CHAPITRE III
CHARLEMAGNE ET LES CAROLINGIENS
QUESTION de généalogie mise à part, Charlemagne fut le premier des Carolingiens, comme Clovis l’avait été des Mérovingiens, comme Robert le Pieux devait l’être des Capétiens. Ne soyons pas injustes cependant pour le père du grand Charles, Pépin le Bref, qui fut un zélé fondateur de monastères et fit reconstruire avec toutes les ressources de l’art de son temps l’église de Saint-Denis.
Charlemagne, seul roi en 771, marche bientôt à ses conquêtes et préside aux mille détails de son immense administration. Les Lombards sont annexés, les Saxons et les Bavarois soumis, les Avares et les Aquitains domptés, les Sarrasins refoulés, quand, en 796, il jette dans sa nouvelle capitale, Aix-la-Chapelle, les fondements de sa chapelle palatine, de laquelle la ville a pris son surnom; cette église est terminée en 804. La date mémorable de Noël 800, qui met sur la tête du prince carolingien la couronne tombée, plus de trois siècles auparavant, du front du dernier empereur d’Occident, ne fait que consacrer un état de choses déjà existant et lui donner un nom qui semble en assurer le prestige.
Ce titre d’empereur d’Occident, Charlemagne le prit à la lettre. Il voulut régner sur des Romains; trop intelligent pour ne pas s’apercevoir, dès les premières tentatives, que le succès complet n’était
PHASE OU PÉRIODE LATINE
guère à espérer, il chercha à se rapprocher, du moins autant que possible, de la culture romaine là où elle paraissait encore accessible. Elle lui parut accessible dans le domaine des arts. Comme il n’y avait pas d’archéologues au moyen âge, lui non excepté, il se trompa, lorsque, en demandant des architectes à Rome et à Byzance, il se figura, avec la meilleure foi du monde, qu’on allait lui envoyer des hommes rompus aux pratiques en cours chez les contemporains de Constantin ou de Théodose. Naturellement, il reçut de l’Italie des formes romaines qui ne différaient guère de celles en usage dans la Gaule que parce qu’elles étaient un peu moins dégénérées et qu’elles se ressentaient du voisinage de l’empire grec; de Constantinople il reçut des formes byzantines toutes pures. De Rome et de Ravenne il tira en outre des colonnes, mais il n’en reconstitua pas des colonnades à entablements; et, en résumé, c’est surtout du byzantin qu’il recueillit, et point du meilleur. Sa chapelle palatine, que les écrivains du temps proclamaient supérieure à Saint-Vital de Ravenne, son prototype, lui est en réalité fort inférieure. Les deux sont des rotondes voûtées à bas-côté tournant. Ce qui montre combien peu les chroniqueurs du IX siècle s’entendaient en questions de goût, ce n’est pas seulement cette préférence accordée à l’œuvre la plus grossière sur la plus élégante; c’est aussi la confusion qu’ils ont faite du plan et de l’ordonnance de la chapelle palatine avec le plan et l’ordonnance d’une église élevée, de 802 à 806 environ, à Germigny-des-Prés, par Théodulfe, évêque d’Orléans, laquelle n’est point du tout, comme ils le prétendaient, une imitation. Elle a son plan à elle, en croix grecque avec absides terminales (une des branches de la croix a été remplacée postérieurement par une nef ordinaire), avec une tour-lanterne et avec un système de voûtes en berceau et de coupoles.
