Cette somme était fixée à 100,000 sesterces
4, MontesquieUf ibid.
nommait ce^'arii. Appartenir à une des cinq premières classes était un honneur et un avantage; faire partie de la dernière était une sorte de honte : la place même des œrarii, au théâtre, les désignait au dédain public, et la loi Voconia, comme pour consacrer leur pauvreté, permettait à tous les pères de cette catégorie de laisser la totalité de leurs biens à leurs filles; on n'admettait pas que de tels misérables pussent posséder plus de quelques sesterces. Eh bien ! Annius se rangea dans cette classe flétrie, il se fit œrarius. Quelle protestation plus énergique contre Texhérédation des filles ! Renoncer à ces privilèges si chers aux Romains, au droit de suffrage, aux distinctions municipales, rejeter enfin tous les honneurs attachés à la fortune, non pas pour sauver son enfant, mais seulement afin de pouvoir lui laisser tous ses biens ! Et ce n'était pas un fait isolé, une exception d'amour paternel. Cicéron nous l'apprend dans le traité De finibus : les fidéicommis, les biens dénaturés, les ventes fictives, protestaient de toutes parts contre cette loi injuste, et rendaient à la fille ce qui appartient à la fille. Mais voici qui est encore plus digne d'attention : par une coïncidence naturelle, tandis que la tendresse des pères se soulevait contre la législation, la loi elle-même, vaincue, ce semble, par la fille, s'adoucissait et désarmait les pères assez cruels pour user des droits qu'elle leur avait donnés. En effet, dès le milieu de la République, plus de testateur souverain: quand le père néglige d'exclure nominativement sa fille, le préteur casse le testament^ ; quand le père déshérite sa fille, le préteur donne à l'enfant un droit touchant de