‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 118 sur 124 · LES DEUX HIRONDELLES DE CHEMINÉE · texte numérisé non relu

LES DEUX HIRONDELLES DE CHEMINÉE

— Morts de fûm?

— Et moi, moi, je ne vécus, enfin Qu'en m* attachant aux murs, et de givre imprégnée, Cherchant dans les débris dévoile d*araignée Des cadavres d'insecte... Appelle tes petits!...

— A peine autour du toit sontr-iis encor sortis.

— 11 n'importe : voltige, en offrant à leur vue Quelque ver, quelque mouche à ton bec suspendue : La convoitise sert de courage à l'enfant ;

Il s'avance d'un pas, on s'éloigne d'autant; L'objet qui fuit l'attire, il le suit, il s'élance, Et, radieux, dans l'air voilà qu'il se balance : Ainsi t'ai-je donné ta première leçon.

— Mais ils n'étaient pas nés au temps 4e la iBoisson.

^- Viens donc aei^,.*^* ^ fuyons loin de ces lieux funestes I

— Moi, les laisser mourir?

— Vivf 0Qt*i]ii, si U lestes?

— Ils ne mourront pas seufe «u bknusI Et, 4ùt le froid Me glacer avec eux sur notoe nid éUoii;

Dût en ce foyer mort la flaoloie railuonée M'ëtouffer dès. demain sous des flots de fiimée>

Je ne les quitte pas. Au dedans, au dehors.

Le jour, la nuit, partout, mon corps couve leur corps.

L'amour agrandira mes ailes I... La nature

\hi LES DEUX HIRONDELLES DE CHEMINÉE.

Ne veut i)as que mon sang leur serve de pâture, Mais il peut réchauffer s'il ne peut pas nourrir; El, m'étendant sur eux, sur eux je veux mourir Pour les défendre encor à cet instant suprême, Et leur faire un abri de ma dépouille même.

— Ma fille, tu fais bien. J'eusse été dans ces lieux Vaillante comme toi, pour toi faible comme eux , Reste donc I Mes petits m'attendent sous le frêne ; Le devoir qui t'arrête est celui qui m'entraîne ; Il faut nous séparer, il le faut. Que ce lieu Te soit hospitalier!... Adieu, ma fille.

— Adieu! »

Je n'entendis plus rien. Puis un battement d'aile

M'annonça le départ de la mère hirondelle ;

Puis un faible soupir. Et moi je dis tout bas :

« Ne crains rien, doux oiseau, tu ne périras pas ,

Chaque jour, par mes soins, une ample nourriture

Ira chercher la mère et sa progéniture ;

Élevée entre nous, une épaisse cloison,

Des vapeurs du foyer détournant le poison.

Ne laissera monter jusqu'à ton nid paisible

Que la douce chaleur d'une flamme invisible ;

Et, je le sens, mon cœur d'émotion battra

Quand, au printemps, ta mère en ces lieux accourra,

Te trouvera vivante, et que, sans l'oser croire.

De tes jours préservés tu lui diras l'histoire. »

A MAURICE DESVALLLIÈRES-LEGOUVS

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