Si l’on ne devait juger que par Aix-la-Chapelle et Germigny de l’état de l’architecture sous Charlemagne, on serait obligé de constater que les efforts et les démarches de l’empereur avaient abouti à nous jeter dans le byzantin. Nous y aurions gagné la voûte, mais en nous asservissant à un peuple étranger, en renonçant pour jamais à la brillante carrière qui nous attendait. Nous n’avons pas eu à payer
CHARLEMAGNE ET LES CAROLINGIENS
aussi cher la gloire de Charlemagne. Il ne nous enleva pas le plan basiîical, sur lequel seul pouvaient s’élaborer utilement nos découvertes. Nous en avons deux preuves concluantes : un dessin, représentant sous une forme basiîicale très visible la principale église de l’abbaye de Saint- Riquier, bâtie par Angilbert, gendre de Charlemagne; et un parchemin original du plus haut prix conservé dans la bibliothèque publique de Saint-Gaîl, en Suisse, et dans lequel le célèbre Eginhard, préfet des édifices impériaux, a tracé les plans du vaste monastère qu’il s’agissait alors de reconstruire dans cette ville; ces plans, qui ne furent exécutés que vers 830, nous montrent une église à deux absides opposées, deux tours rondes en avant, bas-côtés, transept. Ce qui vient confirmer admirablement ces preuves, c’est le peu d’églises carolingiennes qui ont traversé les invasions des IXe et X" siècles, alors que nous savons pertinemment, par la vigilance avec laquelle s’en occupait Charlemagne, secondé par ses « envoyés dominicaux » ( missi dominici), que sous son règne les cathédrales et les abbayes furent pour la plupart ou soigneusement entretenues, ou restaurées, ou agrandies, ou reconstruites; or, si elles avaient été voûtées à l’orientale, si elles n’avaient pas eu l’ordonnance basiîicale avec ses charpentes apparentes et ses plafonds, auraient-elles fourni une proie aussi facile aux engins destructeurs des nouveaux barbares?
Nous en sommes convaincu : les influences byzantines eurent trop peu de durée et de consistance pour arracher la Gaule aux traditions romaines. Elles eurent cela de bon qu’elles ajoutèrent un aiguillon de plus aux efforts vers la voûte. Le véritable stimulant, toutefois, ce furent les ruines amoncelées sur le passage des hordes dévastatrices. Quand on vit avec quelle rapidité le feu avait raison des églises à plafonds, on s’attacha à voûter au moins les parties basses, celles que la main ou le projectile enflammé atteignait le plus facilement.
Les invasions normandes furent l’effroyable cauchemar des IX' et X siècles. Peu de villes sont défendues par les soldats impériaux ou royaux, peu osent se défendre elles-mêmes, et les monastères moins encore. Les religieux fuient comme la bête fauve traquée par le
PHASE OU PÉRIODE LATINE
chasseur, en remontant le cours des rivières ou en passant dans un bassin fluvial qu’ils jugent moins exposé. Gardiens presque toujours d’un corps saint, qui est l’orgueil et la fortune de leur maison, ils l’emportent ou l’envoient le plus loin possible, dans des maisons dépendantes ou amies, mieux abritées par leur situation géographique. Saint Martin émigre à Cormery en Touraine, à Léré en Berry, à Marsat en Auvergne, à Chablis en Bourgogne; saint Denis, à Reims; saint Hilaire, au Puy; saint Phiîbert ou Philibert, de Noirmoutier à Déas (Saint-Philbert-de-Grandlieu) et à Tournus; saint Florent, de Montglonne (Saint-Florent-le-Vieil) en Poitou, à Samt-Gondon, à Tournus; saint Gildas, à Déols; saint Maur, de Glanfeuil (Saint-Maursur-Loire) aux Fossés (Saint-Maur-des-Fossés); saint Médard de Soissons et saint Sylvain de Thérouanne, à Dijon; saint Vaast, d’Arras à Beauvais; saint Quentin, à Besançon; saint Baudile, de Nîmes à Beaune; saint Prudent, de Narbonne à Bèze; saint Allyre, de Clermont à Saint-Ylie en Franche-Comté; saint Riquier, à Sainte- Colombe près Sens; saint Wandrille, à Chartres; sainte Madeleine, de Saint-Maximin à Vézelay, etc. La Bourgogne, évidemment, était l’asile réputé le plus sûr.
Les incursions Scandinaves, commencées en 830, ne prirent nullement fin lorsque la province de Neustrie fut inféodée au chef Rollon par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 911. Des bandes qui ne s’étaient pas ralliées à Rollon continuèrent de ravager les côtes et de remonter les fleuves; en 923, elles ruinaient l’abbaye de Saint-Benoîtsur-Loire et passaient dans le bassin de la Saône; le coup mortel leur fut porté seulement en 980 par Guiilaume-Sanche, duc de Gascogne, qui jugea sa victoire assez décisive pour fonder en action de grâces, deux ans plus tard, l’abbaye de Saint-Sever.
