chastel- Marlhac ( Castrum Meroliacum) en Auvergne, le Puy (Anicium), Visan dans le Comtat, Châteaudun (Castrodunum), Jublains (Diablintum ) dans le Maine, Brest (Gesocribaie). Quelques débris sont assez difficilement visibles, à Noyon dans les caves des maisons avoisinant la cathédrale, à Bayonne sous un enduit de plâtre; une enceinte presque entière est reconnaissable à Visan; à Brest, une tour et deux courtines du château, reconstruit au moyen âge et remanié par Vauban, ont leurs assises inférieures en petit appareil très romain, avec ses chaînes de briques; à Carcassonne, tout en admettant des parties romaines, les archéologues les plus compétents inclinent à n’attribuer qu’aux Visigoths le front de l’enceinte antérieur au XIIe siècle. Jublains,

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qui du rang de cité paraît être descendu à celui de castrum, n’a, au lieu d’enceinte urbaine, qu’un véritable château-fort, dont le pian est des plus remarquables. Des châteaux-forts isolés s’élevaient sur des collines ou aux points stratégiques des voies les plus fréquentées; il en existe à Famars ( Fanum Martis), près Valenciennes; à Saint-Moré ( Chora ), au-dessus de la Cure, entre Avallon et Auxerre; à Larçay, au-dessus du Cher, près de Tours : ce dernier est assis en partie sur des tronçons de colonnes provenant de monuments antérieurs. Une forteresse de forme analogue à celle de Larçay, rectangle avec tours rondes, se cache parmi les chênes de la forêt de Sillé-le-Guillaume, dans le Maine; mais elle est d’une structure tellement grossière qu’on ne la croit pas antérieure à l’époque franque.

La construction et l’embellissement des voies publiques étaient l’objet constant de la sollicitude impériale. Venu à Aix en l’an 16 av. J.-C., Auguste donna son plan pour le tracé des voies militaires qui devaient sillonner la Gaule, et notamment la Gaule-Chevelue, qui n’en avait pas encore. Le nombre de ces voies fut rapidement augmenté, et la Notice connue sous le nom d’itinéraire d’Antonin en mentionne une quarantaine, reliant toutes les cités. Sur ces routes impériales s’embranchaient des routes secondaires. Des unes et des autres il restait encore, au commencement du dernier siècle, des vestiges assez importants pour en reconstituer des tronçons; et, malgré les développements de notre nouveau réseau de routes, on peut toujours en certains endroits saisir le passage des voies romaines, souvent marqué sur la carte officielle de France dite de l’Etat-Major. Ces voies sont appelées par les paysans la Mounede ( via Moneta , Languedoc); route Regourdane entre Brioude et Nîmes; Ténarèse en Gascogne; chemin de César , chemin Romain; chaussée Brunehaut du nom de la reine d’Austrasie qui les aurait fait remettre en état; chemin Ferré à cause de la dureté des matériaux qui les composaient et du dallage qui les recouvrait.

Sur les voies principales s’échelonnaient, entre les villes, des stations, divisées en deux classes : les mansiones , bourgades ou hôtelleries où l’on pouvait loger, et les mutationes , simples relais où l’on ne

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faisait que changer de chevaux et prendre un repas. Les distances étaient marquées au moyen de pierres milliaires, cylindriques, avec inscriptions mentionnant la date du règne de l’empereur sous qui elles avaient été posées. Nos collections publiques en renferment une grande quantité.

Mais ce qu’on n’a pu transporter dans nos musées, ce sont les édicules en forme de tours carrées, analogues à nos « montjoies », qui sont des niches pratiquées dans un massif de maçonnerie et contenant une statuette de dévotion. Ces petites tours, qui étaient au bord des routes, sont désignées le plus ordinairement sous le nom de piles romaines , ce qui n’en définit pas la destination. Elles avaient un caractère sacré, cela est à peu près admis; seulement, étaient-elles dédiées aux dieux protecteurs des voyages, à Mercure spécialement, ou sont-elles bien les ancêtres de nos montjoies modernes, et ont-elles, avec l’addition d’un portique de bois, servi d’oratoires? Les discussions engagées à ce sujet ne nous paraissent pas avoir encore abouti.

