‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 117 sur 124 · DE CHEMINÉE · texte numérisé non relu

DE CHEMINÉE

Hier, à mon logis par le froid ramené, J'inaugurais l'hiver dans l'âtre abandonne, Lorsque par le foyer, au milieu d'un bruit d'ailes La bise m'apporta ces deux voix d'hirondelles :

« Ma fille, il faut partir : précurseurs de l'hiver, Des bandes de vanneaux, ce matin, fendaient l'air. Et du haut de ce frêne, à la cime effeuillée, A retenti trois fois notre cri d'assemblée. Cependant sur ton nid tu demeures encor : Appelle tes petits, ma fille, et prends l'essor ï

— Je dois rester.

— Non, viens I La première colonne Par avance déjà se groupe et s'échelonne ; Le moment du départ est fixé pour ce soir; Car tu sais que la nuit, sous son grand manteau noir, Peut seule à tous les yeux dc'rober notre fuite, Et des oiseaux de proio égarer la ; oarsuite.

450 I.IrlS DEUX HIRONDELLES DE CHEMINÉE.

— 0 ma mère ! ta fille, hélas I ne parlira Ni ce soir, ni demain, ni le jour qui suivra.

— Pourquoi donc?

— Dans le nid où tu m*as élevée J*élevais en espoir ma première couvée ; Un cruel m'en chassa : je fuis : cette maison N'abrita mes amours qu'à l'arrière-saison, Et de mes chers petits l'aile encore incertaine Ne les porterait pas jusqu'à cette fontaine.

— Viens : l'enfance est peareuse ; et toi, m« fille, aussi. L'an dernier tu tremblais dé t'Aoigner d'ici ;

Ton père te soutint, et tti saiyis ton père : Soutiens-les, ils suivront.

— Regarde-les, ma mère ; Un rare et fin duvet couvre à peine leur corps.

— Mais que deviendrais-tu, pauvre enfant? Sur ces borda L'hiver est si terrible I Ah I je me le rappelle I

Une automne, le plomb avait brisé mon aile ; Je restai. Que de maux! La neige couvrait toutl Pas un seul moucheron I pas un abri ! Partout Je voyais des oiseaux s'abattre sur la terre, Et tomber morts de froid !

~ Morts de froid, 6 ma mèn ?

^ Fendre l'air en criant, et tomber morts de faim I

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