Si la région de l’Est de la France fut relativement épargnée par les Normands, elle eut cruellement à souffrir des Hongrois, qui apparurent dès 910 en Lorraine, et qui, jusqu’en 954, parcoururent la Flandre, la Lorraine, la Bourgogne, le Forez, et arrivèrent jusqu’aux terres des comtes de Toulouse. Dans l’antique Narbonnaise, toute sécurité fut suspendue tant que les Sarrasins, de 890 à 973, tinrent
CHARLEMAGNE ET LES CAROLINGIENS
la forteresse de Fraxinet et de là donnèrent la main aux insatiables écumeurs de la Méditerranée.
Ce serait un siècle et demi perdu pour l’art, si en France la truelle pouvait longtemps chômer. Elle fut reprise courageusement dans les moments de détente; les annales de cette triste époque ne sont pas vides, tant s’en faut, de dates de fondation, de construction, de consécration, et de restauration surtout, car une église, au moyen âge, ne languissait jamais sous ses décombres. L’Auvergne et la Bourgogne marchaient dans leurs voies d’un pas à peine ralenti; la Normandie, depuis le mémorable traité de 91 1 et sous la sage administration de son premier duc, se traçait une voie à elle; de son second duc, Guillaume Longue-Epée, nous avons, à Jumièges, deux murs assez remarquables d’une petite église construite sous ses auspices et consacrée en 930.
N’était-ce donc rien, après tout, que ce besoin, cette soif de renouvellement général, cette nécessité criante et vivement sentie de relever tant d’édifices abattus; n’était-ce rien que la réintégration, dans leurs sanctuaires, de tant de reliques soustraites à la profanation et auxquelles, pour fêter leur retour, on destinait des demeures plus dignes que celles que la tourmente avait emportées; n’était-ce rien que la sévère leçon donnée aux constructeurs par le peu de résistance qu’offraient les églises à la torche et à la sape?
Nous n’irons pas jusqu’à soutenir que les invasions normandes, hongroises, musulmanes furent un bienfait; nous voulons indiquer seulement qu’en ce qui touche à l’art, le mal qu’elles firent tant qu’elles durèrent fut compensé, dans une certaine mesure, par leurs suites. Si l’effort de régénération parut quelque temps neutralisé par cet état d’inquiétude permanente où l’on était maintenu par les bouleversements politiques, les guerres intestines, les brigandages, et par l’approche de l’an mille qu’une croyance traditionnelle, acceptée d’ailleurs par le très petit nombre, désignait comme devant être le dernier de l’humanité, il se produisit néanmoins, et nous n’avons, pour preuve, qu’à passer en revue les travaux de construction relatés par les chroniques aux années voisines du millénaire.
PHASE OU PÉRIODE LATINE
En 977, une cathédrale est en pleine construction à Béziers, une autre à Troyes de 980 à 991 ; celle de Sens est améliorée par l’archevêque Sevin de 977 à 999. En 982, à la suite d’une défaite des Normands, fondation de l’abbaye de Saint-Sever-Cap-de-Gascogne; en 984, consécration de Saint-Michel-d’Aiguilhe près du Puy-en-Velay, et première pierre de Saint-Front de Périgueux; les chantiers sont ouverts pour la cathédrale de Carpentras et pour l’église de Montieren-Der; de celle-ci les projets sont agrandis en 992. Entre 985 et 998, r évêque Hervée entreprend à Beauvais la réédification de la cathédrale, des églises Saint-Etienne, Saint-Gilles et Saint-Laurent. En 990, fondation de l’abbaye de Maillezais; en 991, de Déols; en cette même année 991, le duc de Bourgogne Henri le Grand jette les fondements de Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine. Entre 990 et 995, travaux de reconstitution totale à la cathédrale de Sées et à l’église abbatiale de la Couture, au Mans. Sous Hugues Capet (987-996), à Senlis, construction d’une cathédrale et fondation de l’abbaye de Saint- Frambourg; à Orléans, on mène avec vigueur le rétablissement de plus de trente églises détruites par un incendie général en 989. En 998, incendie total de Saint-Martin de Tours, qu’on s’apprête aussitôt à remplacer dignement. En 999, consécration de l’église abbatiale de Mouzon agrandie. Voilà certes, et tout n’est pas là, une période de vingt à vingt-cinq années qui ne prépare pas trop mal le XIe siècle.