Les piles romaines étaient naguère assez communes dans le Midi. La Charente-Inférieure en possède deux : la Pire-Longe près Saint- Romain-de-Benet et le fanal d’Ebéon; il y en a plusieurs dans Lotet-Garonne, dans la Plaute-Garonne et surtout dans le Gers, où se trouve la plus belle, celle de Saint-Lary; il y en a une dans l’Ariège, non loin de Saint-Girons; on en a connu dans les Hautes-Pyrénées.

La pile de Saint-Lary devrait descendre au second rang, si l’on rattachait à ce genre de monuments la pile de Cinq-Mars, en Touraine, celle-ci d’une hauteur de 29 mètres, ornée de dessins d’appareil et surmontée de quatre obélisques.

Les piles, quelques-unes du moins, ont pu permettre de retrouver la voie en temps de neige et pendant la nuit; elles ont pu porter une lumière, ce qu’indiquerait le nom de « fanal », donné à la pile d’Ebéon, et celui de « l’Estélou » ou « l’Estelle » (l’Etoile), porté dans la région pyrénéenne par trois localités qu’on sait avoir possédé autrefois des piles romaines.

Les ponts étaient construits avec soin, et nous en avons de beaux restes, à Saint-Thibéry, sur l’Hérault, par exemple. Le pont Julien,

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près d’Apt, sur le Caulon, est très bien conservé. Près Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône) est le pont Flavien, dont l’arche unique, de 21 mètres et demi de portée, est jetée sur la Touloubre, entre deux arcs de triomphe d’ordre corinthien. Le pont romain de Besançon, sur le Doubs, est en grande partie noyé dans la maçonnerie d’un pont moderne. La belle arche unique du pont de Vaison, sur l’Ouvèze, est entière. D’autres ponts moins importants et d’origine plus ou moins contestée se voient en divers lieux du Dauphiné, de la Provence et du Bas-Languedoc.

Sur les voies s’échelonnaient des camps retranchés, différant des châteaux-forts en ce qu’ils étaient plus vastes et défendus uniquement par des fossés, des levées de terre, des palissades, rarement quelques assises de mauvaise maçonnerie. Il y en a dans presque toutes les contrées de la France, plus particulièrement dans le Nord, où le langage populaire les désigne sous le nom de Camp de César. Ils paraissent être néanmoins de très peu antérieurs aux conquêtes barbares; beaucoup même de ces prétendus camps de César ne sont que des premiers temps du moyen âge.

Non loin des voies, au milieu de riches campagnes, aux époques de paix et de sécurité, des patriciens romains ou de riches Gaulois se créèrent, à l’instar de l’Italie, de splendides villas, plus nombreuses que les rares débris subsistants ne le laisseraient supposer. Les plus vastes et les plus belles étaient, naturellement, en Aquitaine et en Narbonnaise, pays plus romanisés et d’un climat plus doux. Celle de Chiragan, à Martres-Tolosanes, qui avait l’étendue d’une ville et la magnificence d’un palais impérial, a fourni au musée de Toulouse une collection de statues, de bustes et de diverses sculptures de tout premier ordre. Des restes de deux autres villas très remarquables ont été exhumés, au siècle dernier, près de Moncrabeau, en Gascogne, et à Argentelle, près de Montrozier, en Rouergue. Dans un pays poitevin, en Vendée, près de Saint-Médard-des-Prés, a été trouvée, également au siècle dernier, la villa d’une femme peintre, avec les outils de son art. Les Romains ne délaissèrent ni le bassin de la Loire ni la rude Armorique : en Bretagne, au Pérennou, dans la commune

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de Plomelin, près de la mer, des substructions considérables ont été reconnues pour être celles d’un palais rustique.

Si les Romains et les Gaulois romanisés soignaient ainsi leurs demeures, ils n’avaient garde d’oublier l’asile posthume de leur corps. C’est le long des grandes voies, aux abords des villes, comme à Rome, qu’ils se préparaient à eux-mêmes ou qu’ils érigeaient aux membres décédés de leurs familles des monuments funéraires. Un de ces mausolées s’élève, à peu près intact, à côté de l’arc de triomphe de Saint- Rémy. Ses bas-reliefs représentent des scènes guerrières; dans la petite colonnade qui couronne le monument sont debout les statues de Julius Caïus et de sa femme, à qui leurs fils, vers le milieu du premier siècle, firent élever ce tombeau. La fameuse Tour-Magne, au-dessus de Nîmes, qui à l’époque romaine même fut convertie en une sorte de donjon, avait été primitivement, on le sait aujourd’hui après de longues conjectures, un grand mausolée. La Pierre de Couhard, près d’Àutun, pyramide longtemps regardée comme l’édicule intérieur d’un cirque, est maintenant reconnue, après nouvel examen des substructions environnantes, comme ayant été aussi un monument sépulcral.

