‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 110 sur 124 · Vie de Robert d*Àrbriuel · texte numérisé non relu

Vie de Robert d*Àrbriuel

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femmes. Pas une ville de province, si petite qu'elle soit, qui n'appelle, en leur -assurant des avantages, une ou deux femmes musiciennes dans la ville. Les femmes enseignent ranglais, l'italien, le français, même Thistoire Je connais un vieux magistrat qui a pour seul soutien, ce qui était jadis une charge accablante, trois filles. Toutes trois partent dès le matin pour ne revenir que le soir, après dix heures de travail, et les fruits réunis de leurs occupations font vivre leur père et commencent leur dot. Plus d'un préjugé, je ne l'ignore pas, attache encore à cette noble profession une sorte d'infériorité, et plus d'une juste prévoyance y découvre des occasions de fautes ou des atteintes à la délicatesse féminine; mais, préjugés et craintes légitimes disparaîtront devant la pratique même de cette vie de travail, et les femmes, épurées par la mâle jouissance du pain gagné, obtiendront justement le droit d'enseigner, et en seront dignes. Déjà la Sorbonne est vaincue ; la grave et masculine Sorbonne, qui exclut encore les femmes de ses cours et ne songe pas à leur ouvrir de collèges, a institué pour elles un concours, des examens, et leur distribue des diplômes et des grades. Chaque année, au mois d'août, s'assemblent trois inspecteurs de l'université, deux prêtres catholiques, un ministre protestant, le grand rabbin, trois dames inspectrices, et devant ces juges paraissent cent quarante ou cent cinquante jeunes filles ou veuves, s'offrent à subir des épreuves complexes ou difficiles pour acquérir le droit d'instruire les filles du peuple. La nécessité d'établir un corps ensei*^ gnant parmi les femmes, et le besoin qu'elles éprouvent de se relever par l'instruction reçue et donnée, se mauifesteni sous mille {oriae^ VnV&t^s^^sA^. La fille d'un

taine, les dons les plus éminenis de leur nature ? Le péril est réel ; pour s'en présenter» un seul moyen leur reste : ne jamais regarder Tart comme la vie même, mais comme un accident et une parure dans la vie ; parler quand elles ont quelque chose à dire» se taire quand elles Tont dit ; sacrifier tout, même leur renommée, à leurs obligations de filles, d'épouses et demies ; se dire sans cesse qu' au-dessus de la pensée il y a le cœur, au-dessus de la gloire le dévouement; que savoir n'est rien, que briller n'est rien, et que toute la destinée d'une femme se résume dans un seul mot : aimer 1 A ce prix, mais à ce prix seul, les femmes pourront être femmes de lettres sans cesser d'être femmes, et le monde n'aura pas à leur reprocher une occupation qui agrandira le domaine de la pensée publique, sans rien coûter à leurs devoirs privés.

Reste l'enseignement *. Quant à cette profession, elle appartient aux femmes pai* droit de vocation et par droit de conquête. Ce fait caractéristique et charmant mérite de nous arrêter.

Nos sueules ne savaient pas lire; l'ignorance était une distinction de plus chez les femmes nobles, une nécessité pour les pauvres femmes. Cependant une jeune fille en Italie et une jeune veuve en France formèrent presque en même temps le projet d'élever des jeunes filles et des institutrices déjeunes filles '. Ce n'était rien moins qu'une révolution ; et, chose assez rare, celles qui la firent le comprenaient : c II faut, disaient-elles,

1. Parmi les écrivains qui ont jeté le plus de lumière sur celle question citons MM. Plée, Jourdan et Sauvestre, dont les articles ont été justement remarqués dans le Siècle et VOpinion nationale^

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