Nous assistons à d’autres égards, durant l’époque carolingienne, à la préparation du XIe siècle, soit de l’ère romane.
En plan, et il s’agit de l’ordonnance basilicale, les croisillons se flanquent d’absidioles ou ce sont les bas-côtés qui se terminent en hémicycle, l’abside centrale gagne en profondeur, et le rond-point apparaît. Une histoire des évêques du Mans nous apprend qu’il y avait un déambulatoire et cinq autels à la cathédrale que consacra saint Aldric en 834. C’est évidemment à l’imitation de cette cathédrale que, dans la même ville, à la Couture, en 992 ou 993, on fit le rond-point à chapelles que nous voyons encore. A Tournus, la crypte de Saint- Philibert, avec son rond-point à chapelles carrées, a été bâtie entre 946 et 970. A Clermont, une cathédrale consacrée en 946, et dont
CHARLEMAGNE ET LES CAROLINGIENS
les substructions ont été reconnues, annonçait par ses quatre chapelles absidales une disposition qui allait être bientôt un des caractères de l’école romane auvergnate. Souvent les absides ou les absidioles s’inscrivaient dans un carré extérieur, d’où aux angles un renforcement de maçonnerie qui faisait office de contrefort; cette combinaison, qui décèle des mains inexpérimentées, est frappante au chœur si curieux de l’église Saint-Just de Valcabrère, qui fut durant quatre ou cinq siècles la cathédrale de Comminges.
Les cryptes, carolingiennes ou romanes, étaient voûtées; seulement, comme une voûte unique, en raison de son diamètre, eût pris une hauteur que ne comportaient pas ces salles souterraines, on sectionna la voûte en intercalant des piliers, même dans les absides, afin d’obtenir, par des diamètres secondaires, des voûtes basses, dont le système fut emprunté aux voûtes d’arêtes.
A Tournus, le rez-de-chaussée du narthex fut élevé avec ses voûtes sur les trois nefs, par un abbé qui siégea de 928 à 946 : la voûte centrale est d’arêtes; latéralement, c’est un berceau transversal à chaque travée.
Quelques églises assez importantes eurent une seule nef; cette nef, vu sa largeur, ne pouvait être voûtée par les maçons carolingiens, trop novices en la matière; elle avait de plus l’inconvénient d’exiger, pour les fermes de la charpente, de longs entraits qu’il n’était pas toujours facile de se procurer dans les forêts ou de hisser sur la crête des murs. Aussi plusieurs de ces églises, quand on voulut en refaire les charpentes ou y établir commodément des voûtes au XIe siècle, furent-elles après coup divisées intérieurement en trois nefs, celles, par exemple, de Saint-Pierre de Vienne et de Saint-Généroux. Cette dernière, qui était restée fort intéressante extérieurement, n’est plus aujourd’hui, par suite d’une restauration récente, que sa propre copie.
Les Carolingiens continuèrent la tradition romaine du petit appareil, sauf exceptions comme à Germigny.
Ils renchérirent sur les Mérovingiens dans le luxe des tours : il y en avait deux, cylindriques, en avant de la basilique de Saint-Gall, selon le projet; deux, rondes, peut-être en bois, sur l’axe de l’église
PHASE OU PÉRIODE LATINE
principale de Saint- Riquier; deux, carrées, sur la façade de l’église de Saint-Denis bâtie par Pépin le Bref. Deux tours carrées se voient encore, sur l’axe, à Saint-Vorles de Châtillon. La tour de Germigny, sur la croisée, est évidée en lanterne jusqu’au bas de son étage supérieur, lequel est réservé aux cloches. On ne se borna pas à multiplier les tours, on en porta plus haut le sommet. Il y en avait une très élevée à Sainte-Colombe, près Sens, depuis 910 environ. Vers 975, un vicomte de Lodève prit ombrage de la tour aux provocantes allures que saint Fulcran dressait au-dessus de sa cathédrale rajeunie; il mit en prison l’évêque pour le contraindre à la décapiter; menaces et mauvais traitements furent en pure perte.