S’il ne nous reste presque pas de monuments funéraires, il ne nous reste pas davantage de monuments purement commémoratifs. On a vu que celui de la Turbie s’absorbe dans la maçonnerie d’une tour féodale. Près de Boulogne, la tour d’Odre, érigée en l’an 40 pour tromper les générations futures sur une prétendue descente de Caligula en Grande-Bretagne, et convertie en phare ( turris Ardens ) par un de ses successeurs, n’est plus qu’un souvenir depuis sa chute en 1645. En Bourgogne, à Cussy, une colonne hardie avec son piédestal, le tout richement sculpté, se dresse entière dans une prairie, on ignore depuis quelle époque exacte, et à la suite de quel événement. En 1878, les fragments d’une colonne semblable ont été exhumés à Merten, dans notre ancien département de la Moselle; une statue équestre en surmontait le chapiteau.

Enfin, des édifices ruinés ou de grands pans de murs d’origine et de destination inconnues se voient à Vertault, Vernou, Thézée, Allonne près Valognes, Vieux-Poitiers près Châtellerault, Vauvenargues, etc.

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Ce qu’il nous reste de monuments de l’époque romaine est bien peu, quelque nourries que puissent paraître les énumérations précédentes, eu égard au nombre incalculable et à la solidité de ceux qui furent bâtis dans les Gaules sous le régime impérial. L’œuvre de destruction commença alors que n’était pas encore terminée l’œuvre de construction; les deux furent quelque temps corrélatives. On renversa des temples et d’autres édifices hors d’usage pour en remployer les meilleurs matériaux soit dans les nouvelles enceintes urbaines, soit dans les premières églises. L’abandon progressif des thermes, établissements d’un entretien trop coûteux et trop mondains pour les chrétiens fervents, les proscriptions qui frappèrent les jeux sanglants des amphithéâtres, firent aussi de ces monuments des carrières ouvertes à des architectes qui aimaient mieux avoir sous la main la pierre toute façonnée. Les barbares venus, des édifices furent victimes d’un pur vandalisme qui cependant fut très passager et moins meurtrier qu’on ne le croit généralement : ce n’est pas dans une course rapide que la torche pouvait anéantir des masses de pierres où le bois jouait un faible rôle; ce qui souffrit le plus des invasions, ce furent les églises avec leurs plafonds, et les maisons particulières. D’ailleurs, les étrangers qui envahirent la Gaule avec des intentions de conquête, et non, comme les Vandales, les Suèves et les Huns, pour la ravager et la piller, ménagèrent autant ou aussitôt qu’ils le purent des contrées qu’ils comptaient devoir leur appartenir. Dès qu’ils se furent fixés, leurs mœurs, l’état et la nature de leur civilisation, les compétitions, les révoltes et les guerres sans cesse renaissantes, l’instabilité des royaumes, rendirent l’utilisation des monuments romains de plus en plus rare; on continua de les abandonner et de les piller, surtout les temples à colonnades, que l’on renonçait à accommoder au culte catholique et qu’un zèle religieux mal compris fit parfois anéantir. Vint plus tard la féodalité, qui changea plusieurs monuments en forteresses et, en les mutilant, les sauva; la porte Mars, l’arc d’Orange, le théâtre et l’amphithéâtre d Arles, les arènes de Nîmes ont gardé jusqu’au dernier siècle leurs transformations; l’amphithéâtre de Nîmes fut au moyen âge un véritable bourg fortifié. Les ouvrages d’utilité publique, voies, aqueducs, piles itinéraires,

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que l’unité politique et une fiscalité soigneuse auraient permis seules d’entretenir, furent négligés et dépérirent.

Malgré cela, telle fut encore sous les Mérovingiens, telle était encore en plein moyen âge la quantité des monuments romains échappés aux vicissitudes, avec leurs détails d’architecture et leur décoration sculptée, qu’après avoir été une des gloires de la Gaule, ses initiateurs artistiques, les inspirateurs et les conservateurs de son goût, ils tinrent ensuite longtemps attaché aux traditions antiques le goût français, qui ne s’en départit qu’à regret, cédant aux circonstances, aux nécessités, à une logique inexorable.

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