De plus en plus se décide le sort nouveau de la colonne. En la sacrifiant au pilier, on n’entendit pas toutefois la rejeter complètement; on s’étudia à lui chercher quelque rôle, un rôle d’agrément quand ce ne put être un rôle d’utilité. Ou bien on en fit le pilier lui-même, comme dans la plupart des cryptes, et dans la nef de Saint-Philibert de Tournus, dont la base est de 960 environ; ou bien on l’appliqua au pilier rectangulaire pour en corriger l’apparence brute et pour avoir l’occasion de glisser des chapiteaux sous les retombées des grands arcs, tendance que nous constatons à Germigny; ou bien on réinventa la colonnette, appelée à un brillant avenir, et qui s’annonce soit comme support à Jumièges, soit, encore à Germigny, dans la décoration en stuc des fenêtres. Colonnes appliquées et colonnettes sont ou légèrement coniques ou renflées, tradition romaine que suivra de moins en moins l’architecture romane et qu’abandonnera tout à fait l’architecture gothique.
Les chapiteaux sont, au IXe siècle, d’un relief étudié et hardi; l’imitation relâchée ou incorrecte du corinthien et les motifs végétaux y dominent; quoique d’exécution assez barbare, ils semblent supérieurs à ceux du Xe siècle, qui, avec le XIe siècle, fut, pensons-nous, l’âge ingrat de la sculpture française.
En aucun temps les portes ne furent plus simples : une baie rectangulaire sans fronton, ni chambranle, ni moulures. Mais de l’arc de décharge qui vient presque toujours soulager le linteau sortira le mer-
CHARLEMAGNE ET LES CAROLINGIENS
veilleux portail roman. Le type de la baie directement en plein cintre paraît avoir été peu commun.
Les arcs de décharge qui surmontent des baies accouplées, à Jumièges, sont des avant-coureurs de la fenêtre géminée romane. Aux fausses tribunes de Montier-en-Der l’arcade géminée est pleinement constituée.
Il s’est produit au dernier siècle d’assez curieuses fluctuations sur l’âge réel des églises que leurs caractères, par leur indécision ou leur archaïsme, permettaient de faire remonter à 1ère carolingienne. On y renferma d’abord tout ce qui avait des murs en petit appareil, sans exclure pour cela tels et tels monuments en appareil moyen. Une réaction inévitable corrigea cet abus par un autre : il n’y avait presque pas d’édifices ou de fragments carolingiens, assurait-on. Des deux excès paraît être sortie une opinion moyenne que n’ont pas peu contribué à former les discussions instituées sur des monuments particuliers, et qui ont valu à un d’entre eux, l’église de Saint-Philbert-de-Grandlieu (Loire-Inférieure), la notoriété que, tout en la méritant, elle n’aurait peut-être pas eue sans cela. Les preuves ou les fortes présomptions qui militent en faveur de son attribution au IXe siècle semblent avoir résisté définitivement aux objections savantes et redoutables que des archéologues qui n’étaient pas les premiers venus leur avaient opposées.
C’est à l’époque carolingienne que s’affermit l’unité d’une tradition chrétienne jusqu’alors flottante : \ orientation des églises. Ce fut un usage respecté, avant le XVir siècle, de tourner les églises et les chapelles de manière à ce que le chevet regardât l’orient (et un peu le nord); la façade fut par conséquent le côté occidental, le côté gauche le côté septentrional, et le côté droit le côté méridional. Les dérogations à cet usage liturgique sont très à remarquer lorsqu’on les rencontre au moyen âge; aussi n’est-ce pas sans étonnement que l’on en constate six exemples dans la seule ville de Caen : la Trinité, Saint-Pierre, le Vieux-Saint-Etienne, Saint-Sauveur, Saint-Gilles et le Saint-Sépulcre, dont les chœurs regardent le sud-est.